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#31 des Tendances

Discours décapant entre un économiste et un énarque

L’énarque : Bonjour mon cher.

L’économiste : Bonjour.

L’énarque : Je vous ai demandé de venir car nous avons besoin d’aide, la contestation refuse le signal prix sur les hausses de carburants. Nous devons de nouveau légitimer que nous faisons tout pour sauver la planète.

L’économiste : (Poliment) Vraiment ?

L’énarque : Bien sûr, la France a signé la COP 21, nous travaillons à réduire les émissions de carbone du pays grâce à un signal prix clair comme le veut la science économique.

L’économiste : (Toujours très poli) La science économique veut quelque chose ? Elle n’est pourtant pas apparue dans notre dernier colloque pour nous le dire.

L’énarque : (Légèrement agacé) C’est vous les économistes qui nous expliquez que plus le prix d’un produit monte plus, moins il sera utilisé. Il faudrait être cohérent.

L’économiste : (Souriant) Mais nous le sommes. Plus le prix d’un produit monte moins il sera utilisé, en fonction de l’élasticité prix du produit. Dans un produit comme l’essence avec une faible élasticité prix, une hausse de prix doit être très forte car les alternatives pour se relocaliser plus près des centre-ville et moins consommer d’essence reviennent très cher.

L’énarque : Bien sûr, mais une forte hausse comme celle que vous décrivez serait totalement inacceptable, regardez ce qui se passe aujourd’hui avec la hausse des taxes.

L’économiste : Je vous entends mon cher, mais n’est-il pas étonnant que les décisions prises par l’appareil d’état aboutissent toutes à une hausse des taxes ? Certains de nos étudiants, Légèrement frondeurs je vous l’accordent pourrait vous faire remarquer qu’il s’agit d’un cas d’aléa moral puisque l’organisation en charge de prendre la décision retire un bénéfice de celle-ci, en obtenant plus de revenus, sans en supporter le moindre inconvénient.

L’énarque : (sourire crispé) Que faudrait-il faire puisque vous êtes si malin ?

L’économiste : Vous parliez de signal prix. Une hausse d’impôt est un prix à la hausse qui organise également un transfert de revenu des classes populaires vers l’appareil d’état. Faut-il s’étonner que certains parlent d’injustice et le ressentent comme une punition ? Vous auriez pu essayer de réduire les prix d’autres produits pour favoriser les comportements vertueux. On pourrait avoir l’impression que vous ne retenez de la science économique que ce qui vous arrange ou permet à l’appareil d’état de grossir en se saisissant de nouveaux champs d’action.

L’énarque : (D’un ton Triomphant) Nous ne pouvons pas subventionner les produit l’état n’a pas assez d’argent.

L’économiste : Bien sûr que comptablement vous n’êtes pas capable de le faire, mais prenons une hypothèse. Nous savons que les urbains consomment beaucoup moins de carburant. Une baisse des prix des logements en ville aurait un effet positif sur la consommation de carburant sans recourir à des hausses d’impôts.

L’énarque : Je vous ai dit que nous ne pouvions pas subventionner. Le logement absorbe aujourd’hui 40 Milliards d’euros par ans, nous ne pouvons pas dépenser plus.

L’économiste : Il est amusant que vous me répondiez toujours impôts et Subventions. Combien de règlements limitent la construction urbaine aujourd’hui ? Combien apportent réellement quelque chose hormis d’occuper les directeurs d’administrations centrales ?

L’énarque : (D’une voie blanche) Mais nous sommes les gardiens de l’intérêt général.

L’économiste : Oui c’est bien pratique n’est-ce pas ?

Un blanc dans la conversation

 

L’énarque : Donc pour vous nous sommes des corrompus ? Vous partagez l’opinion de ces gens-là dans les rues ? Vous voulez la révolution ?

L’économiste : Non mon cher vous n’êtes pas corrompus, vous faites de votre mieux. Mais mes collègues psychologues vous expliqueraient que nous sous estimons la part du préjugé dans nos prises de décisions. C’est pour cela que la science tient à la revue par les pairs. Et nous avons beaucoup trop de préjugés dans le monde académique. Regardez, vous me parlez de signal prix, et vous entendez impôts. Mais le signal prix est plus compliqué, il faut tenir compte des élasticités, et cela marche à la hausse et la baisse. Vous entendez alors Subvention. Mais la taxation ou subvention de l’état n’est pas le seul élément dans la formation du prix. Le temps consommé pour faire les dossiers est aussi un impôt temps caché. Les surcoûts entrainés par les circulaires et règlement contribuent aussi au coût des facteurs.

L’énarque : Vous êtes en train de me dire que nous sommes intellectuellement limités, pourtant l’ENA est la meilleure école de France.

L’économiste : Ne vous dévalorisez pas. L’ENA a l’un des concours les plus difficiles de France c’est un fait. Pourtant la préparation à ce concours limite la diversité des profils car tout le monde ne peut pas se payer la préparation avec de faible chance de succès. De plus les écoles pour préparer le concours étant rare vous aboutissez à avoir un signal prix qui mène a des profils très homogènes qui favorisent structurellement un fort niveau de préjugés communs lors de la prise de décision.

L’énarque : C’est bien ce que je dis, vous nous accusez de ne pas prendre tous les paramètres en compte.

L’économiste : Toute administration recherche le consensus, de par votre recrutement très homogène vous y parvenez plus aisément, mais vous avez ainsi ce que l’on pourrait nommer des œillères qui vous empêchent d’appréhender la totalité des problèmes auxquels vous êtes confrontés.

L’énarque : Pourriez-vous détailler ?

L’économiste : Prenez un exemple, la crise financière de 2008. Pour vous qui analysez en terme Friedmannien ou Keynesiens, la crise est due à un problème de trop forte financiarisation de l’économie. Mais ce problème est limité. Si vous prenez une analyse cyclique la finance est une conséquence et non une cause.

L’énarque : (Dubitatif) Que voulez-vous dire ?

L’économiste : L’économie est faite de cycles, cycles courts, montée descente des stocks sur environs dix-huit mois, cycles de investissements entre cinq et huit ans et des cycles longs que l’on nomme Kondratiev sur une à deux générations. Il y a déjà eu trois de ces cycles. 1815-1890, 1890-1945, 1945 aujourd’hui. Chacun de ces cycles est associé à une révolution industrielle.

L’énarque : Oui les révolutions industrielles et la grappe d’innovation.

L’économiste : Tout à fait et aujourd’hui la grappe d’innovation n’apporte plus d’amélioration réelle. C’est cela qui cause la crise. En l’absence d’innovation, l’incitation à investir diminue, donc la demande globale, les marchés ne sont que des renouvellements, les taux de profits diminuent et donc les entreprises essaient de transférer la charge sur les travailleurs en réduisant les salaires d’où les nombreuses demandes des syndicats patronaux en ce sens.

L’énarque : Mais il n’y a jamais eu autant d’innovations.

L’économiste : Il y a innovation et innovation. Ce n’est pas parce qu’un start-upeur proclame avoir fait une innovation que le monde change. Lorsque le chemin de fer a été inventé, la famine a disparu, lorsque la voiture a été inventée l’ensemble du territoire est devenu accessible, lorsque l’avion s’est généralisé après-guerre le monde est devenu accessible. Aujourd’hui la plupart des innovations sont défensives. Le big data permet par exemple de mieux modéliser des comportements, cela réduit le besoin de capital et permet de remonter légèrement le taux de profit. Mais ce capital libéré va se réinvestir soit dans de la bourse casino, soit dans des augmentations d’offres faisant de nouveau chuter le taux de profit moyen de toute l’économie. Plus le taux de profit diminue plus les taux diminue, ce qui favorise de mauvaises allocation du capital et donc cette financiarisation que nous pouvons observer.

L’énarque : Mais si ce que vous dites est vrai il n’y a pas de solution. La croissance ne reviendra pas, les recettes fiscales resteront étales et nous ne pourrons jamais rembourser la dette.

L’économiste : Une véritable catastrophe n’est-ce pas ? Oui les perspectives de croissances sont faibles, et les trois pourcents des traités sont en fonction de la situation actuelle trop généreux puisque la dette globale en pourcentage de PIB monte même lorsque vous êtes à trois pourcent de déficits. Mais il y a pire.

L’énarque : Pire ? Si les préteurs refusaient de contribuer aux fins de mois de l’état il faudrait prendre des mesures impopulaires à côté desquelles nos problèmes actuels seraient mineurs.

L’économiste : Bien sûr augmenter les impôts. Vous pourriez aussi réduire le nombre de directeur centraux, remployer des gens qui font réellement le travail, vous savez ces pompiers, infirmières, policiers et enseignants qui manquent partout. Mais le pire est que s’il n’y a pas de croissance, le niveau de vie des gens n’augmente pas et avec la baisse des profits l’argent que le patronat vous réclame est pris par une redistribution négative sur les salariés. Donc le niveau de vie de la population baisse, soit par inflation, soit par réduction des transferts de salaires, soit par nouveaux impôts. Etonnez-vous après cela que la population descende dans la rue.

L’énarque : Mais c’est horrible selon votre opinion il n’y a pas de solution d’amélioration. Vous vous imaginez dire aux responsable politiques qu’il faut prendre des mesures sans croissance du PIB ?

L’économiste : Et ce sera encore pire, car la réduction du déficit budgétaire aura un effet négatif sur le PIB global comme en Grèce. Pour soutenir la croissance de nombreuses mesures ont étés prises en terme de déficit, de réduction des taux d’intérêts et de libéralisation qui sont valables à cours termes mais qui sont néfastes sur le long terme.

L’énarque : Et vous vous imaginez un politique aller sur le plateau du vingt heure expliquer cela ?

L’économiste : Surtout lorsque les efforts sont aussi mal répartis. Oui cela demande plus de courage que politiques et haute administration n’en ont manifesté dans les dernières années. Il faudrait que le peuple ait au moins le sentiment que ceux qui dirigent font aussi des sacrifices.

L’énarque : (Choqué) ……

L’économiste : Bref que vous abandonniez vos préjugés et que vous vous occupiez de faire le nécessaire pour qu’une croissance saine revienne.

L’énarque : Mais vous venez d’expliquer que la croissance ne repartira pas car le cycle est négatif.

L’économiste : Oui le cycle est négatif. Mais à court terme vous pouvez jouer pour avoir une plus large partie de l’activité. Aujourd’hui pour redresser son commerce extérieur la France ne connaît que les baisse de prix. Mais vous pourriez aussi redresser l’image du made in France pour donner une meilleure image des produits français. Lorsque Spangero est découvert par son client et que l’administration bloque les sanctions c’est l’image de toute l’économie française qui pâtit. Lorsque les contrôles sont si faibles qu’une usine laitière subit des scandales à répétition l’image des produits français souffre. Lorsque vous refusez de passer les class actions de peur de pénaliser les entreprises, cela donne l’impression que nos produits sont mauvais. Pour éviter les problèmes le client prend un fournisseur plus cher et dort tranquille.

Lorsque nos patrons se promènent de par le monde en se lamentant sur les charges ils donnent l’impression que leur seul horizon est la baisse des coûts de personnels et donc du service rendu au client. Les patrons de nos concurrents eux parlent des difficultés à faire le produit, bref du service rendu au client.

L’énarque : Vous êtes sévère.

L’économiste : Avec vos camarades de promotion qui grenouillent dans les conseils d’administration du privé après avoir été formé par l’état ? Oui, peut-être cela change-t-il le fait que nos usines ne grandissent pas, et que le déficit de notre commerce extérieur reste aussi abyssal ? Un petit rappel à la responsabilité ne pourrait pas faire de mal. On pourrait passer la loi sur les class action, compléter les indemnités dues aux victimes par une amende pour dommages économique pour que en cas de mauvais produit les dommages soient punitifs pour les entreprises sans transformer les poursuites en tirage du loto comme aux États-Unis. Cela améliorerait en quelques années l’image des produits français.

L’énarque : Et entre temps quel chômage.

L’économiste : D’accord, mais là encore à qui la faute ? Les entreprises du XXIième siècle ont besoin d’une main d’œuvre qualifiée. Où est-elle ? L’éducation nationale porte la main d’œuvre péniblement au niveau du BAC. Mais ou sont les formations de technicien CAD, conducteurs de machines ? Les lycées professionnels coûtent cher, il faut des machines pour que les élèves puissent pratiquer. L’éducation nationale préfère former en lycée général ou en formation de services qui ne réclament qu’une salle de classe et parfois un ordinateur. Et en plus les risque d’accidents sont moins important ce qui évite de prendre des risques.

Il faut créer de la main d’œuvre dans les domaines où les entreprises en ont besoin, l’aider à accéder à des niveaux de qualification croissants durant sa vie pour ne pas être dépassée. En Allemagne le patron d’une grande entreprise a commencé comme soudeur. Ça aussi c’est le modèle allemand pas seulement les mini jobs. Si l’Allemagne exporte aujourd’hui c’est peut-être et aussi surtout à cause de cela. Lorsque ce monsieur parle soudure avec ses clients, je suis certain qu’il obtient plus de contrats.

Brefs en Formant la main d’œuvre, en sanctionnant les quelques fraudeur grâce à un cadre reconnu incitant à la qualité et en incitant nos patrons à parler plus des produits français que des charges en peut-être dix ans nous commencerions à avoir une montée en gamme de l’industrie française ce qui nous conduirait à récupérer une plus grosse part de la production mondiale et donc de réduire notre chômage.

L’énarque : Bref on prendrait aux autres.

L’économiste : Oui un peu, mais sans guerre commerciale parce que nous nous serions retroussés les manches.

Sur le long terme il faut retrouver une croissance saine. Une progression du PIB par tête qui conduise à faire croitre le niveau de vie de chacun dans le monde. Si l’économie reste un jeu à somme nulle, cela conduira aux guerres et affrontement et je n’ai pas d’action des fabricants d’armes.

L’énarque : Faire croître le niveau de vie de tout le monde ? Le monde est finit les ressources aussi nous ne pouvons pas donner à chacun le niveau de vie des américains.

L’économiste : Oui, le monde est fini et nos besoins ne le sont pas. A court terme un deux siècles il y a bien assez de ressources, à nous de trouver le moyen d’aller dans l’espace dans ce délai. Après que veut dire fini ? Le pétrole, un gisement est déclaré techniquement épuisé lorsqu’il est exploité à cinquante pour cent. Le fer ? Le noyau de la terre est une boule de fer. Certes le voyage au centre de la terre n’est pas pour demain, mais il y a les gisements sous les océans, le recyclage si l’on trouvait le moyen de séparer mécaniquement les déchets. Un homme du XVIIIème siècle pouvait nous dire que la famine était inévitable et il avait cinq mille ans d’histoire pour le soutenir.

Mais nous ? Le monde est fini ? Oui avec la technologie actuelle nous sommes aux limites. Mais nous travaillons sur la fusion pour l’énergie. Nous dépensons une part considérable de notre énergie en chaleur, si nous trouvions une conversion chaleur électricité efficace. Les nanomatériaux nous ouvrent la possibilité de fabriquer des matériaux en masse sans dépendre de l’acier pour peu que nous mettions en place un procédé de synthèse peu coûteux.

Il faut de l’imagination et de vrais investissements en recherche. Qu’elle soit privée ou si nécessaire publique. Dans les années soixante la NASA entrainait la Hi Tech américaine. Aujourd’hui c’est la DARPA. Alors oui, comptablement c’est du gaspillage d’argent public, mais vaut-il mieux investir dans un nouvel hôtel de région ou dans la technologie ? Nous pourrions investir dans la fabrication de pétrole synthétiques. D’abords pour nos armées en le fabricant là où il est utilisé. Transporter un litre de pétrole dans le Sahel ou en Afghanistan coute une fortune, puis ensuite avec l’expérience baisser les prix, Nous pourrions alors metre le procédé en place dans les DOM TOM ou les carburants reviennent très chers car importés, puis ensuite en obtenant une baisse des prix nous devrions nous approcher de la rentabilité sur le marché national pour des hydrocarbures de haute qualité.

L’énarque : Il faudrait dix à quinze ans pour réaliser votre programme.

L’économiste : Au minimum, dont sept à huit ans sans bénéfices tangibles à montrer et devoir faire supporter le coût de cette politique. Depuis 1971 l’élite mondiale utilise tous les expédients pour ne pas affronter le problème. S’il faut quinze ans pour en sortir ce n’est pas étonnant. De toute façon le président a une popularité plus bas que terre, le suivant sera pareil. Nous n’avons pas le choix nous devons créer la quatrième révolution industrielle avec des vraies solutions en terme d’énergie, ressources transports et pas une gentille révolution industrielle 4.0 à cout d’I Phone. il faut former les gens, pas se contenter de les zombifier pour qu’ils ne contestent pas le monopole du pouvoir. Il faut transformer la vie des gens. Que chaque famille sur terre ait à manger, une vraie maison, un ou plusieurs robots dedans pour éviter aux femmes les tâches ménagères c’est cela qui nous sortira de l’impasse. Pour cela il faut former les gens, découvrir de nouvelles ressources.