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Les élections européennes de 2019

Non à l’UE, aux inégalités sociales, au fascisme et à la guerre! Pour le socialisme et l’unité de la classe ouvrière européenne!

Par Le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP)
26 novembre 2018

Les 20 et 21 octobre, un congrès du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste en Allemagne, SGP) a voté pour que le parti participe aux élections européennes du 26 mai 2019 et élu des candidats pour la liste électorale nationale. La résolution suivante, adoptée à l’unanimité par le Congrès, explique les objectifs et les tâches du SGP.

En mai 2019, le SGP (Sozialistische GleichheitsparteiParti de l’égalité socialiste en Allemagne) se présentera aux élections européennes avec une liste électorale nationale pour s’opposer à la montée de l’extrême droite, au militarisme croissant, à la construction d’un État policier et aux inégalités sociales croissantes. Avec les autres sections du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), nous luttons pour un programme socialiste visant à unifier la classe ouvrière européenne dans la lutte contre le capitalisme. C’est le seul moyen d’empêcher le continent de retomber dans la barbarie fasciste et la guerre.

1. La lutte contre le danger de la droite

La Seconde Guerre mondiale a pris fin il y a moins de 75 ans. À cette époque, en 1945, toute l’Europe était en ruines. Plus de 60 millions de personnes ont été tuées sur les champs de bataille, dans les chambres à gaz des nazis et lors des bombardements. Il a été dit à l’époque que de tels crimes ne devraient plus jamais se reproduire. Mais aujourd’hui, il devient de plus en plus évident que le capitalisme est incompatible avec la démocratie, la prospérité ou la paix. Le fascisme et la guerre reviennent.

À la tête des États-Unis, le pays capitaliste le plus puissant, se trouve un président d’extrême droite qui menace de guerre la Corée du Nord, l’Iran, la Russie nucléaire et la Chine. Les partis d’extrême droite sont en hausse dans toute l’Europe. Dans neuf pays – l’Italie, l’Autriche, la Pologne, la Hongrie, la Finlande, la Bulgarie, la République tchèque, la Slovaquie et la Grèce – ils siègent au gouvernement; en France, ils sont le deuxième parti le plus fort.

Même en Allemagne, qui a commis les plus grands crimes de l’histoire mondiale sous Hitler, les nazis sont de retour. L’AfD, dont le dirigeant Alexandre Gauland a qualifié la barbarie nazie de «crotte d’oiseau» en «mille ans de succès dans l’histoire allemande», est le premier parti d’extrême droite à siéger au Bundestag (Parlement). Fin septembre, une foule néonazie de plusieurs milliers de personnes a saccagé Chemnitz, scandant des slogans xénophobes, faisant le salut hitlérien et attaquant un restaurant juif.

Contrairement aux nazis des années 1930, les fascistes d’aujourd’hui ne sont pas un mouvement de masse. Mais cela ne les rend pas moins dangereux. Le mouvement de Hitler comptait plusieurs centaines de milliers de membres armés lorsque, en janvier 1933, une conspiration autour du président von Hindenburg le nomma chancelier du Reich; derrière lui se trouvaient les capitalistes, les grands propriétaires terriens et les militaires. Ces forces avaient besoin des nazis pour détruire la classe ouvrière organisée et préparer la Seconde Guerre mondiale. Les extrémistes de droite d’aujourd’hui tirent leur force principalement du soutien qu’ils reçoivent d’en haut – de l’appareil d’État, des services de renseignement et de la police, mais aussi du gouvernement et des partis établis. La montée de l’AfD est le résultat d’une véritable conspiration au sein de l’État et de l’establishment politique.

L’un des piliers les plus importants de l’AfD est l’appareil de sécurité de l’État. Le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer et Hans-Georg Maaßen, alors président du Verfassungsschutz (Office fédéral de protection de la Constitution, le service de renseignement national), ont ouvertement défendu la marche néonazie à Chemnitz. Le Verfassungsschutz est étroitement lié à la scène néonazie, qu’il contrôle et finance par l’intermédiaire d’informateurs. De nombreux députés et responsables de l’AfD ont une formation militaire ou policière.

L’appui à l’AfD, toutefois, a des racines plus profondes. Les médias, les universités et tous les partis du Bundestag ont ouvert la voie à son essor, tant sur le plan idéologique que politique. Ces autres partis ont accueilli l’AfD à bras ouverts. Ils lui ont confié la direction de trois importants comités: Affaires juridiques, budget et tourisme. La Grande Coalition a adopté le programme de l’AfD en matière de politique des réfugiés et de sécurité intérieure. Bien que l’AfD n’ait reçu que 12,6 pour cent des voix, elle donne maintenant le ton en politique fédérale.

La résistance augmente. La manifestation du 13 octobre à Berlin a exprimé l’opposition massive qui existe contre le retour du fascisme et du militarisme en Allemagne. C’était la plus grande manifestation depuis les manifestations contre la guerre en Irak, il y a 15 ans. Près d’un quart de million de personnes ont défilé à Berlin pour protester contre le racisme, la montée de l’AfD et les politiques de droite du gouvernement fédéral et des partis établis. Dans d’autres villes allemandes, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à maintes reprises ces dernières semaines.

Ces événements confirment les analyses et perspectives du Parti de l’égalité socialiste (SGP). L’AfD n’est pas l’expression d’un état d’esprit de droite généralisé au sein de la population; elle est consciemment promue par la classe dirigeante. Le parti d’extrême droite a besoin d’un tel soutien pour appliquer ses politiques antisociales et militaristes contre une opposition généralisée.

L’indignation politique et les manifestations de masse sont importantes. Cependant, elles ne suffisent pas à empêcher la classe dirigeante de poursuivre une fois de plus ses objectifs réactionnaires, comme dans les années 1930, avec des méthodes fascistes. La classe dirigeante réagit à l’opposition massive des travailleurs et des jeunes avec une agressivité croissante: elle serre les rangs, supprime l’opposition démocratique et intensifie sa conspiration politique contre la population.

La police et les services secrets sont renforcés et leurs pouvoirs de surveillance sont massivement étendus. La Loi sur le contenu de l’Internet — Network Enforcement Act — oblige les médias sociaux à censurer le contenu sous peine de sanctions sévères. Pendant la campagne électorale européenne, l’UE a l’intention d’imposer des amendes draconiennes aux partis qui diffusent de «fausses nouvelles» – c’est-à-dire des faits qui contredisent la «novlangue» officielle. Cette censure s’adresse en premier lieu à la critique de gauche et socialiste. Le World Socialist Web Site est le plus touché par la censure de Google, et Julian Assange risque l’extradition vers les États-Unis, et peut-être la peine de mort, parce que WikiLeaks a révélé des crimes de guerre commis par le gouvernement américain.

Dans les coulisses, des cercles influents de la politique, des médias, des services secrets et de l’armée s’emploient à amener au pouvoir à Berlin un gouvernement ouvertement d’extrême droite. Avec l’entrée de l’AfD au Bundestag, «quelque chose a aussi changé pour le mieux», a déclaré le président du Bundestag Wolfgang Schäuble au Bild am Sonntag. Et le chroniqueur de Spiegel, Jakob Augstein, a exigé: «L’AfD doit avoir son mot à dire au gouvernement».

Le SGP fonde sa lutte contre le retour du fascisme, du militarisme et de la guerre sur la recrudescence de la lutte des classes. Alors que la classe dirigeante mondiale se déplace fortement vers la droite, la grande majorité de la classe ouvrière se déplace vers la gauche et commence à se libérer des chaînes politiques que lui imposent les partis sociaux-démocrates et les syndicats. Cela se traduit par un nombre croissant de grèves et de protestations et par un intérêt croissant pour le socialisme.

Aux États-Unis, les grèves des enseignants, des travailleurs d’UPS et d’autres travailleurs qui se rebellent contre leurs dirigeants syndicaux de droite, sont en augmentation. En Europe, l’année dernière, il y a eu de nombreuses grèves chez Ryanair, Lufthansa, Air France et Amazon, contre la réforme du marché du travail en France, contre l’austérité en Grèce et dans l’industrie métallurgique et le secteur public allemand, pour n’en citer que quelques-unes.

L’intensification de la lutte des classes impose d’énormes responsabilités au SGP. «Les mêmes facteurs qui poussent la classe dirigeante à la guerre créent également les conditions objectives d’une révolution socialiste», a déclaré le SGP dans sa résolution de septembre 2014 sur le retour de l’impérialisme allemand. Il a souligné: «Mais la révolution socialiste n’est pas un processus automatique. Les décisions concernant son rythme et son succès sont prises dans la sphère politique. Comme l’écrivait Trotsky à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la crise historique de l’humanité se ramène à la crise de la direction révolutionnaire. La solution à cette crise dépend des décisions, des actions et de la construction de notre parti».

2. La faillite du capitalisme

Le SGP lutte pour élever la conscience politique de la classe ouvrière au niveau de ses tâches historiques. Cela exige, tout d’abord, une compréhension claire des expériences historiques de la lutte de classe et de la crise objective actuelle. Le retour au militarisme et la montée des partis d’extrême droite sont des phénomènes internationaux. Ils sont la réaction de la classe dirigeante à la crise mondiale du capitalisme. Aucun des problèmes qui ont fait de la première moitié du vingtième siècle l’époque la plus conflictuelle et la plus violente de l’histoire humaine n’a été résolu. Temporairement mis en suspens, ils reviennent maintenant avec une force redoublée.

Les Première et Deuxième Guerres mondiales du siècle dernier ont découlé inexorablement des contradictions du capitalisme international. «Avec le niveau actuel de technique et de qualification des travailleurs, il est parfaitement possible de créer des conditions adéquates pour le développement matériel et spirituel de l’humanité tout entière», a déclaré la Quatrième Internationale dans son Manifeste de 1940 sur la guerre impérialiste. «Il faudrait seulement organiser la vie économique dans chaque pays et sur notre planète entière de façon juste, scientifiquement et rationnellement, conformément à un plan général. Aussi longtemps cependant que les principales forces productives de la société sont détenues par des trusts, c’est‑à‑dire des cliques capitalistes isolées et aussi longtemps que l’État national demeure un outil complaisant aux mains de ces cliques, la lutte pour les marchés, pour les sources de matières premières, pour la domination du monde, doit inévitablement assumer un caractère de plus en plus destructeur».

Les plans d’Hitler pour la conquête du monde n’étaient pas le produit subjectif d’un esprit dérangé, mais l’expression des intérêts objectifs du capital allemand, qui devait subjuguer l’Europe et conquérir un «espace vital» à l’Est, afin de prendre de l’expansion et aussi étouffer les tensions de classe devenues explosives à l’intérieur. La bourgeoisie allemande a donc soutenu Hitler et l’a installé au pouvoir. Aujourd’hui, elle et les classes dirigeantes des autres puissances impérialistes reviennent aux mêmes méthodes.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le capitalisme allemand a pu s’étendre temporairement en Europe et dans le monde entier sans faire lui-même de guerres sales, comme l’ont fait les États-Unis en Corée et au Vietnam. Washington a calculé que ses propres intérêts l’obligeaient à remettre sur pied son adversaire de guerre allemand pour pacifier l’Europe occidentale, servir de rempart contre l’Union soviétique pendant la guerre froide et offrir un marché pour ses propres exportations. En même temps, les États-Unis hésitaient à réarmer l’Allemagne. Bien que l’Allemagne disposait d’une importante armée de défense territoriale, elle ne possédait ni les armes nucléaires, ni les porte-avions, ni les bombardiers à longue portée qui sont indispensables pour fonctionner en tant que puissance militaire mondiale.

La situation a changé avec la réunification allemande et la dissolution de l'Union soviétique. Cela n'a pas inauguré une nouvelle ère de démocratie et de paix, mais a détruit l'équilibre interne de l'Europe et a inauguré une nouvelle ère de conflits et de guerres impérialistes.

Les États-Unis ont vu dans la fin de l’Union soviétique une occasion de mettre un terme à l’érosion de leur domination mondiale par le déploiement sans retenue de leurs forces armées. Ils ont mené des guerres criminelles en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et au Yémen et ont menacé de faire la guerre contre l’Iran pour atteindre cet objectif. Ces conflits sont des guerres impérialistes pour les matières premières, les marchés et la domination du monde. La nouvelle Stratégie de sécurité nationale (SSN) des États-Unis déclare sans ambages que la préparation à la guerre entre les grandes puissances est au centre de la planification militaire américaine. «Au cœur de la sécurité nationale américaine, il n’y a pas le terrorisme, mais la concurrence entre les grandes puissances», a déclaré le secrétaire à la Défense, James Mattis, lors de la présentation de la SSN en décembre 2017. Cela vise non seulement la Chine et la Russie, mais aussi d’anciens «alliés» comme l’Allemagne et le Japon.

3. Pour les États-Unis Socialistes d'Europe

L’Union européenne n’incarne pas «l’unité de l’Europe». C’est l’arène dans laquelle se déroule la bataille pour la suprématie en Europe. L’affirmation selon laquelle l’introduction d’un marché unique, d’une monnaie commune et d’une gigantesque bureaucratie à Bruxelles permettrait de surmonter la division du continent en 50 États-nations concurrents, d’égaliser les conditions de vie et de garantir la paix s’est avérée être une fraude politique. L’UE accentue les forces centrifuges qu’elle prétend surmonter.

Depuis la crise financière de 2008, le rôle de l'UE en tant qu'instrument des intérêts capitalistes les plus puissants est devenu de plus en plus évident. Pour garantir les profits des banques internationales, elle a dicté à la Grèce un programme d'austérité qui a plongé la population dans une pauvreté abjecte. Les dépenses consacrées aux retraites, à l'éducation, à la santé et aux investissements publics ont été réduites et la dette publique a été portée à 180 pour cent du PIB, afin de satisfaire les créanciers de la Grèce. Il faudra au moins 42 ans à la Grèce pour rembourser ces dettes. Bruxelles a engagé l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et d'autres pays dans des programmes d'austérité similaires.

L’Allemagne, qui a bénéficié économiquement, plus que tout autre pays, de l’introduction de l’euro et de l’expansion de l’UE vers l’Est, impose ses politiques financières et d’austérité aux autres États membres de l’UE. Herfried Münkler, qui conseille le gouvernement fédéral en matière de politique étrangère, appelle ouvertement l’Allemagne à devenir «l’hégémon» et le «disciplinaire» de l’Europe. Avec cela, la classe dirigeante revient à la politique de pouvoir germano-européenne du Kaiser allemand et d’Hitler. «L’intérêt national de l’Allemagne a un nom: l’Europe», tel est le slogan du ministère des Affaires étrangères, dirigée par le SPD.

Dans un contexte où les partis sociaux-démocrates, verts et de pseudo-gauche soutiennent l’UE dans toute l’Europe, les partis nationalistes de droite ont profité de l’opposition populaire croissante contre Bruxelles. En Grande-Bretagne, une majorité a voté pour le Brexit. Une lutte acharnée fait actuellement rage dans la classe dirigeante entre deux camps réactionnaires: les partisans pro-UE de la politique d’austérité de Bruxelles dans le camp du Remain («rester dans l’UE») et les nationalistes anti-UE de droite dans le camp du Leave («quitter l’UE»).

Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) britannique a refusé de soutenir l’un ou l’autre de ces camps réactionnaires lors du référendum sur le Brexit, appelant au contraire à un boycott actif. «Les campagnes Remain et Leave sont toutes deux dirigées par des forces thatchérites qui prônent une plus grande austérité, de féroces mesures anti-immigrés et la destruction des droits des travailleurs», a-t-il déclaré. «Leurs divergences portent sur la meilleure façon de défendre les intérêts du capitalisme britannique contre ses rivaux européens et internationaux, dans des conditions de récession économique et d’escalade du militarisme et de la guerre. Un boycott prépare le terrain pour le développement d’une lutte politique indépendante de la classe ouvrière britannique contre ces forces. Un tel mouvement doit se développer dans le cadre d’une contre-offensive de la classe ouvrière à l’échelle du continent, qui mettra à nu le référendum comme un simple épisode de la crise existentielle croissante de la bourgeoisie britannique et européenne».

Entre-temps, la désintégration de l’UE progresse rapidement. Les conflits entre l’UE et des gouvernements nationalistes en Italie, en Pologne et en Hongrie s’intensifient. L’UE est toutefois entièrement d’accord avec la fermeture des frontières, la construction d’un État policier et la suppression des luttes sociales et de l’opposition politique. Bruxelles joue un rôle de premier plan dans la transformation de toute l’Europe en un État policier et de surveillance et dans la censure de l’internet. Des milliers de réfugiés se sont noyés en Méditerranée parce que l’UE leur refuse toute aide et poursuit les équipages des navires de sauvetage en tant que criminels. Elle paie des dictateurs et des bandes criminelles pour enfermer des réfugiés dans des camps, où ils sont réduits en esclavage, torturés et tués.

Les plans visant à transformer l’UE en une alliance militaire qui, contrairement à l’OTAN, peut opérer indépendamment des États-Unis et contre eux sont bien avancés. Berlin et Paris, en particulier, collaborent étroitement dans ce domaine. Cependant, la mise en œuvre pratique s’est arrêtée à plusieurs reprises parce que les intérêts stratégiques de l’impérialisme allemand et français s’opposent. Le Brexit a exacerbé la crise existentielle de l’UE et les tensions entre les puissances européennes.

L’UE et tous les partis au pouvoir en Europe – du parti de pseudo-gauche Syriza en Grèce à la Grande Coalition en Allemagne, en passant par les gouvernements d’extrême droite en Italie, en Autriche et en Europe de l’Est – font tous avancer l’austérité, le militarisme et le terrorisme anti-réfugiés. Cela souligne le fait que les travailleurs et les jeunes sont confrontés à des tâches révolutionnaires. Le capitalisme européen ne peut être apprivoisé. Il doit être renversé et remplacé par les États-Unis socialistes d’Europe.

Le SPG rejette l’Union européenne ainsi que tous les efforts visant à renforcer les États-nations européens. Avec le Socialist Equality Party en Grande-Bretagne et le Parti de l’égalité socialiste en France, il lutte pour l’unification de la classe ouvrière européenne sur la base d’un programme socialiste international. C’est le seul moyen d’éviter une rechute dans le nationalisme et la guerre, et d’unir le continent dans l’intérêt de la grande majorité de sa population.

4. Le retour du militarisme allemand

À Berlin, la décision a été prise il y a longtemps de dominer politiquement et militairement l’Europe et de reconstruire l’Allemagne en une grande puissance agressive capable d’affronter d’autres grandes puissances. Cette question était au cœur des négociations de coalition gouvernementale qui ont duré des mois après les élections fédérales de 2013 et 2017.

En 2013, la CDU, la CSU et le SPD se sont mis d’accord sur la fin des restrictions militaires et les ont mises en pratique au gouvernement en déployant des troupes allemandes à la frontière russe, en prolongeant la mission allemande en Afghanistan et en lançant de nouvelles opérations militaires en Irak, au Mali et au-delà. En 2018, ils ont décidé de «prendre de nouvelles mesures en vue d’une ‘armée des Européens’» et annoncé une augmentation massive des dépenses militaires. L’objectif de 2 pour cent fixé par l’OTAN ayant été atteint, ces dépenses seront doublées pour atteindre 70 milliards d’euros. Un euro sur deux de réduction des dépenses dans d’autres domaines ira à l’armée.

La nouvelle «conception de la Bundeswehr» du ministère de la Défense montre clairement que l’armée allemande, malgré des défaites catastrophiques lors de deux guerres mondiales, prépare à nouveau des opérations de guerre à grande échelle. La Bundeswehr doit être prête à «opérer dans un conflit hybride qui se développe à tous les niveaux et dans toutes les dimensions, et à le faire au sein d’une force armée multinationale et dans tous les types d’opérations». Une guerre éclair et des pertes massives sont en train d’être planifiées. «Au début d’une opération de très grande envergure et de haute intensité, un déploiement massif de forces et d’équipements facilement disponibles est nécessaire», soutient le ministère de la Défense. «Des dispositions doivent être prises pour régénérer le personnel et le matériel».

Dans un pays où plus de dix millions de personnes nées avant 1945 sont encore en vie et se souviennent des horreurs de la guerre, et où le mot d’ordre «Plus jamais la guerre» a longtemps fait partie intégrante des leçons scolaires, le retour au militarisme provoque une opposition massive.

C’est pourquoi la politique officielle prend la forme d’une conspiration, pourquoi l’AfD est promue et pourquoi l’histoire est falsifiée. La croissance du militarisme et les préparatifs avancés de la guerre exigent la restriction des droits démocratiques et de nouvelles attaques contre la classe ouvrière, qui devra faire les frais du militarisme. L’effondrement de la démocratie bourgeoise se fait sentir au niveau international.

En Allemagne, les services de sécurité se préparent à supprimer l’opposition au militarisme et au capitalisme. Telle est la conclusion du dernier rapport de l’agence nationale de renseignement du Verfassungsschutz (Bureau de la protection de la Constitution), qui a été élaboré en étroite collaboration avec l’AfD. Il dénonce comme «extrémiste de gauche» toute personne qui rejette le capitalisme et le tient responsable, selon les termes du rapport, des «griefs sociaux et politiques telles que l’injustice sociale, la ‘destruction’ de logements, les guerres, l’extrémisme de droite et le racisme ainsi que les catastrophes environnementales».

En particulier, le Verfassungsschutz mentionne explicitement le SGP comme un «parti d'extrême gauche», bien qu'il admette que le SGP poursuit ses objectifs par des moyens légaux et ne mène pas d'activités violentes ou illégales. Le gouvernement de la Grande Coalition, les services de sécurité et leurs alliés radicaux de droite agissent contre le SGP parce qu'il est le seul parti qui lutte systématiquement contre la falsification de l'histoire et le retour du militarisme, et ne fait pas partie de l'establishment capitaliste. Il est en observation, écrit le Verfassungsschutz, parce qu'il avance un programme socialiste «contre l'État et l'ordre social existants, largement dénigrés comme ‘capitalisme’, contre l'UE, contre ce qu’il appelle le nationalisme, l'impérialisme et le militarisme, et contre la social-démocratie, les syndicats et aussi le parti de gauche». La classe dirigeante craint que les perspectives historiques et politiques du SGP et du CIQI trouvent une large réponse dans la classe ouvrière et, selon Marx, deviennent une force matérielle.

Il y a quatre ans, les médias ont lancé une campagne dénonçant le SGP parce qu’il s’opposait à la révision de l’histoire et à la réhabilitation des nazis, et critiquait l’historien d’extrême droite Jörg Baberowski. Baberowski avait défendu l’apologiste nazi Ernst Nolte dans Spiegel et certifié publiquement qu’Hitler «n’était pas cruel». Le SGP a lié cette position au retour du militarisme allemand. L’Allemagne ne pouvait pas revenir au militarisme, a déclaré le SGP, sans «élaborer un nouveau récit du vingtième siècle... une falsification de l’histoire qui banalise et justifie les crimes de l’impérialisme allemand».

La critique de Baberowski et d’autres professeurs de droite a trouvé un puissant soutien parmi les étudiants et les travailleurs. Les cercles dirigeants étaient alarmés. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a accusé le SGP de «harcèlement» et s’est plaint de son «efficacité». Le présidium de l’Université Humboldt a soutenu Baberowski et a déclaré «inadmissible» toute critique du professeur d’extrême droite. Depuis maintenant un an et demi, Google censure les sites web de gauche et progressistes, y compris le World Socialist Web Site, en étroite collaboration avec les milieux gouvernementaux allemands.

Le livre «Warum sind sie sie wieder da?» (Pourquoi sont-ils de retour?) documente et développe la lutte du SGP contre le retour du fascisme, du militarisme et de l’autoritarisme en Allemagne. «Le livre n’est pas écrit du point de vue d’un observateur neutre, mais comme une contribution à la lutte contre le retour du militarisme et du fascisme. Cela devrait contribuer à ce que les procès de Nuremberg aient lieu, cette fois-ci, avant qu’une catastrophe ne se produise et non après», explique dans la préface Christoph Vandreier, vice-président du SGP et auteur du livre.

5. Le rôle du SPD, du Parti de gauche, des Verts et des syndicats

Le retour du militarisme allemand et le renforcement de l'extrême droite ne seraient pas possibles sans le soutien actif du SPD, du parti de gauche, des Verts et des syndicats.

Il y a cent ans, le SPD, sous la direction de Friedrich Ebert, Philipp Scheidemann et Gustav Noske, s’est allié aux forces les plus réactionnaires de l’armée pour vaincre la révolution de novembre 1918-1919 et assassiner les socialistes révolutionnaires, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Aujourd’hui, la social-démocratie poursuit la même politique. Cependant, contrairement à il y a 100 ans, elle n’a plus aucun lien avec la classe ouvrière. C’est un parti de droite qui représente exclusivement les intérêts des banques, de grandes entreprises, des services secrets et de la Bundeswehr (armée).

Elle est détestée par les travailleurs et les jeunes en raison de sa politique de guerre et de son agenda 2010 antisocial, qui a plongé des millions de personnes dans la pauvreté et créé le plus grand secteur à bas salaires en Europe. Le SPD a réagi à ses récentes débâcles électorales en poursuivant l'alliance gouvernementale de la Grande Coalition avec l'Union chrétienne-démocratique (CDU) de la chancelière Angela Merkel et en concluant des accords avec les forces d'extrême droite dans les coulisses. Le politicien de l'AfD Stephan Brandner, par exemple, doit son poste de président de la commission des affaires juridiques du Bundestag au vice-président social-démocrate du Bundestag, Thomas Oppermann, qui a proposé Brandner pour ce poste.

À l’Université Humboldt (HU) de Berlin, la Présidente, Sabine Kunst (SPD), met en œuvre la politique du Verfassungsschutz en coopération avec l’AfD. Après une enquête sur Martin Trefzer, délégué de l’AfD à Berlin, Kunst a poursuivi le gouvernement étudiant de l’Université de Berlin à la fin juillet afin d’obtenir les noms complets des orateurs et des députés au parlement étudiant. Les listes permettraient aux cercles d’extrême droite d’identifier, d’intimider et d’attaquer les élèves de gauche. L’objectif principal de Kunst est de défendre le professeur Baberowski, un extrémiste de droite, contre l’opposition croissante des étudiants.

Les Verts comptent parmi les partisans les plus enthousiastes des opérations militaires allemandes depuis vingt ans. Ils ont imposé la première mission de guerre de la Bundeswehr en Yougoslavie il y a deux décennies face à une vive opposition populaire. Ils sont également très à droite en ce qui concerne la politique intérieure et la politique relative aux réfugiés. Chaque fois qu’ils gouvernent un État allemand avec le SPD, la CDU, le FDP ou le Parti de gauche, ils réarment les forces de sécurité et expulsent brutalement les réfugiés. Leur partenaire préféré de la coalition est maintenant la CDU. Même après les élections bavaroises, ils se sont déclarés prêts à former une coalition avec le CSU, dont le président Horst Seehofer a ouvertement soutenu les manifestations néonazies à Chemnitz.

Comme les Verts, le parti La Gauche (Die Linke) représente les intérêts non pas des travailleurs, mais de l’État et de la classe moyenne aisée. Il a les deux pieds dans le camp de l’impérialisme allemand. Il est issu du parti dirigeant stalinien de l’Allemagne de l’Est, qui a réprimé la classe ouvrière et soutenu la restauration du capitalisme à l’Est. En 2007, ce parti a fusionné avec le WASG (Travail et justice sociale – l’alternative électorale), composé d’anciens bureaucrates du SPD, de syndicalistes et de membres de groupes de la pseudo-gauche, pour former le parti La Gauche.

En 2013, le parti La Gauche a participé à l’élaboration d’un rapport de politique étrangère intitulé «Nouveau pouvoir – nouvelle responsabilité» de la «Stiftung für Wissenschaft und Politik» (SWP, Fondation pour la science et la politique). Il a ainsi été impliqué dès le début dans le retour du militarisme allemand. Depuis lors, il soutient loyalement l’offensive de Berlin en matière de politique étrangère. Partout où il gouverne au niveau de l’État, il établit de nouvelles normes pour la férocité de ses coupes sociales. La Gauche a fait de Berlin une véritable capitale de la pauvreté. En Grèce, son parti frère Syriza brise la vie de millions de personnes, avec son programme d’austérité impitoyable.

Des sections du parti La Gauche sont maintenant ouvertement dans le camp de la droite. La chef du groupe parlementaire du parti, Sahra Wagenknecht, s’est prononcée contre la manifestation anti-extrême-droite à Berlin et a ridiculisé l’exigence d’ouverture des frontières comme étant «irréelle et totalement détaché de ce monde». Ce n’est qu’une question de temps avant que Wagenknecht ne fasse ouvertement alliance avec l’extrême droite. Le patron de l’AfD, Alexander Gauland, la félicite régulièrement comme une «voix courageuse de la raison», saluant et commentant ses attaques contre les réfugiés («Celui qui abuse de l’hospitalité perd le droit à l’hospitalité») comme étant «à propos et sans détour».

6. Mettre fin à la pauvreté et à l’exploitation – pour l’égalité sociale!

L’affirmation des sociaux-démocrates selon laquelle les antagonismes de classe entre la classe ouvrière et la bourgeoisie peuvent être surmontés par l’«économie sociale de marché» et le partenariat social s’est révélé être un mensonge. Depuis au moins les années 1980, le fossé entre riches et pauvres s’est creusé rapidement; il a maintenant atteint un niveau qui défie l’imagination.

Au niveau mondial, les huit individus les plus riches possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 3,6 milliards de personnes. Ce fossé social traverse tous les pays et toute l’Europe. Le salaire moyen en Bulgarie, pays membre de l’UE, est huit fois inférieur à celui de l’Allemagne. En Allemagne même, l’un des pays les plus riches d’Europe, 12,9 millions de personnes vivent dans la pauvreté et 3,2 millions d’entre elles occupent plusieurs emplois, faute de quoi leurs bas salaires ne leur permettraient pas de vivre. Même ceux qui gagnent un salaire plus «normal» font face à des problèmes existentiels: loyers inabordables, longs trajets pour se rendre au travail, stress professionnel croissant et insécurité.

Les syndicats et leurs délégués d’entreprise sont devenus des cogestionnaires au service des capitalistes, organisant la contre-révolution sociale. Il n’y a guère de licenciement ou réduction de salaire qui ne porte leur signature. Ils réagissent avec hostilité à tout signe de militantisme et tentent soit d’arrêter complètement l’action syndicale, soit de la conduire dans une impasse. Dans la mesure où les partis d’extrême droite ont réussi à trouver un soutien parmi les travailleurs, c’est dû à l’indignation face au rôle réactionnaire de la social-démocratie, de la pseudo-gauche et des syndicats.

Le SGP rejette fermement le système capitaliste et ses sbires politiques. Nous luttons pour une société dans laquelle les besoins des gens l’emportent sur les intérêts privés. Les grandes fortunes, les banques et les grandes entreprises doivent être expropriées et placées sous contrôle démocratique. Ce n’est qu’ainsi que les droits sociaux de tous pourront être garantis. Il s’agit notamment du droit à un emploi bien rémunéré, à une éducation de qualité, à un logement abordable, à des pensions sûres, à d’excellents soins médicaux et à un accès à la culture.

7. Quatre-vingts ans de la Quatrième Internationale

Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) est aujourd’hui la seule tendance socialiste représentant les intérêts sociaux et la perspective historique de la classe ouvrière. C’est le résultat de décennies de lutte pour les principes marxistes et l’indépendance de la classe ouvrière. Dans l’histoire, le programme et la ligne politique du CIQI, on retrouve sous forme concentrée les leçons et les expériences de plus de 150 ans de luttes de classe, autant les victoires que les défaites.

La fondation de la Quatrième Internationale, il y a 80 ans, par Léon Trotsky et l’Opposition de gauche internationale, a résumé leurs quinze années de lutte contre la dégénérescence stalinienne de l’Union soviétique et l’Internationale communiste (Comintern). Contre le programme nationaliste du «socialisme dans un seul pays», qui exprimait les intérêts de la bureaucratie au sein de l’Union soviétique, ils défendaient la stratégie internationaliste qui avait mené la Révolution d’octobre à la victoire en 1917.

La subordination du Comintern aux intérêts nationaux de la bureaucratie soviétique conduisit à des défaites dévastatrices de la classe ouvrière internationale, atteignant son point culminant avec la catastrophe allemande de 1933. Sous l’influence de Moscou, le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands) avait minimisé le danger du fascisme et bloqué une lutte commune de la classe ouvrière allemande contre les nazis. Au lieu de former un front unique avec le SPD, qui à l’époque organisait encore des millions de travailleurs socialistes, il les a qualifiés de «social-fascistes», qui n’étaient pas différents des nazis.

Le refus du Comintern de tirer les leçons de la catastrophe allemande a poussé Trotsky à rompre avec lui et à appeler à la fondation de la Quatrième Internationale. Contre le rôle ouvertement contre-révolutionnaire du stalinisme, les politiques désastreuses du Front populaire et le massacre des communistes en Union soviétique, la Quatrième Internationale défendit les principes socialistes de l’internationalisme et du pouvoir ouvrier.

L’issue de la Seconde Guerre mondiale et le rôle contre-révolutionnaire du stalinisme ont donné un répit au capitalisme. Une reprise économique s’est développée dans l’après-guerre, soutenue surtout par les ressources du capitalisme américain. Les partis sociaux-démocrates et les syndicats discrédités ont repris de l’influence. Les luttes de libération nationale étaient menées par des dirigeants bourgeois qui cherchaient un compromis avec l’impérialisme.

Cela ne s’est pas fait sans laisser une empreinte sur la Quatrième Internationale. Pendant des décennies, le Comité international a dû lutter contre les courants politiques du pablisme et du capitalisme d’État, qui se sont adaptés aux mouvements staliniens, réformistes et nationaux et leur ont attribué un rôle révolutionnaire. Ils ont tous soutenu que ce n’est pas la classe ouvrière, dirigée par la Quatrième Internationale, qui mènerait la lutte pour le socialisme dans une révolution. Ce seraient plutôt une aile «progressiste» de la bureaucratie stalinienne, des armées paysannes maoïstes, des sociaux-démocrates et syndicalistes de «gauche» ou des nationalistes bourgeois comme Ben Bella, Yasser Arafat et Fidel Castro qui apporteraient une transition graduelle au socialisme.

De 1982 à 1986, en faisant scission avec le Workers Revolutionary Party britannique, qui s’était de plus en plus adapté à ces positions pablistes, les trotskystes orthodoxes ont repris le contrôle du Comité international et ont pu mener à bien un développement théorique et politique sans précédent fondé sur l’héritage historique de la Quatrième Internationale. Ses analyses de la mondialisation, de la restauration capitaliste en Union soviétique, de la faillite du réformisme et des syndicats, ont aligné le parti sur le développement objectif de la lutte de classe et l’ont préparé aux prochaines luttes révolutionnaires. Cela s’est traduit par la transformation des sections du CIQI de ligues en partis et par la création du World Socialist Web Site en tant que publication quotidienne internationale en ligne du CIQI.

Aujourd’hui, les perspectives du CIQI ont été confirmées. La bureaucratie stalinienne a liquidé l’Union soviétique et introduit des rapports de propriété capitalistes pour garantir ses privilèges contre la classe ouvrière. Les maoïstes ont fait de la Chine un paradis de l’exploitation capitaliste. Les mouvements nationaux ont dégénéré en laquais des puissances impérialistes. Et les partis réformistes sont en chute libre à cause de leur politique de droite.

«Le monde capitaliste n'a pas d'issue, à moins de considérer comme telle une agonie prolongée», écrivait Trotsky en 1940, peu avant son assassinat par un agent stalinien. «Il faut se préparer pour des longues années, sinon des décennies, de guerres, de soulèvements, de brefs intermèdes de trêve, de nouvelles guerres et de nouveaux soulèvements. C'est là‑dessus que doit se fonder un jeune parti révolutionnaire».

Les événements ont confirmé cette perspective historique. La Quatrième Internationale, sous la direction du Comité international, a acquis une vaste expérience au cours des décennies qui ont suivi et a clarifié les questions théoriques centrales. Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour en faire le parti de masse mondial de la révolution socialiste.

8. Les tâches du SGP

Le SGP et ses partis frères au sein du CIQI luttent pour le même objectif et sont confrontés aux mêmes tâches fondamentales. Comme on peut le lire dans la résolution du Cinquième Congrès du Socialist Equality Party (SEP, États-Unis):

«La tâche fondamentale du SEP est de construire une avant-garde révolutionnaire et de donner à la classe ouvrière un niveau toujours plus élevé de compréhension de ses objectifs, et de clarifier la nature du mouvement qui se développe. Le SEP doit lutter pour relier la croissance de la lutte dans la classe ouvrière à un mouvement politique socialiste, internationaliste et anti-impérialiste pour prendre le pouvoir et réorganiser la vie économique sur la base des besoins sociaux au lieu du profit privé. À la politique de guerre et de contre-révolution sociale de la classe dirigeante, la classe ouvrière doit opposer un programme de révolution socialiste».

Les tâches suivantes découlent de cette perspective pour la campagne électorale européenne du SGP:

a) Une campagne européenne pour la perspective des États unis socialistes d’Europe, menée conjointement avec le Socialist Equality Party en Grande-Bretagne et le Parti de l’égalité socialiste en France. La lutte pour les États unis socialistes d’Europe est le seul moyen d’empêcher une rechute vers le fascisme et la guerre et d’unir le continent dans l’intérêt de la grande majorité de sa population.

b) Du travail politique systématique dans la classe ouvrière. Comme le SEP aux États-Unis, le SGP lutte pour construire des comités de base dans les usines et les quartiers, indépendants des syndicats, en combinant cela avec la mobilisation politique de la classe ouvrière contre le système capitaliste.

c) Construire un mouvement antiguerre basé sur la classe ouvrière, sur les principes énoncés dans la déclaration du CIQI «Le socialisme et la lutte contre la guerre».

d) La défense des réfugiés et des migrants, victimes des politiques impérialistes d’exploitation et de guerre. Le SGP défend le droit d’asile et rejette toute forme de nationalisme et de xénophobie. Les attaques contre les réfugiés visent l’ensemble de la classe ouvrière. Ce qu’il faut, c’est une lutte commune des travailleurs de toutes nationalités contre le capitalisme. Tout travailleur a le droit de vivre et de travailler dans le pays de son choix.

e) Le développement de la campagne contre le retour du militarisme allemand, l’attaque sur le SGP par le Verfassungsschutz et la conspiration des élites au pouvoir. Le SGP ne sera pas intimidé. La Grande Coalition et ses services secrets sont méprisés et rejetés par de larges couches de la population et n’ont aucune légitimité. Le SGP entamera une action en justice contre sa surveillance par le Verfassungsschutz et exigera de nouvelles élections. Il utilisera la campagne électorale pour prôner une alternative socialiste au capitalisme, à la guerre et à l’autoritarisme et pour étendre son influence auprès des travailleurs, des jeunes et des étudiants.

f) La diffusion du live «Pourquoi sont-ils de retour?» Le livre n’est pas seulement le résultat de la lutte du SGP au cours des cinq dernières années, mais il développe cette lutte et explique la nécessité d’une perspective socialiste pour combattre le danger de la droite.

g) Une campagne nationale et européenne ambitieuse pour construire l’IYSSE dans les universités, les écoles professionnelles et les écoles. Cela nécessite une lutte théorique et politique systématique contre les formes dominantes de l’idéologie bourgeoise, en particulier contre les conceptions irrationnelles du postmodernisme et contre la politique identitaire. Il y a une résistance massive parmi les étudiants et les jeunes face à la montée de l’AfD et à la transformation de ses sites d’apprentissage en écoles-cadres de l’impérialisme allemand. Cette opposition doit être orientée vers la classe ouvrière et nécessite une perspective socialiste.

h) L'élaboration et la diffusion du WSWS. La base d'une campagne électorale efficace et d'un sérieux travail politique par les candidats et l'ensemble du parti est l'analyse et la couverture continue des développements politiques, sociaux et culturels à travers le World Socialist Web Site, les polémiques constantes contre les idéologues de la bourgeoisie et la séparation politique et théorique du parti révolutionnaire de toutes les tendances de la pseudo-gauche.

i) L’étude de l’histoire. Afin d’assumer leurs responsabilités dans la campagne électorale et au-delà, les membres du parti doivent être familiers avec l’histoire du mouvement marxiste. En particulier, une compréhension de la riche histoire de la Quatrième Internationale, vieille de 80 ans, doit être développée dans la classe ouvrière.

Tout dépendra de ce qui se développera plus rapidement: la conscience socialiste de la classe ouvrière, ou la poussée de la classe dirigeante vers la guerre et la dictature. Il ne s’agit pas d’une spéculation passive. L’intervention du parti révolutionnaire sera décisive. Ce qui peut et ne peut pas être réalisé est décidé dans la lutte. La relation entre la crise du système capitaliste et la conscience de classe de la classe ouvrière n’est pas statique, mais dynamique. Les événements explosifs mineront les vieilles croyances et radicaliseront la conscience sociale. Mais seul un parti basé sur les leçons historiques de la lutte de classe, et avec une compréhension marxiste de la crise actuelle, peut élever la conscience politique de la classe ouvrière au niveau nécessaire pour le renversement du capitalisme.