Trois événements marquants de l’histoire politique du Bénin se sont produits à la date du 30 novembre sous la Révolution. Les « trois glorieuses » de la période rappellent successivement le discours programme du grand camarade de lutte en 1972, l’adoption du marxisme-léninisme comme doctrine de l’Etat en 1974 et la proclamation de la République populaire du Bénin en 1975.

Jeudi 30 novembre 1972, devant une foule enthousiaste, le chef de bataillon Mathieu Kérékou prononçait le discours-programme du Gouvernement militaire révolutionnaire (Gmr) qui avait pris le pouvoir par les armes un mois plus tôt. Le « monstre à trois têtes » du Conseil présidentiel venait d’être décapité par le groupe d’officiers militaires, mettant fin au triumvirat des présidents Hubert Maga, Justin T. Ahomadégbé et Sourou M. Apithy.

Le nouveau programme du régime devrait instaurer une « véritable indépendance du pays, selon ses thuriféraires. « La caractéristique fondamentale et la source première de l’arriération de notre pays, c’est la domination étrangère », a affirmé le grand camarade de lutte. « L’histoire de cette domination est celle de l’oppression politique, de l’exploitation économique, de l’aliénation culturelle, de l’épanouissement de contradictions interrégionales et intertribales », a-t-il poursuivi. Des mots qui sonnaient le glas de l’impérialisme et ainsi le réveil du peuple végétant dans une certaine torpeur, et qui sont toujours d’actualité.
« Comptons sur nos propres forces, sur nos propres ressources, sur l’initiative créatrice des larges masses dans notre lutte pour nous libérer de la domination étrangère, pour développer notre économie et pour donner à notre peuple la dignité et la personnalité d’un peuple libre », lance le chef de l’Etat. Lui et ses compagnons de lutte entendaient également réorganiser toute la structure économique, culturelle et sociale du pays ; éradiquer la corruption, la concussion, le népotisme ; développer les relations extérieures avec tous les pays sur la base de souveraineté nationale et affermir l’autorité de l’Etat.
L’agriculture, l’élevage, la pêche, le tourisme, l’artisanat, l’assainissement financier, l’éducation et la formation des cadres, la santé et les affaires sociales sont les piliers des réformes annoncées.

Doctrine : marxisme-léninisme

Alors que la Révolution bouclait deux ans au Dahomey, l’an II du discours-programme dit de « politique nouvelle d’indépendance nationale » sera marqué par des manifestations grandioses, notamment à Abomey. En ce moment, la tradition voudrait que le chef de l’Etat s’adressât à la nation pour évaluer les actions menées et ce qu’il reste à faire. En lieu et place d’un bilan exhaustif de l’action gouvernementale, le président définit plutôt une ligne d’action philosophique qui guidera désormais le peuple dahoméen. « Notre philosophie et le guide de notre action révolutionnaire, c’est le marxisme-léninisme », indique Mathieu Kérékou. Ce 30 novembre 1974, il proclame que la nouvelle société où il fera bon vivre pour chacun et tous sera « une société socialiste ». C’est dans cette voie de développement que le Gmr engage le peuple dahoméen, réitérant sa détermination à détruire « l’idéologie coloniale et néocoloniale » dans ses racines. Cette option, soutient le chef de file de la Révolution, est une « nécessité historique ». Le Gouvernement militaire révolutionnaire dit être convaincu que c’est « un instrument d’analyse scientifique, une méthode rationnelle de travail, une ligne de conduite exemplaire dans la vie sociale quotidienne ». Désormais, tous les actes, tous les comportements et toutes les pensées doivent tendre à sa réalisation dans les faits, préconise-t-il. Une mise en garde est faite à cette occasion et déterminera la suite d’événements tragiques : « Nul n’a le droit de prêcher contre la Révolution dahoméenne, sous prétexte de défendre une religion et ses intérêts particuliers et égoïstes ».

Nouvelle appellation, nouveau drapeau

Un an après l’adoption du marxisme-léninisme, contre toute attente, le peuple accueille dans l’allégresse, selon Ehuzu (ex-Daho Express), l’organe du militantisme révolutionnaire, la naissance de la « République populaire du Bénin ». Telle est la nouvelle appellation du Dahomey qui change également de drapeau. Les nouvelles couleurs nationales, c’est le vert frappé d’une étoile rouge à cinq branches dans l’angle supérieur gauche. L’autre changement intervenu dans la vie politique du pays ce dimanche 30 novembre 1975, c’est la naissance du Parti de la Révolution populaire du Bénin (Prpb).
L’événement qui s’est déroulé sur le boulevard de la Marina sera salué par vingt-et-un coups de canon et par un défilé militaire et populaire. Aux côtés de l’Armée de terre, la Gendarmerie, la Police, la Douane, les membres des comités révolutionnaires, le personnel des ministères, offices et sociétés d’Etat, des élèves et autres y ont pris part. Le lundi 1er décembre 1975 est déclaré chômé et payé. Cette journée sera marquée par des marches de soutien au Gmr ainsi que des réjouissances populaires à l’instar des bals organisés à l’intention des militants dans les maisons du peuple et foyers culturels à Cotonou, Porto-Novo, Abomey, Bohicon, Zagnanado.
Quelques années plus tard, le régime militaire fera face à d’énormes difficultés socio-économiques avec leurs corollaires de crises sociale et économique, grèves, mesures d’austérité, émeutes, au point qu’il capitule dix-sept ans après son coup d’Etat du jeudi 26 octobre 1972. Une conférence des forces vives de la nation convoquée en décembre 1989 s’est tenue du 19 au 28 février 1990 pour accoucher de la démocratie et d’une nouvelle Constitution. Les idéaux prônés par la Révolution, surtout par rapport à la libération effective du joug colonial restent encore un vœu pieux.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 1346 fois