« En tant que responsable des archives du PCF, indique Frédérick Genevée, j’ai répondu positivement à la sollicitation de l’éditeur et de l’auteur. Mais nous avons convenu d’un principe fort. Il s’agissait de leur livre et non de celui du PCF. Simplement parce que le PCF récuse toute forme d’histoire officielle et même institutionnelle. Bruno Fuligni est donc le seul auteur de cet ouvrage. Mon rôle s’est limité à lui permettre d’accéder aux documents conservés aux archives départementales de la Seine-Saint-Denis ou au siège national du PCF. J’ai trouvé que l’idée d’un livre objet était non seulement une bonne idée en général mais que c’était une forme adéquate, en particulier pour parler du communisme. Ce courant politique a cela de particulier qu’il a suscité un militantisme extraordinaire qui s’est incarné dans des femmes et des hommes mais aussi dans des objets. Rendre compte en grandeur réelle d’objets militants, de documents intimes, d’archives de direction donne à voir l’épaisseur de cette histoire et ce qu’elle représente en France... »

Reprenons la lecture de la présentation de Frédérick Genevée...

Michel Peyret


LA FRANCE ROUGE. UN SIÈCLE DE LUTTES, DE COMBATS, DE TUMULTES ET D’ESPOIRS COMMUNISTES

Mardi, 20 Décembre, 2011

Membre du comité exécutif national du PCF et responsable des archives, Frédérick Genevée signe la préface de la France rouge : un « livre objet » grand public, composé d’une centaine de documents historiques, qui retrace un siècle d’histoire du communisme.

 

Avec la France rouge, les archives du PCF sont utilisées dans un ouvrage qui s’adresse au grand public. Est-ce la première fois et qu’en pensez-vous ?

Frédérick Genevée. Les archives du PCF fascinent et il en est souvent question dans la presse depuis leur ouverture en 1993. Elles sont de plus en plus utilisées par les chercheurs qui travaillent bien évidemment sur le PCF et le communisme, mais plus largement par ceux qui s’intéressent à l’histoire de France. Mais il était temps de permettre au plus grand nombre de se faire une idée de leur originalité et de leur richesse. Il y a bien sûr déjà eu des publications de documents dans des revues historiques et même des reproductions de collections en fac-similés, je pense notamment à l’édition de l’Humanité clandestine, mais c’est la première fois que l’on va pouvoir avoir entre les mains une telle diversité de documents dont certains sont totalement inédits. Il faut aussi mentionner que les archives du PCF ont été complétées par celles d’autres centres : musée de l’Histoire vivante à Montreuil, musée de la Résistance nationale à Champigny, IHS-CGT, archives municipales d’Ivry-sur-Seine…

 Comme responsable des archives du PCF et historien qui publie bientôt un ouvrage sur leur histoire (1), quel regard portez-vous sur cet ouvrage ?

Frédérick Genevée. En tant que responsable des archives du PCF, j’ai répondu positivement à la sollicitation de l’éditeur et de l’auteur. Mais nous avons convenu d’un principe fort. Il s’agissait de leur livre et non de celui du PCF. Simplement parce que le PCF récuse toute forme d’histoire officielle et même institutionnelle. Bruno Fuligni est donc le seul auteur de cet ouvrage. Mon rôle s’est limité à lui permettre d’accéder aux documents conservés aux archives départementales de la Seine-Saint-Denis ou au siège national du PCF. J’ai trouvé que l’idée d’un livre objet était non seulement une bonne idée en général mais que c’était une forme adéquate, en particulier pour parler du communisme. Ce courant politique a cela de particulier qu’il a suscité un militantisme extraordinaire qui s’est incarné dans des femmes et des hommes mais aussi dans des objets. Rendre compte en grandeur réelle d’objets militants, de documents intimes, d’archives de direction donne à voir l’épaisseur de cette histoire et ce qu’elle représente en France. Évidemment, ce parti pris peut donner lieu à des simplifications pour certaines périodes mais l’ouvrage montre bien que le communisme est un fait humain total : politique, social et culturel. Et si cet ouvrage expose les liens du PCF au camp socialiste, au stalinisme, car c’est son histoire, il montre aussi que ce parti plonge ses racines dans l’histoire du XIXe siècle et qu’il n’est pas né en 1920 d’une simple initiative russe.

 En quoi ce livre peut-il contribuer à la réflexion d’aujourd’hui ?

Frédérick Genevée. Je crois qu’il faut distinguer l’histoire de la politique. Toute forme d’instrumentalisation est vaine et inefficace. L’histoire peut simplement aider à comprendre, à éclairer des choix, elle ne les remplace pas. Si le PCF existe toujours actuellement, ce n’est pas à cause de son histoire mais bien de ses choix politiques. Il en va de même pour son avenir… Il n’y a pas de scoop dans ce livre, simplement des documents significatifs d’une trajectoire historique, on pourrait en trouver bien d’autres. Ce livre n’est pas à prendre ou à laisser et permet le débat. Il donne le goût d’en savoir plus, il est un facteur d’éducation populaire, suscite l’envie de se confronter aux travaux scientifiques. Sa forme originale peut toucher les plus jeunes et leur faire découvrir un continent. J’espère qu’il aiguisera aussi l’intérêt des militants, de leur famille, à prendre soin de leurs vieux documents, de leurs vieux objets et même de les confier aux institutions qui peuvent les conserver dans de bonnes conditions. Le PCF fut le principal vecteur de la politisation populaire en France. Cet ouvrage le montre et, à sa manière, y contribue aussi.

 

(1) La Fin du secret, histoire des archives du PCF, de Frédérick Genevée. Éditions de l’Atelier, à paraître le 16 février 2012.

Entretien réalisé par Anna Musso et Jacqueline Sellem

·         

SUR LE MÊME SUJET

L’auteur ambitionne de remettre la classe ouvrière sur le devant de la scène politique.

CULTURE ET SAVOIRS

À propos de l’histoire récente du PCF

Dans son dernier ouvrage, le sociologue Julian Mischi s’interroge sur les raisons de la perte ...

Janvier 1947, Maurice Thorez (en bas au centre) assiste à la bataille parlementaire du gouvernement ramadier qui révoque les ministres communistes.

EN DÉBAT

Maurice Thorez, trente ans de communisme

L’homme politique, que la mort frappe le 11 juillet 1964 sur un bateau en mer Noire et auquel le...