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La leçon d’économie de René Passet

25/03/2016

Christian ChavagneuxEditorialiste

Les organisateurs du Printemps de l’économie, qui se tient à Paris du 8 au 14 avril prochain, ont eu l’excellente idée d’inviter l’économiste René Passet pour une préconférence. A 90 ans, celui qui analysait les logiques opposées de l’économie et de la nature dès les années 1970 et pourfendait les erreurs de l’approche économique dominante a livré une remarquable leçon d’économie en trois points saillants dont devraient s’imprégner tous les apprentis économistes.

Deux logiques opposées d’optimisation

La vie économique optimise, explique René Passet, comme la nature. Les espèces vivantes cherchent à tirer le maximum de stock de « patrimoine » d’un flux limité, celui du rayonnement solaire. A l’inverse, les agents économiques cherchent à tirer le maximum de flux de production en puisant dans un stock naturel limité. Deux logiques d’optimisation, mais deux logiques opposées.

Aux externalités négatives de l’activité économique sur la nature, l’économie dominante, après Arthur Cecil Pigou, a répondu par l’idée d’internalisation des externalités, ce que l’on appelle le principe pollueur-payeur. Un mirage : faire payer le pollueur n’enlève pas la dégradation de la nature !

Faire payer le pollueur n’enlève pas la dégradation de la nature !

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Pour en comprendre la dynamique, il faut se rapprocher des scientifiques. René Passet a eu le privilège de participer au célèbre Groupe des 10 qui rassemblait des gens comme Edgar Morin, Henri Atlan, Henri Laborit, et autres pointures pour tenter de comprendre le monde, dans une ambiance intellectuelle incroyable. La multidisciplinarité est un impératif intellectuel pour qui veut analyser l’économie, qui ne peut être laissée aux seuls économistes.

Un message qui vaudra à René Passet de nombreux déboires dans son université de la part des économistes bornés, dont on taira le nom par charité, qui tenteront de le priver au maximum de ressources. Et qui vaut les mêmes ennuis aux économistes hétérodoxes d’aujourd’hui dans un esprit antidémocratique.

Rien n’existe à l’équilibre

On comprend d’autant mieux l’énervement des économistes adeptes de la pensée étroite que René Passet aligne les arguments pour démontrer l’inanité de leur approche, par exemple lorsqu’ils raisonnent « à l’équilibre ». Cela peut être intéressant dans des conditions bien précises, nous dit-il. Pour aller de chez soi à son épicier, on peut dire que la ligne droite est le plus court chemin. Mais si vous voulez envoyer une fusée dans l’espace, mieux vaut lire Einstein !

En économie, rien ne se fait à logique constante et de manière linéaire

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En économie, c’est pareil. On peut réfléchir à l’équilibre à partir d’hypothèses théoriques restreintes, comme une fiction heuristique, mais dans le monde réel rien n’existe à l’équilibre, tout est en permanence en mutation. En économie, rien ne se fait à logique constante et de manière linéaire.

Pour penser le monde, il faut donc une économie de l’évolution. A 90 ans, René Passet y travaille : réécrire l’histoire économique sous ce prisme, tout en pensant qu’il n’ira pas au bout… Mais son message est clair : il faut penser les changements économiques comme ceux d’un métabolisme en évolution.

Trois principes

Enfin, René Passet a souhaité confier à la fin de sa conférence trois principes que les économistes et les hommes politiques devraient suivre en permanence : n’oubliez pas la finalité humaine de l’économie, elle doit être mise au service des besoins humains et du progrès social ; n’oubliez pas le long terme, c’est le temps du projet ; n’oubliez pas l’ambivalence de toute chose, rien n’est jamais tout noir ou tout rose.

N’oubliez pas la finalité humaine de l’économie

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L’évolution du monde est non linéaire, elle passe par des phases critiques durant lesquelles l’action humaine est possible. Nous restons maîtres de notre destin, conclut René Passet, devant le public ravi du carreau du Temple mêlant jeunes lycéens et anciens élèves d’il y a quarante et cinquante ans du professeur, venus exprimer leur fidélité !

Un message d’avenir et d’espoir, délivré par un intellectuel qui maîtrise l’histoire économique, l’histoire des idées économiques (comme l’illustre le nombre impressionnants d’auteurs cités durant la conférence que presque plus aucun économiste d’aujourd’hui ne fait l’effort de connaître) et l’histoire des sciences – on en a une idée avec son fameux livre de 2010 – le tout avec la plus grande humilité. Une leçon.

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CHRISTIAN CHAVAGNEUX

Editorialiste

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