"D'extrême droite, indique Wikipédia, anticommuniste, antisémite, antirépublicaine et proche du fascisme, la Cagoule commet plusieurs assassinats et un attentat à la bombe. Parallèlement, elle tente une « intox » auprès de l'armée en ébruitant de fausses rumeurs relatives à une insurrection communiste. L'organisation est démantelée par la police en 1937-1938. Après la défaite et l'armistice de 1940, plusieurs anciens « cagoulards » se rallient au gouvernement de Vichy ou deviennent des « ultras » parisiens de la collaboration, notamment l'ex-dirigeant cagoulard Eugène Deloncle qui fonde le Mouvement social révolutionnaire. Quelques-uns optent pour la Résistance intérieure ou la France libre, tel Maurice Duclos. Les rapports entretenus à divers degrés avec d'anciens cagoulards par certains hommes d'affaires et hommes politiques français, tels le fondateur du groupe L'Oréal, Eugène Schueller, et le président de la République François Mitterrand, ont maintenu l'attention publique sur l'organisation après la Seconde Guerre mondiale... »

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Michel Peyret


 

Cagoule (OSARN)

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Eugène Deloncle photographié après son arrestation à Paris en novembre 1937.

La Cagoule est une organisation politique et militaire clandestine de nature terroriste[1], active dans les années 1930 en France.

Originellement nommé Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (OSARN) par ses fondateurs, puis abrégé OSAR, le groupe est devenu dans la presse Comité secret d'action révolutionnaire (CSAR) suite à une faute dans un rapport d'informateur. Il est plus connu sous le surnom « la Cagoule », sobriquet choisi par Maurice Pujo pour exprimer son dédain envers cette organisation créée par des dissidents de l'Action française.

D'extrême droite, anticommuniste, antisémite, antirépublicaine et proche du fascisme, la Cagoule commet plusieurs assassinats et un attentat à la bombe. Parallèlement, elle tente une « intox » auprès de l'armée en ébruitant de fausses rumeurs relatives à une insurrection communiste. L'organisation est démantelée par la police en 1937-1938.

Après la défaite et l'armistice de 1940, plusieurs anciens « cagoulards » se rallient au gouvernement de Vichy ou deviennent des « ultras » parisiens de la collaboration, notamment l'ex-dirigeant cagoulard Eugène Deloncle qui fonde le Mouvement social révolutionnaire. Quelques-uns optent pour la Résistance intérieure ou la France libre, tel Maurice Duclos.

Les rapports entretenus à divers degrés avec d'anciens cagoulards par certains hommes d'affaires et hommes politiques français, tels le fondateur du groupe L'Oréal, Eugène Schueller, et le président de la République François Mitterrand, ont maintenu l'attention publique sur l'organisation après la Seconde Guerre mondiale.

Création

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Jean Filiol,
photographie parue dans
Le Populaire, organe du Parti socialiste (SFIO), no 5448, 14 janvier 1938.

Le 6 février 1934, une manifestation antiparlementaire organisée à Paris devant la Chambre des députés par des groupes de droite, des associations d'anciens combattants et des ligues d’extrême droite tourne à l'émeute.

La crise se poursuit par de nouvelles manifestations violentes organisées par les ligues. À terme, soixante-dix des principaux membres de la 17e section des Camelots du roi protestent contre l'apathie de Charles Maurras et quittent le mouvement. Parmi eux Eugène Deloncle fonde le Parti national révolutionnaire (PNR) en décembre 1935.

Le 13 février 1936, lors des funérailles de l'intellectuel d'extrême-droite Jacques Bainville, la voiture de Léon Blum est interceptée fortuitement et Léon Blum agressé. Le 18 juin 1936, le Front Populaire de Léon Blum dissout les Ligues. Le même jour le PNR se dissout et laisse la place à l'OSARN (Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale) ou Comité secret d'action révolutionnaire (CSAR). Sa tête pensante est Eugène Deloncle, son bras-droit Jean Filiol.

Organisation

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Le docteur Henri Martin, photographie publiée dans le magazine Détective, no 483, 27 janvier 1938.

Après avoir été soigneusement sélectionnés, les membres du groupe se soumettent à un rite d'initiation sur le modèle de la franc-maçonnerie, et adoptent un pseudonyme. La plupart appartiennent à la bourgeoisie ou aux milieux aisés (ingénieurs, cadres, etc)[2].

« La direction est organisée sur le modèle de l'armée, dans un état-major comprenant 4 bureaux : discipline, recrutement, organisation (responsable Deloncle), renseignements (Docteur Martin), instruction-opérations (colonel Cachier), transports-munitions (colonel Benoit puis Moreau de la Meuse). À la tête se trouve le chef, Deloncle assisté d'une sorte de conseil privé informel dont font partie Filiol, Corrèze, Jeantet et Henry Deloncle : tous proviennent de l'Action française.
Le dispositif de terrain n'est pas sans rappeler celui des dispos : petites unités de base, dizaine puis trentaine. Chaque brigade comprend deux régiments, chaque régiment deux ou trois bataillons, chaque bataillon est formé de 3 unités et chaque unité comporte 3 cellules. Tous les hommes sont armés de pistolets ou de fusils de chasse pour les échelons les plus bas. Chaque unité est pourvue d'un fusil-mitrailleur. Le fichier des adhérents est codé à l'instar de celui des
Croix-de-Feu, la technique de codage étant beaucoup plus sophistiquée. Organisation militaire perfectionnée, certes, elle tient autant de l'organisation autoritaire et hiérarchisée de l'armée que de l'entreprise. C'est qu'il arrive à Deloncle, son concepteur, de traiter ses hommes comme de simples salariés[3]. »

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Le général Duseigneur.

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François Méténier.

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Aristide Corre.

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Jacques Corrèze.

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Gabriel Jeantet.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/35/Information_icon.svg/16px-Information_icon.svg.pngCliquez sur une vignette pour l’agrandir.

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De gauche à droite et de haut en bas : les cagoulards Paul Renne, Robert Léger, Henri Place et Michel Harispe.

Si l'Action française sait que l'OSAR existe, c'est qu'une partie non négligeable des dirigeants sont d'anciens camelots ou simplement, d'anciens militants. C'est aussi le cas de Maurice Cochinaire, de Nancy, chef de la Cagoule d'Alsace-Lorraine ; il a été trésorier de l'Action française à Nancy en 1924[réf. nécessaire] et responsable des Camelots du Roi pour l'Est jusqu'en 1936[4]. Mais pour les membres de la Cagoule, lassés de l'attentisme de Pujo et de Maurras, l'heure est venue d'agir. En janvier 1935, Deloncle démissionne et fonde, dans le secret le plus absolu, l'organisme conspirateur.

La Cagoule prétend œuvrer à l’échec d'un « complot communiste » (dont le Front Populaire serait une étape) et entend pour ce faire s'emparer du pouvoir à l'occasion d'un coup d’État. De nombreux contacts sont pris dans cette optique auprès d'officiers de l'armée[2].

En raison de sa composition sociologique le groupe bénéficie de rapports privilégiés avec les milieux industriels et économiques. Ainsi, pour satisfaire ses besoins financiers, il peut compter sur les apports de la Fédération nationale des contribuables dirigée par le PDG de Lesieur, Jacques Lemaigre Dubreuil[2]. Ami intime d’Eugène Deloncle et fondateur de la société l'Oréal, Eugène Schueller met ses moyens personnels à la disposition de la Cagoule qui organise des réunions dans son propre bureau du siège de la société. En outre, il aide financièrement l'organisation[5]. Michelin financera également le mouvement à hauteur de trois millions.

Des jeunes gens, amis et étudiants pour la plupart, résidant à l’internat des pères maristes, au 104, rue de Vaugirard à Paris, fréquentent alors les chefs de la Cagoule. Sans que tous adhèrent au mouvement ou fassent état publiquement d'une quelconque approbation, il y a parmi cette bande d'amis Pierre Bénouville, issu de l'Action française, François Mitterrand, Claude Roy et André Bettencourt[6]. Le nom de Georges Loustaunau-Lacau, officier de l'armée française et fondateur des réseaux « Corvignoles », apparaît également.

Action subversive

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Policiers et témoins autour du cadavre de Dimitri Navachine,
photographie parue dans
Le Petit Parisien, no 21882, 26 janvier 1937.

Anticommuniste, antisémite et antirépublicain, ce mouvement de tendance fasciste mène, à partir de 1936, des actions de déstabilisation de la République.

À la fin du mois de novembre 1936, Deloncle rencontre le général Giraud[7]. Giraud promet son aide à Deloncle en cas de soulèvement communiste et Deloncle lui annonce que les cagoulards se rangeraient sous ses ordres en échange. Très satisfait, Giraud « est évidemment d'accord pour travailler avec les gens de l'OSARN et souhaite la meilleure réussite à l'entreprise de Deloncle et Duseigneur… »[8],[9]. Le maréchal Franchet d'Espèrey accueille favorablement Deloncle et Duseigneur[10] et promet son soutien à la condition qu'ils assassinent quelqu'un pour montrer leur détermination[11] ; ce sera Dimitri Navachine, journaliste et économiste russe en affaire avec l'URSS, directeur de la Banque commerciale pour l'Europe du Nord de 1925 à 1930 et ami personnel du ministre Anatole de Monzie, lequel fit reconnaître l'URSS par la France et négocia le remboursement de l'emprunt russe. Il est assassiné de six coups de baïonnette tronquée, dont un en plein cœur, par Filiol le 23 janvier 1937, avenue du Parc-des-Princes, entre le Bois de Boulogne, dont il rentrait comme à son habitude à 10 h 30, et son domicile du 28 rue Michel-Ange.

L'organisation exerce aussi une répression impitoyable auprès de ses membres coupables d'indélicatesses. Sont ainsi éliminés Léon Jean-Baptiste en octobre 1936 et Maurice Juif, le 8 février 1937, probablement pour des malversations financières.

Le mouvement tisse des liens avec des dirigeants fascistes du gouvernement de Benito Mussolini en Italie et achemine des armes au général Francisco Franco en Espagne[12]. En échange, La Cagoule obtient un appui financier. Les frères Carlo et Nello Rosselli, deux intellectuels antifascistes italiens, sont ainsi assassinés le 9 juin 1937 pour le compte des services de renseignement fascistes à Bagnoles-de-l'Orne[13]. L'OSARN reçoit des armes du gouvernement italien en contrepartie[14]. En août 1937, il organise la destruction sur l'aérodrome de Toussus-le-Noble d'avions destinés à l’Espagne républicaine[15].

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Attentat perpétré par la Cagoule le 11 septembre 1937 contre le siège de la Confédération générale du patronat français, rue de Presbourg, près de la place de l'Étoile.
Photographie publiée dans
Le Populaire, organe du Parti socialiste (SFIO), no 5445, 11 janvier 1938.

L'attentat terroriste de l'Étoile

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Le cagoulard Pierre Locuty, auteur de l'attentat terroriste.
Photographie publiée dans
Le Populaire, 12 janvier 1938.

Afin d’en faire accuser les communistes, le 11 septembre 1937, le groupement provoque deux attentats à la bombe à Paris, connus sous le nom d'« attentats de l'Étoile » en raison de la proximité de la place de ce nom, contre la confédération générale du patronat français, au 4 rue de Presbourg[16] et l'Union des industries et métiers de la métallurgie, au 45 rue Boissière. Les gardiens de la paix Victor Legnier et Maxime Trichet[17], en faction devant les bâtiments, sont tués par l'explosion. L'enquête permet d'établir la responsabilité des membres de la Cagoule clermontoise, rassemblés au sein du groupe des « Enfants de Gergovie ». Pierre Michelin, fils de l'un des fondateurs de l'usine, est lui-même suspecté d'avoir aidé au financement de cette section de la Cagoule[18]. Plus encore, dans une interview accordée à l'hebdomadaire Marianne à la fin de janvier 1938, un enquêteur dévoile que Pierre Michelin était l'un des chefs de cette section. Plusieurs de ces membres appartiennent à l'encadrement de l'usine Michelin.

Le 11 janvier 1938, dans les journaux L'Ouest-Éclair et Excelsior, Marx Dormoy annonce l’arrestation de trois des auteurs des attentats de l’Étoile : l'ingénieur de Michelin, Pierre Jules Locuty, qui passe aux aveux, François Méténier, ingénieur, un ancien industriel à Chamalières, qui est le principal suspect et l’industriel Moreau de la Creuse. Moreau de la Creuse et Méténier nient toute participation, mais l’ingénieur Henri Vogel est arrêté à son tour[19] suite aux aveux de Locuty. Le lien avec le CSAR est ainsi établi[20].

Le putsch raté du nuit du 15 au 16 novembre 1937

Deloncle et ses hommes veulent faire un gros coup en évoquant l'imminence d'une prise de pouvoir par les communistes. Considérant que le climat anticommuniste est propice, tandis que la surveillance policière envers son propre mouvement s'intensifie, Deloncle fait venir auprès de lui et du général Duseigneur un colonel d'état-major, tandis qu'il met les cagoulards en alerte. Le colonel relate l'entrevue :

« L’heure est tragique, m’exposent Deloncle et le général Duseigneur. La révolution va éclater. À 1 heure 30, cette nuit, après l’arrêt des transports publics, les troupes communistes se mettront en route par les couloirs du métropolitain. Ils progresseront ainsi vers les centres vitaux, en même temps que les unités de surface. Voilà colonel. Il est moins une. Votre devoir est d’aller à deux pas d’ici, au ministère de la Guerre, avertir Daladier que la révolution a éclaté. […] L’aube se lève, Paris est parfaitement tranquille. Je quitte ces messieurs sur ces mots : “J’ai bien compris. Toute votre histoire de putsch était une épouvantable comédie.”[21] »

Assassinat de Marx Dormoy

Après l'échec de leur coup d’État dans la nuit du 15 au 16 novembre 1937, le complot est révélé au grand jour. Le ministre de l'Intérieur Marx Dormoy fait démanteler l'organisation, le 23 novembre. Des caches d’armes réparties sur tout le territoire sont découvertes. En 1938, plus de cent vingt membres de la Cagoule sont arrêtés, dont le général Edouard Duseigneur et le duc Joseph Pozzo di Borgo, respectivement président et vice-président de l’Union des comités d’action défensive (UCAD), qui aurait été la couverture politique de la Cagoule[22]. Cela ne permet cependant pas de détruire complètement ses ramifications dans les milieux économiques, en particulier dans les grandes entreprises qui, selon les Renseignements généraux et la police judiciaire, ont financé le mouvement terroriste. Le 5 juillet 1941 Marx Dormoy sera assassiné à l'hôtel du Relais de l'Empereur de Montélimar par d'anciens membres de l'organisation terroriste, en représailles[23].

Pendant la Seconde Guerre mondiale

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Les chefs des principaux partis collaborationnistes en 1941. De gauche à droite : Costantini (Ligue française), Déat (RNP), Deloncle (MSR) et Doriot (PPF),
photographies parues dans
Le Matin, no 20992, 10 octobre 1941.

Après l'armistice de juin 1940, plusieurs anciens membres ou ex-sympathisants de la Cagoule se rallièrent au gouvernement de Vichy. Parmi eux, beaucoup d'adeptes de la « France seule » croient en un double jeu de Pétain. Cet espoir se dissipera progressivement avec l'entrevue de Montoire.

Certains cagoulards étaient de fervents nationalistes, anti-allemands et hostiles à toute compromission avec l'occupant. La lutte pour la libération de la patrie devient donc une priorité. La victoire soviétique de Stalingrad en 1943 fait comprendre que l'Armée rouge de Staline écrasera le Reich et apportera la victoire militaire aux Alliés.

Certains de ces adeptes du complot et de l'action clandestine optent pour la Résistance[25] :

André Dewavrin, qui travaillait à Londres avec Duclos et Fourcaud a été accusé par André Labarthe d'avoir fait partie de la Cagoule avec la carte no 93, sans que cette accusation puisse être fondée[26].

Pendant la guerre le réseau d'influence de la Cagoule semble donc s'étendre à la fois au cœur de la France libre et dans le régime de Vichy. C'est ainsi par exemple que le 20 août 1940, Maurice Duclos envoyé en France par De Gaulle, peut rencontrer des proches collaborateurs du Maréchal Pétain par l'intermédiaire de Gabriel Jeantet.

L'ancien cagoulard Georges Groussard fonde les groupes de protection du maréchal Pétain mais aussi le réseau de Résistance « Gilbert » alors que Jacques Lemaigre Dubreuil, ancien financier du journal L'Insurgé (dont les locaux avaient servi préalablement de siège au Parti national révolutionnaire et social de Deloncle), soutient le général Giraud, quand Jacques Corrèze, après avoir combattu sur le front de l'Est rentre en France au sein d'un réseau de la résistance.

L'après-guerre

À la Libération, Jean-Marie Bouvyer bénéficie du témoignage en sa faveur de François Mitterrand, passé à la résistance en 1942. En effet, Bouvyer a caché chez lui du matériel et fabriqué de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés, le mouvement dirigé par François Mitterrand et Maurice Pinot. D'autres témoins, comme le capitaine FFI Maubois, ont également attesté de services rendus. Bouvyer a noué une amitié personnelle avec François Mitterrand. Lors de son procès, il affirme avoir renié ses idées des années 1930, se disant prêt à dénoncer tous les dirigeants de la Cagoule qu'il connaît et même à s'entendre avec les communistes autrefois abhorrés[27]. La mère de Jean-Marie Bouvyer devient en 1946 la marraine de Jean-Christophe Mitterrand. François Mitterrand, sans avoir jamais été cagoulard[28],[29], entretient ainsi des rapports avec certains anciens dirigeants du groupe.

Le procès de la Cagoule eut lieu en 1948. La plupart des Cagoulards sont acquittés, les plus compromis sous l’Occupation sont condamnés aux travaux forcés.

Eugène Schueller, alors patron du groupe L'Oréal, un soutien inconditionnel d'Eugène Deloncle et de Marcel Déat, collaborationnistes notoires, n'est cependant pas inquiété à la Libération, ayant donné des gages à la résistance, comme au régime de Pétain, ce qui lui permet de mettre Louis le fils de Deloncle à l'abri des poursuites.

Historiographie

Annette Finley-Croswhite et Gayle K. Brunelle, deux historiennes américaines qui travaillent depuis plusieurs années sur la Cagoule, évoquent des obstacles mis par certains conservateurs aux Archives nationales, pour accéder aux dossiers qu'un jeune conservateur leur avait signalé[30]. Pour autant, il n'aborde seulement que quelques-unes des problématiques. On regrette aussi la disparition des mémoires de Pierre Mondanel, le policier qui a démantelé la Cagoule, manuscrit déposé après son décès par sa famille à la Bibliothèque nationale[31].

Les principales sources sur la Cagoule sont les archives du procès, conservées aux archives municipales de Paris, les dossiers de police et de justice, conservés aux Archives nationales, aussi bien au site de Fontainebleau qu'à celui de Pierrefite-sur-Seine, les archives de Xavier Vallat, avocat de plusieurs cagoulards, conservées aux archives municipales de Lyon. On ignore où sont conservés les carnets d'Aristide Dagore, dont Christian Bernadac a publié les principaux extraits[réf. nécessaire].

Interprétations de Michel Rateau

Dans un essai auto-édité en 2016[32], Michel Rateau estime que l’organisation paramilitaire montée en 1936 par Eugène Deloncle et le général Duseigneur n’est que l’émanation ultime (et violente) d’un vaste complot politico-militaire constitué dès la fin des années 1920, sous l’égide de ce qu’il appelle le « réseau militariste français »[33], réseau réactionnaire qui aurait été proche du lobby colonial et initialement composé des plus hauts gradés militaires (Foch, Weygand, Lyautey, Pétain), du président du Conseil André Tardieu, des industriels Ernest Mercier (magnat de l’énergie, fondateur du Redressement Français) et André Michelin (fondateur de la Ligue de Défense Aérienne), du colonel de La Rocque (co-président de la ligue précédente et futur président des Croix de Feu) ainsi que des services secrets militaires. Ce réseau aurait œuvré à une prise du pouvoir par la voie légale en se fixant comme double objectif de bouter le communisme hors de France et de réformer l’État républicain (plus d’autorité, plus d’efficacité, en particulier grâce à une présidence de la République aux pouvoirs étendus). D’après Rateau, la Cagoule devrait être vue comme une vaste conjuration issue de ce réseau à la suite de l’humiliation ressentie par le patronat après la victoire du Front populaire de mai 1936, avec des ramifications débordant largement l’organisation paramilitaire susmentionnée.

Rateau affirme également que l’intervention armée à laquelle se préparent les troupes de l’OSARN (Deloncle) et de l’UCAD (Duseigneur) s’intègre aux divers plans de défense contre-insurrectionnels élaborés par les autorités militaires en cas de soulèvement communiste, non seulement à Paris mais aussi en province[34]. En raison des rumeurs persistantes de coup de force communiste (rumeurs savamment entretenues par les divers réseaux cagoulards[35]), de tels plans de défense auraient été demandés expressément par le ministre de la Guerre Édouard Daladier en décembre 1936. L'institution militaire aurait alors pris l'initiative de renforcer localement ses effectifs au moyen de troupes supplétives telles que celles de l'OSARN et de l'UCAD, dans la continuation directe du travail effectué depuis 1933 par le colonel de La Rocque dans le cadre du plan de défense de Paris (création d'une milice secrète sur la base des meilleurs éléments Croix de Feu). Travail interrompu en décembre 1935 par la loi Laval d’interdiction des ligues armées, les Croix de Feu ayant dû se transformer en mouvement politique classique[36] pour éviter la dissolution.

L'essayiste insère également dans son ouvrage une description généalogique des divers réseaux du lobby militariste de 1930 à 1937, dans lequel il inclut le Redressement Français, l’Entente Internationale Anticommuniste (EIA, sise à Genève), la Ligue de Défense Aérienne, la Défense Aérienne du Territoire, les Croix de Feu, le Comité Technique pour la Réforme de l’État (contrôlé par le patronat), l’OSARN et son service de renseignements (le réseau du docteur Martin), l’UCAD, le réseau Corvignolles, le Parti Populaire Français (Jacques Doriot), le Comité Central des Armateurs de France, le Comité de Prévoyance et d’Action Sociale (service de renseignements du patronat), les services secrets militaires français. Par ailleurs, l'auteur énonce l’appartenance au réseau du docteur Martin de deux anciens membres de premier plan du Redressement Français puis du Comité Technique pour la Réforme de l’État : le conseiller d'État Raphaël Alibert et l’historien-publiciste Jacques Bardoux[37]. La propagande de peur de l’automne 1936 (rumeur d’un coup de force communiste) dans les hautes sphères administratives publiques et privées serait ainsi à mettre en grande partie à leur actif et à celui des sénateurs Henry Lémery et Gustave Gautherot, le principal agent français de l’EIA selon Rateau[38].

En outre, Rateau signale l'entrée en scène du baron autrichien Georg von Potters, agent double de l’Abwehr et des services secrets militaires français[39], dans le cadre du trafic d’armes de la Cagoule, appuyant ainsi, en complément des liaisons de cette dernière avec l’Italie fasciste et l’Espagne franquiste, la thèse d’une liaison avec l’Allemagne nazie, déjà envisagée par Frédéric Monier[40]. L'auteur déclare que l’hésitation des plus hautes autorités de l’État, en particulier de Léon Blum, dans la gestion de l’enquête judiciaire, s'explique en raison de l'implication d'officiers de très haut rang et des services secrets militaires[41]. Rateau critique les témoignages écrits tant du colonel de La Rocque que des anciens officiers des services spéciaux, dans le sens où ceux-ci auraient toujours voulu se démarquer soigneusement d’un complot dont ils auraient été partie prenante[42]. Ainsi, il est avancé que le colonel de La Rocque appartenait aux services secrets militaires (Deuxième Bureau) jusqu’à une rupture que l’auteur situe aux alentours de la fin d’année 1935, après la loi Laval[43].

Enfin, l’auteur dénonce l'existence en France d’une « omerta généralisée » qui dissuaderait les historiens de sortir d'un « récit politicien » sur la Cagoule, un récit né de l’épuration d’après 1945 et où il est admis que l’entreprise de Deloncle n’avait qu’un but : détruire le régime républicain, ainsi que le fit le maréchal Pétain après la défaite de 1940. Tout autre discours viendrait, dixit Michel Rateau, heurter de plein fouet la mémoire collective de la démocratie française, structurée à partir d'un mythe d’une République éclairée terrassant l’hydre totalitaire[44].

Notes et références

Notes

Références

  1. Philippet 2011, p. 51-52, n. 1.

  2. a, b et c Pierre Milza, Histoire de l’extrême droite en France, Points, 1993

  3. Philippet 2011, p. 63-64.

  4. Charles Béné, L'Alsace Dans Les Griffes Nazies ..., Fetzer, 52, rue Jules-Ferry, 1971 (lire en ligne [archive])

  5. Marc Mousli, « L'Oréal : la belle centenaire [archive] », Alternatives économiques, no 297, décembre 2010, p. 78.

  6. En 1945, Eugène Schueller exprimera toute sa gratitude envers Mitterrand et Bettencourt pour avoir témoigné en sa faveur lors de son procès pour collaboration en nommant le premier directeur du magazine Votre Beauté puis en finançant sa campagne électorale dans la Nièvre en 1946 et le second en le nommant à la direction de son groupe de cosmétique. Schueller aura aussi contribué au lancement de la carrière de François Dalle, autre mariste de la rue de Vaugirard [1] [archive] ; Sur les relations du trio Dalle, Bettencourt, Mitterrand, voir Une histoire sans fard - L'Oréal, des années sombres au boycott arabe par l'historien israélien Michel Bar-Zohar chez Fayard.

  7. Pierre Péan, Le Mystérieux Docteur Martin, p. 140.

  8. Selon Péan, le colonel Charles de Gaulle était présent mais les biographes de Giraud ne mentionnent pas cet entretien. Par ailleurs, De Gaulle n'a jamais été accusé d'appartenir à la Cagoule hormis une évocation sans la moindre preuve par Henry de Kérillis, ancien député de Neuilly-sur-Seine dans un pamphlet publié en 1945.

  9. Éric Roussel, Charles de Gaulle, Paris, éd. Gallimard, 2002 (ISBN 978-2-07-075241-6), p. 57.

  10. Philippe Bourdrel, Les Cagoulards dans la guerre, Paris, Albin Michel, coll. « Essais - Documents », 2009, 288 p. (ISBN 978-2-226-21142-2, lire en ligne [archive]), « Deloncle et les contacts avec l'armée ».

  11. Guy Penaud, L'inspecteur Pierre Bonny – Le policier déchu de la « gestapo française » du 93 rue Lauriston, Paris, L'Harmattan, coll. « Mémoires du XXe siècle », 2011 (ISBN 978-2-296-55108-4), p. 149-156.

  12. Annie Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite : Les Élites françaises dans les années 1930, p. 365, éditions Armand Colin : « Franco, fournisseur d’armes simultané de l'OSARN puis hôte en 1937 des cagoulards en fuite. »

  13. Pierre Milza et Serge Berstein, Le Fascisme italien : 1919-1945, Le Seuil, 1980, p. 392.

  14. Eric Brunet, Un monstre à la française, JC Lattès, coll. « Essais et documents », 8 avril 2015, 300 p. (ISBN 9782709648080, lire en ligne [archive]).

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  24. Jean-François Colas, op. cit., t. III, notice biographique : il est capitaine de réserve en 1939, il est fait prisonnier en 1940 et emprisonné plusieurs mois dans un oflag. Il fuit en zone libre, vit d'expédients à Nice. Il est arrêté par les Allemands en 1944, emprisonné au siège de la Gestapo à Paris, condamné à mort mais sauvé par l'intervention d'un chef de la Milice. Il vit plusieurs années dans la clandestinité. Il est condamné à mort par contumace à la Libération, se rend en 1951. Il est alors condamné en septembre 1951 à 15 mois de prison pour « intelligence avec l'ennemi » ; il a bénéficié de la clémemce de la justice pour « services rendus à la résistance ». Il fonde ensuite un atelier d'art lorrain.

  25. Stéphane Courtois, « Comment peut-on être assez ignorant pour croire encore que les “collabos” venaient tous de l’extrême-droite et les résistants de la gauche ? » [archive], sur atlantico.fr, Atlantico, 27-28 juin 2012 (consulté le 14 septembre 2015).

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  27. Pierre Péan, Une jeunesse française - François Mitterrand, 1934-1947, Fayard, 1994 (ISBN 2213593000) p. 540-541.

  28. Pierre Péan, Une jeunesse française - François Mitterrand, 1934-1947, op. cit., p. 109 et 544.

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Annexes

Sources imprimées

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Bibliographie

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cc/Parisian_Members_of_la_Cagoule_in_1937.jpg/220px-Parisian_Members_of_la_Cagoule_in_1937.jpg

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  • Nicolas Violle, « La réception de l'assassinat des frères Rosselli dans la presse populaire parisienne », Matériaux pour l'histoire de notre temps, Paris, Association des amis de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) et du musée, no 57 « Carlo et Nello Rosselli : antifascisme et démocratie »,‎ janvier-mars 2000, p. 42-49 (lire en ligne [archive]).

Liens externes

Jean-Paul Perrin et Maurice Sarazin, Biographie : Annie Mourrailles, actrice de théâtre, mais aussi complice de l'assassinat de Marx Dormoy, [en ligne] https://vudubourbonnais.wordpress.com/2016/11/23/annie-mouraille-du-theatre-et-de-lecriture-a-lassassinat-de-marx-dormoy/

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