« L’Assemblée nationale du Pouvoir populaire, indique Jacobo Machover, a ratifié (à l’unanimité, cela va de soi, les « députés » sont tous membres du Parti unique) le projet de nouvelle constitution, destinée à remplacer celle de 1976, calquée sur celle de l’ex - Union soviétique, élaboré au sein d’une commission de 33 membres, présidée par Raúl Castro. Tout y est contradictoire, souvent grotesque. Ainsi, le socialisme réaffirmé (« irrévocable ») n’a plus comme finalité d’atteindre le communisme, cette lubie d’un autre temps. Cela a certainement pour but de se rapprocher de la doctrine des « nations-sœurs » latino-américaines, bolivarienne comme le Venezuela, ou sandiniste, comme le Nicaragua, qui ont adopté le « socialisme du XXIe siècle », au nom duquel elles peuvent massacrer leurs propres peuples en toute impunité. Fini le communisme, donc ? Non ! Le Parti communiste reste et restera « immortel », « la force dirigeante supérieure ». Comprenne qui pourra... »

Reprenons la lecture de cette présentation de la nouvelle constitution...

Michel Peyret


Propriété privée et l’économie de marché font leur entrée dans la constitution : Cuba dit-elle « adios » au communisme ?

Le Parlement cubain a voté en faveur de la promulgation d'une nouvelle constitution qui reconnaît l'économie de marché et le droit à la propriété privée.

Nouveau concept

Publié le 24 Juillet 2018

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Propriété privée et l’économie de marché font leur entrée dans la constitution : Cuba dit-elle « adios » au communisme ?

 Crédit JORGE BELTRAN / AFP

Atlantico : Dimanche 22 juillet, l’Assemblée nationale cubaine a adopté un projet de nouvelle constitution. Ce texte reconnaît la propriété privée et garantit les investissements étrangers. Le régime spécifie ne pas souhaiter abandonner son orientation socialiste. Cela n'est-il pas contradictoire avec l'ouverture à l'économie de marché ? 

Jacobo Machover : L’Assemblée nationale du Pouvoir populaire a ratifié (à l’unanimité, cela va de soi, les « députés » sont tous membres du Parti unique) le projet de nouvelle constitution, destinée à remplacer celle de 1976, calquée sur celle de l’ex - Union soviétique, élaboré au sein d’une commission de 33 membres, présidée par Raúl Castro. Tout y est contradictoire, souvent grotesque. Ainsi, le socialisme réaffirmé (« irrévocable ») n’a plus comme finalité d’atteindre le communisme, cette lubie d’un autre temps.

Cela a certainement pour but de se rapprocher de la doctrine des « nations-sœurs » latino-américaines, bolivarienne comme le Venezuela, ou sandiniste, comme le Nicaragua, qui ont adopté le « socialisme du XXIe siècle », au nom duquel elles peuvent massacrer leurs propres peuples en toute impunité. Fini le communisme, donc ? Non ! Le Parti communiste reste et restera « immortel », « la force dirigeante supérieure ». Comprenne qui pourra. D’ailleurs, les plus vieux, élevés dans la langue de bois marxiste-léniniste-guevariste, n’y entravent plus rien. Quant à la reconnaissance de la propriété privée, entièrement supprimée par Fidel Castro en 1968, cela n’est inscrit que pour entériner les réformes économiques mises en place à partir de 2010 par Raúl Castro, afin de développer un secteur de petits artisans et commerçants à côté de la propriété d’État prédominante. La mesure vise à rassurer les investisseurs étrangers qui ne se bousculent pas pour injecter leurs capitaux dans l’île, car beaucoup d’entre eux savent que le régime castriste, représenté à présent par un président fantoche, Miguel Díaz-Canel, ne respecte même pas ses propres lois. 

Une fois le référendum passé, cette constitution entrera en vigueur. Que peuvent en espérer les Cubains au quotidien ? 

Rien ! Le nouveau texte remplace, par exemple, la « liberté de parole », inexistante, par la « liberté d’expression », dont on a pu voir les prémices. Pendant que les « députés » du Pouvoir populaire étaient réunis dans un climat de servitude veule, sans qu’aucun d’entre eux n’ose prendre la parole pour apporter ne serait-ce qu’une nuance contradictoire, un groupe d’artistes réalisait une performance irrévérencieuse devant le Capitole de La Havane, face à des habitants et à des touristes qui sont restés muets (la peur est contagieuse), lorsque la police a arrêté brutalement l’un d’entre eux parce qu’il s’était couvert le corps et le visage de merde, voulant montrer par là ce qu’est la censure dans le pays. Le valeureux dissident, Luis Manuel Otero, qui avait présenté il y a quelques mois un happening autour d’un « testament » apocryphe de Fidel Castro avec sa compagne Yanelys Núñez Leyva au Centre Pompidou à Paris, va pouvoir sentir dans sa propre chair ce que signifient les proclamations de la tyrannie.   

Outre l'ouverture à l'économie de marché et le droit à la propriété privée, cette constitution autorise également l'union entre deux personnes d'un même sexe et abaisse l'âge maximum pour être candidat à la présidentielle à 60 ans. Elle instaure aussi le poste de Premier ministre. Récemment les cubains ont également eu accès -moyennant un prix assez élevé- à l'internet mobile. Que signifient tous ces changements ? Cuba est-elle réellement en train de s'ouvrir ? 

Tout cela est extrêmement cynique. Les homosexuels, qui ont été violemment persécutés, enfermés qu’ils étaient dans des camps de travail appelés « Unités militaires d’aide à la production » (UMAP), paraissent avoir enfin droit de cité, du fait de la campagne de Mariela, fille de Raúl Castro, en leur faveur. Mais jamais les injustices commises à leur encontre n’ont été reconnues.  Le poste de Premier ministre est celui qu’a occupé Fidel Castro de 1959 à 1976, avec un président honorifique, avant de concentrer nominalement tous les pouvoirs, qu’il possédait dans les faits depuis toujours. C’est de la poudre aux yeux, pour occuper les quelques bureaucrates qui gravitent autour des dirigeants, sans se préoccuper de la misère et de l’oppression des Cubains, dont la plupart rêve toujours de quitter le pays. Je suis très étonné que les médias libres du monde entier présentent comme des changements une entreprise de maquillage idéologique qui ne vise qu’à perpétuer au sommet de l’État de vieux et de plus jeunes dinosaures capables de tout accepter, sauf la liberté. Nous sommes bien loin des débats enflammés, discutés au Congrès et transmis en direct à la radio, autour de la dernière constitution profondément démocratique qu’a connue Cuba, en 1940, il y a bientôt 80 ans. Celle d’aujourd’hui est une sacrée régression.  


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