« La résolution du sommet, indique André Damon, réaffirme l’expansion de l’arsenal nucléaire, et déclare : « Aussi longtemps que les armements nucléaires existent, l’Otan restera une alliance nucléaire. Les forces stratégiques de l’Alliance, surtout celles des États-Unis, sont la garantie de la sécurité des Alliés. » Il a aussi promis de poursuivre l’expansion vers l’est de l’OTAN, réitérant les projets de l’OTAN d’inviter la Macédoine, l’Ukraine et la Géorgie à rejoindre l’alliance anti-russe. Le renforcement militaire massif dans toute l’Europe sera financé par des attaques intensifiées sur la classe ouvrière, par le démantèlement des filets de sécurité sociale et les initiatives novatrices du gouvernement du président français Emmanuel Macron : des réductions de salaires et d’avantages sociaux pour les travailleurs publics et la privatisation des actifs de l’État... »

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Michel Peyret


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Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

L’OTAN, en guerre contre elle-même, se réarme pour faire la guerre avec le monde

Par André Damon
14 juillet 2018

La couverture médiatique du sommet de l’OTAN de cette semaine a été dominée par l’intensification des tensions entre le président américain Donald Trump et les alliés militaires de Washington, en particulier l’Allemagne, sur fond de la guerre commerciale internationale lancée par la Maison-Blanche le mois dernier.

Malgré les expressions de division, couronnées par les exigences de mafioso de Trump pour des dépenses militaires supplémentaires de la part de ses alliés de l’OTAN qualifiés de « délinquants » (parce qu’ils n’ont pas payé leur note), tous les membres de l’Alliance ont réaffirmé leur engagement envers un énorme réarmement militaire, financé par des coupes drastiques dans les infrastructures publiques et des attaques sur la position sociale de la classe ouvrière.

Jens Stoltenberg, le Secrétaire général de l’OTAN, a déclaré à la fin du sommet : « Après des années de déclin, quand les Alliés coupaient des milliards, maintenant ils rajoutent des milliards. » Il s’est félicité du fait qu’au cours de la dernière année et demie, « Les alliés européens et le Canada ont rajouté 41 milliards de dollars supplémentaires à leurs dépenses de défense. »

Le résultat le plus immédiat et le plus tangible du sommet a été le plan de l’OTAN d’augmenter le nombre de forces militaires à haut niveau de préparation prêtes à attaquer la Russie, ou n’importe quel autre pays, à tout moment. La résolution du sommet a déclaré que « les Alliés offriront 30 autres grands navires de guerre de la marine, 30 bataillons de manœuvres lourds ou moyens et 30 escadrilles aériennes pouvant emporter des obus cinétiques, avec des forces de soutien, tous prêts dans un délai d’au moins 30 jours. »

La résolution a réaffirmé les actions de l’OTAN pour déployer « quatre groupements tactiques multinationaux de la taille d’un bataillon prêts au combat en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne,», y compris « plus de 4 500 soldats provenant de toute l’Alliance, capables d’opérer aux côtés des forces nationales de défense chez elles » tous à quelques centaines de kilomètres de la deuxième plus grande ville de la Russie, Saint-Pétersbourg.

Le sommet a également convenu de créer deux nouveaux quartiers généraux de commandement : un à Norfolk, en Virginie, « pour se concentrer sur la protection des lignes de communication transatlantiques » et un nouveau centre de commandement en Allemagne pour « assurer la liberté d’opération et de soutien dans la zone arrière pour assurer la circulation rapide des troupes et de l’équipement dans, à travers, et depuis l’Europe. »

La résolution du sommet réaffirme l’expansion de l’arsenal nucléaire, et déclare : « Aussi longtemps que les armements nucléaires existent, l’Otan restera une alliance nucléaire. Les forces stratégiques de l’Alliance, surtout celles des États-Unis, sont la garantie de la sécurité des Alliés. »

Il a aussi promis de poursuivre l’expansion vers l’est de l’OTAN, réitérant les projets de l’OTAN d’inviter la Macédoine, l’Ukraine et la Géorgie à rejoindre l’alliance anti-russe.

Le renforcement militaire massif dans toute l’Europe sera financé par des attaques intensifiées sur la classe ouvrière, par le démantèlement des filets de sécurité sociale et les initiatives novatrices du gouvernement du président français Emmanuel Macron : des réductions de salaires et d’avantages sociaux pour les travailleurs publics et la privatisation des actifs de l’État.

Trump a précisé que son exigence d’une plus grande dépense militaire européenne est inséparable de sa politique économique mercantiliste visant à améliorer la balance commerciale américaine avec l’Allemagne, le troisième exportateur du monde après la Chine et les États-Unis.

Ses dénonciations de l’Allemagne pour son achat de gaz naturel en provenance de Russie sont devenues un point central du sommet. Selon Trump, l’Allemagne, qui exporte deux fois plus aux États-Unis qu’elle n’en importe, doit acheter du gaz naturel américain à des prix élevés si elle veut recevoir une « protection » de l’armée américaine.

Dans la poursuite de son conflit commercial avec l’Allemagne, Trump a consciemment cherché, avec sa déclaration jeudi à l’appui d’un Brexit « dur », à déstabiliser l’Union européenne. Il a promu des mouvements politiques d’extrême droite, eurosceptiques, dont les dénonciations de la « bureaucratie de Bruxelles » ne sont guère plus qu’une couverture des antagonismes nationaux contre l’Allemagne, la puissance dominante au sein de l’UE.

Mais c’est un jeu dangereux. Stratfor, dans une analyse du sommet de l’OTAN, a averti que l’Europe est un « continent déchiré par les rivalités ».

« La stratégie américaine dans ses relations avec la Russie restera inextricablement liée à la façon dont elle gère l’équilibre des forces sur le continent européen », poursuit Stratfor. « Le Royaume-Uni est trop absorbé par son divorce du bloc pour assumer son rôle traditionnel d’équilibre pour le Continent. Cela met fin à la troisième partie de la triade des grandes puissances européennes, laissant au couple tourmenté France et Allemagne la tâche d’empêcher que le Continent ne tombe dans la sorte de conflit trop familière. »

Stratfor ajoute : « Mais c’est une chose que le président les États-Unis reconnaisse et opère dans les limites d’une réalité inconfortable sans perdre de vue son impératif fondamental : c’est-à-dire que le maintien du rapport de force en Europe reste essentiel à la capacité des États-Unis. à gérer la concurrence croissante avec la Russie et la Chine et toute distraction qui pourrait émerger. C’est une autre d’attiser activement les braises nationalistes sur le Continent et d’encourager le démantèlement d’un bloc imparfait au moyen d’agressions commerciales et de menaces sécuritaires transactionnelles. Cela c’est jouer avec le feu. »

Mais « jouer avec le feu » est exactement la stratégie de Trump dans la politique nationale et internationale. Trump, exprimant les instincts d’un spéculateur immobilier semi-criminel, essaie de mettre tout le monde à l’épreuve – alliés et ennemis.

Les commentaires d’Edward Luce jeudi dans le Financial Times, ont souligné que « Trump sait plus que ses critiques ne lui reconnaissent » Parce qu’ « il appréhende instinctivement la situation essentielle des autres ». Il ajoute : « Le démagogue le plus dangereux est celui qui appréhende une réalité sous-jacente. M. Trump sait que l’Europe a plus besoin de l’Amérique que l’Amérique n’a besoin de l’Europe. »

Bien que « détruire » les alliances réduise le poids mondial de Washington, « le plus gros perdant est l’Europe. Sa survie dépend de l’assurance que lui donne l’Amérique. »

En d’autres termes, les actions de Trump, « non conventionnelles », reflètent quelque chose d’objectif dans la position américaine dans l’ordre géopolitique et économique mondial. Reconnaissant le rôle des États-Unis en tant que clé de voûte réactionnaire de l’impérialisme mondial, Trump rackette ses « alliés », peu importe le coût pour la stabilité de l’ordre géopolitique.

Le président américain, dans le tourbillon du mois passé, où il a sabordé le sommet du G7, lancé une guerre commerciale contre l’Europe et la Chine, a tenu un sommet avec la Corée du Nord dans l’espoir de la retourner contre la Chine, et est à la veille d’un sommet avec Vladimir Poutine visant à retourner la Russie contre l’Iran, il a bouleversé toutes les alliances internationales, dans le but d’extraire des concessions maximales commerciales, économiques et militaires à la fois des « alliés » et aussi bien des « ennemis ».

Cet ordre mondial turbulent et chaotique ne rappelle rien tant que la géopolitique des années 1930, avec un défilé interminable d’alliances créées un jour et renversées le jour suivant. Dans cette période-là, chaque alliance créée, pas moins que chaque brisée, était le prélude à l’éruption de la guerre mondiale.

Et dans les années 1930, comme maintenant, tous les pays se réarmaient jusqu’aux dents à cause de l’éruption de la guerre commerciale et de la montée et la promotion des mouvements fascistes dans toute l’Europe.

Le résultat du sommet de l’OTAN, avec la combinaison particulière de réarmement massif et de divisions explosives augmente considérablement le risque de guerre mondiale. Ceux qui seront les combattants dans un tel conflit, sur quelle cause affichée, ne peuvent être prédits. Mais tous ceux qui ont prétendu que, avec la dissolution de l’Union soviétique, l’OTAN serait convertie en une alliance « pacifique » et « démocratique » ont été démasqués en tant que charlatans.

(Article paru en anglais le 12 juillet 2018)