Emmanuel Macron face à l'affaire Benalla: il faudra plus que de belles paroles

Encore heureux que Le Monde et Ariane Chemin aient fait preuve d'assez de pugnacité pour découvrir, sous son casque d'emprunt, ce monsieur Benalla, homme de confiance du président de la République et, d'évidence, déjà rompu aux basses besognes de gros bras des services d'ordre des élus, bien avant qu'Emmanuel Macron ne conquiert l'Elysée. Oui, réjouissons-nous que le masque soit tombé et que l'individu doive rendre des comptes à la justice de ce pays, alors qu'il aurait pu y échapper par la grâce du prince et de ses affidés qui, non seulement n'ont pas pris la mesure de la gravité des faits commis par M. Benalla mais ont, à l'évidence, cherché à minimiser la sanction qu'ils lui ont appliquée.

Que cet individu qui devait, ainsi, être cantonné à des tâches subalternes, toujours au service de l'Elysée, ait pu comme si de rien n'était continuer à paraître sur le devant de la scène, à plusieurs reprises, en dit long sur les relations qu'il avait su tisser avec le président et son entourage. Et, évidemment cela fait tache, abîme au plus haut point l'image de celui qui, le temps d'une campagne électorale, faisait profession « d'exemplarité ». Soyons en sûr, et pas seulement parce que l'Assemblée nationale et le Sénat vont chercher à aller le plus loin possible dans la recherche de la vérité, nous sommes entrés dans une période de crise qui va altérer le fonctionnement des institutions. Et il ne suffira pas, après que des têtes seront tombées, qu'Emmanuel Macron s'imagine exonéré d'une explication, sur le mode de l'excuse et de l'engagement moral que les Français sont en droit d'attendre de lui.

Il faudra plus que de belles paroles, un remaniement ministériel, des changements significatifs, à commencer par le remplacement du titulaire de la place Beauveau où l'on aimerait voir entrer une figure connue pour sa hauteur de vue plus que par sa dévotion au président. L'enjeu est d'autant plus important que l'opposition, aussi composite soit-elle, cherchera le plus longtemps possible à tirer profit de cette situation au moment où le pouvoir central veut imposer une nouvelle donne institutionnelle: moins de parlementaires et une restriction des pouvoirs des assemblées. En outre Emmanuel Macron n'échappera pas à une remise en question de son rapport au peuple, lui qui n'a pas craint de faire référence à « son peuple ». Une manière d'examen de conscience, au lieu et place d'une suffisance que seuls quelques déplacements, choisis sur mesure en province, ne sauraient faire oublier.

Joël Aubert