« Loin de se limiter, indique l'ntroduction, à l’étude de la diplomatie et des politiques de sécurité des États, la recherche mobilise désormais de nombreuses perspectives (sociales, culturelles, économiques, environnementales, ou encore centrées sur le rôle des circulations et des réseaux transnationaux, pour n’en mentionner que quelques-unes), qui reflètent la nouvelle variété d’approches caractérisant un domaine de plus en plus éloigné des anciens canons de l’« histoire diplomatique ». Face à cet élargissement, de nombreux historiens ont réclamé une définition plus précise de ce qui constitue la spécificité de la guerre froide et de ce qui la distingue d’autres époques et d’autres processus internationaux. Certains ont formulé des réserves : le pluralisme des approches pourrait cacher une certaine indétermination quant à l’objet de recherche et l’essor des études pourrait être synonyme d’hypertrophie. Difficile de comprendre ce qu’était la guerre froide si elle devient une catégorie fourre-tout qui peut renvoyer à n’importe quel développement international de la deuxième moitié du XXe siècle. De plus, en adoptant la définition d’une « époque de la guerre froide », on pourrait courir le risque de faire passer au second plan des développements bien plus conséquents sur le long terme, tels que la décolonisation ou la globalisation... »

Reprenons la lecture de l'Introduction...

Michel Peyret


Cold warriors : propagande, culture et guerre froide

Coordination : Michele Di Donato, Gaetano Di Tommaso et Bruno Settis

Cold warriors : propagande, culture et guerre froide. Introduction

The Cultural Cold War and the New Women of Power. Making a Case based on the Fulbright and Ford Foundations in Greece

The Cold War in the Courtroom: Friedrich Karl Kaul in Jerusalem

Sweden Goes Global: Francophonie, Palme, and the North-South Dialogue during the Cold War

Des cold warriors institutionnels : l’Information Research Department du Foreign Office britannique et l’Italie

From Establishment to Dissent: The Cases of the Litterateurs Tomas Venclova and Zviad Gamsakhurdia in Soviet Lithuania and Soviet Georgia

Bill and Ed’s Big Adventure: Cold Warriors, William Fulbright and Right-Wing Propaganda in the US Military, 1961-62

Cold warriors : propagande, culture et guerre froide. Introduction

Michele Di Donato, Gaetano Di Tommaso , Bruno Settis

 

Ce dossier entend aborder un sujet classique mais toujours fécond, celui des relations entre guerre froide, culture et propagande. Son titre en identifie les protagonistes : des intellectuels entrepreneurs de la mobilisation et de l’agitation, actifs dans la compétition quotidienne pour l’opinion publique, mais aussi dans les champs de la création artistique et des savoirs scientifiques. S’inscrivant principalement dans la tradition de l’histoire des relations internationales et plus spécifiquement des cold war studies anglo-saxonnes, le dossier propose un ensemble d’exemples et de parcours en lien avec la « guerre froide culturelle », en se penchant sur des figures d’« intellectuels » très différentes les unes des autres : archéologues et journalistes, hommes politiques et écrivains, diplomates et philanthropes – et la liste est loin d’être complète. Il s’agit, en somme, d’une tentative pour « penser par cas » – pour reprendre le titre d’une œuvre célèbre de Jean-Claude Passeron et Jacques Revel[1] – la catégorie de « cold warrior » et aussi, plus largement, celle de « guerre froide culturelle ».

Pour comprendre la relation entre les trois questions au centre de ce dossier – culture, propagande et guerre froide –, il faut partir de la dernière d’entre elles. En proposant il y a quelques années un bilan de l’historiographie sur la guerre froide, Federico Romero a souligné comment celle-ci fut marquée, dans les dernières décennies, par une double tendance[2]. D’un côté, les historiens de la guerre froide se sont efforcés d’élargir le champ de leurs recherches. Cette dynamique fut d’abord documentaire et géographique. Longtemps centrée sur les États-Unis, elle a ensuite bénéficié de l’ouverture progressive des archives européennes, à partir des années 1980. La consultation de sources provenant de l’Union soviétique et des pays du bloc de l’Est dans la décennie 1990 a entraîné dans les années suivantes l’ouverture de nouveaux champs et la discussion des interprétations antérieures du conflit Est-Ouest. L’étape suivante fut le décentrage de l’étude du conflit par rapport à ses origines soviéto-américaines et européennes. Cette approche a donné lieu à une riche littérature sur la « guerre froide globale » dans le Tiers Monde et sur son rapport au processus de décolonisation et aux défis du développement. Cette dynamique d’élargissement ne fut pas seulement géographique et archivistique mais aussi thématique. Loin de se limiter à l’étude de la diplomatie et des politiques de sécurité des États, la recherche mobilise désormais de nombreuses perspectives (sociales, culturelles, économiques, environnementales, ou encore centrées sur le rôle des circulations et des réseaux transnationaux, pour n’en mentionner que quelques-unes), qui reflètent la nouvelle variété d’approches caractérisant un domaine de plus en plus éloigné des anciens canons de l’« histoire diplomatique »[3].

Face à cet élargissement, de nombreux historiens ont réclamé une définition plus précise de ce qui constitue la spécificité de la guerre froide et de ce qui la distingue d’autres époques et d’autres processus internationaux. Certains ont formulé des réserves : le pluralisme des approches pourrait cacher une certaine indétermination quant à l’objet de recherche et l’essor des études pourrait être synonyme d’hypertrophie. Difficile de comprendre ce qu’était la guerre froide si elle devient une catégorie fourre-tout qui peut renvoyer à n’importe quel développement international de la deuxième moitié du XXe siècle. De plus, en adoptant la définition d’une « époque de la guerre froide », on pourrait courir le risque de faire passer au second plan des développements bien plus conséquents sur le long terme, tels que la décolonisation ou la globalisation[4]. La plupart des historiens, soutient Romero, ont donc opté pour un concept « pragmatique et fonctionnel » de la guerre froide, définie comme un « antagonisme enraciné dans des idéologies irréconciliables, structuré autour d’une partition géographique et d’une dissuasion stratégique, et disputé dans une pluralité de sphères […][5] ». 

Il s’agit donc, pour la recherche, de préciser les conséquences de cette nature particulière de la guerre froide : un affrontement entre des identités, des idées et des systèmes sociaux en compétition « pour l’hégémonie culturelle », ainsi qu’un  « conflit stratégique et idéologique général pour définir, diriger et façonner le futur, tout d’abord celui de l’Europe, et ensuite – au moins hypothétiquement – celui du monde entier[6] ». De plus en plus répandue, cette approche est au cœur – pour se limiter à un seul exemple – de la toute récente synthèse écrite par l’un des promoteurs les plus influents de la « nouvelle historiographie de la guerre froide », Odd Arne Westad. Dans son ouvrage The Cold War : A World History, l’historien norvégien réinscrit son analyse du conflit bipolaire dans la longue durée d’une compétition entre le capitalisme et ses critiques qui, selon lui, remonte au moins à la fin du XIXe siècle. Celle-ci fut relancée par les initiatives de deux États, les Etats-Unis et l’URSS, ayant chacun une lecture propre de son identité et de sa « mission », et entendant réorganiser l’ordre international conformément aux principes qu’ils croyaient incarner[7].

Les articles qui composent ce dossier analysent une série de moments et de figures dans l’histoire de la guerre froide en se penchant sur le processus de formation des identités, sur la projection internationale des modèles, sur les différents terrains de compétition idéologique, ainsi que sur l’interaction du paradigme de la guerre froide avec d’autres paradigmes culturels, identitaires et politiques, à différentes échelles et dans plusieurs contextes nationaux. Ils se situent donc dans un débat plus large sur la nature du conflit bipolaire, mais aussi dans la discussion relative au « duel pour l’influence sur le monde de l’art et des idées[8] », qui représente un chapitre désormais incontournable pour toute histoire générale de la guerre froide. Une riche littérature existe en effet aujourd’hui sur la dimension culturelle et idéologique de la guerre froide, ainsi que sur les activités de diplomatie publique, de propagande et de political warfare[9]. En 2004, Patrick Major et Rana Mitter observaient dans l’introduction d’un ouvrage collectif consacré à ces questions qu’il était temps « de pousser de façon beaucoup plus assumée les limites de ce dont l’histoire de la guerre froide est le nom, et d’organiser les aspects socioculturels de cette époque de façon systématique et paradigmatique, plutôt qu’après coup par rapport à l’analyse de la haute politique[10] ». Confrontés à la même tâche huit ans plus tard, Giles Scott-Smith et Joes Segal pouvaient au contraire affirmer avec assurance que « la guerre froide culturelle représent[ait] clairement un domaine de recherche bien établi[11] ».

Les développements historiographiques en ces domaines ont en effet été nombreux. Un point de départ fondamental pour la compréhension de la dimension culturelle de la guerre froide a été l’étude du rapport entre intellectuels et pouvoir politique. D’un côté, le panorama européen fut longtemps marqué par les controverses autour de la fascination de nombreux intellectuels pour le communisme et autour de la tension entre engagement politique et fonction critique des maîtres à penser[12]. Sur ce point, l’analyse porte sur la force d’attraction et d’organisation du Parti communiste sur les intellectuels, notamment en Italie et en France[13], ou, dans cette dernière, à la classique opposition entre Sartre et Aron[14]. L’engagement des intellectuels pro-occidentaux fait également débat, notamment parmi les historiens des relations internationales. Le Congrès pour la liberté de la culture (Congress for Cultural Freedom, CCF), l’association qui organisait les intellectuels liés aux milieux pro-atlantistes, fut l’objet de multiples recherches qui se sont souvent fixées sur son rapport à la politique étrangère des États-Unis à la suite notamment de la révélation, à la fin des années 1960, que l’entreprise avait été financée dès le départ par la CIA. Les premières recherches ont insisté soit sur la bonne foi des intellectuels du CCF, soit, au contraire, sur le poids de l’influence américaine et sur les risques d’une instrumentalisation de la culture par la politique[15].

Ces approches ont été nuancées par des travaux qui ont souligné le caractère complexe, négocié et pas du tout unilatéral de la relation entre les acteurs américains de la guerre froide culturelle et leurs partenaires européens. Ces travaux proposaient de resituer le débat dans le cadre des réflexions sur le rapport Europe/États-Unis et sur les processus d’« occidentalisation »[16]. De ce point de vue, l’étude de la diplomatie culturelle peut bien former un tout avec celle d’autres circulations transatlantiques – dans le domaine de la défense ou de la « gestion scientifique » de l’industrie, de la politique ou de la promotion de la productivité – et le CCF pouvait être reconsidéré comme « l’équivalent intellectuel et culturel de la politique économique du Plan Marshall, ses objectifs dans le domaine de la culture et des idées étant complémentaires des buts socio-économiques et politiques du European Recovery Plan[17] ». Il s’agit de dynamiques complexes, face auxquelles la notion de soft power forgée par le politologue Joseph Nye, bien que pertinente, peut apparaître excessivement univoque : comme l’a observé, parmi d’autres, l’historien Holger Nehring, « l’"occidentalisation" n’était pas un processus unilatéral de transmission ou même d’imposition de valeurs américaines sur le continent européen. Au contraire, des acteurs britanniques, français et italiens ont participé à la négociation d’une telle communauté [occidentale], de sorte que les idées ont voyagé d’un côté à l’autre de l’Atlantique[18] ».

Il est évident que pour comprendre ces circulations, les études ne pouvaient pas se limiter au domaine de la « haute culture ». Elles devaient nécessairement s’ouvrir aux questions soulevées par l’interaction entre les paradigmes de la guerre froide et le public de masse, soit dans le cadre des initiatives de communication politique et de diplomatie publique, soit en examinant le domaine de la culture populaire. De nombreuses études examinent ainsi l’influence de la guerre froide dans l’imaginaire collectif et dans la vie quotidienne (en se penchant au cas par cas sur les modèles de consommation, l’architecture, la technologie, le cinéma, la musique…)[19]. Les réflexions sur les dimensions politiques de l’objet ont également donné lieu à des travaux sur la diplomatie publique, la propagande et la diplomatie culturelle des deux côtés du rideau de fer. Loin de se réduire aux deux superpuissances, la focale s’est rapidement élargie aux stratégies de leurs alliés ou à de nouveaux acteurs tels que la Communauté européenne[20].

Enfin, ces recherches se sont nourries du renouvellement général de l’historiographie de la guerre froide. C’est le cas notamment des perspectives centrées sur la « guerre froide globale », qui ont contribué à élargir le champ des études sur la guerre froide culturelle, en dépassant le focus initial sur l’espace euro-atlantique pour examiner les spécificités de nombreuses aires géographiques[21] ; des travaux sur les circulations Est-Ouest, qui permettent de relativiser l’image de « deux camps » entièrement imperméables l’un à l’autre, ainsi que d’examiner ce que les deux modèles « modernistes » de la guerre froide avaient en commun[22] ; ou encore de ceux qui mettent au premier plan les questions de la construction et de l’interaction des idéologies et des identités[23].

Ce dossier[24] de la revue Histoire@Politique a pour but de valoriser certaines des directions les plus intéressantes prises par la recherche sur ces aspects de l’histoire de la guerre froide. Tout en se situant dans un champ historiographique balisé, il propose aussi d’attirer l’attention vers des pistes moins souvent empruntées par la littérature. Dans cette perspective, les articles qui le composent font preuve d’une variété thématique et d’un pluralisme méthodologique assumés. Ce qui les lie est l’attention particulière consacrée aux protagonistes des processus culturels et idéologiques lors du conflit bipolaire – ceux qu’on a appelés ici les cold warriors. C’est un titre suggestif que l’historiographie a donné en premier lieu aux acteurs de premier rang de la guerre froide (responsables politiques, diplomates, etc.)[25], mais aussi à ceux qui étaient actifs dans l’espionnage[26]. La notion a été toutefois élargie à des acteurs différents, en reflétant le caractère de « condition globale » que la guerre froide avait pris[27]. Dans le cadre de ce dossier, nous l’utilisons en référence aux penseurs activement engagés dans la définition de la nature de la compétition Est-Ouest et des moyens nécessaires pour mener ce combat pour l’ « hégémonie culturelle ». À la fois produits et agents de décennies des conflits politiques nationaux et internationaux, la plupart de ces penseurs participaient à la définition de Weltanschauungen (« conceptions du monde ») antithétiques, antagonistes et plus ou moins belliqueuses, en agissant souvent comme avant-garde idéologique et culturelle de la confrontation bipolaire. Leur rôle était double : d’une part, ils devaient définir une image commune de l’ennemi ; de l’autre, ils devaient construire l’autoreprésentation et l’autolégitimation de leur propre camp. Mais pour certains d’entre eux le dualisme de la guerre froide pouvait être ressenti comme trop contraignant : d’où des parcours accidentés et des efforts pour créer des nouvelles synthèses ou élaborer des alternatives. 

Le dossier revient sur le parcours de plusieurs individus assimilables à cette définition de cold warrior, mais aussi sur des institutions qui participaient aux expériences de production et de diffusion idéologique et culturelle en tant qu’« intellectuels collectifs », pour reprendre la célèbre notion gramscienne. Il montre comment la logique de la guerre froide interagissait souvent avec d’autres appartenances et d’autres problématiques, de l’usage politique de la mémoire de la Shoah dans les deux Allemagnes aux relations de genre, des divisions de la politique nationale dans les États-Unis aux thèmes du développement global. Le dossier s’intéresse en même temps à ceux qui ont contesté le paradigme de la guerre froide, promouvant une détente entre les deux camps ou encore une politique neutraliste axée plutôt sur le rapport Nord-Sud que sur la fracture Est-Ouest.

Les six articles dont le dossier est composé croisent plusieurs enjeux présentés dans cette introduction, et s’inscrivent dans des contextes très différents. Ils se concentrent toutefois sur l’espace euro-atlantique, les implications avec la guerre froide « globale » demeurant à l’arrière-plan – bien que jamais invisibles.

Si l’un des noms « fondateurs » de la diplomatie culturelle des États-Unis de l’après-guerre est celui du Sénateur William Fulbright, créateur du célèbre programme d’échange, nous le retrouvons dans l’article de Giles Scott Smith dans une position tout à fait différente. Il fut en effet la cible des critiques féroces des militaires de droite, quelques années avant sa prise de position claire contre la guerre au Vietnam. Une figure à première vue non politique, celle de l’archéologue, est observée de près par Despina Lalaki en Grèce, pays incontournable dans la réflexion sur la construction d’une idée d’Europe et d’Occident – peut-être d’une véritable identité — qui se réajustait au nouveau contexte de division et de confrontation. L’article de Despina Lalaki prend également en compte le rôle de fondations américaines – Ford et Fulbright – et la perspective du genre, en étudiant les cas de la vie professionnelle de deux femmes archéologues et leur position dans une guerre certes froide et culturelle, mais aussi dominée par la rhétorique de la prouesse masculine. Une diplomatie culturelle dans un sens plus classique, ouverte et publique notamment, est au cœur de l’article de Andreas Hellenes et Carl Marklund. Il s’agit de celle menée, dans le contexte de la guerre froide, par un pays neutre, la Suède, au cours des premiers gouvernements d’Olof Palme (1969-1976), qui a œuvré à l’implication de son pays dans la sphère internationale et au développement de la social-démocratie en tant qu’acteur global. Secrète, en revanche, est la circulation des informations entre le Foreign Office britannique et la presse italienne, étudiée par Michele Di Donato et Riccardo Diego Portolani : ils proposent une étude de cas sur l’importance et les limites des efforts mis en œuvre par un appareil institutionnel pour exercer une influence aussi forte que discrète dans le débat politique et la vie culturelle d’un pays étranger qui était particulièrement exposé aux divisions de la guerre froide.

Dans son article, Lorena De Vita examine l’histoire du juriste et journaliste est-allemand Friedrich Karl Kaul à travers la question de la dialectique entre échelles nationale et internationale. Lors du procès Eichmann, ce militant communiste de longue date (dont le parcours n’est pas dénué d’ambiguïtés) devient un cold warrior professionnel, engagé dans la construction de l’image internationale de la RDA. On le découvre ici engagé dans une mission touchant les relations entre les deux États allemands et Israël, mais aussi, évidemment, la construction de la mémoire des crimes nazis, qui trouve une forte résonance individuelle compte tenu de l’origine juive de Kaul. Enfin, l’article de Vilius Ivanauskas élargit l’horizon au monde soviétique, et plus particulièrement à ses périphéries. L’auteur compare le parcours de deux intellectuels dissidents, l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, futur président de la République, et le poète et critique littéraire lituanien Tomas Venclova (le seul cold warrior de ce dossier encore vivant). L’angle que l’auteur utilise est celui de leurs relations avec le système culturel soviétique et avec la question des « nationalités », qui croisent inévitablement les grandes tendances et les phases principaux de l’histoire internationale de l’URSS : la déstalinisation, le traumatisme lié à la répression du Printemps de Prague, l’émergence d’une nouvelle forme d’activisme autour des droits humains et son rôle dans la dissolution de l’Union soviétique.

Pour citer cet article : Michele Di Donato, Gaetano Di Tommaso et Bruno Settis, « Cold warriors : culture, propagande et guerre froide. Introduction », Histoire@Politique, n° 35, mai-août 2018 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Jean-Claude Passeron, Jacques Revel (dir.), Penser par cas, Paris, Éd. de l’EHESS, 2005.

[2]Federico Romero, « Cold War Historiography at the Crossroads », Cold War History, 14, 4, 2014, p. 685-703.

[3] Sur ces points voir aussi Saki Dockrill, Geraint Hughes (eds.), Palgrave Advances in Cold War History, New York, Palgrave Macmillan, 2006 (notamment p. 4-11), ainsi que les principaux ouvrages de référence : Melvyn P. Leffler, Odd Arne Westad (eds.), The Cambridge History of the Cold War, 3 vol., Cambridge, Cambridge University Press, 2010 ; Richard H. Immerman, Petra Goedde (eds.), The Oxford Handbook of the Cold War, Oxford, Oxford University Press, 2013 ; Artemy M. Kalinovsky, Craig Daigle (eds.), The Routledge Handbook of the Cold War, New York-London, Routledge, 2014.

[4] Voir notamment Holger Nehring, « What Was the Cold War? », The English Historical Review, 527, 2012, p. 920-949 ; Akira Iriye, « Historicizing the Cold War », dans R.H. Immerman, P. Goedde (eds.), The Oxford Handbook of the Cold War, p. 15-31.

[5] F. Romero, « Cold War Historiography », op. cit., p. 689.

[6] Ibid.

[7] Odd Arne Westad, The Cold War: A World History, New York, Basic Books, 2017.

[8] Federico Romero, Storia della guerra fredda. L’ultimo conflitto per l’Europa, Torino, Einaudi, 2009, p. 90.

[9] Étant donné la nécessité de proposer un cadre synthétique à un champ d’études très large, nous allons faire référence principalement aux publications en langue anglaise.

[10] Patrick Major, Rana Mitter, « East is East and West is West? Towards a Comparative Socio-Cultural History of the Cold War », dans P. Major, R. Mitter (eds.), Across the Blocs: Exploring Comparative Cold War Cultural and Social History, New York-London, Routledge, 2004, p. 1.

[11] Giles Scott-Smith, Joes Segal « Introduction », dansPeter Romijn, Giles Scott-Smith, Joes Segal (eds.), Divided Dreamworlds? The Cultural Cold War in East and West, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2012, p. 4.

[12] D’un point de vue général, Tony Judt représente un exemple particulièrement influent dans une littérature très vaste : voir Postwar: A History of Europe since 1945, New York, The Penguin Press, 2005, p. 197-225; Reappraisals: Reflections on the Forgotten Twentieth Century, New York, Penguin Press, 2008.

[13] Albertina Vittoria, Togliatti e gli intellettuali : storia dell'Istituto Gramsci negli anni Cinquanta e Sessanta, Roma, Editori Riuniti, 1992 ; Frédéric Attal, Histoire des intellectuels italiens au XXe siècle. Prophètes, philosophes et experts, Paris, Les Belles Lettres, 2013 ; Marc Lazar, Le communisme. Une passion française, Paris, Perrin, 2002.

[14]<Jean-François Sirinelli, Deux intellectuels dans le siècle, Sartre et Aron, Paris, Fayard, 1995 ; Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Paris, Seuil, 1997, notamment la troisième partie, « Les années Sartre », p. 389-605 ; Tony Judt, The Burden of Responsibility : Blum, Camus, Aron, and the French Twentieth Century, Chicago, University of Chicago Press, 1998.

[15] Peter Coleman, The Liberal Conspiracy: The Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, Free Press, 1989 ; Pierre Grémion, Intelligence de l’anticommunisme: Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975, Paris, Fayard, 1995 ; Frances Stonor Saunders, Who Paid the Piper? The CIA and the Cultural Cold War, London, Granta Books, 1999.

[16] Volker Berghahn, America and the Intellectual Cold Wars in Europe: Shepard Stone between Philanthropy, Academy, and Diplomacy, Princeton, Princeton University Press, 2001 ; Giles Scott-Smith, The Politics of Apolitical Culture: The Congress for Cultural Freedom, the CIA, and Postwar American Hegemony, New York-London, Routledge, 2002 ; Hugh Wilford, The CIA, the British Left and the Cold War: Calling theTune?, London, Frank Cass, 2004 ; Hans Krabbendam, Giles Scott-Smith (eds.), The Cultural Cold War in Europe, 1945–1960, London, Routledge, 2004 ; Marco Mariano (ed.), Defining the Atlantic Community. Culture, Intellectuals, and Policies in the Mid-Twentieth Century, New York-London, Routledge, 2010.

[17] G. Scott-Smith, The Politics of Apolitical Culture, op. cit., p. 11.

[18] Holger Nehring, « 'Westernization': A New Paradigm for Interpreting West European History in a Cold War Context », Cold War History, 1, 2004, p. 176 : Joseph S. Nye, Jr., “Soft Power”, Foreign Policy, 80, 1990, p. 153-171; Id., Soft Power: The Means to Success in World Politics, New York, Public Affairs, 2004. Nous nous concentrons ici sur le côté étatsunien et occidental, mais la notion de soft power a été utilisée aussi dans des contextes différents. Cf., par exemple, Patryk Babiracki, Soviet Soft Power in Poland. Culture and the Making of Stalin’s New Empire 1943-1957, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2015.

[19] Pour une définition du sujet, voir, Patrick Major, Rana Mitter, « Culture », dans S. Dockrill, G. Hugues (eds.), Palgrave Advances in Cold War History, op. cit., p. 240-262. Pour quelques exemples de cette littérature : Susan E. Reid, David Crowley (eds.), Style and Socialism: Modernity and Material Culture in Post-War Eastern Europe Oxford, Berg, 2000 ; Mark Carroll, Music and Ideology in Cold War Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2003 ; Tony Shaw, Hollywoods Cold War, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2007 ; Ruth Oldenziel, Karin Zachmann (eds.), Cold War Kitchen: Americanization, Technology, and European Users, Cambridge, MIT Press, 2009 ; Greg Castillo, Cold War on the Home Front: The Soft Power of Midcentury Design, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2010 ; Paulina Bren, Mary Neuburger (eds.), Communism Unwrapped: Consumption in Cold War Eastern Europe, Oxford, Oxford University Press, 2012.

[20] Pour se limiter, encore une fois, à très peu d’exemples provenant du camp occidental : Kenneth Osgood, Total Cold War: Eisenhower’s Secret Propaganda Battle at Home and Abroad, Lawrence, University Press of Kansas, 2006 ; Nicholas J. Cull, American Propaganda and Public Diplomacy 1945–1989: The United States Information Agency and the Cold War, Cambridge, Cambridge University Press, 2008); G. Scott-Smith, Networks of Empire. The US State Department’s Foreign Leader Program in the Netherlands, France and Britain 1950–1970, Peter Lang, Brussels, 2008 ; Lowell H. Schwartz, Political Warfare Against the Kremlin. US and British Propaganda at the Beginning of the Cold War, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2009 ; Alessandra Bitumi, « Building Bridges across the Atlantic: The European Union Visitors Program. A Case Study for Public Diplomacy and the Transatlantic Relationship in the 1970s », The International History Review, 35, 5, 2013, 925-942 ; Kaeten Mistry, The United States, Italy and the Origins of the Cold War: Waging Political Warfare, 1945-1950, Cambridge, Cambridge University Press, 2014 ; Linda Risso, Propaganda and Intelligence in the Cold War. The NATO Information Service, London-New York, Routledge, 2014.

[21] Patrick Iber, Neither Peace nor Freedom: The Cultural Cold War in Latin America, Cambridge, Harvard University Press, 2015 ; Giles Scott-Smith, Charlotte A. Lerg (eds.), Campaigning Culture and the Global Cold War: The Journals of the Congress for Cultural Freedom, London, Palgrave MacMillan, 2017.

[22] Peter Romijn, Giles Scott-Smith, Joes Segal (eds.), Divided Dreamworlds ?, op. cit.

[23] Pour une introduction, voir David C. Engerman, « Ideology and the origins of the Cold War, 1917–1962 », dans M.P. Leffler, O.A. Westad (eds.), The Cambridge History of the Cold War, op. cit., vol. 1, p. 20-43 ; Robert Jervis, « Identity and the Cold War », dans M.P. Leffler, O.A. Westad (eds.), The Cambridge History of the Cold War, op. cit., vol. 2, p. 22-43.

[24] Ce dossier fait suite au colloque « Cold Warriors. The Cultural Avant-garde of the Bipolar Struggle » qui s’est tenu au Centre d’histoire de Sciences Po les 26 et 27 novembre 2015, qui avait réuni les interventions de Andrea Borelli, Claudia Castiglioni, Anthony Crézégut, Lorena De Vita, Slavomíra Ferenčuhová, Andreas Hellenes, Despina Lalaki, Bernard Ludwig, Carl Marklund, Simon Ottersbach, Florin Poenaru, Egle Rindzeviciute, Giles Scott-Smith, Daniel Steinmetz-Jenkins. Que tous les intervenants à ce colloque, y compris les discutants (Mario Del Pero, Caroline Moine et Sabine Dullin) et les membres du comité scientifique (Jenny Andersson, Frédéric Attal, Michele Battini, Anders Stephanson) soient ici remerciés.

[25] Par exemple, Robert  L. Beisner, « Patterns of Peril: Dean Acheson Joins the Cold Warriors, 1945–46 », Diplomatic history, 3, 1996, p. 321-355; Henry William Brands, Cold Warriors : Eisenhower's Generation and the Making of American Foreign Policy, New York, Columbia University Press, 1988 ; Elizabeth Edwards Spalding, The First Cold Warrior : Harry Truman, Containment, and the Remaking of Liberal Internationalism, Lexington, The University Press of Kentucky, 2006 ; Geoffrey Roberts, Molotov: Stalin'S Cold Warrior, Washington, Potomac Books, 2009.

[26] Cf. Mark A. Bradley, A Very Principled Boy: The Life of Duncan Lee, Red Spy and Cold Warrior, New York N.Y., Basic Books, 2014. L’ancien agent CIA Richard Bissell en fait l’a conféré à soi-même dans le livre de mémoires Reflections of a Cold Warrior : From Yalta to the Bay of Pigs,New Haven, CT, Yale University Press, 1996. On peut voir aussi un livre journalistique tel que Tom Mangold, Cold Warrior: James Jesus Angleton: The CIA's Master Spy Hunter, New York, Simon & Schuster, 1991.

[27] Même aux enfants : cf. Sara Fieldston, « Little Cold Warriors: Child Sponsorship and International Affairs », Diplomatic History, 2, 2014, p. 240–250 ; Victoria M. Grieve, Little Cold Warriors: American Childhood in the 1950s, Oxford, Oxford University Press, 2018. La dispute politique pendant la Guerre froide, d’ailleurs, n’a jamais dédaigné de recourir aux langages les plus simples, même ceux de l’enfance : cf. Stefano Pivato, Favole e politica. Pinocchio, Cappuccetto Rosso e la Guerra fredda, Bologna, il Mulino, 2015. 

Michele Di Donato

Michele Di Donato est Marie Skłodowska Curie Fellow au Centre d’histoire de Sciences Po. Ses recherches portent sur l’histoire internationale des gauches européennes et de la guerre froide. Parmi ses publications principales : I comunisti italiani e la sinistra europea. Il PCI e i rapporti con le socialdemocrazie (1964-1984) (Rome, Carocci, 2015); “The Cold War and Socialist Identity. The Socialist International and the Italian ‘Communist Question’ in the 1970s”, Contemporary European History, 2, 2015; “Reform Communism” (avec Silvio Pons), in The Cambridge History of Communism vol. III. (eds. Juliane Fürst, Silvio Pons and Mark Selden, Cambridge, Cambridge University Press, 2017).

Gaetano Di Tommaso

Gaetano Di Tommaso est « teaching fellow » à Sciences Po (programme Europe-Amérique du Nord, campus de Reims). Il est titulaire d’un double doctorat en histoire décerné en cotutelle par Sciences Po Paris et l’Université de Bologne. Ses recherches portent principalement sur l’histoire américaine et les relations transatlantiques au XXsiècle et il a plus spécifiquement étudié le problème de l’accès et du contrôle des ressources énergétiques.

Bruno Settis

Bruno Settis est doctorant en cotutelle à la Scuola Normale Superiore de Pise et au Centre d’histoire de Sciences Po. Il a notamment publié Fordismi. Storia politica della produzione di massaFordismes. Histoire politique de la production de masse (il Mulino, 2016 ; prix de la Sissco, Société Italienne pour l’étude de l’histoire contemporaine, dans la section Première œuvre, 2017).

Mots clefs : Cold warriors ; guerre froide ; propagande ; culture ; cold war.