"C’est à un retour singulier, indique Jean-Numa Ducange, sur deux siècles d’histoire contemporaine que nous invite la lecture de cet ouvrage. Plus qu’une simple biographie, il s’agit d’une évocation permanente et croisée entre trois trajectoires.  Celle de Karl Marx, bien sûr, un des penseurs les plus célèbres au monde, dont le nom évoque encore passion et effroi sur les cinq continents. Celle de Franz Mehring, au départ ennemi acharné du premier parti ouvrier au monde, le Parti social-démocrate allemand, qui devint ensuite un des représentants les plus éminents de son aile gauche, et dont les derniers jours furent consacrés à la défense du tout jeune Parti communiste allemand en 1918-1919. Quelques mois plus tôt, dans une Allemagne à la veille de secousses révolutionnaires, Mehring avait achevé ce qui allait s’imposer comme la première biographie de Marx, bientôt une référence politique et militante pour des générations de militants ouvriers. Celle de Gérard Bloch enfin, auteur de la traduction de l’ensemble, mais aussi de l’appareil critique considérable qui l’accompagne, donnant à cette entreprise, inédite dans son intégralité, un caractère si particulier qui justifiait l’édition de ces deux volumes... »

Reprenons la lec ture de la présentation de la biographie de Marx...

Michel Peyret


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La biographie de Marx par F. Mehring, édition (enfin) complète

Publié le 14/02/2018

Les éditions Syllepse et Page 2 publieront, le mois prochain, l’édition complète de la biographie de Marx par Franz Mehring (1918), traduite et annotée par G. Bloch.

Les deux volumes de ce « classique » de la social-démocratie allemande seront disponibles en librairie en mars. Ils font d’ores et déjà l’objet d’une souscription.

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_76_iprod_722-vie-de-karl-marx.html

https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/3440/files/2018/02/vie_de_marx-Mehring-1-200x300.jpg

Nous reproduisons ci-dessous la 4e de couverture, le sommaire, et un bref extrait de l’introduction rédigée par Jean-Numa Ducange.

 

4e de couverture 

À l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Marx (1818-1883), la célèbre biographie écrite par Franz Mehring, et publiée en allemand en 1918, paraît dans une édition entièrement retraduite, enrichie d’un ample appareil critique et d’études complémentaires, ainsi que d’une biographie politique de son auteur.
Ce n’est qu’en 1983 que l’ouvrage a été traduit en français et publié pour la première fois. Mais la traduction, l’avant-propos de Jean Mortier portent l’empreinte du recyclage de Marx par l’idéologie stalinienne.
Cette première traduction française comportait 600 pages, la nouvelle, commentée et annotée par Gérard Bloch en occupe près de 1 600, réparties en 2 volumes dans un coffret.
Pas de quoi effrayer les lecteurs et les lectrices. En effet, la vivacité de l’œuvre de Franz Mehring est entretenue par Gérard Bloch qui nous fait découvrir de nouveaux paysages en éclairant ceux peints par Mehring.
Il partage avec Mehring la vaste connaissance du parcours de Marx et possède une vue plus complète des écrits de ce dernier, soit ceux publiés après 1918.
Il combine exactitude et érudition en donnant accès dans ses notes aux textes originaux de Marx auxquels Mehring ne fait qu’allusion.
Il accompagne avec pédagogie les lecteurs et les lectrices sur les tracés allant de Marx et Engels à Mehring et aux débats politiques de l’époque, dont plus d’un s’inscrivent dans les temps présents.

Coéditée par Page 2 (Lausanne) et Syllepse (Paris), l’œuvre magistrale de Mehring est désormais disponible dans une édition française, complètement nouvelle et augmentée.

 

Sommaire 

Préambule, May Bloch et Claudine Cavalier
Préface, Jean-Numa Ducange
Gérard Bloch et la biographie de Marx par Franz Mehring – Témoignages
Une troisième MEGA?, Entretien avec Jacques Grandjonc Préface d’Eduard Fuchs à la 2e édition allemande (mai 1919) Quelques remarques à propos de l’édition actuelle (2018) Cahier d’illustrations

Vie de Marx par Franz Mehring, édition traduite, annotée et commentée par Gérard Bloch Notice biographique sur Franz Mehring
Note sur les éditions des œuvres de Marx et d’Engels
Préface de Mehring à la première édition allemande

1 – LES JEUNES ANNÉES
2 – À L’ÉCOLE DE HEGEL
3 – EN EXIL À PARIS
4 – FRIEDRICH ENGELS
5 – EN EXIL À BRUXELLES
6 – 1848 : RÉVOLUTION ET CONTRE-RÉVOLUTION 7 – EN EXIL À LONDRES
8 – ENGELS ET MARX
9 – LA GUERRE DE CRIMÉE ET LA CRISE : RAPPEL 10 – CONVULSIONS DYNASTIQUES
11 – LES DÉBUTS DE L’INTERNATIONALE
12 – « LE CAPITAL »
13 – L’INTERNATIONALE À SON APOGÉE
14 – LE CRÉPUSCULE DE L’INTERNATIONALE
15 – LES DIX DERNIÈRES ANNÉES
Bibliographie
Index des noms
Index des périodiques

Extrait de la préface de Jean-Numa Ducange

C’est à un retour singulier sur deux siècles d’histoire contemporaine que nous invite la lecture de cet ouvrage. Plus qu’une simple biographie, il s’agit d’une évocation permanente et croisée entre trois trajectoires.  Celle de Karl Marx, bien sûr, un des penseurs les plus célèbres au monde, dont le nom évoque encore passion et effroi sur les cinq continents. Celle de Franz Mehring, au départ ennemi acharné du premier parti ouvrier au monde, le Parti social-démocrate allemand, qui devint ensuite un des représentants les plus éminents de son aile gauche, et dont les derniers jours furent consacrés à la défense du tout jeune Parti communiste allemand en 1918-1919. Quelques mois plus tôt, dans une Allemagne à la veille de secousses révolutionnaires, Mehring avait achevé ce qui allait s’imposer comme la première biographie de Marx, bientôt une référence politique et militante pour des générations de militants ouvriers. Celle de Gérard Bloch enfin, auteur de la traduction de l’ensemble, mais aussi de l’appareil critique considérable qui l’accompagne, donnant à cette entreprise, inédite dans son intégralité, un caractère si particulier qui justifiait l’édition de ces deux volumes.

[…]

La présentation que Gérard Bloch donne de Franz Mehring est suffisamment détaillé pour que l’on n’y revienne pas ici. Il est légitime d’interroger en revanche la pertinence de ce choix. Pourquoi traduire et éditer la biographie d’un dirigeant social-démocrate du début du vingtième siècle, devenu un des premiers communistes, dont le contenu est de facto dépassé par les progrès de la connaissance des textes et de la vie de Marx ? Rappelons en effet que Mehring n’avait pas connaissance, entre autres, de textes fondamentaux de Marx, comme les Manuscrits de 1844 ou l’Idéologie allemande, publiés post-mortem dans les années 1930. Mais l’intérêt de Bloch est ailleurs.

Intérêt historique d’abord, car il s’agit de la première grande biographie de Karl Marx rédigé par un dirigeant du mouvement ouvrier qui a connu les difficultés puis le triomphe de la social-démocratie, et dont les échanges avec Friedrich Engels et nombre de dirigeants socialistes européens le placent au premier rang des témoins de l’histoire de la période.

Intérêt politique ensuite : il s’agit bien, à travers le propos de Mehring, de remettre au premier plan le militant politique Karl Marx, non ses seuls travaux de nature philosophique, économique et historique. Il s’agit du roman “vrai” de la vie personnelle de Marx, de ses difficultés matérielles. En dépit des erreurs factuelles – que Bloch débusque dans ses notes – de ses insuffisances voire de ses interprétations contestables, la biographie de Mehring a l’immense mérite de restituer avec précision les conditions de production de la pensée marxienne, faites d’aléas politiques et personnels multiples. Peu depuis, dans les années 1980 comme aujourd’hui, ont réussi à les présenter avec un tel souffle, qui nous emmène dans le tumulteux dix-neuvième siècle européen que Marx a traversé. Contre les interprétations les plus ésotériques du « continent Marx », Mehring est celui qui propose un retour intransigeant aux faits historiques. Marx a par exemple écrit des centaines de pages sur ses adversaires en exil, certes pas toujours les plus passionnantes, mais que l’on doit connaître pour saisir toute l’épaisseur historique de son itinéraires. Connaît-on vraiment Marx sans repères sur ces luttes fratricides auxquelles il participa ? Et puis, ce sont bien elles qui “contribuèrent” à nous priver d’une rédaction plus avancée de ses multiples chantiers… Autre aspect sur lequel Mehring insiste : les positions militaires et diplomatiques de Marx et Engels sur la guerre franco-prussienne et la politique russe en Europe, révélant par exemple leurs positions “pro-allemandes” initiales en 1870…

Intérêt philologique enfin, une philologie non détachée d’impératifs là encore politiques. Mehring fut le premier à éditer les oeuvres de Marx et Engels sous la forme d’importants volumes avec appareils critiques, en particulier leur correspondance. Avec toutes ses limites, cette entreprise annonce le travail que d’autres chercheurs, militants et érudits à la fois, poursuivront, parfois dans des conditions tragiques : pour Bloch il fallait reprendre l’origine de cette tradition, en complétant les connaissances acquises depuis.

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