« Bien sûr, indique Shirley Wirden, il existe d’autres moyens que le travail pour se réaliser et être heureux mais la privation de travail n’a jamais épanoui personne. Il s’agit d’une légende urbaine au service du capitalisme et de la reproduction sociale. Tout le monde n’a pas les mêmes conditions matérielles objectives d’existence, le même héritage familial et ainsi tout le monde ne dispose pas des mêmes possibilités lors de son entrée dans le monde du travail. Dans sa logique actuelle, le système se pérennise par la reproduction sociale, par le népotisme à diverses échelles. On sait donc déjà très tôt qui sera du côté du capital et qui sera du côté du travail, méprisé par ce système qui pense que la détention de capital est plus importante que la production et la création... »

Reprenons la lecture de la démonstration de Shirley Wirden...

Michel Peyret


Avant-Garde, L’universel, un concept marxiste!

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POINT DE VUE

L’universel, un concept marxiste!

16 mars 2017 Shirley Wirden

Cet article reflète le point de vue de son auteur et non celui de la rédaction d’Avant-Garde

L’universel est ce qui ne souffre aucune exception, ce qui s’applique à toutes et tous, à la totalité. Ainsi, l’universel comprend tous les membres d’une communauté définie au préalable. Ce sont les cadres de cette communauté qui diffèrent selon les projets politiques. Lorsqu’une catégorie de la population n’est pas reconnue comme citoyenne elle peut alors ne pas être comprise dans cette universalité : femmes, dits sans papiers, enfants etc.

Le travail au cœur du projet de société

L’universalité, même politiquement, est donc convention. Le projet de société marxiste ne pose pas de critères d’adhésion à la communauté nationale politique. L’un des sens profonds du marxisme est bien la solidarité, le partage, la fraternité. Chacun doit pouvoir trouver sa place dans la société. Ce qui fait que l’on peut trouver sa place, c’est le travail. Marx explique que nous sommes des « animal laborans » c’est-à-dire des « humains qui travaillent ». Le sens même de notre humanité est défini par l’acte de transformation, de création, intellectuelle et manuelle, d’une matière en une autre. La richesse matérielle et symbolique engendrée par le travail est une source fondamentale d’épanouissement. L’art, l’artisanat, l’industrie mais en réalité tous les corps de métiers doivent pouvoir mobiliser chez le travailleur réflexion, implication, création et action/production.

Conquérir son autonomie

Lorsqu’il manque la réflexion préalable à l’action, par exemple dans un travail à la chaîne, lorsque l’apport intellectuel du travailleur est méprisé et ignoré, celui-ci s’aliène dans son travail. L’absence d’émancipation, d’auto- réalisation dans la production normalement induite dans et par le travail cause une fracture psychologique et sociale forte. On peut alors aboutir à des suicides, des exclusions sociales, des dépressions. L’émancipation, ce sur quoi repose le projet communiste, est le fait de s’extraire du joug de quelqu’un ou quelque chose, c’est le fait de gagner en autonomie (au sens de se donner sa propre loi) au travail.

Être acteur pour trouver sa place

En effet, travailler en s’investissant intellectuellement et manuellement permet de trouver une place dans la société, dans la production et de se sentir auteur et acteur de son existence. Bien sûr, il existe d’autres moyens que le travail pour se réaliser et être heureux mais la privation de travail n’a jamais épanoui personne. Il s’agit d’une légende urbaine au service du capitalisme et de la reproduction sociale. Tout le monde n’a pas les mêmes conditions matérielles objectives d’existence, le même héritage familial et ainsi tout le monde ne dispose pas des mêmes possibilités lors de son entrée dans le monde du travail. Dans sa logique actuelle, le système se pérennise par la reproduction sociale, par le népotisme à diverses échelles. On sait donc déjà très tôt qui sera du côté du capital et qui sera du côté du travail, méprisé par ce système qui pense que la détention de capital est plus importante que la production et la création.

Le revenu sans le travail ce n’est pas universel

Aujourd’hui, la sécurité sociale est un bout de communisme, une sorte d’extrait. Garantir à chacune et chacun l’assurance que l’effort collectif lui permet de pouvoir se soigner en étant égal à quiconque devant la maladie, c’est une mesure universelle.

Le projet communiste, visant à l’universalité, ne veut laisser personne de côté dans la production. Il ne s’agit pas d’imaginer une société où l’on compenserait la privation de travail par une pension, une aide mais bien de mettre en place les conditions d’une société où chacun peut mener des activités au service de la société tout en recevant un salaire juste.

L’argent obsède nos esprits ! Marx l’explique dans le Livre I du Capital très justement et dénonce les erreurs de jugement que l’argent cause :  « L’aspect de la monnaie ne trahissant point ce qui a été transformé en elle, tout, marchandises ou non, se transforme en monnaie. Rien qui ne devienne vénal, qui ne se fasse vendre et acheter ! La circulation devient la grande cornue sociale ou tout se précipite pour en sortir transformé en cristal monnaie. Rien ne résiste à cette alchimie, pas même les os des saints, et encore moins des choses sacro-saintes, plus délicates […] De même que toute différence de qualité entre les marchandises s’efface dans l’argent, de même lui, niveleur radical, efface toutes les distinctions. Mais l’argent est lui-même marchandise, une chose qui peut tomber sous les mains de qui que ce soit. La puissance sociale devient ainsi puissance privée des particuliers. Ainsi la société antique le dénonce-t-elle comme l’argent subversif, comme le dissolvant le plus actif de son organisation économique et de ses mœurs populaires »

Lorsque Marx écrit dans la 6ème Thèse sur Feuerbach que :

« l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé mais dans sa réalité elle est l’ensemble des rapports sociaux » on comprend que tous les membres de la communauté créent sans cesse des interactions sociales qui contribuent à définir chacun de ses membres. La place que l’on a dans le monde du travail, du point de vue matérialiste et marxiste, est déterminante de la place que l’on pourra avoir dans la société. Notre rôle dans le mode de production (infrastructure) se reflète en effet dans la société (superstructure). En somme, s’épanouir dans son rapport à la production permet en grande partie de s’épanouir dans ses rapports sociaux.»

Citons pour conclure la préface d’Engels à l’œuvre « Travail salarié et capital » :

« La séparation de la société entre une mince couche immensément riche et une vaste classe de salariés ne possédant rien, fait que cette société s’asphyxie elle-même dans sa propre richesse alors que la grande majorité de ses membres sont peu ou pas du tout protégés de la misère. Cette situation est chaque jour plus absurde et moins nécessaire. On peut et on doit en finir avec elle. Un ordre social nouveau est possible, au sein duquel les différences de classe d’aujourd’hui auront disparu et où – peut-être après une courte période de transition, peut-être difficile sous bien des aspects, mais en tout cas moralement fort utile – on disposera des moyens de vivre, de profiter de la vie, d’exercer ses facultés physiques et intellectuelles, grâce à l’usage harmonieux et au développement ultérieur des immenses forces productives de la société qui existent déjà, avec l’obligation pour tous de travailler également. Que les ouvriers sont de plus en plus résolus à conquérir par la lutte ce nouvel ordre social, cela sera prouvé… ».
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Shirley Wirden

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