« Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, indique Bill Van Auken, s'est ensuite rendu mercredi à Washington pour des entretiens avec des responsables américains, dont le secrétaire à la Défense James Mattis et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton. A l'ordre du jour, selon le gouvernement israélien, figurait la riposte à «l'expansion» de l’Iran au Moyen-Orient, et en particulier en Syrie. Il y a, sans aucun doute, des divisions au sein de l'establishment au pouvoir, tant à Washington qu'en Europe, à propos de la marche d'Israël vers la guerre avec l'Iran. Comme l' a rapporté le Washington Post, «Certaines personnalités de la politique étrangère à Washington semblent vouloir laisser Israël poursuivre sa campagne secrète contre les Iraniens. Elles voient les frappes israéliennes comme nécessaires à un moment où M. Trump veut se désengager du conflit syrien [...]» 

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Michel Peyret


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Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

La menace grandissante d'une guerre d’Israël contre l'Iran

Par Bill Van Auken
27 avril 2018

Alors que les médias du monde se concentrent sur les discussions à Washington entre le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron concernant l'accord nucléaire iranien, le gouvernement israélien a adopté une attitude de plus en plus provocatrice à l'égard de l'Iran en massant ses forces à sa frontière nord en vue d’une confrontation militaire.

Macron s'est incliné devant la demande de Trump d'une politique agressive envers l'Iran visant à restreindre non seulement le programme nucléaire du pays, mais aussi ses armes conventionnelles, et à réduire son influence à travers le Moyen-Orient. Néanmoins, la réaction de Tel-Aviv au sommet franco-américain a été largement négative.

Du point de vue d’Israël, Macron pourrait réussir à négocier un accord qui dissuaderait le président américain de répudier purement et simplement le JCPOA (l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien), l'accord nucléaire conclu entre l'Iran et six grandes puissances – les États-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – en 2015. Trump a jusqu’au 12 mai pour décider s'il abandonne l'accord et réimpose les sanctions unilatérales américaines contre l'Iran. Cela mettrait Washington sur une trajectoire directe vers une guerre avec l'Iran, l’issue souhaitée par le gouvernement israélien.

Le ministre israélien des renseignements, Israel Katz, a déclaré à la radio mercredi que l'accord nucléaire iranien devait être «fondamentalement modifié et sinon, annulé». Il a averti que Macron et d'autres dirigeants européens devaient comprendre que «faire pression sur l'Iran aujourd'hui peut empêcher la violence et peut-être la guerre demain».

L'avertissement d'une guerre potentielle faite par le ministre israélien n'était nullement hypothétique. Israël a fortement accentué le danger d'un affrontement militaire total avec l'Iran.

Largement éclipsée par les tirs de missiles des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France du 14 avril lancés contre la Syrie sous le prétexte d'une attaque à l'arme chimique, une attaque israélienne contre la Syrie six jours plus tôt, potentiellement encore plus lourde de conséquences.

La frappe aérienne du 8 avril, une violation directe du droit international et une violation de la souveraineté de deux pays, a été lancée par des chasseurs F-15, fournis par les États-Unis, survolant le Liban contre la base aérienne T4 en Syrie, dans la province centrale de Homs. Parmi les victimes des missiles israéliens se trouvaient plus d'une dizaine de militaires, dont sept conseillers militaires iraniens, apparemment les cibles prévues.

Le personnel iranien est en Syrie pour soutenir le gouvernement du président Bashar al-Assad, le plus proche allié de Téhéran dans le monde arabe, contre la guerre sanglante de sept ans pour un changement de régime orchestré par la CIA et les alliés régionaux de Washington. Téhéran a répondu à l'attaque israélienne avec une menace implicite de représailles. «Quand un régime s’arroge le droit de violer l'espace aérien d'un autre pays et cible également les forces combattant le terrorisme, il doit en envisager les conséquences et les mesures de rétorsion», a déclaré Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité iranien (SNSC) aux journalistes mardi.

Le gouvernement israélien a répondu à Téhéran en déclarant qu'il était prêt pour la guerre. «Les FDI (Forces de défense israéliennes) et les forces de sécurité sont prêtes à toute éventualité», a déclaré récemment le premier ministre Benjamin Netanyahou. «Nous combattrons quiconque essayera de nous faire du mal. Nous ne sommes pas rebutés par ce que cela pourrait coûter et nous allons faire payer cher à ceux qui veulent nous faire du mal.»

Des unités de l'armée israélienne auraient été renforcées aux frontières syrienne et libanaise, et l’armée de l’air a été placée en état d'alerte.

Les médias occidentaux ont représenté l'affrontement croissant comme s’il s’agissait d’un Iran agressif opposé à un Israël assiégé. Cela est une absurdité. Alors que l'Iran s'est plié à la pression américaine et européenne pour limiter son programme nucléaire pacifique, Israël reste la seule puissance nucléaire de la région, avec un arsenal estimé entre 200 et 400 ogives. Avec le soutien de Washington et de ses alliés, Tel-Aviv a fermement refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire.

Par ailleurs, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, l'Arabie saoudite, qui est devenue l'allié régional clé de l'axe américano-israélien contre l'Iran, a dépensé cinq fois plus que Téhéran en matériel militaire en 2016.

L'Iran est une cible parce que, en tant que puissance régionale, il constitue un obstacle à la volonté américaine d'exercer une hégémonie incontestée sur le Moyen-Orient riche en pétrole. L'influence iranienne, notamment en Irak, en Syrie et au Liban, a été renforcée par les conséquences catastrophiques d'un quart de siècle de guerres américaines dans la région.

La menace d'une guerre israélienne contre l'Iran a été soulignée par une série de réunions entre les hiérarchies militaires américaines et israéliennes. Le général Joseph Votel, chef du Commandement central des États-Unis, qui supervise les opérations militaires au Moyen-Orient, a effectué lundi une visite en Israël, la première jamais effectuée par un commandant du Centcom. Sa mission était apparemment de rassurer le gouvernement Netanyahou que les États-Unis ne mettraient pas à exécution la promesse récente de Trump de retirer les forces américaines de la Syrie.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, s'est ensuite rendu mercredi à Washington pour des entretiens avec des responsables américains, dont le secrétaire à la Défense James Mattis et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton. A l'ordre du jour, selon le gouvernement israélien, figurait la riposte à «l'expansion» de l’Iran au Moyen-Orient, et en particulier en Syrie.

Il y a, sans aucun doute, des divisions au sein de l'establishment au pouvoir, tant à Washington qu'en Europe, à propos de la marche d'Israël vers la guerre avec l'Iran. Comme l' a rapporté le Washington Post, «Certaines personnalités de la politique étrangère à Washington semblent vouloir laisser Israël poursuivre sa campagne secrète contre les Iraniens. Elles voient les frappes israéliennes comme nécessaires à un moment où M. Trump veut se désengager du conflit syrien [...]»

Mercredi, le quotidien Telegraph a publié un article rédigé par le général Richard Dannatt, ancien chef de l'état-major britannique, intitulé «La guerre entre l'Iran et Israël arrive et la Grande-Bretagne doit prendre position contre les terroristes par procuration de l'Iran».

Le général Dannatt affirme que «nous sommes maintenant confrontés à une situation où l'Iran, s'il n'est pas maîtrisé, sera la cause d'une nouvelle guerre potentiellement dévastatrice avec Israël dans la région».

L'ancien commandant britannique affirme qu'Israël fait face à une «menace intolérable» en Syrie et au Liban, concentrant son feu sur le mouvement islamiste bourgeois du Hezbollah libanais, qu'il accuse à maintes reprises d'avoir intégré ses armes et ses combattants «dans la population civile», fournissant ainsi un alibi pour un futur massacre de civils libanais par les FDI.

«Nous devons nous attendre à ce qu’Israël défende vigoureusement ses intérêts vitaux en matière de sécurité», écrit le général britannique. «Beaucoup critiquent l'armée israélienne pour sa brutalité, mais après avoir interrogé ses chefs d'état-major personnellement, je crois qu'ils agiraient en respectant les normes juridiques et morales acceptables.» Ces «normes» ont été récemment illustrées dans le massacre par les FDI de manifestants non armés à la frontière israélienne avec Gaza, où au moins 40 personnes ont été abattues et plusieurs milliers d’autres blessées.

Un facteur majeur motivant l'escalade de Tel-Aviv vers la guerre contre l'Iran est la croissance des tensions sociales en Israël. Le pays le plus socialement inégal des soi-disant pays avancés après les États-Unis, Israël est en proie à des scandales de corruption sans fin. Dans ces conditions, le gouvernement israélien a amplement de motivation pour détourner les tensions internes vers l'extérieur sous forme de guerre.

Des motifs similaires sous-tendent le soutien à Washington et parmi les autres grandes puissances impérialistes à l'agression israélienne et une guerre beaucoup plus vaste au Moyen-Orient.

Les politiques téméraires menées par Israël et ses partisans à Washington, Londres et ailleurs menacent de déclencher un conflit régional qui pourrait rapidement y entraîner toutes les grandes puissances, y compris les plus grandes puissances nucléaires du monde, les États-Unis et la Russie. Le seul moyen de prévenir une telle catastrophe est le développement d'un mouvement de masse de la classe ouvrière internationale contre la guerre et le système capitaliste qui l’engendre.

(Article paru en anglais le 26 avril 2018)