« Curieusement, indique l'article, peu de temps après la fin de la guerre, l’enthousiasme pour les soldats coloniaux retomba. Après avoir fêté et célébré les troupes coloniales, nouveaux héros de la Nation, couverts de fleurs et d’éloges, les Français retombèrent dans l’ignorance et l’indifférence vis-à-vis de leurs colonies et de leurs « indigènes ». On vit même naître et se développer une campagne d’opinion réclamant la vente de quelques colonies pour soulager la France de ses dettes (le pays étant en effet lourdement endetté après la guerre). On proposait ainsi de commencer par vendre les colonies françaises d’Asie,de même que des colonies d'Amérique, les Antilles ou la Guyane aux États-Unis. Le ministre des colonies d’alors, Louis Rollin, a beau protester, cette campagne se développait au fil des mois, durant toutes les années 1920. Le Conseil départemental de l’Allier et la Chambre de Commerce de Nancy figuraient parmi les promoteurs de cette idée de cession de colonies à l’étranger... »

Reprenons la lecture de cet épisode colonial de la France...

Michel Peyret


9 octobre 2016

LA FRANCE ET SES COLONIES D’AFRIQUE DANS L’ENTRE-DEUX-GUERRES 1919-1939

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LA FRANCE ET SES COLONIES D’AFRIQUE DANS L’ENTRE-DEUX-GUERRES

1919-1939

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Des colonies à vendre ou à défendre ?

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Exposition coloniale nationale. Marseille, 1922.

 

Avant la Première Guerre mondiale, les Français, dans leur immense majorité, semblaient d’une ignorance totale et d’une indifférence surprenante par rapport à leur Empire colonial, malgré les guerres de conquête et les discours de leurs dirigeants, de Jules Ferry à Albert Sarraut (gouverneur général de l’Indochine, puis président du Conseil, et l’un des plus grands théoriciens de la colonisation française).

Avant 1914, les partis favorables à l’expansion coloniale, les publications des partis et groupes d’intérêts coloniaux, de même que quelques membres des gouvernements successifs, ne cessaient de répéter et d’affirmer la nécessité de « l’éducation coloniale des Français », pour de multiples raisons : économiques, militaires, géopolitiques, humanitaires…

Le chef du Parti colonial le plus important de l’époque, Eugène Étienne, déplorait ainsi en 1908, « l’inertie et l’indifférence du grand public vis-à-vis de la question coloniale ».

Tirailleurs montant au front, 1918.Tirailleurs montant au front, 1918.

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http://idata.over-blog.com/0/33/24/06/animes/divers/gif_anime_puces_025.gifEt la Première Guerre mondiale éclata (1914-1918)

        L’Appel à l’Afrique

Il est de notoriété publique que c’est le Premier Conflit mondial qui a fait découvrir à une majorité de Français, l’existence de leurs colonies et de leur immense empire colonial.

http://www.clipart-fr.com/data/gif/puces-3/gif_anime_puces_852.gif D’abord par l’appel solennel des autorités françaises à ces colonies, principalement celles de l’AOF (Afrique occidentale française), considérées alors comme un véritable réservoir inépuisable de soldats et de ressources naturelles indispensables pour mener cette guerre.

http://www.clipart-fr.com/data/gif/puces-3/gif_anime_puces_852.gif Ensuite, les Français prirent surtout conscience de l’existence de leur empire par la présence massive en métropole de troupes coloniales venues d’Afrique, pendant toute la durée de la guerre, de 1914 à 1918, comme combattants et comme travailleurs, pour les besoins de ce conflit.

La contribution de l’Afrique à l’effort de guerre a été d’une importance insoupçonnée, nettement au-delà de ce qui était attendu.

« L’aide militaire et économique fournie par les colonies, à la métropole entre 1914 et 1919 fut fort appréciée par les hommes politiques, et les plus sceptiques vis-à-vis de la colonisation, firent, parfois très discrètement, comme Georges Clemenceau, amande honorable. »

Sans doute l’effort militaire de celles-ci justifiait-il cette appréciation :

http://www.clipart-fr.com/data/gif/puces-3/gif_anime_puces_600.gif 600 000 soldats et 200 000militaires coloniaux

http://www.clipart-fr.com/data/gif/puces-3/gif_anime_puces_600.gif 75 000 travailleurs coloniaux étaient morts pour la France.

D’après les archives du ministère de la Défense, le chiffre des morts et disparus se monte à 71 000, dont 35 900 Nord-africains, sur 569 000 militaires coloniaux, (chiffres nettement supérieurs selon d’autres sources).

http://www.clipart-fr.com/data/gif/puces-3/gif_anime_puces_600.gif 6 millions de tonnes de denrées alimentaires…

soldat noir et son infirmièresoldat noir et son infirmière

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http://idata.over-blog.com/0/33/24/06/animes/divers/gif_anime_puces_025.gifÀ l’encan ! On vend les colonies

       Les temps de l’oubli

      Retour de l’inertie coloniale de l’opinion

Curieusement, peu de temps après la fin de la guerre, l’enthousiasme pour les soldats coloniaux retomba. Après avoir fêté et célébré les troupes coloniales, nouveaux héros de la Nation, couverts de fleurs et d’éloges, les Français retombèrent dans l’ignorance et l’indifférence vis-à-vis de leurs colonies et de leurs « indigènes ».

On vit même naître et se développer une campagne d’opinion réclamant la vente de quelques colonies pour soulager la France de ses dettes (le pays étant en effet lourdement endetté après la guerre). On proposait ainsi de commencer par vendre les colonies françaises d’Asie,de même que des colonies d'Amérique, les Antilles ou la Guyane aux États-Unis. Le ministre des colonies d’alors, Louis Rollin, a beau protester, cette campagne se développait au fil des mois, durant toutes les années 1920. Le Conseil départemental de l’Allier et la Chambre de Commerce de Nancy figuraient parmi les promoteurs de cette idée de cession de colonies à l’étranger.

D’où la reprise d’une campagne, encore plus vigoureuse qu’avant la Première Guerre mondiale, afin de susciter l’intérêt des Français pour leur empire colonial. Les initiatives à cette fin furent nombreuses et vairées, aussi bien du côté du Parti colonial, des milieux d’affaires privés, que de l’État. On mit à contribution les expositions pour faire connaître l’outre-mer, mais aussi le cinéma, notamment les actualités lors de la projection de films, lescartes postales, les timbres…

Partout dans le pays, aussi bien à Paris qu’en province, dans les grandes villes, furent organisés des expositions coloniales.

Cette série d’expositions culmina avec l’exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931.

 

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Exposition coloniale internationale. Paris, Vincennes, 1931.

 

http://idata.over-blog.com/0/33/24/06/animes/divers/gif_anime_puces_025.gifVincennes, les colonies à Paris

        Une pédagogie coloniale d’État

Cet événement devint international, d’abord par l’écho qu’il suscita — ce fut un réel succès d’affluence : 7 millions de visiteurs dont 4 millions de Parisiens, et de nombreux étrangers — et par sa durée : 193 jours, du 7 mai au 15 novembre 1931.

L’objectif du gouvernement était de donner aux Français, de façon définitive, « la conscience de leur Empire ». Mais le but essentiel avoué selon le ministre des Colonies, Paul Reynaud,c’est, au-delà de l’ancrage de l’Empire dans la conscience des Français, de célébrer l’effort colonial de la France, et justifier ainsi l’action coloniale, malgré ses erreurs dans le passé et dans le présent, et malgré ses imperfections.

Les quelques années qui suivirent l’Exposition connurent un certain frémissement à l’égard de l’Empire. Mais, là aussi, comme au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce léger frémissement retomba bien vite.

En réalité, il manquait aux Français ce que d’aucuns qualifiaient « d’éducation coloniale ». Il fallait donc entreprendre une telle éducation, avec plus de détermination, plus de moyens, sans doute aussi d’imagination. De fait, le recul de l’idée coloniale fut une réalité de 1932 à 1935.

HitlerHitler

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http://idata.over-blog.com/0/33/24/06/animes/divers/gif_anime_puces_025.gifEt Hitler arriva !

Et si l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 favorisait cette « éducation » des Français à leurs colonies, ou du moins une prise de conscience de l’utilité de ces colonies pour la métropole ? La menace de guerre probable, qui suintait dans quasiment tous les discours du chef du Reich, rappelait opportunément aux Français « l’Appel à l’Afrique » de 1914, et l’effort des colonies dans le Premier Conflit mondial.

Dans ses premiers discours, dans un premier temps, Hitler réclamait la restitution des colonies d’Afrique dont l’Allemagne fut privée par le traité de Versailles de 1919, parce que jugée seule coupable du déclenchement de cette guerre : les actuels Rwanda, Burundi, Cameroun, Sud-Ouest africain (aujourd’hui Namibie), colonies partagées entre la France et la Belgique,et le Togo, entre la grande Betagne et la France.

Les réclamations d’Hitler pour cette restitution devinrent successivement exigences, puisconditions pour éviter une guerre avec la France. Il est sans doute bon de préciser qu’Hitlerne voulait nullement l’Afrique, mais les colonies françaises. (Un prétexte pour attaquer la France ?)

 

Les Français, dans leur immense majorité, furent sensibles à ces menaces de guerre. Il fallut les sonder sur leur point de vue, et leur sentiment par rapport à cette nouvelle donne.

LA FRANCE ET SES COLONIES D’AFRIQUE DANS L’ENTRE-DEUX-GUERRES 1919-1939

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http://idata.over-blog.com/0/33/24/06/animes/divers/gif_anime_puces_025.gif1936-1939 : l’ère des enquêtes d’opinion, des sondages.

        Regain de l’attachement des Français à l’Empire colonial

Jamais dans l’histoire du pays, il n’y a eu une telle avalanche d’enquêtes d’opinion et de sondages : aussi nombreux et aussi rapprochés, au rythme de plusieurs dizaines par semaine, de toutes provenances, et toujours sur le même sujet : l’opinion des Français face aux exigences et aux menaces d’Hitler au sujet des colonies.

Sondages dont la fréquence et le nombre grimpaient sans cesse, au fil du temps, au rythme des « discours-diatribes » d’Hitler contre la France.

 

Les commanditaires de ces enquêtes d’opinion étaient de plus en plus nombreux et variés : partis coloniaux, organes de presse, groupes d’intérêts coloniaux, particuliers, parlementaires, gouvernement…

Un échantillon parmi des centaines, reflet de cette crispation des esprits autour de cette question sans cesse répétée :

http://www.clipart-fr.com/data/gif/puces-3/gif_anime_puces_807.gif « Faut-il ou non céder à l’Allemagne les colonies réclamées par Hitler ? »

 

Le début de cette avalanche de sondages correspond au jour où, à Nuremberg, le 30 janvier 1937, Hitler revendiqua officiellement les colonies perdues, revendication accompagnées de menaces.

Dans le déferlement des sondages, il est à remarquer le clivage au sein de tous les bords politiques, à gauche comme à droite, entre ceux qui sont pour la restitution des anciennes colonies allemande et ceux qui s’y opposent farouchement, clivage qui s’atténue cependant au fur et à mesure qu’on approche de 1939, et tout particulièrement à partir de 1938, et pour cause !

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/fleches/4da/091da.gifÀ gauche, le journal l’Œuvre, dont la rédaction était elle-même divisée sur le sujet, posa en décembre 1936, à ses lecteurs la question :

« Faut-il céder des colonies à l’Allemagne ? »

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/puces/puceani/pucea112.gif102 671 répondirent non !

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/puces/puceani/pucea112.gif79 884 répondirent oui !

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/fleches/4da/091da.gifÀ droite, la majorité de la presse, à l’occasion de nombreux sondages, se prononçait — plutôt à cette même date — pour le refus de toute concession à Hitler.

Il serait fastidieux de révéler ici le contenu des dizaines d’enquêtes de la presse de droite.

Rapidement, la division de l’opinion, entre oui et non, se retrouvait dans toutes les familles politiques, y compris dans les partis associés au gouvernement et « à l’intérieur de chacun d’eux ».

D’une manière générale, en 1937, sous le gouvernement du Front populaire, « parmi les militants socialistes, la majorité était prête, à cette date, à des concessions coloniales étendues à l’Allemagne, alors que Léon Blum, le chef du gouvernement, ripostait que « pour travailler en commun, il fallait être sûr des intentions du partenaire ».

Inversement, certains socialistes, intransigeants, se refusaient à toute concession à Hitler. Le chef du parti socialiste Marius Moutet, s’exclamait : « La France doit garder son empire colonial quoi qu’il arrive ».

Un autre homme politique de poids, Georges Mandel, proclamait de son côté: « veillons au salut de l’Empire, qui est un et indivisible ».

Dans la même famille politique cependant, les « pacifistes inconditionnels » proclamaient : « Non ! Notre frontière n’est pas au Cameroun. Nous ne voulons pas mourir pour le Cameroun. »

 

D’une manière générale cependant, il est frappant de constater que depuis que l’Allemagne, par l’intermédiaire d’Hitler, a soulevé la question coloniale, les Français s’intéressent de plus en plus à leurs colonies.

Il n’empêche, dans le sondage IFOP (un des tout premiers), d’octobre 1938, qui posait la question : « Pensez-vous qu’il faut donner des colonies à l’Allemagne ? » 59% des Français interrogés répondaient oui ! 33% non ! 8% ne se prononcèrent pas.

MussoliniMussolini

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http://idata.over-blog.com/0/33/24/06/animes/divers/gif_anime_puces_025.gifMussolini soude l’opinion française.

        Le Duce veut des colonies !

Un basculement est nettement perceptible dans l’opinion française à partir du jour oùMussolini, lui aussi a réclamé sa part des colonies françaises. Il réclamait successivement laTunisie, la Côte des Somalis, puis la Corse, et plus tard, il ajouta Nice et la Savoie. Les sondages réalisés depuis, sont le reflet de ce changement dans l’opinion des Français.

Dans le sondage IFOP au lendemain de la réclamation italienne, sur la question : « Pensez-vous que la France doive rendre à l’Allemagne les colonies qui nous ont été confiées par la SDN [Société des Nations, qui a précédé l’ONU] en 1919 ? »

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/puces/puceani/pucea112.gif70%de personnes interrogées répondent non !

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/puces/puceani/pucea112.gif22% répondent oui !

http://www.chez.com/lesoutilsduwebmestre/puces/puceani/pucea112.gif8% ne se prononcent pas.

« La France ne cédera pas un pouce de ses territoires à l’Italie, dût-il en résulter un conflit armé », avait réaffirmé à la quasi unanimité, la Chambre des députés, le 8 décembre, et le Sénat, le 13 décembre 1938. »

Et tous les sondages de début 1939 allèrent dans le sens d’un refus catégorique aux demandes allemandes et italiennes.

 

Beaucoup de Français avaient la conviction que quoi qu’on fasse, qu’on cède ou non des territoires à l’Allemagne, cela n’empêchera nullement Hitler d’attaquer un jour la France.

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