« Notre souveraineté, indique Alan Sked, réside dans la formule « la Reine en son Parlement ». Le Parlement fait encore nos lois et a le dernier mot dans la détermination de notre avenir. L’article 2 du projet de loi sur l’Écosse de 2015 a beau garantir l’existence permanente d’un parlement écossais dans notre Constitution, ce n’est que de la foutaise. Aucun parlement ne peut lier ses successeurs. La loi sur l’Écosse, tout comme la loi sur les Communautés européennes de 1972, peut être abrogée. L’autorité légale de dernier ressort – la souveraineté – réside toujours au Parlement du Royaume-Uni. Le Parlement peut toutefois choisir de déléguer la souveraineté (laquelle ne peut être ni «partagée», ni «mise en commun» ni «étalée» comme du beurre, quels que soient les désirs des fédéralistes européens ou des constitutionnalistes libéraux) ; c’est ce qu’il a fait au profit de l’UE dans certains domaines. Cependant, la souveraineté déléguée peut toujours être récupérée – c’est le but du Brexit... »

Reprenons la lecture de ces réflexions sur la souveraineté, au Royaume-Uni...

Michel Peyret


Brexit : « L’état c’est nous : la souveraineté n’est pas une illusion, et nous devons la conserver. »

10 mai 2016 Actualité

Un article percutant en faveur du Brexit, publié sur le site de la plus prestigieuse institution universitaire britannique, où ont étudié ou enseigné 27% des prix Nobel de la planète… « L’état c’est nous : la souveraineté n’est pas une illusion, et nous devons la conserver. »

Je publie ci-dessous un article clair et percutant d’Alan Sked, professeur émérite d’histoire internationale à la London School of Economics and Political Science, publié sur le site même de cette prestigieuse institution.

La London School of Economics and Political Science (en français : École d’économie et de sciences politiques de Londres), plus souvent connue par son sigle LSE, est une université britannique spécialisée dans les sciences économiques et sociales. Le campus se trouve dans le quartier de Westminster.

Parmi ses anciens élèves et professeurs, la LSE compte dix-sept prix Nobel (paix, littérature et économie) et plus de quarante chefs d’État ou de gouvernement.

Le classement mondial d’économétrie de l’Université Yale classe la LSE en première position mondiale pour l’enseignement de l’économie politique (première position en microéconomie et en macroéconomie).

En 2016, la LSE a été classée deuxième école urbaine la plus influente en sciences sociales et économiques dans le monde par QS Wold University Rankings, après l’Université Columbia.

La LSE est l’institution académique au corps étudiant le plus internationalisé au monde (71% d’étudiants étrangers). Elle compte parmi les universités les plus sélectives au monde.

À ce jour, 27 % des prix Nobel d’économie de la Planète ont étudié ou enseigné à la LSE.

C’est dire si l’article en faveur du Brexit, publié sur le site de cette institution de renommée mondiale par l’un de ses professeurs émérites spécialiste en histoire internationale, constitue un événement en soi dans le domaine des idées politiques et de la réflexion universitaire au niveau planétaire.

Même si la LSE prend soin, à la fin de l’article, de porter la mention habituelle selon laquelle ce texte ne reflète pas nécessairement l’opinion de l’institution, il n’en demeure pas moins qu’elle a accepté sa publication.

Or, la publication d’un tel article – qui insiste à juste titre sur le fait que « la souveraineté n’est pas une illusion, mais le fondement de l’ordre international » – reste inconcevable de nos jours sur le site d’une des grandes écoles ou universités françaises, a fortiori venant d’un membre de son prestigieux corps enseignant permanent.

C’est à ce genre de faits irréfutables que l’on peut mesurer une nouvelle fois à quel point nos voisins britanniques ont conservé le sens du débat d’idées approfondi et sans intimidation, et à quel point la France se meurt du verrouillage totalitaire dans lequel les garde-chiourmes du dogme européiste ont cantonné le débat essentiel sur la souveraineté nationale et la démocratie.

Ce constat est triste, mais il ne doit en aucun cas nous décourager.

Car il ne témoigne que d’une seule chose : comme trop souvent dans notre histoire, les prétendues « élites françaises » sont en retard d’une guerre ou d’une évolution sociopolitique majeure. Comme trop souvent dans notre histoire, elles vont se réveiller trop tard. Comme trop souvent dans notre histoire de France, c’est le peuple qui va finir par mettre à bas la dictature des puissants, aussi aveugles qu’arrogants.

François ASSELINEAU

Post Scriptum : L’article en question peut être lu en anglais sur le site de la LSE

J’en propose ci-après au lecteur une traduction en français de mon cru, avec les réserves d’usage.

Je précise que, dans cet article, l’auteur utilise à deux reprises la langue française, dans les deux formules « L’État c’est nous » puis « L’État c’est lui ».

Pour les lecteurs qui l’ignoreraient, cette formule en français est une référence directe à la très célèbre formule « L’État, c’est moi » que le jeune Louis XIV aurait prononcée le 13 avril 1655 – à l’âge de 16 ans ! – devant les parlementaires parisiens.

Même si l’authenticité de cette affirmation provocante du jeune monarque français – censée rappeler la primauté de l’autorité royale sur le Parlement – est contestée par certains historiens, elle est néanmoins passée dans l’histoire mondiale comme le symbole même de la monarchie absolue et de l’autorité de l’État à la française, et plus globalement comme le symbole même de la souveraineté et de l’indépendance nationales.

L’auteur de l’article, professeur émérite d’histoire, prend probablement un certain plaisir à citer – à l’appui du Brexit – cette phrase emblématique de la conception française traditionnelle de la souveraineté et de la majesté de l’État.

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NB : comme photo d’illustration, j’ai retenu l’entrée solennelle de la Reine Elizabeth II et du prince d’Édimbourg pour le discours du trône au Parlement de Westminter en juin 2014. C’est une illustration de la formule « la Reine en son parlement », citée par l’auteur, et qui est la quintessence de la souveraineté britannique.

« L’état c’est nous [en français dans le texte] : la souveraineté n’est pas une illusion, et nous devons la conserver. » par Alan Sked

Certains soutiennent que la souveraineté serait un concept de plus en plus vide de sens dans un monde globalisé. Au contraire, dit Alan Sked – l’autorité légale est exercée par le Parlement britannique, à moins qu’il ne décide d’en déléguer certaines parties à l’UE. Cette souveraineté signifie que si la Grande-Bretagne votait en faveur de la sortie de l’UE, la volonté du peuple l’emporterait nécessairement.

Le Zimbabwe est une dictature en faillite sans influence mondiale. Elle est dépendante de l’aide étrangère, et toutes sortes d’autres facteurs allant du changement climatique aux sanctions internationales affectent sa capacité à agir. Néanmoins, la façon exacte dont ce pays réagit à ces pressions extérieures relève du président Robert Mugabe. Personne ne peut agir au nom du Zimbabwe sans son autorisation. C’est définitif.

De même, si quelqu’un au Zimbabwe enfreint la loi -aussi autoritaire que soit cette loi – il en subira les conséquences, puisque l’autorité juridique finale est la justice du Zimbabwe, qui applique les lois passées par le parlement du Zimbabwe sous la direction de Mugabe.

En bref, quelque failli et impuissant internationalement le Zimbabwe puisse être, l’autorité finale sur la façon dont il agit, à la fois sur la scène intérieure et sur la scène internationale (1), est exercée par son président. Il s’agit donc d’un État souverain dont il incarne la souveraineté. L’État c’est lui [en français dans le texte]. Il exerce l’autorité finale au nom de l’État. L’autorité finale, c’est ce que signifie la souveraineté.

Les États-Unis sont une démocratie puissante. Mais ils sont eux aussi affectés par les pressions extérieures. Ils ne peuvent pas dicter au monde. Ils peuvent perdre les guerres. Ils peuvent être affectés par le terrorisme. Ils peuvent souffrir du changement climatique. En politique étrangère, ils ont besoin d’alliés pour protéger leur sécurité et poursuivre leurs buts et leurs objectifs.

Pourtant, ils décident seuls comment ils vont répondre aux urgences de la politique étrangère, quels alliés ils vont choisir, quels compromis ils feront et quelles concessions pourront être nécessaires.

Dans la plupart des cas, ces décisions seront prises par le Président des États-Unis. Il est le responsable ultime et il exerce l’autorité finale au nom des États-Unis. Comme c’est une démocratie, il devra cependant appliquer les lois convenues avec lui par le Congrès américain et jugées constitutionnelles par la Cour suprême des États-Unis. Si quelqu’un enfreint ces lois, il sera puni par des tribunaux fédéraux ou des tribunaux des États, conformément à la Constitution des États-Unis. Mais la loi américaine est suprême. Personne ne peut l’outrepasser.

L’autorité légale finale -la souveraineté – aux États-Unis est confiée par la Constitution aux tribunaux et au président. Les États-Unis sont, par conséquent, un État souverain.

On pourrait ainsi continuer. Le fait est que le monde est plein d’États souverains qui ont tous différents arrangements politiques internes, allant de la dictature à la démocratie, du fédéral à la centralisation. Ces arrangements peuvent être simples ou limpides, purement fédéraux ou purement centralisés, ou un mixte des deux comme c’est actuellement le cas au Royaume-Uni. Cela ne fait aucune différence. Pas plus que le système électoral d’un État : la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Irlande ont tous des systèmes électoraux différents. Du reste, la Grande-Bretagne d’aujourd’hui connaît une variété de systèmes électoraux. Mais rien de tout cela n’a à voir avec la souveraineté.

Notre souveraineté réside dans la formule « la Reine en son Parlement ». Le Parlement fait encore nos lois et a le dernier mot dans la détermination de notre avenir. L’article 2 du projet de loi sur l’Écosse de 2015 a beau garantir l’existence permanente d’un parlement écossais dans notre Constitution, ce n’est que de la foutaise. Aucun parlement ne peut lier ses successeurs. La loi sur l’Écosse, tout comme la loi sur les Communautés européennes de 1972, peut être abrogée. L’autorité légale de dernier ressort – la souveraineté – réside toujours au Parlement du Royaume-Uni.

Le Parlement peut toutefois choisir de déléguer la souveraineté (laquelle ne peut être ni «partagée», ni «mise en commun» ni «étalée» comme du beurre, quels que soient les désirs des fédéralistes européens ou des constitutionnalistes libéraux) ; c’est ce qu’il a fait au profit de l’UE dans certains domaines.

Cependant, la souveraineté déléguée peut toujours être récupérée – c’est le but du Brexit.

Si l’électorat recommande ce choix au Parlement lors du prochain référendum, il n’y a aucune autorité légale supérieure qui puisse s’opposer à cette décision. La souveraineté reste au Royaume-Uni. L’UE et ses partisans auront beau hurler tout leur saoul, ils pourront inventer toutes sortes d’inepties sur la souveraineté, la volonté souveraine du peuple britannique exercée par son gouvernement parlementaire prévaudra néanmoins. Son autorité est sans appel.

Après le Brexit, un Royaume-Uni indépendant devra bien sûr faire face aux problèmes internationaux – tout comme des États-Unis indépendants ou un Zimbabwe indépendant. Mais, comme je l’ai déjà indiqué, les affaires internationales ne portent pas atteinte à la souveraineté. Les États souverains décident simplement individuellement comment réagir au mieux de leurs propres intérêts. Ils ont seuls le pouvoir légal final de le faire.

Ainsi, la souveraineté n’est pas une illusion, mais le fondement de l’ordre international. La question est de savoir si nous votons pour maintenir la souveraineté au Royaume-Uni ou pour la transférer à l’UE. Je crois que nous allons voter pour la conserver.

skedAlan Sked est professeur émérite d’histoire internationale à la London School of Economics and Political Science (en abrégé LSE) (en français : « École d’économie et de sciences politiques de Londres »)

 

(1) – J’ai corrigé ce qui me semble être une coquille dans le texte anglais, qui écrit « internally » – ce qui est redondant avec « domestically » -, probablement au lieu de « internationally »

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François ASSELINEAU

François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.