« Un puissant mouvement, indique Alexandre Lantier, de la classe ouvrière se prépare contre Macron et contre la politique similaire d’austérité et de militarisme qu’imposent tous les États de l’Union européenne. Mais pour mener ce mouvement, les travailleurs n’auront d’autre choix que de prendre leurs propres luttes en main et de former leurs propres organisations, afin de mener indépendamment des appareils syndicaux une lutte politique qui posera la question de la prise du pouvoir... »

Reprenons la lecture des perspectives projetées par Alexandre Lantier...

Michel Peyret


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Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Non à la concertation avec Macron sur la SNCF!

Pour une lutte politique contre l'austérité et le militarisme en Europe!

Par Alexandre Lantier
21 mars 2018

Les travailleurs qui se mobilisent le 22 mars lors d’une première journée d’action contre la privatisation de la SNCF sont aux prises à une lutte politique internationale. Cette lutte sera longue et elle ne se résoudra pas après la première manifestation en France, car elle pose des questions de perspective essentielles aux travailleurs en France et à l’international.

Macron jure qu’il ne reviendra ni sur la privatisation ni sur la casse du statut des cheminots et des fonctionnaires, pas plus que sur la casse du Code du Travail, des retraites, de la Sécu et de l’assurance-chômage. Il propose d’abolir par ordonnances tous ces acquis des luttes du 20e siècle, à la suite de la révolution russe d’octobre 1917 et la Libération en 1945. Ainsi, on veut faire passer tous les travailleurs en France et à travers l’Europe à un statut d’intérimaire sans droits sociaux. La SNCF évoque de larges attaques contre les travailleurs pour réduire les coûts de 27 pour cent.

Le gouvernement ne compte pas reculer face à la grève perlée du rail, deux jours sur cinq entre avril et juin, que proposent les syndicats. Les appareils syndicaux n’ont rien à offrir aux travailleurs. En février, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a martelé que le statut des cheminots « n’est pas négociable. » Mais alors pourquoi les syndicats ont-ils continué à négocier avec Macron et mener une « concertation » avec lui ?

Un puissant mouvement de la classe ouvrière se prépare contre Macron et contre la politique similaire d’austérité et de militarisme qu’imposent tous les États de l’Union européenne. Mais pour mener ce mouvement, les travailleurs n’auront d’autre choix que de prendre leurs propres luttes en main et de former leurs propres organisations, afin de mener indépendamment des appareils syndicaux une lutte politique qui posera la question de la prise du pouvoir.

La presse bourgeoise en France et à l’international craint le spectre de la grève des cheminots en 1995. Face à la réforme des retraites voulue par Alain Juppé, les grévistes ont débordé les syndicats et mis la France et une partie de la Belgique à l’arrêt pendant plusieurs semaines. Les appareils syndicaux ne veulent pas en parler, et le secrétaire CGT-Cheminots Laurent Brun a même déclaré crûment : « Je ne me souviens pas du tout de 1995... Il y a une mythologie dans l’entreprise, mais pour ce qui me concerne, pas du tout ! »

Une colère profonde monte parmi les travailleurs face aux ordonnances de Macron, et les conditions émergent pour que les travailleurs débordent à nouveau les syndicats et le cadre étriqué imposé à la lutte des classes par la « concertation » entre les syndicats et le patronat.

Mais déborder les syndicats ne fera que révéler les questions politiques essentielles dans cette lutte. Pour les travailleurs, il s’agit de renouer avec les traditions de la révolution russe. La dynamique internationale de la lutte des classes ne leur laissera aucun choix progressiste à part celui de prendre le chemin de la révolution sociale.

La casse sociale menée par Macron découle dans l’analyse finale non pas de la seule cupidité de la bourgeoisie française, même si elle est énorme, mais surtout de la crise mondiale du capitalisme et de la course des puissances impérialistes vers la guerre. Les 27 ans depuis la dissolution de l’Union soviétique ont été marqués par une libération rapide des appétits militaires néocoloniaux des États-Unis et de l’impérialisme européen. Les guerres, menées d’abord contre l’Irak ou les Balkans, se sont étendues rapidement pour dévaster la Syrie et l’Afrique, et viser la Russie et la Chine.

Déstabilisé par les guerres et miné par des crises économiques et financières à répétition depuis le krach de 2008, l’impérialisme européen lance un vaste réarmement. Macron veut rétablir le service militaire, et la ministre des Armées Florence Parly a annoncé, le mois passé à Munich, que Paris dépensera à lui seul 300 milliards d’euros à l’horizon 2024, augmentant de 35 pour cent l’effort de défense français. C’est à la fois pour faire des cadeaux fiscaux aux riches et pour équiper l’armée, y compris d’armes nucléaires, que Macron exige que les travailleurs subissent une régression sociale énorme.

Cette politique n’a aucune légitimité démocratique. Une lutte politique acharnée se profile, où la classe dirigeante verra dans l’opposition des travailleurs à la casse des acquis une menace à la fois à ses fortunes, et à ses intérêts militaires. Elle médite les politiques les plus brutales ; comme l’a dit le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, il est possible de facilement et rapidement réimposer l’état d’urgence.

Les alliés des cheminots et des fonctionnaires dans ces luttes sont les travailleurs de la France et du monde entier. Des travailleurs de plus en plus nombreux se rebellent contre les appareils syndicaux pour lutter. Les enseignants entrent en lutte malgré l’opposition syndicale dans plusieurs États des États-Unis ainsi qu’en Grande-Bretagne, où les cheminots se sont aussi mobilisés. Les métallos se sont mobilisés en Allemagne ainsi qu’en Turquie, où ils ont obtenu de larges augmentations.

Et à Mayotte, les grévistes ont repoussé avec colère une tentative de l’intersyndicale d’utiliser l’attaque des gendarmes mobiles contre un barrage comme prétexte pour liquider la grève générale.

Cinquante ans après la grève générale de mai-juin 1968, de nouvelles luttes de cette même envergure se préparent. À présent, la question décisive est d’armer la classe ouvrière d’une perspective internationaliste et socialiste pour une lutte révolutionnaire contre la guerre, l’austérité et le capitalisme. C’est la tâche que se donne le Parti de l’égalité socialiste, la section française du Comité international de la Quatrième Internationale.

Le PES souligne que les travailleurs ne peuvent se remettre aux partis politiques qui depuis des décennies tournent autour du PS de François Hollande. Ils n’ont rien à offrir aux travailleurs. Alors que Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) prépare avec Macron à l’Assemblée la réintroduction du service militaire, Besancenot insiste que le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) veut créer un large regroupement autour de Benoît Hamon, l’ex-candidat du PS. C’est-à-dire qu’ils collaborent avec les forces qui mènent l’assaut contre les travailleurs.

Le PES rejette cette coalition pro-impérialiste et souligne que les travailleurs n’obtiendront rien dans leurs luttes sans rompre politiquement avec eux. Alors que le PES faisait campagne parmi les travailleurs pour un boycott actif du second tour des présidentielles entre Macron et Marine Le Pen, ces forces-là se refusaient à donner un mot d’ordre clair et s’alignaient ainsi sur la campagne des médias pour un vote Macron. À présent, ils s’alignent sur les manœuvres troubles des appareils syndicaux.

Le PES s’oriente vers les masses de travailleurs qui entreront en lutte, afin de les armer d’une perspective socialiste claire contre le PS, Macron, et leurs satellites de pseudo gauche. Il vise à donner une conscience politique au mouvement qui émerge, et à le relier à un mouvement politique socialiste et antiguerre qui prendra le pouvoir à travers l’Europe et réorganisera la vie en fonction des besoins sociaux et non pas des profits des banques.