« La grève de Virginie occidentale, indique Jerry White, est à la croisée des chemins. Quoi qu’il puisse sortir du débat entre les démocrates, les républicains et les responsables syndicaux en Virginie occidentale, cela ne répondra à aucune des revendications des enseignants. Les représentants politiques de la classe dirigeante donnent le « choix » suivant aux enseignants : soit accepter l’accord que vous avez déjà rejeté, soit risquer des réquisitions, des amendes, voir la prison. Les actions de la base des enseignants et des autres personnels scolaires sont déjà sur une toute autre trajectoire. En rejetant l’accord passé par les syndicats avec Justice, et en poursuivant leur grève, ils ont pris une décision courageuse en défense des intérêts de toute la classe ouvrière. Pour vaincre les conspirations des politiciens du patronat, la lutte des enseignants et des personnels de l’éducation doit être étendue. Cela exige la formation de comités de grève de la base, indépendants des syndicats, pour lancer un appel à toutes les sections de la classe ouvrière – mineurs, fonctionnaires, travailleurs de l’énergie, travailleurs hospitaliers, ouvriers d’usine, jeunes et autres – pour mobiliser la pleine force de la classe ouvrière en soutient aux personnels de l’enseignement en grève.... »

Reprenons la lecture de la présentation de Jerry White...

Michel Peyret

 


 

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Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Le soutien aux enseignants de Virginie-Occidentale monte alors que les syndicats et les démocrates se démènent pour mettre fin à la grève

Par Jerry White 

5 mars 2018

Cette puissante grève de plus de 30 000 enseignants et employés des établissements scolaires de Virginie occidentale a atteint sa première semaine vendredi. Les syndicats d’enseignants et le Parti démocrate de l’État se démènent pour mettre fin à la grève et faire reprendre le travail aux enseignants lundi matin sur la base d’un accord qu’ils ont déjà rejeté.

Mardi soir, les dirigeants des syndicats West Virginia Education Association (WVEA), American Federation of Teachers-West Virginia (AFT-WV) et West Virginia School Service Personnel Association (WVSSPA) avaient annoncé un accord avec Jim Justice, le milliardaire gouverneur de l’État, et ordonné aux grèvistes de reprendre le travail jeudi matin.

Et pourtant les enseignants ont rejeté l’augmentation ponctuelle de cinq pourcents qui était proposée, mais pas garantie, ainsi que la promesse du gouverneur de créer un nouveau groupe de travail sur le financement de l’assurance-santé des employés du secteur public (PEIA), dont le sous-financement a entraîné des dépenses de santé non-couvertes incroyablement élevées pour les enseignants, les personnels scolaires, et tous les employés du secteur public.

Vendredi, des milliers de lycéens et d’autres élèves ont convergé vers le capitole (bâtiment législatif) de l’État pour une manifestation de soutien à leurs enseignants. Le rassemblement était organisé sur les médias sociaux indépendamment des syndicats et des démocrates syndicaux. L’appel d’un représentant de l’IYSSE [Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale – ÉJIÉS] à une mobilisation de toute la classe ouvrière derrière les enseignants, y compris en se préparant à une grève générale au cas ou des mesures autoritaires seraient prises pour briser la grève, fut soutenu avec enthousiasme par la foule.

Des élèves ont rejoint un groupe d’environ 1000 enseignants et personnels scolaires qui ont poursuivi leur manifestation dans le capitole de l’État. Si la chambre des représentants, sous contrôle républicain, a approuvé l’augmentation de cinq pourcents par 98 voix contre 1 mercredi, dans l’espoir que cela mettrait fin à la grève, le président du Sénat, Mitch Carmichael, n’a pas permit que la proposition soit votée au Sénat.

La manifestation des élèves intervient alors qu’un sentiment en faveur d’une participation à la grève se confirme parmi les autres employés du secteur public – pour lesquels il est prévu une augmentation encore plus insultante de 3 pourcents dans le cadre de la proposition acceptée par les syndicats. Un travailleur du secteur public a déclaré au WSWS que « le sentiment écrasant [parmi les travailleurs de l’État] est le soutien aux enseignants, et nous devrions tous débrayer ».

Vendredi soir, les syndicats, travaillant avec le Parti démocrate de l’État, ont cherché à désamorcer la situation, contrant les appels à une occupation du capitole en proposant à la place un rassemblement aujourd’hui, jour où le sénat doit se réunir.

Ayant déjà pris la mesure des syndicats, Carmichael pourrait très bien vouloir provoquer un affrontement avec les enseignants et le personnel scolaire, et utiliser des réquisitions ou même des licenciements massifs, des amendes et des arrestations. L’objectif serait d’intimider les grèvistes, d’en faire un exemple, comme Reagan l’a fait quand il a licencié 13 000 contrôleurs aériens en 1981.

Le gouverneur, les démocrates et les syndicats craignent que ce genre d’affrontement puisse provoquer une explosion sociale, et que toute tentative de briser la grève pourrait entraîner des actions massives en solidarité avec les enseignants.

Dans des commentaires cités par le Charleston Gazette-Mail, le gouverneur Jim Justice a déclaré : « S’ils ne le font pas demain [samedi], nous partirons en vrille. En toute honnêteté, cela doit être réglé demain. » Cela faisait suite à ses commentaires de la semaine dernière, où il a dit : « Je ne veux vraiment pas passer [au niveau d’alerte] DEFCON 15 », DEFCON 15 est le niveau d’alerte où l’armée est prête à une véritable guerre.

Tard vendredi soir, le syndicat WVEA a publié une déclaration dénonçant le fait que Carmichael avait « enflammé » les éducateurs, les parents et d’autres citoyens et créé « de la colère, de la méfiance ». Et cela, disait le syndicat, avait « aggravé une situation déjà explosive ». Le syndicat a terminé sa déclaration en lançant un appel pathétique au sénateur à « se ressaisir et agir comme un chef ».

Les responsables syndicaux, les démocrates de l’État, et une portion important des républicains aussi, espèrent qu’une augmentation de cinq pourcents et des promesses creuses d’une solution future pour la PEIA seraient suffisantes pour que les enseignants et les personnels scolaires mettent fin à leur lutte.

Les médias locaux et nationaux cherchent à réaffirmer l’autorité du WVEA et de l’AFT-WV sur les enseignants en révolte. Un éditorial du journal à tendance républicaine Charleston Daily Mail débutait jeudi par : « Voici quelques mots pour les enseignants et le personnel scolaire en grève que vous ne verrez pas souvent dans une chronique du Dail Mail : écoutez vos dirigeants syndicaux et reprenez le travail. »

L’éditorial félicitait les dirigeants syndicaux pour savoir « qu’une « solution définitive » à la question complexe qu’est le PEIA ne peut être trouvée en un jour », et pour comprendre « ce que la psychologie des foules en grève ne comprend pas : qu’une grève sauvage qui dure pourrait avoir des conséquences dommageables, inattendues, aux enseignants, aux étudiants et à l’éducation publique en Virginie occidentale à plus long terme »

Le New York Times, qui a délibérément ignoré la grève pendant des jours avant de la déclarer enterrée lorsque les dirigeants syndicaux ont signé l’accord au rabais avec le gouverneur, a également fait des éloges aux responsables syndicaux de la WVEA et de l’AFT-WV. Dans un éditorial intitulé « Les enseignants de Virginie occidentale donnent une leçon sur le pouvoir syndical », le Times a passé sous silence le rôle de briseurs de grève des syndicats et a tenté de décrire la grève, qui a éclaté contre les syndicats, comme une bataille menée par ces derniers.

Le Times a cité l’affaire Janus contre AFSCME devant la Cour suprême, qui porte sur les lois de certains États qui imposent aux travailleurs du secteur public qui ne sont pas syndiqués de payer l’équivalent d’une cotisation. La grève en Virginie occidentale, affirme le Times, a montré que « les syndicats du secteur public ont été le dernier bastion de la force ouvrière. »

Le Times n’a pas mentionné la déclaration de l’avocat de l’AFSCME David Frederick devant la Cour, celui-ci avait dit « la sécurité syndicale est la contrepartie de l’absence de grève ». Le rôle réel des syndicats – en Virginie occidentale et partout ailleurs – n’est pas de mener des luttes de travailleurs, mais de les réprimer.

La grève de Virginie occidentale est à la croisée des chemins. Quoi qu’il puisse sortir du débat entre les démocrates, les républicains et les responsables syndicaux en Virginie occidentale, cela ne répondra à aucune des revendications des enseignants. Les représentants politiques de la classe dirigeante donnent le « choix » suivant aux enseignants : soit accepter l’accord que vous avez déjà rejeté, soit risquer des réquisitions, des amendes, voir la prison.

Les actions de la base des enseignants et des autres personnels scolaires sont déjà sur une toute autre trajectoire. En rejetant l’accord passé par les syndicats avec Justice, et en poursuivant leur grève, ils ont pris une décision courageuse en défense des intérêts de toute la classe ouvrière.

Pour vaincre les conspirations des politiciens du patronat, la lutte des enseignants et des personnels de l’éducation doit être étendue. Cela exige la formation de comités de grève de la base, indépendants des syndicats, pour lancer un appel à toutes les sections de la classe ouvrière – mineurs, fonctionnaires, travailleurs de l’énergie, travailleurs hospitaliers, ouvriers d’usine, jeunes et autres – pour mobiliser la pleine force de la classe ouvrière en soutient aux personnels de l’enseignement en grève.

Il faut organiser des rassemblements et des manifestations, et il doit y avoir des discussions sur la préparation d’une grève générale pour défendre les enseignants contre les réquisitions et les menaces de licenciements, d’amendes et de prison. Des appels doivent être faits aux enseignants de Pennsylvanie, du New Jersey, de l’Oklahoma, de l’Arizona et des autres États qui luttent pour défendre le droit à une éducation publique de qualité. Cette lutte doit jeter les bases d’une contre-offensive de luttes ouvrières et politiques contre l’austérité et l’inégalité sociale.

(Article paru en anglais le 3 mars 2018)