« Que signifie d'abord exactement le panislamisme?, interroge Tan Malaka.Le panislamisme avait autrefois une signification historique, à savoir que l'Islam doit conquérir le monde entier, l'épée à la main... Actuellement le panislamisme a en fait une tout autre signification. C'est la lutte de libération nationale, parce que l'Islam est tout pour le musulman. Il n'est pas seulement la religion, il est l'Etat, l'économie, la nourriture et tout le reste. Ainsi le panislamisme, c'est actuellement la fraternité de tous les peuples musulmans, la lutte de libération, non seulement du peuple arabe, mais des peuples hindous, javanais, et de tous les peuples musulmans opprimés. Cette fraternité signifie actuellement une lutte de libération, non seulement contre le capitalisme hollandais, niais aussi contre le capitalisme anglais, français, italien, contre le capitalisme du monde entier... »

Reprenons la lecture de l'intervention de Tan Malaka...

Michel Peyret


Intervention de Tan Malakka en 1922 sur l'Islam et le marxisme...

25 Janvier 2018

Rédigé par JRCF et publié depuis Overblog

"Intervention au IVe congrès de l'Internationale Communiste"

novembre 1922

La décision du IIe Congrès de l'Internationale communiste signifie dans la pratique que nous devons faire aussi un front uni avec le nationalisme révolutionnaire. Nous devons reconnaître que dans notre pays aussi le front uni est nécessaire. Toutefois ce sera un front uni non pas avec les social-démocrates, mais avec les nationalistes révolutionnaires. Les nationalistes emploient contre l'impérialisme des tactiques diverses, telles que le boycottage et la guerre de libération des musulmans ou le panislamisme...

Je dois reconnaître que le boycottage n'est sûrement pas une méthode communiste, mais étant donné le joug militaire et politique que nous subissons en Orient, c'est une de nos armes les plus efficaces. L'expérience de ces trois dernières années nous montre qu'en 1919, le boycottage des peuples d'Égypte contre l'impérialisme anglais, de même que le grand boycottage chinois des années 1919-1920 ont été couronnés de succès... Nous savons que le boycottage n'est pas notre méthode de lutte, il peut être la méthode de la petite bourgeoisie ou de la bourgeoisie nationaliste. Nous pouvons même aller plus loin et dire que le boycottage, c'est l'appui donné au capitalisme indigène. Mais nous avons vu aussi qu'à la suite de la campagne de boycottage aux Indes 18.000 dirigeants languissent encore dans les prisons, et que le mouvement de boycottage a suscité une atmosphère très révolutionnaire, au point où le gouvernement anglais a été obligé de demander l'appui militaire du Japon pour le cas où ce mouvement dégénérerait en insurrection armée ouverte...

En ce qui concerne le panislamisme, c'est une longue histoire. Je veux d'abord parler des expériences que nous avons faites aux Indes [néerlandaises], où nous avons travaillé avec les musulmans. Nous avons, à Java, une grande association à laquelle participent beaucoup de paysans très pauvres, le " Sarekat Islam " (" Ligue de l'Islam "), qui comptait entre 1912 et 1916 peut-être un million de membres, peut-être même trois ou quatre millions. C'était une très grande organisation populaire, qui est apparue de façon spontanée et qui était extrêmement révolutionnaire. Jusqu'en 1921 nous avons travaillé avec elle. Notre parti, qui comptait alors 13 000 membres, allait dans cette association populaire et y faisait de la propagande. En 1921, nous réussîmes à faire adopter par le " Sarekat Islam " notre programme. La Ligue de l'Islam faisait aussi de la propagande dans les villages pour les mots d'ordre " contrôle de la production " et " tout le pouvoir aux paysans pauvres, tout le pouvoir aux prolétaires ". Ainsi le " Sarekat Islam " faisait la même propagande que notre parti communiste, sauf que souvent c'était en d'autres termes. Mais en 1921 une scission se produisait à la suite d'une critique maladroite des chefs du " Sarekat Islam ". Le gouvernement exploita cette scission par l'intermédiaire de ses agents dans le " Sarekat Islam " ; il exploita aussi le mot d'ordre du IIe Congrès de l'Internationale communiste sur la lutte contre le panislamisme... Il dit aux simples paysans : " Vous voyez, les communistes ne veulent pas seulement faire la scission chez vous, ils veulent anéantir votre religion ". C'était trop pour un simple paysan musulman. Le paysan se disait : " J'ai tout perdu dans ce monde, dois-je perdre aussi le ciel ? Cela ne va pas ! " Les agents du gouvernement ont très habilement exploité cet état d'esprit, et nous avons donc eu une scission.

(Le président Marchlewski : Votre temps de parole est épuisé !)

Je viens des Indes, et j'ai voyagé quarante jours ! (Applaudissements.) Les membres du " Sarekat Islam " croient à notre propagande, et sont avec nous (pour employer une expression populaire) avec le ventre, mais leurs coeurs restent attachés au " Sarekat Islam ", à leur ciel. Car nous ne pouvons pas leur donner le ciel. C'est pourquoi ils ont boycotté nos réunions et nous avons été dans l'impossibilité de faire encore une propagande quelconque.

Au début de l'année dernière, nous nous sommes efforcés de rétablir la liaison avec le " Sarekat Islam ". Nous avons dit à notre congrès de décembre dernier que les musulmans du Caucase et des autres pays qui collaborent avec les soviets et luttent contre le capitalisme international comprennent bien mieux leur religion, et nous avons dit aussi que s'ils veulent faire de la propagande pour leur religion ils peuvent la faire non dans les réunions mais à l'église...

Au mois de mars dernier éclata une grève générale, et les ouvriers musulmans avaient besoin de nous, car nous avions les cheminots. Les dirigeants du " Sarekat Islam " nous ont dit : " Vous voulez travailler avec nous, il faut que vous nous aidiez aussi ". Nous y sommes naturellement allés et nous leur avons dit : " Oui, votre Dieu est puissant, mais votre Dieu a dit que les cheminots étaient encore plus puissants sur cette terre. (Applaudissements.) Les cheminots sont le comité exécutif de Dieu sur cette terre ". (Gaieté.) Mais la question n'est pas encore résolue, car, si nous avons encore une scission, les agents gouvernementaux ramèneront sûrement encore la question du panislamisme. C'est pourquoi cette question est très actuelle.

Que signifie d'abord exactement le panislamisme ? Le panislamisme avait autrefois une signification historique, à savoir que l'Islam doit conquérir le monde entier, l'épée à la main... Actuellement le panislamisme a en fait une tout autre signification. C'est la lutte de libération nationale, parce que l'Islam est tout pour le musulman. Il n'est pas seulement la religion, il est l'Etat, l'économie, la nourriture et tout le reste. Ainsi le panislamisme, c'est actuellement la fraternité de tous les peuples musulmans, la lutte de libération, non seulement du peuple arabe, mais des peuples hindous, javanais, et de tous les peuples musulmans opprimés. Cette fraternité signifie actuellement une lutte de libération, non seulement contre le capitalisme hollandais, niais aussi contre le capitalisme anglais, français, italien, contre le capitalisme du monde entier. Voilà ce que signifie actuellement le panislamisme aux Indes, parmi les peuples coloniaux opprimés, c'est ainsi qu'ils l'ont propagé clandestinement, c'est-à-dire la lutte contre les diverses puissances impérialistes du monde. Il y a là pour nous une tâche nouvelle. Tout comme nous voulons appuyer la guerre nationale, nous voulons aussi appuyer la guerre de libération des 250 millions de musulmans très actifs et très combatifs contre les puissances impérialistes. C'est pourquoi je vous demande encore une fois : devons-nous soutenir ce panislamisme-là ? J'ai dit.
(Vifs applaudissements.)

Tan Malakka

Tan Malakka

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