« Parmi ces "revenants", indique François Molins, de nombreuses femmes, dont la participation aux attaques en Irak et en Syrie pose question. "On n'a pas de profil-type" les concernant, prévient François Molins. "Ça va de l’écervelée manipulée à la djihadiste convaincue." Un changement de doctrine notable, alors que la justice européenne a longtemps été plus clémente envers les femmes revenues de la zone irako-syrienne :"On a longtemps cru que les femmes étaient condamnées à des tâches ménagères en Syrie et on se rend compte qu'elles ont pu être impliquées dans des activités opérationnelles, on a pu leur apprendre à manier des armes." En cause, une "inflexion idéologique de Daech, à la fin de l'été", avance François Molins, lorsque "des organisations représentatives de Daech ont appelé les femmes et les enfants au djihad armé". Une nouveauté, puisque l'appel ne concernait auparavant que les hommes... »

Reprenons la lecture des révélations de François Molins...

Michel Peyret


François Molins : "La menace terroriste n'est pas moins élevée, elle est plus diffuse"

François Molins : "La menace terroriste n'est pas moins élevée, elle est plus diffuse"François Molins, le 22 juin 2017 à Paris. (Thomas SAMSON / AFP)

Le procureur de la République de Paris, invité de RTL ce mardi, évoque les nouveaux enjeux de la lutte contre le terrorisme.

Par L'Obs

Publié le 23 janvier 2018 à 11h03

La menace terroriste "a muté", assure François Molins sur RTL. Invité de la radio mardi 23 janvier, le procureur de la République de Paris est revenu longuement sur l'état de la menace terroriste en France. Quels sont les risques actuels ? Que faire des djihadistes français capturés en Irak et en Syrie ? Combien d'entre eux sont revenus en France ? Le point sur ses principales déclarations.

1 La menace terroriste "a muté"

Interrogé sur la mise en examen d'un homme de 33 ans à Paris samedi, soupçonné de préparer un attentat, le procureur de la République a confirmé qu'"un certain nombre d'éléments permett[aient] de penser que quelque chose se préparait". 

Inconnu des services, l'homme avait prêté allégeance au groupe Etat islamique dans une vidéo. Au cours des perquisitions, des "produits pouvant servir à la confection d'explosifs, un engin potentiellement explosif [un tube rempli de poudre, NDLR] et un système de mise à feu ont été saisis", a expliqué une source policière de l'AFP. 

Selon François Molins, qui ne précise pas si le suspect avait été en contact avec l'Etat islamique, ce dernier ne se serait pas rendu en Irak ou en Syrie, comme des centaines de Français ces dernières années. Le recul de Daech dans ces territoires complique en effet le recrutement de nouvelles forces.

Il y a toujours des combattants qui quittent la France pour l'Irak ou la Syrie mais "beaucoup moins" compte tenu du "phénomène de délitement du califat", estime François Molins.

Pour autant, il met en garde :

"Ce n'est pas parce que Daesh va tomber en Irak et en Syrie, que la situation sera réglée."

Il faut prendre en compte la nouvelle nature de la menace terroriste :

"On est confrontés à une menace qui a muté, qui vient de l'intérieur." 

Ce sont "des gens qui ne sont pas connus des services de renseignement."

"La menace [sur le territoire français] n'est pas moins élevée, elle est plus diffuse, plus difficile à cerner car elle se produit chez nous", conclut François Molins.

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2Moins de 100 djihadistes français détenus en Irak

Le sort des djihadistes français ayant rejoint le groupe Etat islamique en Syrie et en Irak, et dont certains souhaitent aujourd'hui rentrer en France, fait l'objet de controverses. Faut-il les juger en France, ou les laisser être condamnés – parfois à la peine de mort – à l'étranger ?

Une quarantaine de djihadistes français, autant d'hommes que de femmes, accompagnés d'une vingtaine d'enfants, ont récemment été arrêtés en zone irako-syrienne, la grande majorité par les forces kurdes en Syrie. En Irak, ils seraient entre "quelques dizaines" et "moins d'une centaine", ajoute François Molins, qui ne précise pas si des mineurs figurent parmi eux.

"Le gouvernement français fait tout ce qu'il peut pour assurer la protection sur le plan consulaire de ces personnes", assure le procureur de Paris. Qui ne se prononce pourtant pas nécessairement pour leur jugement en France :

"Est-ce qu'on ne souhaiterait pas juger des terroristes étrangers s'ils commettaient des exactions sur notre sol ?", s'interroge François Molins, qui évoque "le droit légitime [de l'Irak et de la Syrie] de les juger".

Le gouvernement français a affirmé à plusieurs reprises que les personnes arrêtées devaient être jugées sur place autant que possible. La ministre française des Armées Florence Parly a réaffirmé ce lundi  n'avoir "aucun état d'âme" quant au sort des djihadistes français.

3"Ecervelée manipulée" ou "dijhadiste convaincue" ?

Combien de personnes sont-elles revenues de la zone irako-syrienne ? "Un peu moins de 180" depuis le début du conflit, a compté François Molins.

"Derrière la nostalgie, il y a très peu de repentis", précise-t-il, mettant en garde contre les récits de faux pardons parfois diffusés dans les médias.

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Parmi ces "revenants", de nombreuses femmes, dont la participation aux attaques en Irak et en Syrie pose question.

"On n'a pas de profil-type" les concernant, prévient François Molins. "Ça va de l’écervelée manipulée à la djihadiste convaincue."

Un changement de doctrine notable, alors que la justice européenne a longtemps été plus clémente envers les femmes revenues de la zone irako-syrienne :

"On a longtemps cru que les femmes étaient condamnées à des tâches ménagères en Syrie et on se rend compte qu'elles ont pu être impliquées dans des activités opérationnelles, on a pu leur apprendre à manier des armes."

En cause, une "inflexion idéologique de Daech, à la fin de l'été", avance François Molins, lorsque "des organisations représentatives de Daech ont appelé les femmes et les enfants au djihad armé". Une nouveauté, puisque l'appel ne concernait auparavant que les hommes.

Désormais, "il n'est pas exclu d'avoir des participations de femmes et de mineurs" dans des combats terroristes. Les enfants du califat sont notamment des "bombes à retardement" qui doivent faire l'objet d'une prise en charge particulière, assure l'invité de RTL.

"Il faut inventer des dispositifs de prise en charge des enfants qui ont vécu dans des conditions qui ne sont pas normales, qui ont assisté à des décapitations, qui voient des armes à la maison tous les jours."

M.G.

L'Obs

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