"Qualifié par la presse de "plus grand échec de la carrière politique de Mariano Rajoy", de "fiasco", de "désastre", les élections de "normalisation" en Catalogne, convoquées par le chef du gouvernement et supposées être un "coup de maître", se retournent contre lui et virent à la débâcle, non seulement dans cette région mais dans l’ensemble du pays.."

Reprenons la lecture de l'article de Jean-Baptiste Naudet...

Michel Peyret


Catalogne : le double fiasco de Mariano Rajoy

Mariano Rajoy a perdu son pari. (Javier Lizon/EFE/SIPA)

Non seulement les indépendantistes remportent le scrutin, mais le PP de Rajoy se retrouve supplanté par Ciudadanos.

Par Jean-Baptiste Naudet

Publié le 22 décembre 2017 à 20h16

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Mariano Rajoy est pris en étau. En suspendant l’autonomie de la Catalogne pour répondre à la déclaration d’indépendance du 23 octobre, en poursuivant et, parfois, en emprisonnant les leaders catalans, en convoquant le 21 décembre des élections régionales anticipées censées "restaurer la normalité", le chef du gouvernement espagnol et du parti populaire (PP, droite conservatrice) voulait casser le mouvement sécessionniste catalan considéré comme "décapité".

Avec la victoire des indépendantistes, la Catalogne s'enfonce un peu plus dans l'inconnu

Mais, avec la victoire des indépendantistes lors de ce scrutin "historique", c’est le Premier ministre espagnol qui se trouve au bord du gouffre. D’autant qu’en Catalogne, son parti s’effondre au profit de son grand rival libéral de droite, Ciudadanos, qui devient le premier parti de la région. Avec trois députés, soit huit de moins que lors des dernières élections régionales de 2015, son parti disparaît presque de la scène politique catalane. Le PP "vit l’expérience humiliante d’être expulsé comme une épidémie", écrit un journal madrilène. Le premier parti d’Espagne est le dernier en Catalogne, la plus riche Province du pays.

Qualifié par la presse de "plus grand échec de la carrière politique de Mariano Rajoy", de "fiasco", de "désastre", les élections de "normalisation" en Catalogne, convoquées par le chef du gouvernement et supposées être un "coup de maître", se retournent contre lui et virent à la débâcle, non seulement dans cette région mais dans l’ensemble du pays.

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Trop modéré pour les uns, trop intransigeant pour les autres

Car, né en Catalogne en réponse à la montée identitaire, Ciudadanos ne cache pas son intention de supplanter le PP aussi au niveau national. Contrairement au PP, le parti de centre droit n’est pas entaché par des scandales de corruption. Et la jeune formation libérale a adopté une ligne encore plus dure que le gouvernement dans la crise catalane, étant le premier à réclamer la suspension de l’autonomie et la mise sous tutelle de la province séparatiste.

Critiqué en Catalogne pour la dureté des mesures contre les indépendantistes, Mariano Rajoy se fait doubler dans le nationalisme espagnol par Ciudadanos qui fait de la surenchère. Le PP "s’expose dans le reste de l’Espagne à l’insolence de la marée orange", couleur du Ciudadanos, écrit un éditorialiste du quotidien national "El Pais". "La montée de Ciudadanos mène à un nouvel équilibre de la politique nationaliste dans le camp libéral conservateur", estime le journal.

Face à la défaite, Mariano Rajoy est apparu fatigué, la mine déconfite au lendemain des élections. Il n’a accepté que du bout des lèvres de rencontrer le prochain président catalan, sans vouloir le nommer, mais en refusant la proposition de Carles Puigdemont, leader des indépendantistes réfugié à Bruxelles, de le rencontrer hors d’Espagne où il risquerait d’être arrêté.

Sans fermer la porte à des négociations, il a nié toute victoire des indépendantistes. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le chef du gouvernement espagnol a insisté sur le retour à la normalité "dans le cadre de la Constitution". Semblant parfois plus gêné par le succès de son concurrent à droite que par celui des indépendantistes catalans, Mariano Rajoy a longuement félicité les leaders de Ciudadanos et approuvé leur ligne politique intransigeante sur la Catalogne.

Trop modéré pour les uns, trop intransigeant pour les autres, Mariano Rajoy semble pris en étau entre indépendantistes et unionistes, dopés par leurs succès électoraux respectifs. Malgré son échec à contenir le mouvement indépendantiste catalan par la répression, le chef des conservateurs espagnols ne semble, pour l’instant, pas avoir choisi la voie des concessions pour éviter la chute dans le gouffre.

Jean-Baptiste Naudet, envoyé spécial en Catalogne

 

Jean-Baptiste Naudet

Journaliste