« Pas d’observateurs dans cet espace, seulement des personnes engagées dans la FI. Ses membres sont là pour contribuer à développer le mouvement. Ils sont à la disposition des groupes d’action pour répondre à toute sollicitation en particulier les orateurs nationaux. Il n’est pas la direction du mouvement, c’est un espace parmi d’autres de notre mouvement polycentrique il ne fonctionne pas pour lui-même il est un lieu parmi d’autre qui recherche comment permettre au peuple d’être l’acteur principal de son destin.Il est composé principalement de personnes issues de partis, de groupes politiques ou d’associations mais il ne fonctionne pas comme un cartel traversé de rapports de force entre ses composantes.Certes toutes ces personnes se sentent porteuses d’idées spécifiques telles que l’écologie, l’anticapitalisme, le socialisme, le communisme, le féminisme ou l’altermondialisme.Mais ces orientations convergent dans notre programme. L’écologie, le communisme, l’éco socialisme ont en commun d’être anticapitalistes car elles savent que le capitalisme est un verrou au développement d’une autre société fondée sur un nouvel humanisme. Voilà notre ADN commun... »

Reprenons la lecture de l'intervention de Francis Parny...

Michel Peyret


3 Décembre 2017 - Publié par El Diablo

Convention nationale de La France Insoumise : l’intervention d’un « communiste insoumis »

Convention nationale de La France Insoumise : l’intervention d’un « communiste insoumis »

Confiance réciproque, contrôle à posteriori, délibérations collectives, rapport de la démocratie à l’action, place de l’insoumission dans la construction de soi-même comme dans la définition collective d’un horizon commun dessiné par et pour le peuple, place de l’art et de la culture dans ce processus, voilà quelques réflexions que j’ai voulu énoncer dans mon intervention à Clermont devant 1500 insoumises et insoumis réunis pour travailler. 

« Le texte définissant ce qu’est l’espace politique de la France insoumise est un travail collectif. Il a été publié sur la plateforme du mouvement je ne vais pas répéter dans cette intervention, tout son contenu mais plutôt essayer d’en donner la signification.

Auparavant, toutefois, je veux en rappeler les principes essentiels :

Les groupes ou les personnes qui participent à cet espace sont en accord avec le programme « L’avenir en commun » et s’engagent à le soutenir. Ils doivent aussi partager la stratégie de notre mouvement née dans la campagne présidentielle ; nous voulons fédérer le peuple et non rassembler la gauche. 

Nous n’avons pas peur de nommer ce monde dont nous ne voulons pas. Et nous disposons avec « L’avenir en commun » d’un projet alternatif, qui nous unit.

L’espace Po fonctionne comme un concentré de cette réflexion à partir de nos diversités.

Mais il ne veut pas se faire plus gros qu’il n’est. 

Personne ne peut mieux incarner ces idées spécifiques que l’ensemble des insoumis et des insoumises qui par centaines de milliers portent la diversité de tout ce patrimoine commun. 


*****
Comme tout lieu politique notre espace fonctionne dans un rapport entre individus et collectif pour construire du commun.

C’est pourquoi j’ai envie de vous en parler en disant JE.

Je constate d’abord que cet espace comme tout le mouvement est le fruit d’une histoire, d’une belle histoire, celle de la campagne présidentielle.

Aujourd’hui il rassemble des membres de l’équipe de cette campagne, le PG, la nouvelle gauche socialiste devenue les socialistes insoumis, Ensemble insoumis, des communistes dirigeants la fédération des Deux-Sèvres du PCF, d’autres communistes d’abord isolés qui ont créé depuis « les communistes insoumis et insoumises », la coopérative écologique et deux personnalités sans parti, Bernard Cassen et Bernard Pignerol.

D’autres aujourd’hui frappent à la porte qui peuvent entrer dans le respect du texte publié sur la plateforme. 

Cette histoire, écrite en commun, a généré de la confiance. C’est important en politique et c’est nouveau. 

Bien sûr la confiance doit être assise sur le contrôle, mais celui-ci peut se faire à postériori. C’est d’ailleurs comme cela qu’il est le plus efficace car on peut vérifier le bien-fondé des décisions prises en fonction de ce qu’elles produisent dans notre peuple. 

Et la confiance est aussi une philosophie de vie. 

Comment passer les vagues successives, incessantes, de mises en cause personnelles à l’égard de Jean-Luc et d’autres animateurs de la FI sans cette confiance. 

Oui nous sommes solidaires entre nous car nous savons que les mêmes valeurs nous animent : le refus du libéralisme, la laïcité, le service du peuple et de l’intérêt général et nous savons que notre engagement comme notre vie personnelle nous situent à l’opposé des riches et de l’oligarchie.

Le respect mutuel, la confiance, la solidarité, voilà ce qui nous permet d’avancer dans l’espace comme dans la FI.

Et la démocratie dans tout cela ? Et l’élection de nos instances ?

Je vous invite à aller voir le film de Mariana Otero sur les Nuits debout de Paris. 

C’est un film sur la démocratie et sa mise en question. Le processus des Nuits debout nous interroge sur trois questions. 

1 - Sur le vote 

Au début pas de vote, la recherche du consensus mais progressivement le vote revient et là une participante filmée s’exclame « Ah non vous n’allez pas revenir à ces méthodes barbares » 

Interrogeons-nous, n’avons-nous pas l’expérience dans ces partis dont nous ne voulons plus de ces votes qui définissent une majorité et une minorité qui ensuite s’exténuent dans des combinaisons destinées à renverser la majorité pour en constituer une autre. Bien loin de l’intérêt général ou du projet révolutionnaire. La lutte pour les places remplace la lutte des classes. 

Cela ne marche pas d’ailleurs mais que d’énergie perdue pour la cause commune !

2 Sur le lien à l’action 

Quant Nuit debout « s’essouffle » les participants envisagent le rapport du débat à l’action d’une autre façon. La place des grévistes qui viennent prendre la parole grandit et l’investissement de la rue, des entreprises, prolonge l’occupation de la place de la République. Tout cela parce que les participants voient bien que la victoire sur la loi El Khomri passe par l’action. 

Nous disons la même chose quand nous proclamons que l’unité de notre mouvement se fait dans l’action. 

3 Le peuple oui, mais quel peuple ?

La démocratie n’est pas un ensemble de mesures techniques recherchant le consensus entre tous. Les institutions de la République, elles oui, doivent garantir l’égalité pour tout le peuple. 

Mais le mouvement de transformation de la société que nous aspirons à construire est fondé sur l’émergence du « peuple qui nous manque » comme disait le philosophe Gilles Deleuze.

Le peuple que nous voulons voir surgir n’est pas celui du consensus c’est celui qui s’unit dans le refus de cette société et qui se rassemble sur des objectifs exigeants sans lesquels on ne peut la changer. C’est un peuple conscient de ce qu’il veut faire qui se créé collectivement un horizon commun.

L’action de la FI est marquée toute entière par cette volonté. Et tous nos espaces, l’espace politique comme les autres, doivent concourir à cette émergence du peuple. Nous sommes à son service. Nous ne sommes pas au service de quelques appareils que ce soit. 

Pour beaucoup d’entre nous c’est la raison qui nous a fait quitter notre ancien parti. Moi je suis communiste. Je ne suis plus membre du PCF, mais toujours communiste. Et je peux le rester dans la FI car l’insoumission est pour moi un mot redondant avec celui du communisme. 

Le communisme est insoumission à l’ordre existant et en même temps il cherche à créer du commun. Comme nous toutes et nous tous ici. Le mot insoumis est lui-même porteur bien au-delà de nous. 

Jean-Luc faisait remarquer que nous croisions dans la rue plein de personnes – les gens – qui nous disent qu’ils sont insoumis. Et ils ne sont pas membres d’un groupe local. 

Oui le mot « insoumis » renvoie à la liberté de chacun et chacune d’entre nous. Il n’est pas seulement le nom de notre mouvement et de ceux qui y participent. 

Il nomme aussi un comportement humain dans lequel chaque citoyen, chaque citoyenne peut se reconnaître. 

L’insoumission est d’abord un acte de construction de soi-même indissociable de notre rapport aux autres. C’est l’enfant qui dit « non » à son père et qui se construit en même temps dans la recherche de commun avec les autres. C’est une démarche qui respecte l’autre et le considère comme une chance qui peut nous changer sans mettre en cause notre identité.

En cela, c’est le mot même de l’anti racisme. Le mot rebelle d’insoumis, est consubstantiel de l’être humain. 

Et c’est pour cette raison que les tenants de ce pouvoir qui nous oppresse s’en prennent à la notion même d’insoumission qu’ils considèrent comme contraire à la démocratie et pour cela, aussi, qu’ils s’en prennent à l’Art et la culture.

Car l’art nourrit l’insoumission à force de questionner l’ordre existant et de construire symboliquement un autre monde.

Avez-vous remarqué combien la culture est mise à mal par ce gouvernement dans les mêmes termes destructeurs de la société toute entière, avec les mêmes mots utilisés pour casser le code du travail. Un texte du Ministère de la culture révélé par le Monde indique qu’il faut introduire « plus de souplesse dans la hiérarchie des normes » en parlant du spectacle vivant comme s’il s’agissait des entreprises du CAC 40. Ce texte dit que « la maîtrise des charges de la masse salariale » nécessite de « renégocier les conventions collectives et les accords salariaux » et que les directeurs de ces structures pourraient être « intéressés » aux économies réalisées. Exactement comme les primes données aux managers les plus zélés dans l’augmentation des dividendes versés aux actionnaires au détriment des salaires. 

L’art et la culture sont insoumis. Ils doivent être détruits pour empêcher leur capacité à produire de l’imaginaire commun. 

Et vous aurez remarqué sans doute comme moi qu’ici même dans cette halle auvergnate, sur l’espace de Gergovie, sur cette plaine de Merdogne, vous avez cité, vous insoumises et insoumis la nécessité de l’art et de la culture dans notre société, dans l’éducation de nos enfants, dans le partage par tous des productions de l’esprit et du sensible. 

Chacun sait d’ailleurs, combien la lecture d’un poème dans un meeting créé de l’émotion et de l’enthousiasme parce qu’elle nous fait côtoyer la représentation artistique de nos désirs.

Notre tâche à nous est de favoriser la construction dans le réel d’une autre société faite par et pour le peuple.

Dans les moments que nous vivons, face au blocage social que nous connaissons à propos de la guerre totale que Macron et son gouvernement livrent au monde du travail et de la création comme aux plus faibles, nous prenons les initiatives d’actions qui rendent au peuple sa fierté et son rôle politique alors qu’il se trouve aujourd’hui entravé par la division qu’on lui impose. 

Voilà sans doute l’ambition la plus légitime de la FI toute entière auquel l’espace politique veut juste contribuer : mettre le peuple au cœur même des décisions qui le concernent pour que ses rêves deviennent réalité. »

Francis Parny

26 Novembre 2017

SOURCE : Communistes insoumis sur Facebook