« Ressusciter les expériences passées, indique l'article, c’est tenter de recoudre le fil rouge des révolutions et reprendre en main une « destinée » qui n’est ni providentielle, ni tracée d’avance. Contrairement à la caricature positiviste du marxisme, illusionnée par le mythe historiciste du progrès, nous savons que l’histoire n’est pas linéaire et que le futur peut aussi pencher vers la « barbarie » et la catastrophe. Mais que l’on perçoive les révolutions comme des « locomotives de l’histoire » ou, avec Benjamin, comme des ruptures du cours catastrophique imposé par le capitalisme, elles sont le seul moyen pour les masses de prendre le contrôle... »

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Michel Peyret


SERPENT - LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

24 Novembre 2017

Publié par Patrick Granet

Où est passée la révolution de 1917 ?

Où est passée la révolution de 1917 ?

Imposer une autre mémoire

Le grand absent de l’Histoire avec un grand H, le voici, il n’est pas difficile à voir, mais constamment nié comme sujet politique et effacé des livres d’histoire : les masses prenant leur destinée en main, et osant « monter à l’assaut du ciel », selon la formule employée de Marx pour décrire la Commune de Paris, qui était le modèle des bolchéviques.

Dans son essai autobiographie, intitulé Ma vie par son éditeur -, Trotsky évoque une anecdote qui illustre combien les bolchéviques étaient hantés par le souvenir de l’échec de la Commune de Paris. Le 73e jour après l’insurrection d’octobre Lénine aurait dansé sur la neige entre les murs du Kremlin parce que le pouvoir soviétique avait duré plus longtemps que la Commune, rapidement écrasée dans le sang par la jeune IIIe République lors de la semaine sanglante.

Le souvenir de la révolution trahie de 1917 et le constat de l’occultation du rôle de la classe ouvrière et des masses dans l’Histoire officielle demeurent cependant insuffisants. Pleurer sur les défaites du passé n’y change rien. Les militants d’extrême gauche l’avaient bien en tête en 1971. Dans le sillage de mai 68, le centenaire de la Commune avait été célébré par une impressionnante manifestation. Cette autre histoire et cette autre mémoire qu’il convient d’imposer passe aussi par la rue, et non pas seulement par les livres d’histoire.

L’histoire des révolutions, du communisme et du mouvement ouvrier ne s’apparente à une série de défaites que si l’on oublie les victoires, mêmes si celles-ci furent temporaires, trahies et finalement écrasées. L’histoire n’est pas finie et l’avenir est en mesure de changer le passé en transformant les défaites en autant de jalons du projet émancipateur communiste. Les historiens libéraux sont parvenus après 1989 à répandre l’idée que le fil rouge de l’histoire communiste était définitivement rompu. Mais cette réécriture de l’histoire n’est pas tombée du ciel, elle participe d’un projet politique restaurationniste global qui va de pair avec ce que l’on a appelé le « néolibéralisme ».

Ressusciter les expériences passées, c’est tenter de recoudre le fil rouge des révolutions et reprendre en main une « destinée » qui n’est ni providentielle, ni tracée d’avance. Contrairement à la caricature positiviste du marxisme, illusionnée par le mythe historiciste du progrès, nous savons que l’histoire n’est pas linéaire et que le futur peut aussi pencher vers la « barbarie » et la catastrophe. Mais que l’on perçoive les révolutions comme des « locomotives de l’histoire » ou, avec Benjamin, comme des ruptures du cours catastrophique imposé par le capitalisme, elles sont le seul moyen pour les masses de prendre le contrôle.

Comme le disait déjà Daniel Bensaid pour les deux cents ans de 1789, la meilleure façon de célébrer la Révolution, c’est de recommencer.