« S’il n’existe pas d’internationale fasciste, indique l'article, il n’y a pas plus d’unicité des extrêmes droites en Europe, et surtout pas dans le temps. Il n’existe donc pas de définition unanime pour attribuer cette étiquette à un parti plutôt qu’à un autre. Quelques traits communs se dégagent tout de même tels que l’idée que la société se comporte comme un organisme vivant ou encore le souhait d’instaurer la préférence nationale. Chacune y rajoute ensuite, selon son histoire ou les réalités nationales, une demande d’ordre, de libéralisme, d’étatisme, le rejet de l’immigration et/ou du multiculturalisme. Pour expliquer le phénomène, l’article est ponctué par les décryptages du chercheur Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites, chercheur associé au CEPEL membre de l’Observatoire des radicalités politiques. Il est l’auteur, avec Jean-Yves Camus, du livre Les Droites extrêmes en Europe, paru en 2015... »

Reprenons la lecture de l'article sur l'extrême en Europe...

Michel Peyret


Que pèse réellement l’extrême droite en Europe ?

Lefigaro.fr a compilé les résultats de plus de 250 élections sur ces 15 dernières années. Analyse d’un phénomène électoral à l’échelle continentale.

Published in Le Figaro

La progression est claire. Depuis 2001, l’extrême droite gagne du terrain sur le Vieux Continent. L’infographie que publie aujourd’hui Le Figaro.fr répertorie plus de 250 élections de portée nationale en Europe sur une période de 16 ans. Au fil des années, nombre de pays se foncent (voir l’infographie ci-dessous), traduisant la progression dans les urnes de cette frange de l’échiquier politique. On note bien, localement, quelques retours en arrière, qu’ils soient le résultat d’un effondrement électoral ou de l’étiolement d’une position jadis bien tenue. On distingue également des zones hermétiques au vote d’extrême droite. Cependant, si cette hausse des résultats électoraux ne se traduit pas par une prise de pouvoir, elle n’en reste pas moins une tendance visible sur l’ensemble du continent européen.

Pourquoi avons-nous choisi 2001 comme marqueur d’entrée de notre carte ? Parce que nos sociétés sont toujours dans la séquence politique ouverte par l’attentat commis aux États-Unis le 11 Septembre. Les extrêmes droites également. Si la critique de l’islam et du monde musulman était déjà présente chez elles, ces attentats deviennent alors des éléments centraux du discours néopopuliste. Notre infographie couvre donc la période ouverte par cette année pivot et se poursuit jusqu’aux élections tenues ces derniers mois.

Les droites extrêmes et radicales européennes sont diverses, multiformes. Les plus folkloriques d’entre elles peuvent revêtir les oripeaux d’époques révolues. Elles sont extrêmement minoritaires. La plupart ont évolué. Elles sont les produits de leurs époques et se sont adaptées aux mutations géopolitiques. Elles ont opté pour des positions politiques qualifiées de nationales-populistes ou de néopopulistes. La volonté de créer un homme et une société nouvelle, en vogue dans la première moitié du siècle, a cédé sa place à la critique de l’État providence et la nostalgie du passé, à la lutte contre le multiculturalisme et aux revendications identitaires.

En passant votre souris sur la carte, vous découvrirez le pourcentage réalisé par l’extrême droite pour chaque pays et chaque élection. Grâce au curseur sur la droite, vous pouvez faire varier les années.

S’il n’existe pas d’internationale fasciste, il n’y a pas plus d’unicité des extrêmes droites en Europe, et surtout pas dans le temps. Il n’existe donc pas de définition unanime pour attribuer cette étiquette à un parti plutôt qu’à un autre. Quelques traits communs se dégagent tout de même tels que l’idée que la société se comporte comme un organisme vivant ou encore le souhait d’instaurer la préférence nationale. Chacune y rajoute ensuite, selon son histoire ou les réalités nationales, une demande d’ordre, de libéralisme, d’étatisme, le rejet de l’immigration et/ou du multiculturalisme. Pour expliquer le phénomène, l’article est ponctué par les décryptages du chercheur Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites, chercheur associé au CEPEL membre de l’Observatoire des radicalités politiques. Il est l’auteur, avec Jean-Yves Camus, du livre Les Droites extrêmes en Europe, paru en 2015.

Principaux partis et listes électorales pris en compte dans cette étude.Allemagne: NPD, AFD, REP. Autriche: FPÖ, BZÖ, Team Stronach. Belgique: FN, VB, VU. Bulgarie: IMRO-BNM, IMRO-NIU, NIU, Ataka,BBT,NFSB. IMRO-BNM, Union patriotique, Patriotes unis, Renaissance, Volya. Chypre: ELAM. Croatie: HSB, HČSP, HDSSB. Danemark: DF. Espagne: AN, DN, FE, FE-JONS, MSR. Estonie: TEE, EKRE, ERL. Finlande: SVR, PS. France: FN, MNR, LdS. Grèce: XA, LAOS, EM, PG. Hongrie: JOBBIK, MIÉP. Irlande: CSP, DDI. Italie: LN, FT, FN, AN, FN, AS, MIS, Casapound, M5S. Lettonie: NA, LV, LNKK. Lituanie: LDP, JL. Luxembourg: ADR. Norvège: FrP. Malte: IE. Pays-Bas: PPV, Liste Pim Fortuyn, NR. Pologne: KNP, RN, SP, Kukiz15, Samoobrona, LPR. Portugal: PNR. République tchèque: UNK, NS. Roumanie: PRM, PRU. Royaume-Uni: Ukip, BNP, NF. Slovaquie: SNS, L’SNS. Slovénie: SNS. Suède: SD, SP, ND, NMR. Suisse: UDC.    

France : le Front national atteint des records

L’histoire de l’Europe de l’Ouest face aux extrêmes droites n’est pas monolithique. Chaque pays connaît ses spécificités, est confronté à ses propres réalités. Dans certains pays, ces 15 dernières années ont vu une hausse constante de l’extrême droite.

C’est le cas en France, où la période 2001-2017 a été décisive pour le Front national (FN). Pendant cette période, il voit successivement Jean-Marie Le Pen se qualifier au second tour de la présidentielle, sa ligne politique redéfinie sous l’impulsion de Marine Le Pen, la succession du père à la fille à la tête du parti, et, enfin, l’accession au second tour de la présidentielle de cette dernière. Sur 16 ans, les scores du FN augmentent, malgré quelques trous d’air (notamment lorsque Nicolas Sarkozy parvient à séduire nombre de ses électeurs, ou à l’occasion de scrutins peu favorables à la formation jusqu’à une période récente, tels que les municipales ou les cantonales). Mais depuis le changement de leadership, l’éviction des éléments les plus radicaux, et la mise en œuvre de la fameuse «dédiabolisation», le parti frontiste a su profiter d’une dynamique favorable et imposer nombre de ses thèmes de prédilection (immigration, souverainisme, euroscepticisme, islam) au cœur du débat français.

En 2017, pendant la campagne présidentielle, le Front national est au coude à coude dans les sondages avec le mouvement d’Emmanuel Macron, En marche!. Marine Le Pen, la candidate du parti d’extrême droite pour cette élection, arrive finalement deuxième le soir du premier tour, obtenant 21,30%. C’est inférieur aux 27,73% réalisés lors des régionales précédentes, mais c’est en réalité plus d’1 millions de voix en supplémentaires (7.678.491 contre 6.018.904), à cause de la participation supérieure. Au second tour, la candidate frontiste est rejointe par le candidat souvrainiste Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France, 4,70%), auquel elle promet Matignon si elle est élue. Elle s’incline finalement avec 33,90% des voix face à Emmanuel Macron. Elle gagne tout de même près de 3 millions d’électeurs par rapport au premier tour. Aux législatives, le FN réalise 13,20% des voix, une baisse de 0,4% par rapport à 2012 (500.000 voix de moins). Cependant, le parti passe de 2 députés à 8, dont Marine Le Pen elle-même. Suite au second tour raté de l’élection présidentielle, le FN traverse une période de remise en question qui voit le départ de Florian Philippot, tenant de la ligne souverainiste et proche de la présidente du parti.

Au cours de la période étudiée, notons la présence de deux autres formations contestant l’hégémonie du FN sur son créneau politique. Le Mouvement national républicain (MNR), mené par Bruno Mégret après la scission du Front national à la fin des années 1990. S’il parvient peu après sa création à réaliser des scores entre 1 et 3%, il est aujourd’hui marginalisé. L’autre formation est plus localisée mais récolte de meilleurs résultats. Il s’agit de la Ligue du Sud, également fondée par un dissident du FN, le cadre historique Jacques Bompard, brouillé avec Jean-Marie Le Pen. La Ligue du Sud possède actuellement trois mairies (dont celle d’Orange) et un député (Marie-France Lorho).

Si Nicolas Dupont-Aignan a choisi de soutenir Marine Le Pen pour le second tour de l’élection présidentielle 2017, sa formation, Debout la France (DLF), n’est pour le moment pas considérée par les chercheurs comme faisant partie de l’extrême droite.

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Minimum : municipales 2008, 1,08%, maximum 27,88%, régionales 2015.

Pays-Bas : Geert Wilders, l'héritier de Fortuyn

Les résultats de l’extrême droite sont plus aléatoires aux Pays-Bas, donnant l’impression de faire des montagnes russes. Mais au bout du compte, la poussée populiste semble bien ancrée dans le paysage politique néerlandais. 

Longtemps, pourtant, l’extrême droite du pays a été divisée entre de multiples formations ne réalisant que des scores marginaux dans les urnes. Le passage de la comète Pym Fortuyn lui a prouvé qu’elle pouvait faire plus que vivoter.

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Minimum: européennes 2004, 2,88%, maximum: européennes 2009, 17,29%.

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Geert Wilders, le 22 mai 2014. Le leader du PVV s’exprime sur les résultats de son parti aux européennes. 

Homme politique au parcours atypique, Pym Fortuyn a fait de la dénonciation de l’islam et de l’opposition du peuple face aux élites les pierres angulaires de son discours. Son assassinat en 2002 par un activiste d’extrême gauche avait propulsé ses listes à un inespéré 17%. L’élan ne s’était pas maintenu, s’essoufflant dès l’année suivante. 

Mais la graine était semée et la relève est aujourd’hui assurée par le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, créé en 2006, qui assure depuis des scores dépassant régulièrement les 10%, sur des thèmes proches de ceux soutenus par Fortuyn : mesures anti-immigration, anti-union européenne et politique sociale. Le PVV a pour particularité de ne pas être un réel parti : il n’a qu’un seul adhérent, Geert Wilders. Une manière très pratique d’évacuer toute contestation interne ou éventuelle révolution de palais.

En 2010, avec 15% des voix, le PVV devient la troisième force politique du pays. Un gouvernement minoritaire, dirigé par Mark Rutte est mis en place. Le PVV n’y participe pas mais il le soutient au Parlement, s’offrant ainsi un pouvoir de pression inédit. Cette configuration dure deux ans. En 2012, l’alliance tombe, mais les élections sont un échec pour Wilders.

Pour les élections 2017, Geert Wilders fait la course en tête dans les sondages pendant des mois. Ses propositions polarisent le débat politiques : interdiction de la vente du Coran, restriction drastique de l’immigration, sortie de l’UE, fermeture des frontières. Le premier ministre de droite, Mark Rutte durcit son discours. Les résultats sont finalement un échec pour Wilders, qui ne totalise que 13,1% des voix, 2% en dessous de son score de 2010 et 4% sous celui des européennes 2009. Il devient cependant la seconde force politique au Parlement avec 20 sièges.

LE FIGARO. – Peut-on définir ce qu’est l’extrême droite ?

Nicolas LEBOURG. - L’«extrême droite» est un champ politique, avec une foule de courants. Le cœur de la vision du monde de l’extrême droite est l’organicisme, c’est-à-dire l’idée que la société fonctionne comme un être vivant. Les extrêmes droites véhiculent une conception organiciste de la communauté (que celle-ci repose sur l’ethnie, la race ou la nationalité) qu’elles affirment vouloir reconstituer de manière homogène. Elles cultivent l’utopie d’une «société fermée» propre à assurer la renaissance communautaire. Elles récusent le système politique en vigueur, dans ses institutions et dans ses valeurs. La société leur paraît en décadence et estiment que l’État aggrave la situation: elles s’investissent en conséquence d’une mission perçue comme salvatrice. Elles se constituent en contre-société et se présentent en tant qu’élite de rechange. Leur imaginaire renvoie l’Histoire et la société à de grandes figures archétypales (âge d’or, sauveur, décadence, complot, etc.) et exalte des valeurs irrationnelles non matérialistes (la jeunesse, le culte des morts, etc.). Enfin, elles rejettent l’ordre géopolitique tel qu’il est. Cette définition recouvre le champ large de l’extrême droite et donc inclut ceux qui aspirent à une reformulation autoritaire des institutions comme ceux qui souhaitent une révolution totale qui mettrait à bas l’ensemble des données héritées du libéralisme politique. Ces derniers forment «l’extrême droite radicale». Cette mouvance a émergé de la Première Guerre mondiale, et le fascisme en est le courant structurant, mais non unique. Aujourd’hui, en Europe, elle n’est guère développée que dans quelques cas, tels que les Hongrois de Jobbik ou les Grecs d’Aube dorée. En revanche, les «nationaux-populistes» et les «néo-populistes» ont le vent en poupe.

Allemagne : l’Afd en embuscade

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Décembre 2014, rassemblement de Pegida à Dresde.

Certains pays, que l’on a cru épargnés par cette vague finissent par être rattrapés. 

C’es le cas de l’Allemagne, longtemps restée hermétique électoralement à l’extrême droite, en raison du poids de son histoire. Les score du parti néonazi, le Parti national-démocrate d’Allemagne (NDP), sont négligeables. Ses 1% réalisés aux européennes de 2014 lui ont tout de même permis d’entrer pour la première fois au Parlement européen. Ses scores en Allemagne de l’Est lui donnent des représentants locaux, notamment en Saxe et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Deux fois, en 2003 et en 2017, la Cour constitutionnelle allemande a rejeté des demandes de dissolution le concernant. Les juges ont considéré qu’il avait bien une «parenté avec le national-socialisme» et qu’il espérait pouvoir instaurer un «État autoritaire fondé sur communauté populaire définie ethniquement». Cependant, ils ont estimé qu’il n’y avait pas lieu de l’interdire, considérant que le mouvement n’avait «pas de portée» réelle.

Hors du NPD, l’extrême droite allemande a longtemps été réduite à de petits groupes d’ultras, parfois violents : le pays a connu l’un des plus importants développements du nombre de skinheads en Europe. Le début de cette vague peut être datée : entre la chute de l’URSS et le début de la réunification allemande. Elle est notamment liée au décalage entre la richesse de l’Ouest et la pauvreté de l’Est. «Le néonazisme apparaît donc plutôt dans les régions industrielles, qui voient le déclassement et la paupérisation d’une classe populaire blanche», selon l’universitaire Stéphane François. La radicalité de certains éléments peut aller très loin, comme l’a montré la vague de meurtres perpétrés contre neuf immigrés et une policière, commis par des membres du Parti national-socialiste souterrain (NSU), entre 2000 et 2006.

Cette absence de parti d’envergure aspirant le vote contestataire peut expliquer en partie l’explosion du mouvement Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident), début 2015, qui a réuni jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de manifestants pendant plusieurs semaines. Si le mouvement en lui-même s’est essoufflé, sa dynamique se retrouve en partie prolongée au travers de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, créé en 2013), qui a réussi sa première poussée aux européennes de 2014, avec le score de 7%. Son programme était à l’origine centré sur des questions économiques (on l’a surnommé le «parti des professeurs»), avec notamment une position anti-euro affirmée. Il s’est radicalisé à l’occasion de la crise migratoire, sous l’impulsion de sa nouvelle figure de proue, Frauke Petry, pour mettre en avant des questions identitaires. Cette dernière est pourtant rapidement dépassée par des plus radicaux. La campagne des élections législatives de septembre 2017 est ainsi confiée à Alice Weidel, (vivant en couple avec une femme d’origine sri-lankaise, fait notable pour un parti opposé au mariage gay et anti-immigration) et Alexandre Gauland. L’islam et l’immigration sont la cible principale de l’AfD pendant la campagne. Chose inimaginable dans le pays auparavant, Gauland, fait l’éloge des soldats du IIIe Reich. Entre ses déclaration anti-Merkel et ses dérapages, l’AfD parvient à fédérer les laissés pour compte de la croissance et les conservateurs endurcis. La formation double presque son score par rapport aux précédentes élections : 13%, qui se traduisent par près de 90 députés. Pourtant, derrière cette réussite, couve la division. Au lendemain du succès, Frauke Petry annonce qu’elle ne siégera pas dans le groupe parlementaire de l’AfD, expliquant que la radicalité de la ligne faisait fuir l’électorat modéré et annihilait toute possibilité d’alliance.

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Minimum: élections fédérales 2002, 0,30%, maximum: élections fédérales 2017, 12,6%.

Royaume-Uni : les populistes de Ukip s’installent

Tout comme l’Allemagne, le Royaume-Uni est longtemps resté à part. Les partis extrémistes tels que le National front ou le British national party ne sont jamais parvenus à trouver une clientèle électorale comparable à celle du Front national en France, le pays ne subissant qu’une poussée de fièvre tous les 5 ans pour les élections européennes. Cependant, les populistes de Ukip ont réussi dernièrement à se maintenir au-dessus de 12% aux législatives, amorce d’un éventuel changement. Les membres de Ukip se considèrent comme des vrais libéraux. Ils estiment ainsi que Marine Le Pen adopte des positions socialistes sur cette question. Eux veulent réduire les le budget et les responsabilités de l’État. Sur les questions sociétales les deux formations sont en revanche plus proches, dénonçant l’immigration, jugée responsable de nombreux maux et souhaitant appliquer la tolérance zéro en matière de délinquance. Ukip a milité activement pour en faveur du Brexit.

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Minimum: législatives 2001, 1,70%, maximum: européennes 2014, 27,69%.

Italie : terre d'expérimentations

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Minimum: législatives 2001, 4,43%, maximum: législatives 2013, 30,03%.

LE FIGARO. - Nombre de mouvements en Europe sont qualifiés par les scientifiques de «nationaux-populistes». Que recouvre cette catégorie politique ?

Nicolas LEBOURG. - Le national-populisme naît dans la France de l’après-défaite de 1870. Il conçoit l’évolution politique comme une décadence dont seul le peuple, sain, peut extraire la nation. Privilégiant le rapport direct entre le sauveur et le peuple, par-delà les clivages et les institutions parasites, le national-populisme se réclame de la défense du petit peuple, du « Français moyen » de « bon sens », face à la trahison d’élites fatalement corrompues. Il joint des valeurs sociales de gauche et des valeurs politiques de droite (comme l’ordre ou l’autorité). Quoiqu’il recoure une esthétique verbale socialisante, son souhait d’union de tous, après l’exclusion de l’infime couche de profiteurs, signifie une rupture totale avec l’idéologie de lutte des classes. Débarrassées des parasites, les masses deviennent le peuple uni, lié à son chef dans le cadre d’une «république référendaire». C’est devenu un phénomène d’ampleur européenne, avec la formation d’un certain nombre de partis durant la décennie 1970. Cette dynamique reposait sur trois dimensions : le rejet par les électeurs du tout-État et de la fiscalité jugée «confiscatoire», la montée de la xénophobie, et, enfin, la fin de la prospérité et de l’occidentalisation du monde après le choc pétrolier de 1973. On peut citer au Danemark le Fremskridtspartiet (Parti du Progrès) et en Norvège le Parti d’Anders Lange (qui deviendra également le Parti du Progès). Plus près de nous, le Front national, le FPÖ autrichien et le flamand Vlaams Belang sont des partis nationaux-populistes.

Malgré sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie n’a pas connu de période réfractaire face au phénomène néofasciste. Le MSI (Mouvement social italien), créé peu après l’interdiction du parti fasciste, a pu récolter jusqu’à 9% des voix dans les années 1970 et a été présent sans discontinuer à la Chambre des députés pendant 40 ans. Cependant le parti a définitivement muté dans les années 1990 pour devenir un parti de droite classique sous l’impulsion de Gianfranco Fini, terminant son parcours par une fusion avec le mouvement de Silvio Berlusoni. Une multitude de petites formations (Forza nuova, Alleanza nazionale, Fronte nazionale, Azione sociale, Movimento idea sociale, ou encore Casapound) ont continué d’entretenir la flamme néofasciste mais sans parvenir à des résultats significatifs. 

Ces dernières années, l’Italie a été le berceau de deux mouvements originaux. Dans le Nord du pays s’est développé une tentative de régionalisme inédite avec la création de Ligue du Nord. Cette dernière fonde son discours sur l’essor de la Padanie, une entité imaginaire regroupant le Nord de l’Italie. La Ligue du Nord adopte la chemise verte comme uniforme, jouant ici avec le côté sulfureux de ce code vestimentaire. Au fil du temps, la ligne politique a eu tendance à se nationaliser et les critiques à se concentrer sur l’immigration. 

Depuis quelques années, c’est cependant face à un phénomène nouveau que se trouve confronté l’Italie avec l’émergence du Mouvement 5 étoiles. Difficilement définissable, certaines déclarations de ses dirigeants tendent le classer dans le camp des néopopulistes. Ses positions sur l’immigration sont très proches de l’extrême droite. D’autres mesures sont en revanche orientées à gauche, comme l’augmentation du salaire minimum. Il faut ajouter à cela des propositions très diverses telles que la demande de sortie de l’euro, la mise en place de mesures anti-corruption, d’aide aux PME, le tout énoncé avec un populisme assumé et en prônant une forme de démocratie directe.

Le Mouvement 5 étoiles a remporté 25% des suffrages aux législatives en 2013 (109 députés sur 630). Il réalise 21% aux élections européennes l’année suivante. En 2015, son score est de 15% aux élections régionales. En 2016, le parti réussit une nouvelle fois à marquer les esprits en remportant les mairies de Rome (avec Virginia Raggi, 38 ans) et de Turin (avec Chiara Appendino, 33 ans). Mais la mauvaise gestion municipale de la capitale italienne et les soupçons de corruption qui pèsent sur l’équipe de Virginia Raggi entachent l’image du M5S. Beppe Grillo se met en retrait du parti, tout en ne partant jamais très loin, et met en place un directoire de 5 personnes pour le remplacer. En juin 2017, des municipales partielles sont un échec pour le M5S. En septembre, Luigi Di Maio, 31 ans, est élu comme leader pour les prochaines législatives de 2018. Un choix qui pose question, notamment à cause de son profil: Sans réelle expérience professionnelle, il est perçu par beaucoup comme un conservateur. 

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Le leader historique de la Ligue du Nord, aujourd’hui retiré, Umberto Bossi, en 2010. Il brandit un fiole remplie à la source du Pô, fleuve qui traverse la «Padanie» et sensé représenter son unité.

Grèce : l’Aube dorée est-elle amenée à durer ?

En Grèce, l’extrême droite est sans doute l’une de celles qui a fait le plus parler d’elle ces dernières années en Europe. Pourtant tombée en désuétude quelques années après la chute du régime des colonels, elle est remontée en flèche au cours des années 2000. Au début grâce au LAOS (Alerte populaire orthodoxe), qui finit par entrer au gouvernement en 2011 dans une improbable alliance avec la gauche et obtient un ministre et trois vice-ministres. Lesquels ont un certain pedigree puisque le ministre des Transports, avait été membre d’un parti néonazi et que le vice-ministre de l’Agriculture était un collaborateur du régime des colonels. Outre leur positions nationalistes, les membres du LAOS se distinguent alors par des prises de position parfois fantaisistes, comme la volonté que tout le monde se mette à parler le grec ancien. Ils prônent par ailleurs la défense de la religion orthodoxe. Économiquement, ils sont partisans de l’austérité. Cette participation gouvernementale balaiera les positions du LAOS, qui perd ses députés nationaux et européens au cours des années suivantes.

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Les membres de l’Aube dorée célèbrent la bataille des Thermopyles, en 480 avant JC, lors de laquelle quelques centaines de guerriers spartiates ont défié une armée perse bien supérieure en nombre. Cet événement historique est devenu un symbole pour l’extrême droite, au-delà même de la Grèce.

Cette disparition permet l’émergence de l’Aube dorée (XA), formation d’inspiration néonazie devenue en quelques scrutins le troisième parti politique du pays. Le parti frappe les consciences tant il rappelle les années 1930 dans son décorum. Au niveau de son programme également. Son but ultime est de former une nouvelle société peuplée d’hommes nouveaux. Pour cela, il prône le recours à la démocratie directe, la planification de l’économie au service de l’État. Il rejette violemment toute forme d’immigration estimant que la société est formée de personnes ayant «le même héritage biologique et spirituel».

L’Aube dorée est parvenue à maintenir ses scores depuis 2012, même si le nombre de voix qu’elle réunit tend à diminuer à chaque scrutin. En 2014, le parti subit un revers important après l’arrestation de 69 de ses membres dont les députés nationaux et son leader Nikos Michaloliakos, jugés pour appartenance à une organisation criminelle.

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Minimum: législatives 2007, 3,80%, maximum: européennes 2014, 13,27%.

Suède : la classe politique s'unit face aux Démocrates suédois

La Suède fait également partie des pays récemment concernés. Le parti des Démocrates de Suède (SD), situé à sa création à l’extrême droite radicale et proche de milieux néonazis, s’est longtemps contenté de scores négligeables, frôlant les 0%. En 2002, il dépasse pour la première fois 1% des voix.

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Le leader des Démocrates de Suède, Jimmie Akesson, le soir des législatives 2014. Il célèbre le bon score électoral de son parti, qui passe de 6 à 13% et devient ainsi le troisième parti politique du pays. Sur la banderole, la fleur aux couleurs du pays, symbole du mouvement.  

En 2006, il abandonne son ancien logo, une torche, pour adopter une plus douce fleur bleue et jaune. Pendant cette période, il se débarrasse de ses éléments les plus radicaux et police son discours, abandonnant le racisme frontal pour adopter le rejet du multiculturalisme, troque la défense des droits sociaux contre le libéralisme. 

Il double depuis ses scores à chaque élection parlementaire et réalise en 2014 à près de 13%, décrochant une cinquantaine de députés au Parlement. Un score qui force les partis traditionnels de gauche et de droite à passer un accord de gouvernement valable jusqu’en 2022. Le but affiché de cette entente hors du commun est d’empêcher le pouvoir de nuisance de l’extrême droite au Parlement.

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Minimum: européennes 2004, 1,13%, maximum: européennes 2014, 12,93%.

Finlande : scission à l'extrême droite

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Timo Soini, leader des Vrais Finlandais et ministre des Affaires étrangères.

LE FIGARO. - Qu’est-ce que le néo-populisme ?

Nicolas LEBOURG. - Les renouvellements des extrêmes droites sont fonction de ceux de l’ordre géopolitique. Le néo-populisme est une mue de l’après-11 septembre, et elle a été d’abord incarnée par le Hollandais Geert Wilders. Islamophobe avant tout, dénonçant les élites et faisant l’apologie des vertus du peuple, son PVV se veut le champion des libertés des minorités (gays, juifs, femmes) contre les masses arabo-musulmanes. Les choses ne sont pas des blocs, et il va sans dire que Marine Le Pen a su intégrer la mue néo-populiste dès son accession à la direction du FN, puis faire encore évoluer son parti en ce que je qualifie de «souverainisme intégral», tandis que Wilders s’était inspiré du national-populisme lepéniste lors des européennes de 2014.

Comme la Suède, la Finlande est longtemps restée hermétique aux mouvements nationaux-populistes. La vie politique est restée, jusqu’à une période récente, un jeu égal entre les trois principales forces du pays, s’alliant les unes avec les autres au gré des élections. Il n’existe pas de véritable opposition entre la gauche et la droite et toutes les aspérités ont été gommées.

Pendant 10 ans, les Vrais Finlandais (qui changeront de nom pour devenir le Parti des Finlandais) n’ont obtenu que des résultats négligeables. Il faut attendre 2007 pour voir leurs scores commencer à monter et leur discours eurosceptique et anti-immigration prendre dans l’opinion. Ils explosent sur la scène politique en 2011 en réalisant 19% des voix. La personnalité charismatique de leur leader, Timo Soini, au milieu d’un paysage un peu consensuel, a sans doute joué dans ce succès. Tout comme les effets de la mondialisation qui a frappé l’industrie nationale du bois et du papier. Enfin, un scandale de corruption qui a poussé à la démission d’un premier ministre a également favorisé les populistes. Timo Soini réfute la qualification d’extrême droite et préfère décrire sa formation comme «un parti des travailleurs, sans socialisme».

En 2015, avec près de 18%, ils entrent dans un gouvernement de coalition aux côtés du centre et de la droite. Leur leader, Timo Soini devient ministre des Affaires étrangères. Il met alors de l’eau dans son vin, étant dans l’impossibilité de faire appliquer les principales mesures de son programme sur l’immigration, la politique européenne ou l’austérité. Cette participation au gouvernement lui coûter cher puisque Les Finlandais ne tardent pas à chuter dans les sondages.

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Jussi Halla-aho. Crédit: Jussi Nukari/Lehtikuva/AFP

Au municipales 2017, les mauvais sondages trouvent une réalité dans les urnes. C’est la douche froide. Les Finlandais obtiennent 8,8% des voix. C’est une baisse de 3,5% par rapport aux précédentes municipales de 2012. Le score est divisé par deux par rapport aux dernières élections, les législatives 2015. Soini, reconnaît que sa formation «a souffert de la politique d’austérité du gouvernement». En juin 2017, après 20 ans de présidence du parti, il laisse sa place à Jussi Halla-aho, représentant de l’aile dure, déjà condamné pour des propos racistes. Les alliés conservateurs des Finlandais, le premier ministre Juha Sipilä en tête, expriment alors leur volonté de mettre fin à l’accord les liant, jugeant le parti infréquentable. Alors que cette décision aurait normalement dû conduire à la chute du gouvernement, 20 députés sur les 37 que comptent Les Finlandais décident de quitter leur groupe parlementaire pour fonder leur propre groupe, baptisé Nouvelle Alternative. Ils annoncent vouloir continuer leur collaboration avec les conservateurs: le gouvernement est maintenu et les ministres issus de leurs rangs conservent leurs fonctions, notamment Timo Soini. La scission est définitivement actée lorsque les partants annoncent vouloir créer leur propre parti, la Réforme Bleue. Ils espéraient pouvoir recueillir les 5000 signatures nécessaires pour le mois d’octobre. De leur côté, Les Finlandais choisissent Laura Huhtasaari pour les représenter à la présidentielle de 2018.

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Minimum: européennes 2004, 0,70%, maximum: législatives 2015, 17,60%.

Autriche : le FPÖ rate de peu la présidence

Dans d’autres pays, les scores de l’extrême droite et des nationaux populistes ne sont pas une nouveauté. C’est le cas en Autriche où il se maintiennent depuis 15 ans au-dessus des 15% et finissent ces dernières années entre 20 et 35%.

Le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), existe depuis des dizaines d’années dans le paysage politique. Créé en 1956 sur les décombres d’un parti regroupant d’ancien nazis, il a été dirigé à l’origine par un ancien officier de la SS. Cependant, le parti a également su attirer des libéraux et ces derniers en ont même pris brièvement la direction dans les années 1980. En 1983, il entre alors une première fois au gouvernement. Comme souvent pour les partis contestataires, cette participation se solde par un revers aux élections suivantes: en 1986, il ne réalise que 1,2% des voix.

C’est à ce moment que le FPÖ va être repris en main par un leader charismatique qui va le porter de nombreuses années: Jörg Haider. Grâce à celui-ci le FPÖ est monté en puissance et en respectabilité avec pour socle doctrinal le rejet des étrangers associé à une position économique très libérale.

Il se fait élire gouverneur de Carinthie en 1989. Mais deux ans plus tard, il doit démissionner après avoir fait l’éloge de la politique de l’emploi du IIIe Reich. Cela ne l’empêche pas de récidiver sur ce terrain. En 1995, il déclare ainsi que la Waffen-SS est la «partie de l’armée allemande à laquelle il faut rendre honneur». Il retrouve finalement son siège en Carinthie en 1999.

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Norbert Hofer dans son bureau, en novembre 2016.

Son bon score aux législatives de 1999 lui permettent d’entrer au gouvernement l’année suivante. Le FPÖ forme alors une coalition avec le parti conservateur, provoquant de vives réactions en Europe. En 2005, Jörg Haider, qui souhaite poursuivre l’alliance gouvernementale, fait sécession et créé le BZÖ (Alliance pour l’avenir de l’Autriche), réussissant à mordre une part de l’électorat du FPÖ. Le BZÖ s’effondre après la mort de son fondateur dans un accident de la route, en 2008.

Le FPÖ continue, lui, d’être un parti central de la vie politique autrichienne, notamment sous l’impulsion de Heinz-Christian Strache, le nouveau président du parti. Il se détache de ses éléments les plus radicaux, lissant doucement son image. En 2015, le parti social-démocrate, le SPÖ s’allie localement avec le FPÖ afin d’obtenir la majorité dans certaines régions, brisant un tabou vieux de 30 ans et les dernières alliances rose-brune. 

En 2016, Norbert Hofer, le candidat pour la présidentielle, arrive au second tour. Cet ingénieur originaire de l’Est du pays a quitté la religion catholique, qu’il estimait trop à gauche, pour le protestantisme. Toujours le sourire aux lèvres, il maîtrise parfaitement ses arguments: il a fait partie de ceux qui ont contribué à l’évolution du discours du FPÖ, remplaçant par exemple les attaques xénophobes par une critique de l’immigration. Le second tour, lors duquel il s’incline de peu, est annulé et reporté au mois de décembre de la même année. Il est finalement battu une seconde fois lors du «troisième tour», beaucoup plus nettement que la première.

C’est le président Heinz-Christian Strache qui mène la campagne législative 2017, axant sa campagne sur un rejet de l’islam.

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Minimum: européennes 2004, 6,31%, maximum: présidentielle 2016, 35%.

Danemark, Norvège et Suisse : des bastions bien gardés

Dans les pays nordiques, le Danemark et la Norvège se maintiennent à des niveaux élevés depuis 15 ans. Ces deux pays comportent nombre de similitudes : ils ont connu l’émergence de l’extrême droite populiste à la même période, les années 1970. Dans les deux pays, elle prend le nom de Parti du progrès (au Danemark, le Parti populaire danois prendra ensuite le relais). Ici, c’est la critique de l’État providence et de ses largesses sociales qui prédomine. Les questions ethniques et la dénonciation de l’immigration constituent une part importante du discours. 

Le Parti populaire danois, qui soutient le gouvernement sans participation, a perdu en popularité ces derniers mois suite à plusieurs affaires de financement. 

En Norvège, le Parti du Progrès (FrP) fait partie du gouvernement depuis 2013, où il cohabite, non sans frictions, avec les conservateurs, qui ont brisé un tabou en s’alliant avec eux. Il est notamment représenté par la ministre de l’Immigration, Sylvi Listhaug, qui a la particularité d’être climatosceptique, d’admirer Ronald Reagan et Margaret Thatcher. En septembre 2017, le FrP obtient 15,2% des voix aux législatives, perdant 1,1% sur leur score réalisé 4 ans plus tôt.

En Suisse, l’UDC dépasse les 20% depuis 1999 et même les 25% depuis 2003, fondant son discours sur la mise en avant de la démocratie directe et l’isolement de la Suisse sur toutes les questions internationales.

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Minimum : élections locales 2015, 9,50%, maximum: législatives 2005, 22,90%.

Espagne, Portugal et Irlande : insensibles au phénomène

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D’autres pays échappent à la vague européenne. L’Espagneet le Portugal restent depuis 15 ans totalement étrangers au phénomène, malgré l’existence de formations plus ou moins radicales dans les deux pays, mais dont la présence aux élections relève plus du témoignage qu’autre chose. En Espagne, les modérés du franquisme ont été intégrés au grand parti de la droite, le Parti populaire (PP). En outre, les fortes tendances nationalistes locales rendent plus compliquée la constitution d’une grande force nationale. Même constat au Portugal, qui, comme l’Espagne, a connu la dictature. De la même manière, l’Irlande ne connaît pas de vote d’extrême droite notable.

LE FIGARO. - Comment expliquer que certains pays, à l’image de l’Irlande ou de l’Espagne, ne soient pas touchés par la montée de l’extrême droite ? L’histoire montre que d’autres nations, longtemps épargnées, ont été rattrapées d’un seul coup par le phénomène. Un basculement peut-il se produire dans ces pays ?

Nicolas LEBOURG. - En Irlande, la construction de l’État-nation et le référentiel de la Guerre d’indépendance ne font pas débat : ne peut se structurer un mouvement rejetant le socle culturel sur lequel est construit le système politique. Or, nous avons vu que c’est l’une des conditions de l’existence de l’extrême droite. En Espagne et au Portugal, on a d’abord un effet de l’écroulement des dictatures. En Espagne, le Partido popular occupe tout l’espace du conservatisme. Il a été fondé à la fin de la transition démocratique (sous le nom alors d’Alianza popular) en accueillant tous les modérés du franquisme, privant de potentielles formations de tout oxygène en termes de cadres et de positionnement idéologique. Depuis les années 1980, des groupuscules tentent d’imiter le Front national français, mais c’était mal aisé dans un pays qui a longtemps eu une structure ethnique très stable. La progression du phénomène migratoire en Espagne, alliée au mouvement indépendantiste catalan, a conduit à la construction, en 2003, d’un mouvement catalaniste, national-populiste, identitaire et islamophobe : Platarferma per Catalunya, mais ce fut un nouvel échec. D’une part car le souvenir du franquisme et de sa répression des identités basque et catalane rend quasiment impossible de mener une formation d’extrême droite dans des autonomies connaissant de fortes dynamiques nationalistes. D’autre part car la société espagnole ne connaît pas la même crise culturelle et le même doute quant aux valeurs de l’humanisme égalitaire, notamment grâce au poids du catholicisme, qui y freine la socialisation du racisme.

Europe de l’Est

Dans les anciens pays du bloc soviétique, la logique est différente. L’histoire n’est pas la même. Aux régimes fascisants de la guerre ont succédé de longues années de communisme. Depuis la chute du Mur et des démocraties populaires, le chemin emprunté par les droites, républicaines ou radicales, diffère parfois grandement de celui pris par leurs cousines de l’Ouest. Les questions de société ne sont pas les mêmes, ne serait-ce que parce qu’elles n’ont jamais été confrontées au multiculturalisme. La récente question des migrants a donc constitué une nouveauté pour nombre de pays, dont les derniers brassages de population remontaient à l’époque soviétique, et ne concernaient que des populations slaves. Par ailleurs, des interrogations ont pu naître autour des droites polonaises ou hongroises, dont les leaders ont annoncé vouloir mener «une contre-révolution culturelle» en Europe.

Hongrie : sous pression du Jobbik

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La «Grande Hongrie». 

La Hongrie connaît depuis plusieurs années un terreau fertile à la montée des extrêmes droites. Notamment en raison du rêve encore nourri par nombre de Hongrois du retour d’une «Grande Hongrie», dont les limites iraient bien au-delà des frontières actuelles. Ce territoire historique, remontant à l’Empire austro-hongrois, et divisé par le traité de Trianon en 1920, rassemble des terres situées aujourd’hui en Autriche, en Croatie, en Roumanie, en Serbie, en Slovénie et en Ukraine.

La Hongrie a vu réapparaître les défilés en uniformes rappelant la mode des années 1930, notamment avec la Garde hongroise, bras armé du Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie). En 2009, elle est dissoute par la justice.

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Défilé de la Garde hongroise en 2007. Le groupe est officiellement dissous aujourd’hui, bien que certaines résurgences aient été constatées.

Dernièrement, la politique menée par le premier ministre Viktor Orban a pu poser des questions, notamment en raison des largesses prises à l’égard de l’État de droit. Le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, rappelle cependant que si le Fidesz, parti de Viktor Orban, a «une conception moins libérale de la démocratie» que peuvent l’avoir les formations politiques occidentales, il n’en reste pas moins «un parti conservateur assumant son ancrage à droite» ayant su capitaliser sur la fierté nationale des Hongrois. 

Le Fidesz reste cependant sous la pression du Jobbik, authentique parti d’extrême droite. Ce dernier prône le retour de la Grande Hongrie, souhaite apporter une aide aux populations d’origine magyare vivant hors des frontières du pays et à leurs entreprises. Le Jobbik stigmatise toujours les Roms, exigeant la création de prisons spécifiques et la création d’une gendarmerie rurale chargée de cette question. Au niveau sécuritaire, le parti propose d’exporter des prisonniers hors de Hongrie et de rétablir la peine capitale. Comme le Fidesz, il veut solder l’héritage communiste, mais propose pour cela de rendre publics les noms des collaborateurs de l’ancienne police secrète. Il souhaite que les terres hongroises ne puissent être vendues à des étrangers et ambitionne grâce à cela de rendre le pays autosuffisant en matière d’alimentation.

Le Jobbik souhaite poser la question de la participation de la Hongrie à l’UE lors d’un référendum. Il veut former un axe  avec la Pologne et la Croatie pour faire concurrence «aux pays de l’Europe de l’Ouest qui dominent l’Europe». Il souhaite enfin «en finir avec les tabous que sont la politique impériale de l’Union européenne, les guerres injustifiées menées par les États-Unis ou encore les efforts sionistes d’Israël pour dominer la Hongrie et le monde.»

Comme le montre notre infographie, le Jobbik est en progression constante depuis sa création en 2003. Il se hisse ces dernières années entre 15 et 20%.

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Minimum: européennes 2004, 2,35%, maximum: législatives 2014, 20,22%.

Pologne : la droite forte bloque l’espace disponible

LE FIGARO. - La montée du national-populisme et du néopopulisme influence-t-elle le reste du spectre politique ?

Nicolas LEBOURG. - Des deux côtés de l’Atlantique, depuis quarante ans, se produit ce que l’on peut nommer dans le contexte français «la droitisation». Il s’agit d’un démantèlement de l’État social et de l’humanisme égalitaire, lié à une ethnicisation des questions et représentations sociales, au profit d’un accroissement de l’État pénal. Ce processus porte une demande sociale autoritaire qui est une réaction à la transformation des modes de vie dans un univers économique globalisé, financiarisé, dont l’Occident n’est plus le centre. La crise géopolitique (2001) a permis l’éclosion du néo-populisme. La crise financière (2008) a permis le succès de la mutation du national-populisme en souverainisme intégral. La crise migratoire (2015) a fini d’aligner les astres pour les extrêmes droites. La fureur des réseaux transnationaux du terrorisme islamiste enfin permet de relégitimer le principe «frontière = protection». À chaque crise de la globalisation depuis le XIXe siècle, l’extrême droite trouve un ressort pour proposer la voie de l’enclosure comme solution protectrice. La montée en puissance de ce que l’on a pu nommer des «démocraties illibérales», ou «démocratures» à l’Est (Russie, Pologne, Hongrie etc.) valide le processus. Avec la conjonction de ces crises, l’extrême droite est en situation non seulement de progresser par elle-même mais aussi de diffuser sa vision du monde ou ses programmes.

Depuis quelques temps, le gouvernement polonais, mené par le parti Droit et justice (PiS), a pu soulever le même type d’interrogations que le cas hongrois. Des questions auxquelles Frédéric Zalewski, maître de conférences à Paris Ouest Nanterre, membre de l’Institut des sciences sociales du politique (CNRS), apporte les mêmes réserves que Jean-Yves Camus pour Budapest. 

Selon le chercheur, le PiS «est une droite qui développe des pratiques autoritaires sur des bases très conservatrices et qui n’hésite pas à faire des entorses à l’État de droit». Cependant, «le gouvernement polonais, contrairement aux dictatures, utilise les ressources de la démocratie comme instrument de légitimation» et se rapproche en cela des «démocratures» telles que la Russie.

Il y a ainsi en Pologne, comme dans nombre pays de l’Europe de l’Est, «la volonté de mettre définitivement fin au communisme et au pouvoir d’une partie des anciennes élites parvenue à maintenir ses positions politiques ou économiques. Il s’agit de créer une seconde révolution après celle de 1989.» Une révolution menée sur des bases conservatrices. Les positions fortes de la droite ont longtemps réussi à maintenir l’extrême droite à de faibles résultats, ce qui ne l’empêche pas de réaliser des percées lors de certaines élections.

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Minimum: législatives 2011, 1,13%, maximum: européennes 2004, 28,57%.

République tchèque et Roumanie : l’effondrement

À l’Est, d’autres pays ont vu leur extrême droite s’effondrer. La République tchèque en fait partie. L’Assemblée pour la République–Parti républicain tchécoslovaque, qui a pu réaliser des scores allant jusqu’à 8% dans les années 1990, s’est complètement effondrée, notamment à cause d’un discours musclé de la droite traditionnelle. 

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Tomio Okamura, nouveau leader de l’extrême droite tchèque.

Les scores de ce camp politique tendent cependant à remonter ces dernières années sous l’impulsion d’un personnage atypique, Tomio Okamura, né d’une mère tchèque et d’un père coréo-japonais, leader des partis Aube de la démocratie, puis Liberté et démocratie directe. Outre ses positions en faveur de la démocratie directe et la préférence nationale, il s’est illustré en demandant l’expulsion des Roms vers l’Inde ou en demandant de promener des cochons autour des mosquées. 

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En Roumanie, les scores de l’extrême droite se sont également effondrés. Le Parti de la Grande Roumanie est parvenu à accéder au second tour de la présidentielle, en 2000, grâce aux 28% réalisés par son leader Vadim Tudor, tribun au discours volontiers antisémite et laudateur du dictateur fascisant Antonescu (1940-1944). Ses scores se sont totalement écroulés devenant au fil du temps négligeables. En 2016, le Parti de la Grande Roumanie ne totalise que 1% des voix aux législatives. Il est même devancé sur son créneau politique par une nouvelle formation, le Parti de la Roumanie unie (2,80%).

Slovaquie : une coalition rose-brun au pouvoir

En Slovaquie, le Parti national slovaque (SNS), ardent défenseur de l’indépendance du pays en 1993, auteur d’un discours xénophobe affirmé, a su maintenir des scores relativement élevés depuis 20 ans malgré quelques trous d’air, la faute à la concurrence d’une droite populiste mordant allègrement sur ses thèmes de prédilection. 

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En mars 2016, la nouvelle coalition rose-brun scelle son pacte autour d’un verre de champagne. À côté de Robert Fico, président du gouvernement (deuxième en partant de la droite), Andrej Danko (premier en partant de la droite), président du Parti national slovaque. Ce dernier préside également le Parlement national.

La gauche rattrape la droite sur ce terrain puisque le socialiste Robert Fico a fait alliance avec le SNS pour gouverner entre 2006 et 2010, récoltant de vives critiques internationales. Après une campagne législative dirigée contre les migrants, Robert Fico a de nouveau formé une coalition «rose-brun» en mars 2016 avec le SNS.

Notons enfin la percée d’un autre parti d’extrême droite, Notre Slovaquie, nostalgique du régime du régime fascisant et clérical de Mgr Tiso, qui réalise le score de 8% des voix aux élections de 2016 et décroche 14 députés au Parlement.

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Minimum: européennes 2004, 2,01%, maximum: législatives 2016, 16,68%.

Quels liens existent-ils au niveau européen entre les diverses formations du continent ? Quelles sont les différentes alliances politiques, formelles ou informelles ?

Nicolas LEBOURG. - Il y a d’abord, le Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés (MENL), un parti européen qui regroupe les eurodéputés du FN, de la Lega Nord, du FPÖ et du Vlaams Belang, ainsi que les tchèques de Svoboda prima demokracie, absents du parlement européen. Au Parlement européen il y a le groupe Europe des nations et des libertés avec les eurodéputés des mouvements susdits plus ceux du PVV, une eurodéputée exclue de UKIP, deux eurodéputés polonais du Congrès de la nouvelle droite (mouvement qui a dû se déradicaliser pour rejoindre le groupe), un eurodéputé roumain transfert du groupe social-démocrate, et enfin un d’Alternative für Deutschland (AfD). On a beaucoup parlé récemment des succès de ce parti en Allemagne, car il provient d’une radicalisation souverainiste de la droite qui a évolué vers l’extrême droite par rejet de l’islam et des réfugiés. Notons que la même année où se constituait ce groupe parlementaire, l’extrême droite radicale, qui en est très friande, créait une nouvelle internationale : l’Alliance pour la Paix et la Liberté, avec des groupes comme Aube dorée, le NPD allemand, l’italien Forza nuova, bref des nostalgiques du fascisme.

Slovénie et Croatie : l’extrême droite relativement faible

En Slovénie, le vote en faveur du Parti national slovène (SNS) ou du Parti du peuple slovène (SSN) est relativement faible. On trouve dans ce pays une droite, le Parti social-démocrate slovène, qui n’hésite pas à défendre les mêmes thèmes que l’extrême droite. En Croatie, pays où le nationalisme a longtemps dominé le débat politique, le Parti du droit (HSP) ne parvient pas à des scores significatifs.

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Bulgarie : les nationalistes dans la coalition gouvernementale

La Bulgarie n’a pas hérité d’une tradition d’extrême droite aussi forte que ses pays voisins. Il faut attendre l’année 2005 pour la voir réaliser des résultats notables, grâce à l’émergence de l’Union nationale attaque (Ataka). En 2006, son leader, Volen Siderov, accède au second tour de la présidentielle, dépassant les 20%.

Volen Siderov s’est fait connaître pour ses positions à l’encontre des Roms ou des Turcs, minorités importantes du pays. Il est également connu pour ses emportements publiques. En 2013, élu député, il est arrivé armé d’une matraque au Parlement, où il attaque un policier et un journaliste. Début 2014, il s’en prend à une diplomate française dans un avion.

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Volen Siderov, en 2013.

Au niveau politique, en 2013, les socialistes ont déclenché un scandale en acceptant de former un gouvernement soutenu par les voix des députés d’Ataka. Les scores du parti ont ensuite fortement chuté, notamment à cause de la concurrence d’un nouveau Front patriotique, dont l’une des composantes souhaite la création d’une Grande Bulgarie incluant la Macédoine. En 2014, ce Front patriotique soutient le gouvernement conservateur du premier ministre Boïko Borissov, mais sans y participer.

Pour la présidentielle 2016, le Front patriotique est refondé en une nouvelle alliance, les Patriotes unis, qui intègre Ataka en plus du Mouvement national bulgare (VMRO) et du Front national pour le salut de la Bulgarie (NFSB). Cette alliance est une petite nouveauté dans le pays car Siderov (leader d’Ataka) et Simeonov (leader du NFSB), qui furent longtemps amis, s’étaient éloignés politiquement depuis plusieurs années. Ils s’entendent pour que le leader du VMRO, Krasimir Karakachanov, soit le candidat de cette alliance à la présidentielle. Ce dernier réalise le score de 14,97%.

Aux législatives 2017, les Patriotes unis poursuive leur stratégie d’alliance. Leur programme est très hostile à l’immigration et aux migrants: ils souhaitent enfermer ces derniers dans des camps et renforcer la frontière avec des contrôles militaires. Ils prennent eux-mêmes l’initiative de bloquer des bus provenant de Turquie quelques jours avant le vote. Leur but est de réduire l’arrivée de votants potentiels pour les partis représentant la minorité turque du pays (le Mouvement pour les droits et le libertés et DOST). Leur score est une déception : ils n’obtiennent que 9,1%, concurrencés par le parti populiste Volya (4,1%) et une autre formation d’extrême droite, Renaissance (1,08%). Cependant, le total de ces trois forces correspond au score de Karakachanov à la présidentielle précédente. Forts de leurs 27 députés, ils s’allient au premier ministre sortant, Boïko Borissov et son parti, le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie). La coalition possède en tout 122 sièges, soit un de plus que la majorité absolue à l’Assemblée (qui compte 240 sièges). Karakachanov est vice-premier ministre et ministre de la Défense. Simeonov est également vice-premier ministre, chargé de la politique économique et démographique. Les nationalistes possèdent également les portefeuilles de l’Environnement et de l’Économie.

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Minimum: législatives 2001, 3,63%, maximum: présidentielle 2006, 21,49%.

États baltes : une extrême droite limitée par une droite musclée

Les États baltes ne sont pas tous logés à la même enseigne. Sur les quinze dernières années, l’Estonie est moins touchée par la montée de l’extrême droite, même si le Parti populaire conservateur d’Estonie (EKRE) a réalisé 8,1% aux dernières législatives, en 2015.

À l’inverse, la Lettonie conserve un niveau élevé depuis quinze ans, oscillant entre 5,70 et 29.82%. En Lituanie, le vote se maintient la plupart du temps au-dessus des 10%. Des scores sans doute minorés par «une droite classique menant déjà une politique nationaliste», selon Céline Bayou, co-rédactrice de la revue en ligne Regard sur l’Est. Les questions migratoires, qui font souvent recette à l’Ouest, n’avaient, jusqu’à récemment, que très peu concerné les pays baltes. Les populations considérées comme problématiques par une partie de la classe politique sont déjà situées sur le territoire national. «En Estonie et en Lettonie, il existe d’importantes minorités russophones qui ne disposent pas de la citoyenneté, détaille Céline Bayou. Une part du débat politique tourne donc autour de la Russie et de son rôle, devenu au fil des années plus inquiétant à mesure que Vladimir Poutine a augmenté son emprise sur le pouvoir.» Ces minorités de russophones non-citoyens s’estiment mises au ban de la société par les partis politiques classiques, tel Unité, en Lettonie, qui s’est ainsi prononcé contre le droit de vote. «Tout pour la Lettonie (le parti d’extrême droite, NDLR) a été plus loin que la droite classique, proposant de renvoyer tous les Russes dans des wagons, avec une référence évidente à la Seconde Guerre mondiale.» Les radicaux en sont donc souvent réduits à faire de la surenchère.

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LE FIGARO. - Notre graphique montre une hausse globale des résultats électoraux de ces formations depuis 15 ans. Comment expliquer le phénomène ?

On a néanmoins, me semble-t-il, des vagues différentes. Les partis populistes néo-libéraux prédominent en 2000, avec les succès enregistrés cette année-là par le FPÖ en Autriche, l’Union démocratique du centre en Suisse, la Lega Nord en Italie, le Parti du Progrès en Norvège, le Parti du peuple danois et le Fremskridtspartiet au Danemark. Ces formations contestent les méthodes de gouvernement de la social-démocratie et celles d’une droite libérale ralliée plus ou moins largement à l’État-providence, mais acceptent sans réserve le jeu politique et institutionnel démocratique. Ils bénéficient du voisinage avec l’Europe de l’Est intégrant l’Union Européenne entre 2004 et 2013, avec les problèmes socio-économiques soulevés par le processus. Comme en de nombreux pays, la percée de l’extrême droite a fait glisser vers la droite une partie du débat politique. Mais, l’extrême droite a également déplacé son propre centre de gravité, comme par exemple en Suisse, avec la montée en puissance du néo-populiste Oskar Freysinger dans l’UDC. La démonétisation des offres politiques traditionnelles, dans le cadre d’une Europe post-démocratique paraissant la figure de proue de l’imposition du modèle néolibéral et multiculturaliste, va doper les populistes, mais différemment selon leurs origines. Les populismes les plus anciens, héritant d’une matrice radicale (Autriche, Flandres), ont évolué vers un populisme identitaire. Les deuxièmes, avec une matrice anti-fiscaliste (Danemark, Norvège) ont évolué vers un identitarisme de la prospérité, allant jusqu’à susciter des antagonismes inter-européens (au Luxembourg le Mouvement National exige le départ des Français, tandis qu’en Suisse l’UDC et le Mouvement citoyens genevois visent les travailleurs frontaliers français). Enfin, les derniers populismes apparu ont une matrice agrarienne (Finlande, Suisse) qui a évolué vers un libéralisme hédoniste sécuritaire. On notera que le FN français réussit à combiner toutes ces données, ce qui explique sans doute en bonne part la particularité de son succès.

 

Pour aller plus loin

Nous vous conseillons la lecture des ouvrages qui ont servi, entre autres, de sources documentaires:

• Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg. Les Droites extrêmes en Europe. Seuil, 2015. 313 p.
• Pierre Milza. 
L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites en Europe de 1945 à aujourd’hui. Fayard, 2002. 484 p.