« La discussion ouverte, pense Jacques Cotta, sur l’avenir de frontières bousculées par l’histoire serait sans doute la meilleure façon d’éviter l’affaiblissement –voire la disparition- des états nations qui laisseraient toute liberté à un business sans entrave, à une Europe des tribus contre l’Europe des Nations. Dès aujourd’hui la question se pose en Belgique avec la Flandres, en Grande Bretagne avec l’Ecosse, en France avec la Corse ou la nouvelle Calédonie, etc.… Les frontières ne sont pas inamovibles et seule la discussion pourrait permettre d’en redéfinir les contours conformément à la volonté des peuples qui y sont confrontés… »

Reprenons la lecture de l'argumentation de Jacques Cotta...

Michel Peyret


Spécificités catalanes et leçons de Catalogne…

utiles pour la Flandres, l’Ecosse, la Corse, etc.…

Par Jacques Cotta • Actualités• Mercredi 11/10/2017  


Depuis le résultat du référendum qui a donné à plus de 92% des votants une majorité écrasante à l’indépendance en Catalogne, le ton ne cesse de monter pour laisser prévoir un affrontement imminent. Non seulement en Espagne où Madrid ne cesse de répondre verbalement, mais aussi physiquement, à la volonté catalane avec violence, mais aussi dans la Presse et le monde politique européen qui suppute sur la réaction de l’état central sans affirmer la moindre opposition à ses accents guerriers.

Contre toute intervention militaire

Dans son allocution devant le parlement catalan, le président Carlos Puigdemont a réaffirmé sa volonté de rompre avec Madrid, la décision de proclamer une république catalane en en différant les effets, proposant au pouvoir central de « discuter » pour mettre en place la suite. Alors que l’attitude de la présidence catalane est en retrait avec ses déclarations antérieures –au risque d’apparaître comme une reculade sans appel- dans le but d’éviter, au moins de différer, une confrontation musclée, la balle est dans le camp de Madrid qui a la possibilité d’entrer dans une discussion ou au contraire de maintenir une attitude « ferme » pouvant aller jusqu’à l’organisation d’une répression policière et militaire pour tenter d’annihiler toute volonté d’indépendance en Catalogne.

Depuis des mois la discussion aurait pu s’ouvrir pour tenter de trouver une solution acceptable par toutes les parties. Mais nul ne l’a voulu, préférant pousser le plus loin possible un avantage qui risque fort d’être illusoire. Madrid qui a répondu au référendum par une répression policière d’envergure, loin d’intimider durablement la population catalane, est parvenu à radicaliser et renforcer un mouvement profond pour l’indépendance. Nombreux sont les hésitants qui ont penché du côté de l’indépendance pour montrer leur opposition à un pouvoir dont le maniement de la matraque et de la violence a rappelé des souvenirs toujours présents dans la tête des catalans. En réponse à l’assemblée catalane et au référendum, en réponse à la proclamation d’une république en Catalogne, il est question d’état d’urgence strict, d’envoi de la « Guarda civile » en nombre, de mobilisation de l’armée… L’escalade militaire dans laquelle le pouvoir central de Madrid pourrait s’engager ne pourrait mener qu’au désastre en Catalogne, en Espagne, en Europe dont les peuples seraient les victimes.

La réalité du pouvoir

A Barcelone, mais aussi à Madrid même, la réaction du Parti populaire et de Rajoy contre le référendum est apparue comme celle d’un parti pourri, autoritaire, violent, marqué par des affaires de corruption à répétition. Rajoy, au pouvoir grâce à la complicité directe du PSOE -PSOE qui n’a pas hésité à approuver avant l’heure « tous les moyens qui seront utilisés pour faire rentrer la Catalogne dans le rang » - a joué de la provocation, encourageant le rapatriement de sièges sociaux de grandes entreprises telles Gas natural, ou le transfert d’autres telles la banque Caixa partie à Valence ou encore la banque Sabadell déménagée à Alicante.

Parmi les tentatives d’explications permettant de comprendre la situation, ont été évoqués pêle-mêle le refus de la riche catalogne de payer pour les espagnols frappés par la crise et la pauvreté ou la responsabilité de Madrid d’avoir fort peu redistribué aux catalans sous forme d’aides ce qui pourtant devait leur être alloué. Mais un autre élément joue, qui fait appel à un passé toujours présent dans les mémoires. Un élément qui dépasse la seule Catalogne et concerne toute l’Espagne. L’existence d’anciens franquistes recyclés dans le parti populaire de Rajoy montre bien que les comptes n’ont pas été totalement soldés avec le franquisme, encore honoré aujourd’hui en certains lieux d’Espagne, et fort peu critiqué par exemple dans les programmes scolaires. Alors que la monarchie apparaît comme indissociable de ce passé douloureux dont elle est héritière, alors qu’elle avait pour tâche selon le franquisme de fédérer les peuples d’Espagne, les différentes déclarations du roi dans la crise qui se développe viennent renforcer la détermination catalane.

L’UE dans l’impasse

Il est intéressant de noter la réaction tardive de l’UE, presque timide, favorable à l’établissement d’un dialogue entre Madrid et Barcelone. L’UE est embarrassée, en porte à faux. D’une part, l’indépendance va dans le sens prôné depuis des années, la volonté d’une Europe des régions permettant de régler son compte aux états-nations jugés encombrants, lieux d’opposition possible au néolibéralisme et surtout d’investissement des peuples dans une volonté de démocratie et une recherche de souveraineté. De ce point de vue, la tentative catalane devrait trouver son appui, d’autant que l’UE apparaitrait comme seule à pouvoir garantir la stabilité. Le capital financier sauveur contre l’anarchie… Avec la destruction des états, le « marché » trouverait enfin un terrain libéré, sans entrave…

Mais L’UE n’ose affirmer cette volonté politique, soutenant d’ailleurs Rajoy. Elle préfère la stabilité apparente à une aventure incertaine pour l’Europe toute entière d’autant que l’affaire catalane apparaît alors comme beaucoup plus large, avec l’écosse par exemple ou encore la Belgique où les mêmes questions sont d’ores et déjà posées. 

La solution de Podemos et Mélenchon

Depuis le début de cette affaire, plusieurs voix en Espagne, celle de Podemos notamment, comme d’ailleurs celle de Jean Luc Mélenchon en France, en appellent à la raison, au dialogue, à la discussion organisée pour sortir de l’impasse et de la provocation. Il faut bien reconnaître que sur aucun plateau de télévision, devant aucun micro de radios, ou dans fort peu de colonnes de journaux cette position a possibilité d’expression. C’est pourtant de cette position que semble s’être rapproché dans son allocution le président Carlos Puigdemont.

Comment en effet aborder la question de frontières dont la modification est inscrite par le mouvement des peuples eux-mêmes sans débattre posément.

La Catalogne est devenue une république catalane. Comme il est peu envisageable de façon raisonnable –ce qui ne signifie pas qu’à Madrid cela ne soit pas envisagé- de transformer la nation espagnole – pas plus que toute autre nation- en une camisole de force censée emprisonner les peuples malgré eux , l’heure de la discussion ne peut être différée, pour savoir notamment si la forme à adopter ne devrait pas être celle d’une « nation de nations », intégrant la catalogne comme nation républicaine souveraine, dotée de sa propre constitution après un processus constituant inscrit notamment dans les vœux de Podemos.

La discussion ouverte sur l’avenir de frontières bousculées par l’histoire serait sans doute la meilleure façon d’éviter l’affaiblissement –voire la disparition- des états nations qui laisseraient toute liberté à un business sans entrave, à une Europe des tribus contre l’Europe des Nations. Dès aujourd’hui la question se pose en Belgique avec la Flandres, en Grande Bretagne avec l’Ecosse, en France avec la Corse ou la nouvelle Calédonie, etc.… Les frontières ne sont pas inamovibles et seule la discussion pourrait permettre d’en redéfinir les contours conformément à la volonté des peuples qui y sont confrontés… 

Jacques Cotta
Le 11 octobre 2017