« L’inconséquence dramatique, indique l 'article, des directions réformistes sur la question de l’unité d’action n’est pas un hasard. Elle s’explique par des raisons profondes, liées à leur stratégie à long terme. C’est aussi pour cela que dans leur lutte pour imposer le front unique dans l’action, en vue de développer un mouvement massif de grève, les révolutionnaires doivent simultanément pousser ces directions à agir dans le bon sens mais, en même temps, dévoiler clairement leur stratégie fondamentalement conciliatrice en militant pour que, sur les lieux de travail et d’études, les travailleurs et la jeunesse se rassemblent, s’auto-organisent et se coordonnent... »

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Michel Peyret


20 Septembre 2017

Publié par Patrick Granet

Face à Macron. Leur unité et la nôtre

Face à Macron. Leur unité et la nôtre

Avant même que ne démarre la mobilisation contre les ordonnances, les appels à manifester ont été, pour beaucoup d’entre eux, des appels à lutter en rangs divisés, notamment entre Martinez et Mélenchon. Pourquoi est-ce si difficile de lutter « tous ensemble » ?

Contre la division bien pratique du « social » et du « politique »

Pourtant, la division entre le social et le politique, avancée par Martinez comme par Mélenchon pour justifier la division, si elle renvoie à une division qui a historiquement beaucoup structuré les formes d’organisation du mouvement ouvrier en France, est en partie artificielle : de fait, c’est bien Martinez que la bourgeoisie, du gouvernement Valls aux médias dominants, a identifié au printemps 2016 (où Mélenchon a été singulièrement peu visible) comme le symbole d’une contestation d’ensemble et d’une opposition à une politique globale.

Mais une grève générale, pour peu qu’elle soit centralisée nationalement sur la base de mots d’ordre clairs, n’est déjà plus une somme de grèves revendicatives. En tant que grève qui met en cause de façon coordonnée un pouvoir économique et gouvernemental, elle devient, même si elle organisée par des syndicats qui sont liés à l’Etat, profondément politique. La perspective d’une telle grève aujourd’hui, qui refuse les ordonnances, s’exprime contre Macron, mais propose aussi des solutions nationalement, pour l’ensemble des travailleurs, et selon le développement du mouvement, et tende au maximum à le faire pour l’ensemble des couches exploitées et opprimées, les plus précaires incluses, serait éminemment politique.

La lutte politique ne se réduit pas à la lutte électorale ou parlementaire, contrairement à ce qu’en dit Mélenchon : le partage entre le terrain « social » occupé par les syndicats et le terrain « politique » par LFI est un partage qui vise ni plus ni moins, et de chaque côté, à dénier aux masses la capacité de faire de la politique à partir d’une contestation de ce qu’elles endurent dans les entreprises, les lieux de travail en général et d’étude, mais sans s’y réduire.

La lutte pour un front unique sérieux contre Macron, ses ordonnances, mais plus largement contre toute sa politique et les sales réformes qui s’annoncent (assurance-chômage, retraites etc.), en développant ce qui a fait la force de la mobilisation du 12 avec la diversité des secteurs du public, cheminots, enseignants, etc. des retraités, de la jeunesse, qui s’y sont engagés, doit nous amener à un « tous ensemble », par-delà les divisions artificielles ou franchement opposées aux conditions du succès du combat, aussi puissant que celui qui a défait Juppé en 1995, ou encore en 2006 contre le CPE.

L’inconséquence dramatique des directions réformistes sur la question de l’unité d’action n’est pas un hasard. Elle s’explique par des raisons profondes, liées à leur stratégie à long terme. C’est aussi pour cela que dans leur lutte pour imposer le front unique dans l’action, en vue de développer un mouvement massif de grève, les révolutionnaires doivent simultanément pousser ces directions à agir dans le bon sens mais, en même temps, dévoiler clairement leur stratégie fondamentalement conciliatrice en militant pour que, sur les lieux de travail et d’études, les travailleurs et la jeunesse se rassemblent, s’auto-organisent et se coordonnent.

Comme un prochain article le développera, il s’agit au cours de cette expérience de combat, qu’un nombre croissant de travailleurs, de jeunes, d’opprimés qui veulent se battre, voient que les conditions pour satisfaire pleinement leurs revendications et leurs aspirations, au quotidien, au travail, etc., exigent d’aller bien plus loin que ce que ces directions proposent, c’est-à-dire de remettre en cause le système dans son ensemble, mais aussi le rôle de ces directions dans le maintien complice de ce système.