« Il est vrai, indique l'article, que dans un système comme en UE qui tend vers plus de libéralisme et où les principales décisions sont à caractères économique et social, de très longs mandats peuvent mener à des connivences entre le pouvoir et certains milieux d'affaires mais cela se passe surtout aux niveaux européen et régional, là où on peut être élu un nombre illimité de fois. Est-ce que la meilleure réponse pour résoudre ce genre de problèmes est de limiter le nombre de mandats nationaux successifs qui pénalise finalement les élus honnêtes et compétents et donc indirectement les intérêts des citoyens? Ne serait-il pas plus judicieux d'avoir un système qui permettrait de révoquer un élu en cours de mandat suivant une procédure excluant les abus ou de remettre des décisions gouvernementales en cause par référendum surtout dans des pays où le président a beaucoup de pouvoirs ? Il y a eu dans les pays qui pratiquent la démocratie représentative de nombreux dirigeants qui restèrent longtemps au pouvoir sans que cela ne provoque de contestations... »

Reprenons la lecture concernant une nouvelle candidature de Vladimir Poutine...

Michel Peyret


Vladimir Poutine, 18 ans de pouvoir ! Vraiment ?

par Pierre
lundi 18 septembre 2017

Les élections présidentielles russes se profilent à l'horizon 2018 et la question de la candidature de Vladimir Poutine se pose à nouveau. La nouvelle durée du mandat présidentiel, deux mandats consécutifs de six ans, a été conçue sur mesures pour que Vladimir Poutine puisse être aux commandes du pays en 2020, année déterminante en ce qui concerne la fin de la première phase de la restructuration des forces armées russes.

                                    Vladimir Poutine prête serment en 2012.

Il est donc hautement probable que Vladimir Poutine se présente et qu'il soit à nouveau élu au grand dam des responsables occidentaux et des médias traditionnels qui ne manqueront pas pour l'occasion de déverser tout leur fiel sur la Russie vu leur frustration de n'avoir aucun moyen pour influer sur le résultat des élections.

Vladimir Poutine a fait son entrée sur la scène politique russe et internationale il y a un peu plus de 18 ans. C'était quelqu'un de pratiquement inconnu en Russie et encore plus dans le reste du monde.

Quand un Boris Eltsine à la santé déclinante l'avait nommé Premier ministre de la Fédération en 1999, personne n'imaginait à quel point Vladimir Poutine bouleverserait tous les pronostics sur l'effondrement de la Russie qui semblait inéluctable à l'époque ainsi que sur sa dislocation en plusieurs entités indépendantes.

Il semblait que le sauvetage du pays ne pouvait venir que d’Evgueni Primakov, un poids lourd de la politique et un homme relativement ferme dans ses relations avec les Occidentaux mais le chemin du pouvoir lui fut barré par le président Eltsine et son entourage.

 

                                                         Evgueni Primakov.

On ne saura jamais si Boris Eltsine avait décelé en Vladimir Poutine l'homme providentiel qui sauvera la Russie de l'effondrement ou s'il voyait en lui un nouveau chef d’État soumis aux volontés des oligarques.

Toujours est-il que ces derniers donnèrent leur approbation à l'arrivée de ce jeune loup en se disant que sans leur soutien financier, Vladimir Poutine soit échouera aux élections, soit sera rapidement renversé. Il serait donc leur obligé et ils purent croire que le pillage du pays se poursuivrait sans obstacles.

Comme président, Vladimir Poutine commença par respecter le « deal ». On ne revint pas en arrière pour condamner les acquisitions frauduleuses des fleurons du patrimoine industriel soviétique et la famille Eltsine ne fut pas inquiétée pour son enrichissement personnel et pour sa complaisance envers les méthodes criminelles des oligarques.

D'un autre côté, doucement mais sûrement, il s'attela à rétablir l'autorité de l’État jusque dans les régions les plus éloignées.

C'est ce qu'on peut aussi appeler : rétablir la verticalité du pouvoir.

Bilan des deux premiers mandats.

Vladimir Poutine a eu la chance de voir les États-Unis s'embourber dans de coûteuses guerres sans fin en Afghanistan et en Irak.

Sans doute croyaient-ils qu'il était impossible que la Russie se relève et ils ont négligé le pays qui pouvait le plus remettre leur hégémonie militaire sur le monde en question.

Vladimir Poutine a été le premier dirigeant à apporter son soutien aux États-Unis après le 9/11. Il n'aurait pas opposé son veto à l'invasion de l'Irak en 2003 sans l'insistance de la France. Il désirait avant tout rester en bons termes avec les États-Unis.

La réorganisation du pays grâce à la nomination des gouverneurs par le Kremlin qui a permis de reprendre le contrôle des régions éloignées et la montée des cours du pétrole sur les marchés mondiaux furent deux éléments importants qui lui permirent de consolider son pouvoir et de s'émanciper de l'argent des oligarques.

Avec une croissance annuelle d'environ 7 % par an, la Russie décollait enfin après les catastrophiques années 1990. Le niveau de vie des Russes retrouvait des niveaux décents.

Sans que Vladimir Poutine ne soit un partenaire docile, les Occidentaux ou plutôt les sept autres pays du G8 pouvaient croire avoir suffisamment de moyens pour contrôler ce nouveau membre du club.

La suite nous montrera qu'ils avaient tort.

Le controversé intérim de Dmitri Medvedev.

"Controversé" parce que les Occidentaux ont eu l'illusion qu'après le calamiteux (pour eux) épisode géorgien, la Russie rentrerait dans le rang et qu'elle se soumettrait aux volontés des dirigeants occidentaux représentés par le G8 et par l'OTAN.

La présidence de Dmitri Medvedev commença en 2008 par une guerre dans le Caucase suite à une provocation géorgienne. On put pour la première fois se rendre compte que l'armée russe n'était plus l'armée en guenilles des années 90 même s'il y avait encore des manquements que les médias occidentaux ne manquèrent pas de relever.

Ce fut une des seules actions de politique internationale où le nouveau président russe et Vladimir Poutine, son Premier ministre, parlèrent d'une même voix.

Sur énormément d'autres décisions présidentielles, Vladimir Poutine répondait souvent que lui, il n'aurait pas agi comme cela mais sans jamais contester le droit du président de prendre les décisions en question.

Sans en faire une liste exhaustive, voici quelques points qu'on peut épingler.

-Le vote de nouvelles sanctions contre l'Iran au Conseil de sécurité de l'ONU en 2010.

-L'abstention lors du vote de la résolution 1973 qui a déclenché les bombardements de l'OTAN sur la Libye.

-La non-livraison de missiles S300 à l'Iran.

-L'achat de deux porte-hélicoptères de type Mistral et l'option d'achat pour deux autres.

-L'accord avec la Norvège concernant la ZEE de l'archipel de Svalbard.

                                         Le Vladivostok à Saint-Nazaire.

Cela permet de dire et c'est la réponse à la question posée dans le titre de l'article que les quatre années de présidence de Dmitri Medvedev ne peuvent pas être assimilées à des années de pouvoir de Vladimir Poutine qui durant cette période n'a pas ou alors que très peu influencé directement la politique étrangère de son pays.

Dmitri Medvedev consultait son Premier ministre comme il est de coutume de le faire mais il prenait ses responsabilités en consultant aussi d'autres conseillers.

Les dirigeants occidentaux avaient trouvé en Dmitri Medvedev un président russe beaucoup plus coopératif et ils espéraient qu'il reste à la tête de la Russie.

2012, le grand retour.

La candidature de Vladimir Poutine aux élections présidentielles de 2012 ne faisait guère de doute. Les ingérences étasuniennes dans ces élections furent gigantesques [i]avec une ambassade des États-Unis qui servit de QG à l'opposition pro-occidentale. On peut comparer l'ingérence russe dans les élections américaine de 2016 à un pipi de moineau à côté du torrent d'actions de tous types qui eurent lieu à cette période : financement de l'opposition politique, activation des ONG russes par leurs homologues occidentaux, concertation entre des agents étasuniens et l'opposition libérale[ii], pression sur les oligarques, insinuations de fraudes massives par les médias occidentaux, accusations d'enrichissement personnel pharaonesque de Vladimir Poutine etc.

Il était évident que le « Deep State » à Washington et leurs équivalents européens allaient essayer de rendre le mandat de Vladimir Poutine aussi difficile que possible et qu'ils allaient tester sa détermination en espérant qu'il réagisse comme l'aurait fait un dirigeant soviétique.

Au grand étonnement général et au mien en particulier, Vladimir Poutine réagissait toujours avec modération en laissant une porte ouverte pour sortir de la crise. Aux moments critiques ou quand les intérêts majeurs du pays étaient menacés, il a su prendre des décisions rapides et déterminantes comme par exemple :

-Le sauvetage de Viktor Yanoukovitch.

-L'annexion légale de la Crimée pour que Sébastopol ne soit pas un jour livrée à l'OTAN.

-Le voentorg et peut-être des interventions ponctuelles au Donbass.

-L'intervention en collaboration avec l'Iran pour sauver le régime laïc syrien. 

Ces actions éloignent la Russie des positions occidentales et provoquent une profonde division avec l'Union européenne.

Qui peut s'opposer à Vladimir Poutine en 2018 ?

Est-ce que les élections présidentielles en Russie seront plus sereines qu'aux États-Unis et qu'en France ? C'est encore trop tôt pour répondre à cette question mais il y a fort à parier que l'opposition arrivera aux élections plus divisée que jamais et que l'essentiel de la campagne anti-Poutine se déroulera dans les médias occidentaux.

Le Parti communiste, toujours très populaire en Russie, devra choisir son candidat entre le président du parti, Maxim Souraykin (39 ans), et Guennadi Ziouganov (73 ans), le candidat historique[iii].

                            Maxim Souraykin. La surprise des présidentielles russe ?

Vladimir Jirinovski (71 ans) et son Parti libéral-démocrate (droite nationaliste) seront aussi présents.

Les libéraux pro-occidentaux, toujours aussi divisés, présenteront un ou plusieurs candidats dont probablement Mikhaïl Kassianov (60 ans) s'il arrive à réunir le nombre nécessaires de signatures.

Une demi-surprise est l'annonce d'une candidature du Parti de la croissance de Boris Titov. C'est le parti qui défend les droits des entrepreneurs et qui a toujours été fidèle à Vladimir Poutine. C'est peut-être avec la bénédiction de ce dernier parce qu'ils prendront des voix aux libéraux pro-occidentaux.

Il y aura sans doute aussi un candidat du Parti Russie juste de Sergueï Mironov qui avait fait 3,9 % aux dernières élections présidentielles plus quelques candidats indépendants et un candidat écologiste s'ils récoltent suffisamment de signatures.

Est-ce que Mikhaïl Prokhorov ou un autre oligarque lancera encore un coûteux défi à Vladimir Poutine comme en 2012 ? J'en doute fort vu l'impopularité des oligarques mais ce n'est pas totalement impossible.

Alexeï Navalny, l'agitateur anti-corruption mais lui-même condamné pour malversations[iv], brillera sans doute par son absence. Il est pour le moment inéligible et je ne vois pas Vladimir Poutine céder à des pressions occidentales pour l'amnistier. S'il était malgré tout autorisé à se présenter, ce serait parce que Vladimir Poutine estimera qu'il ne représente pas de danger pour lui.

Il a d'ailleurs été très mauvais lors de ses dernières prestations dans des débats télévisés dans lesquels il s’emmêlait les pinceaux avec son programme. Il n'arrive plus non plus à réunir des foules comme en 2011 et ses concurrents de l'opposition ne se rassembleront sûrement pas autour de lui.

Il y a encore un point essentiel concernant les élections présidentielles de 2018 qui n'a pas encore été bien évalué et que je voudrais relever.

La réduction de 755 membres du personnel des représentations diplomatiques étasuniennes en Russie va complètement désorganiser les possibilités d'ingérence de leurs officines dans l'élection présidentielle russe.

Avec les 455 membres restants, les États-Unis n'auront pas assez de personnel formé et protégé par l'immunité diplomatique pour accompagner une agitation politique à grande échelle comme en 2011 et en 2012.

La nouvelle ambassade des Etats-Unis à Moscou. Il y risque d'y avoir pas mal de locaux vides.

On peut aussi prédire sans beaucoup de risques de se tromper que les réponses aux dernières mesures antirusses toucheront en priorité les organismes étasuniens présents en Russie qui pourraient inciter à manifester contre le résultat des élections présidentielles.

De plus, les ONG à vocation politique financées par les Occidentaux sont discréditées avec la loi sur les « agents de l'étranger » qui, il faut le rappeler, est inspirée par la loi FARA en vigueur aux États-Unis depuis 1938[v].

Lilia Chibanova, l'ex dirigeante de l'ONG Golos dissoute en 2016. Elle était financée par des fonds étrangers.

Quant-aux nouvelles sanctions étasuniennes qui s'attaquent aux avoirs des oligarques et indirectement au pouvoir d'achat des Russes, elles produiront leurs effets trop tard pour arriver à provoquer un mécontentement général et il serait très étonnant que les oligarques prennent le risque de perdre tous leurs biens en Russie en tentant un coup d’État qui risque d’échouer[vi].

Il faut aussi rappeler la réorganisation des forces du ministère de l'Intérieur qui a vu fusionner les unités spéciales et d'élite avec les forces anti-émeutes sous un commandement unique en 2012. Le pouvoir dispose actuellement d'une Garde nationale de 400.000 hommes commandée par Viktor Zolotov, un fidèle à Vladimir Poutine. Elle est disponible pour s'opposer à un coup d’État ou à une éventuelle révolution de couleur[vii].

                                          La Garde nationale lors d'un défilé.

Encore une fois, Vladimir Poutine a mûrement réfléchit à la riposte et il a joué un coup de maître au bon moment.

Réflexion sur la durée de présence à la tête d'un État.

On dit que le pouvoir corrompt, qu'il y a l'usure du pouvoir, que l'alternance permet de dynamiser la politique, qu'une opposition a vocation à arriver au pouvoir mais est-ce qu'on peut dire que ce sont des réflexions partout et toujours pertinentes ?

Tout enfermés que nous sommes dans notre certitude que la démocratie représentative est le système démocratique suprême, nous n'avons pas vu la démocratie petit à petit nous échapper.

Quel sens a encore l'élection d'un représentant du peuple dans une assemblée qui ne peut légiférer que sur un nombre restreint de sujets et où les décisions sur les sujets les plus importants lui échappent.

Dans ce cadre-là, qu'apporte une alternance ?

Il est vrai que dans un système comme en UE qui tend vers plus de libéralisme et où les principales décisions sont à caractères économique et social, de très longs mandats peuvent mener à des connivences entre le pouvoir et certains milieux d'affaires mais cela se passe surtout aux niveaux européen et régional, là où on peut être élu un nombre illimité de fois.

Est-ce que la meilleure réponse pour résoudre ce genre de problèmes est de limiter le nombre de mandats nationaux successifs qui pénalise finalement les élus honnêtes et compétents et donc indirectement les intérêts des citoyens[viii] ?

Ne serait-il pas plus judicieux d'avoir un système qui permettrait de révoquer un élu en cours de mandat suivant une procédure excluant les abus[ix] ou de remettre des décisions gouvernementales en cause par référendum surtout dans des pays où le président a beaucoup de pouvoirs [x] ?

Il y a eu dans les pays qui pratiquent la démocratie représentative de nombreux dirigeants qui restèrent longtemps au pouvoir sans que cela ne provoque de contestations.

Nous pouvons citer :

  • Nehru : 17 ans à la tête de l'Inde. Mandat interrompu par son assassinat.

  • Margaret Thatcher : 16 ans plus 4 ans comme secrétaire d’État.

  • François Mitterrand : 14 ans et 11 fois ministre sous la quatrième République.

  • Angela Merkel : 12 ans plus 8 ans de ministère sous les gouvernements d'Helmut Kohl. Elle briguera un quatrième mandat consécutif en septembre.

  • Benjamin Netanyahou : 11 ans plus divers autres ministères (Finances et Affaires étrangères) entre 2002 et 2009. Mandat en cours et il n'y a pas de restriction quant au nombre de mandats à la tête de l'exécutif israélien.

  • Jacques Chirac : 12 ans à la présidence précédée par une longue carrière politique.

D'autres chefs d’État n'ont pas pu se présenter à nouveau alors qu'ils étaient très populaires et que leur successeur fut contesté comme par exemple Bill Clinton, Lula ou Michelle Bachelet.

Mais nous avons aussi vu des présidents qui restaient au pouvoir jusqu'à la fin de leur mandat alors qu'ils ne gardaient que peu de confiance dans les sondages. Rien qu'en France, on pourrait citer Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Si Vladimir Poutine était élu pour un quatrième mandat en mars prochain (comme peut-être Angela Merkel en septembre), il finirait sa carrière politique en 2024 avec 20 ans à la présidence et 4 1/2 ans à la tête du gouvernement de la Fédération. Est-ce vraiment excessif ?

Dans un système plutôt libéral-conservateur d'État comme en Russie qui cherche à s'émanciper du libéralisme-libertaire globalisé, une alternance risque d'avoir un effet en dents de scie comme lors de la présidence de Dimitri Medvedev.

Je crois que dans le cas de la Russie, l'argument du nombre de mandats est davantage un prétexte avancé par ses ennemis pour chercher à exclure Vladimir Poutine du pouvoir. La grande majorité des Russes veulent garder leur président actuel[xi].

Il est à remarquer que Vladimir Poutine a toujours respecté la lettre de la loi et sa légitimité a toujours reposé sur des élections au premier tour avec plus de 50 % des voix. Sa légitimité ne peut de ce fait être contestée.

Je n'ai évidemment pas d'opinion définitive sur la question du nombre de mandats mais je pense que cela doit pouvoir varier suivant les circonstances et qu'il faut accepter que chaque État ait le droit de choisir le système qui lui convient le mieux.

Conclusion.

Le système américain avait sa candidate qui a été battue.

Le système français avait aussi son candidat qui lui a bien été élu.

Il en est de même en Russie : le système russe a son candidat en la personne de Vladimir Poutine et il mettra tout en œuvre pour qu'il soit élu au premier tour et de façon légale. Cela lui donnera une énorme légitimité.

Il n'aura évidemment pas 80 % des voix, son taux de soutien actuel auprès des Russes, mais égaler les 63 % de 2012 ou ne fut-ce qu'obtenir la majorité absolue au premier tour serait déjà un grand succès. La seule chose qui pourrait un peu ternir sa victoire serait un faible taux de participation.

Les six années supplémentaires avec Vladimir Poutine à la tête de la Fédération de Russie ne vont pas plaire aux dirigeants européens mais à part une disparition physique, rien n'empêchera cela s'arriver[xii].

Alors ils n'ont que deux manières de réagir.

 

  • Suivre aveuglement les États-Unis dans la voie de la rupture avec la Russie. Cela entraînera la vassalisation définitive de l'Europe.

  • L'alternative est de parler fermement aux Américains, de les convaincre que le monde de demain sera apolaire ou multipolaire et que leur rêve d'imposer un « Nouveau Siècle américain » risque de mener le monde vers l'apocalypse[xiii].

C'est malheureusement la première manière qui a le plus de chances de se réaliser. La continuation ou l'abandon des projets Nord Stream 2 et Turkish Stream pour alimenter l'Europe en gaz seront les tests déterminants pour l'avenir du continent.

Certains verront dans cet article un énième panégyrique à Vladimir Poutine parce que je ne parle pas des problèmes qui n'ont pas été résolus en Russie depuis son arrivée au pouvoir : la corruption, l'accès de l'opposition aux médias d’État, la faible espérance de vie des hommes[xiv], l'absence de transparence dans l'attribution de marchés publics (le pont de Kertch par exemple), le manque de croissance économique, une certaine opacité de la justice etc.

Il faut d'abord noter que la plupart de ces problèmes n'ont pas été résolus chez nous non plus. On constate cependant que les choses s'améliorent régulièrement depuis le départ de Boris Eltsine et Vladimir Poutine n'aurait pas le fort soutien populaire actuel s'il n'en était pas ainsi.

Il faut aussi noter que la Russie est sur la défensive et qu'il y a dans le pays des élites intellectuelle et économique qui sont très influencées par les pressions occidentales qui entravent le « business as usual ». Dans ces conditions et pour éviter toutes tentatives de subversion, le pouvoir maintient un contrôle sur la politique et sur l'économie. Nous pouvons trouver cela anormal de notre point de vue libéral mais je rappelle que la Russie est beaucoup plus conservatrice et elle garde un mauvais souvenir des dix années de libéralisme débridé de l'époque Eltsine.

Ne vaut-il pas mieux être réaliste le plus tôt possible et se rendre compte que la Russie de Vladimir Poutine ne cédera pas sur tout ce qui mettra sa sécurité et aussi son mode de vie traditionnel en danger.

Essayer de détruire la Russie en se détruisant soi-même pour cela est un comportement schizophrénique suicidaire et parfaitement inutile.

Malgré les moyens colossaux que les États-Unis déploient pour imposer le capitalisme-libéral globalisé au reste du monde, leur influence politique diminue et l'emploi de plus en plus fréquent de la coercition économique ou militaire témoigne de leur faiblesse.

Le réalisme nous oblige de reconnaître que 80 % de la planète rejette la globalisation ou la mondialisation ainsi que le système parlementaire représentatif tel que nous le pratiquons. Il est associé, sans doute injustement, aux guerres dites « humanitaires » et au colonialisme qui ont détruit un nombre considérable de pays et ruiné tant d'autres depuis que le capitalisme et les États-Unis, le principal pays-source de ce modèle économique, ont décidé de l'imposer au reste du monde.

Nous voyons de plus en plus souvent le commerce mondial se passer du dollar. Le yuan renminbi s'impose petit à petit comme devise pour les échanges en Asie. Récemment, l'Indonésie a acheté 11 avions de combat russes avec un système de troc[xv]. La Russie a aussi passé des accords pour ne plus utiliser le dollar avec certains pays : Turquie, Iran, Chine etc. Il y a des discussions pour l'utilisation des monnaies nationales dans les échanges bilatéraux au sein des BRICS. Il est clair que la Chine et la Russie mettent doucement en place un nouveau système pour les échanges avec les pays tiers en Yuans convertible en or qui exclut le dollar, le socle sur lequel repose toute la puissance économique des États-Unis.

Tout cela indique que dans un monde qui ne sera bientôt plus unipolaire, nous reviendrons de plus en plus souvent vers des pratiques commerciales d’État à État telles qu’elles ont toujours existées et que plusieurs modèles économiques existeront en parallèle. Le capitalisme libéral a perdu la bataille pour s’imposer globalement.

On peut le regretter ou refuser de l'admettre mais c'est inéluctable et il nous serait hautement profitable de s'y préparer au plus vite.

 

 


[iii] Le Comité central du Parti communiste de Russie a demandé à Maxim Souraykin de présenter sa candidature à la présidence.

https://russian.rt.com/russia/news/355212-kommunisty-kandidat-vybory

[viii] Je cite souvent le sport en exemple. Est-ce qu'on limite à deux le nombre de victoires successives d'un champion au Tour de France pour permettre à ses concurrents d'aussi le gagner ?

[ix] On pourrait par exemple organiser de nouvelles élections après deux ans si un nombre suffisant de signatures était réunis. Le Tour de France est aussi une bonne comparaison. Un coureur, fut-il maillot jaune, peut être exclu pendant le Tour s'il triche.

[x] La Suisse est un pays qui applique le référendum contraignant. La décision d'acheter de nouveaux avions de combat avait été annulée après un référendum.

 https://www.lematin.ch/suisse/C-est-non-Lavion-Gripen-ne-volera-pas-en-Suisse/story/28236477

[xii] Vladimir Poutine craint pour sa vie. Il y a eu de nombreux responsables américains qui ont appelé à son élimination physique et de hauts responsables politiques ukrainiens appellent tous les jours au meurtre. L'avion présidentiel russe a par exemple fait un détour de 500 km pour se rendre au G20 de Hambourg pour ne pas survoler certains pays de l'OTAN et éviter un éventuel « missile égaré ». http://www.intelligence-info.com/2017/07/10/le-crochet-de-500-km-du-president-poutine-fait-reflechir-qui-aurait-voulu-abattre-lavion-du-president-poutine/

[xv] https://fr.sputniknews.com/international/201708231032759486-indonesie-contrat-sukhoi-35-russie/

http://lagazettedebali.info/lindonesie-troque-de-lhuile-de-palme-contre-sukhoi/