« Or, le Pape François, indique Robert Charvin, le 15 août 2017, a réclamé le respect de 21 mesures en faveur des migrants, dans le silence assourdissant des grands médias, y compris ceux qui applaudissent à toutes les déclarations pontificales pourvu qu’elles se limitent aux problèmes du sexe et de la famille. Le Pape François demande « l’octroi de visas humanitaires » délivrés selon un mode « étendu et simplifié » et favorisant le « regroupement familial ». Il réclame aussi, notamment, des « visas temporaires spéciaux » pour ceux qui fuient les conflits et l’interdiction des « expulsions collectives et arbitraires ». Il appelle à la priorité de la « sécurité des personnes sur la sécurité nationale » et à la formation adéquate du personnel préposé aux contrôles aux frontières pour que « le premier accueil soit approprié et digne ». Il est indispensable, ajoute-t-il, entre autres, de protéger les mineurs migrants et de leur assurer protection et accès à l’instruction. Tous les migrants doivent bénéficier d’une assistance sanitaire nationale et de la liberté de profession et de pratique religieuse... »

Reprenons la lecture de l'analyse et des propositions de Robert Charvin...

Michel Peyret


Les affairistes « responsables » persévèrent à réclamer le paiement de la dette des pays du Sud (les prêts n’ont en rien permis le développement humain et social), considérant que le pillage de ces peuples n’a rien à voir avec le phénomène migratoire. Ils savent, avec leur nouvelle « vedette » à l’Élysée, qu’il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché qui, selon eux, réalise le miracle de satisfaire l’intérêt général !

Beaucoup a été dit sur le traitement des migrants dans les pays de l’Union Européenne, prétendument « pays d’accueil ». On sait aussi comment sont réprimés les citoyens bénévoles et leurs associations qui prennent la responsabilité de les assister (à Calais ou dans la Roya, près de Nice). A l’exception de la Grèce et de l’Italie, conduites par leur géographie à recevoir tant bien que mal les vagues de migrants qui ont survécu à la traversée de la Méditerranée, les autres États ont déployé tous les efforts pour refouler ces « étrangers » venus du Sud et limiter au maximum les demandes d’asile.

L’Union Européenne a manifesté, à cette occasion, ses carences : elle n’est que l’Europe des affaires, des discriminations sociales et des inégalités fiscales hautement rentables pour quelques firmes à la recherche de l’ « optimisation » spéculative en matière d’imposition.

En France, le macronisme au pouvoir, dans le sillage du sarkozysme et du hollandisme, tente de réduire l’entrée des migrants sur le territoire national, tout en sauvant les apparences de son prétendu esprit d’ouverture et son européanisme.

Assistée d’un cohorte de petits chefs d’entreprise promus parlementaires et des grandes banques, ainsi que du Médef sensible au pouvoir personnel du « jeune cadre », au style mi-évangéliste yankee mi-néo-bonapartiste, qu’est le Président Macron, cette nouvelle droite « pragmatique » s’efforce de n’accueillir que les migrants « utiles » et d’évacuer les autres, n’importe où, en particulier ceux qu’on qualifie de « réfugiés économiques ».

Il n’y a plus au service des instances nationales la petite troupe de kouchnériens, devenue silencieuse : les dizaines de milliers de migrants et le cimetière marin méditerranéen n’intéressent plus les « professionnels » de l’humanitarisme politicien. Les noyés africains et arabes n’ont plus d’intérêt : ils ne sont pas, comme autrefois les « boats people », les victimes d’un État communiste ou d’un État ennemi de l’Occident. Ils sont avant tout les victimes du sous-développement et des conflits que la misère provoque, stimulés par les ingérences des Puissances.

La France considère qu’elle n’a pas besoin de ces masses de pauvres : on n’est plus à l’époque où le député de la Réunion, Michel Debré, faisait expédier des enfants de pauvres autochtones en métropole pour repeupler les campagnes !

La manipulation de l’opinion à l’aide de la question des droits de l’Homme est usée et se retourne contre leurs protagonistes, faux champions de l’humanitaire. L’heure est à la « sécurité » : « parmi les migrants, il y a des terroristes ! » qui menacent la Civilisation occidentale. La plus extrême prudence s’impose vis-à-vis de cette foule de noirs et de basanés, murmure-t-on dans les beaux quartiers ! Sans parler de l’Islam qui menace le Christianisme !

Quant aux affairistes « responsables », ils persévèrent à réclamer le paiement de la dette des pays du Sud (les prêts n’ont en rien permis le développement humain et social), considérant que le pillage de ces peuples n’a rien à voir avec le phénomène migratoire. Ils savent, avec leur nouvelle « vedette » à l’Élysée, qu’il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché qui, selon eux, réalise le miracle de satisfaire l’intérêt général ! En Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, ceux qui contestent cette « évidence » ne sont que des perturbateurs marxisants et archaïques ne comprenant rien aux « lois » de l’économie !

D’ailleurs, la vieille « Nouvelle Gauche » social-démocrate, comme la vieille droite de l’ex-leader Fillon, reconverti dans le monde des affaires dont il ne s’était jamais éloigné, sont aussi partisans de ce « libéralisme » qui a tant de respect pour la « dignité » des hommes, façon XIX° siècle, au temps du cléricalisme tout puissant !

Mais la stratégie de ces castes politiciennes est pleine de contradictions :

1. Elles se disent « attentives aux intérêts des peuples africains ». En réalité, ils doivent seulement servir à bloquer les migrants sur leurs propres territoires : c’est le cas du Tchad, du Niger et paradoxe suprême, la Libye, réduite au chaos par la France, mais pouvant être utilisée, malgré le désordre, à empêcher les départs vers la France. Moyennant quelques prébendes, c’est « jouable », et peu importe que ces migrants subissent le pire des sorts dans un pays sans État !

2. Elles se disent aussi « respectueuses du droit ». La France a adhéré à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et à la Convention de 1951 sur les réfugiés, bien que les grands médias semblent l’avoir oublié. Quelques dispositions sont pourtant loin d’être respectées.

Les articles 1, 31 à 33 de la Convention de 1951 précisent qu’il est interdit d’expulser ou de refouler les réfugiés vers un pays peu sur, même s’ils sont entrés irrégulièrement sur le territoire national. Aucune sanction pénale n’est admise pour une entrée et un séjour irréguliers. En cas d’arrivée massive, les réfugiés doivent obtenir un asile temporaire et une assistance dans le pays d’accueil, en attendant une solution durable. L’asile doit être accordé en cas de persécution politique, raciale, religieuse, sexiste, … par l’État d’accueil. En tout état de cause, le refoulement est interdit : le demandeur refusé peut « candidater » dans un autre pays. Les réfugiés « non statutaires » doivent bénéficier d’un traitement respectueux de leur dignité par les États où ils se trouvent, particulièrement les mineurs.

Dans le cadre de l’Union Européenne, en 1985, 1990,1992, des accords réglementent la circulation à l’intérieur des États membres, déterminent l’État responsable de l’examen de la demande d’asile, le tout sous la surveillance du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies.

Autrement dit, la pratique politique de la France et des États européens n’a rien à voir avec ces impératifs juridiques ignorés des simples citoyens et parfois même mis en cause par de simples tribunaux ! Les gouvernements, au contraire, font des réfugiés des boucs-émissaires utiles, cultivant sans toujours en avoir l’air le racisme et la xénophobie.

3. L’Europe est « de culture chrétienne». Les droites s’en réclament avec force, particulièrement en France. Fillon avait fait des « bons » catholiques ses meilleurs soutiens, sans susciter de réactions laïques de la social-démocratie, habituée à toutes les compromissions.

Or, le Pape François, le 15 août 2017, a réclamé le respect de 21 mesures en faveur des migrants, dans le silence assourdissant des grands médias, y compris ceux qui applaudissent à toutes les déclarations pontificales pourvu qu’elles se limitent aux problèmes du sexe et de la famille.

Le Pape François demande « l’octroi de visas humanitaires » délivrés selon un mode « étendu et simplifié » et favorisant le « regroupement familial ». Il réclame aussi, notamment, des « visas temporaires spéciaux » pour ceux qui fuient les conflits et l’interdiction des « expulsions collectives et arbitraires ». Il appelle à la priorité de la « sécurité des personnes sur la sécurité nationale » et à la formation adéquate du personnel préposé aux contrôles aux frontières pour que « le premier accueil soit approprié et digne ».

Il est indispensable, ajoute-t-il, entre autres, de protéger les mineurs migrants et de leur assurer protection et accès à l’instruction. Tous les migrants doivent bénéficier d’une assistance sanitaire nationale et de la liberté de profession et de pratique religieuse. Les pays d’accueil doivent aider les pays en voie de développement qui accueillent des réfugiés (ce qui est plus massif en Afrique qu’en Europe), etc.

***

Il n’est pas question en France et dans les autres États membres de l’Union Européenne de satisfaire à ces demandes : la censure imposée à la lettre pontificale du 15 août permet aux catholiques eux-mêmes d’ignorer le message trop « subversif » !

Nul doute que les Chrétiens de France, tout comme le pouvoir macroniste, ainsi que le parti « Les Républicains » en état de faillite, ne tiendront aucun compte de la voix pontificale.

Le « réalisme » va dans le sens opposé : les citoyens des nations occidentales doivent continuer à représenter la centralité de la personne humaine, et en définitive, le Pape François « fait trop de politique » et encourage de manière irresponsable le mouvement migratoire vers l’Europe !

Bernanos, l’écrivain catholique, avait répondu à l’avance : « le réalisme est le bon sens des salauds » !

 

30 août 2017, Robert CHARVIN

Source : Investig’Action

 


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