« Les contre-cultures valorisent un esprit de provocation. Elles attaquent les structures politiques, administratives et morales de la société. Le mauvais esprit et l’insolence défient la censure pour affirmer une critique virulente des institutions. Des slogans de Mai 68 jusqu’à la noirceur des années 1980, la critique de l’Etat et de ses symboles est valorisée. L’anti-France provoque le nationalisme et le civisme. La marseillaise de Serge Gainsbourg ou l’humour de Charlie Hebdo expriment le plaisir de défier tous les pouvoirs politiques, militaires ou religieux. Les contre-cultures françaises rejettent les classes dominantes pour leur conformisme. L’ennemi devient le bourgeois qui respecte les conventions établies... »

Reprenons la lecture de la ,conception des contre-cultures...

Michel Peyret


2 Septembre 2017

Publié par Patrick Granet

Les contre-cultures françaises

Les contre-cultures françaises

Les contre-cultures se développent en France. Leur esprit de dérision permet d'attaquer toutes les institutions et les conformismes. 

Une contre-culture émerge en France, dans les marges de la culture bourgeoise. C’est dans le sillage de la contestation des années 1968 que s’invente cette contre-culture. En France, les cultures populaires (cinéma, rock, bande dessinée, journalisme, télévision, graffiti…) influent sur les cultures traditionnelles (littérature, philosophie, art, théâtre…). Guillaume Désanges et François Piron dirigent un livre collectif intitulé Contre-cultures 1969-1989. L’esprit français.

Les contre-cultures françaises mêlent tous les genres et refusent les séparations, avec « un mélange d’idéalisme et de nihilisme, d’humour caustique et d’érotisme, de noirceur et d’hédonisme », présentent Guillaume Désanges et François Piron. L’absurde et l’humour noir conduisent à la révolte. L’individualisme et la marge sont valorisés. « La liberté française se cultive hors-sol, hors des mouvements et des écoles. Elle célèbre les autodidactes, les dissidents et les inclassables », observent Guillaume Désanges et François Piron. C’est dans la marge que la créativité peut réellement s’exprimer.

Contestation des années 1968

Les contre-cultures valorisent un esprit de provocation. Elles attaquent les structures politiques, administratives et morales de la société. Le mauvais esprit et l’insolence défient la censure pour affirmer une critique virulente des institutions. Des slogans de Mai 68 jusqu’à la noirceur des années 1980, la critique de l’Etat et de ses symboles est valorisée. L’anti-France provoque le nationalisme et le civisme. La marseillaise de Serge Gainsbourg ou l’humour de Charlie Hebdo expriment le plaisir de défier tous les pouvoirs politiques, militaires ou religieux. Les contre-cultures françaises rejettent les classes dominantes pour leur conformisme. L’ennemi devient le bourgeois qui respecte les conventions établies.

Antoine Idier évoque la figure de Guy Hocqueghem. Il incarne la puissance de Mai 68. Cette révolte devient « le point de départ d’une séquence d’une extraordinaire nouveauté, de remise en cause de l’existant et de l’invention de nouvelles formes, que ces dernières soient politiques, artistiques, littéraires, intellectuelles ou, tout simplement, de vie », décrit Antoine Idier. Mai 68 bouleverse la vie de Guy Hocqueghem. Dans les années 1960, ce militant gauchiste masque son homosexualité. Après Mai 68, il participe au mouvement homosexuel. Il ne réduit pas le social à l’économique mais insiste sur les liens entre désir et politique. Guy Hocqueghem s’attache à faire vivre l’esprit de Mai 68 contre les reniements gauchistes.

Les luttes des années 1968 remettent en cause tous les rapports de pouvoir. L’aliénation du travail s’étend à toutes les institutions : école, asile, prison. Les mouvements féministes et homosexuels remettent en cause le patriarcat et la normativité des structures sociales. L’école incarne le conformisme et le conditionnement. Au contraire, des mouvements libertaires considèrent l’enfant comme un sujet pensant et sexué.

Les mouvements de libération sexuelle relient le corps et la question sociale. Sexualité, désir et politique s’opposent aux fondements patriarcaux de la société incarnés par le modèle de la famille.

Le journal Tout !, issu d’un courant maoïste spontanéiste, étend la lutte des classes à tous les domaines de la vie quotidienne. Il propose un numéro spécial. La une affiche une paire de fesses avec le titre : « Libre disposition de notre corps ». En 1971 est créé le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). Ce groupe s’organise en assemblées. Il s’oppose à la société normative des « hétéro-flics » et lutte pour une révolution totale. La présence des homosexuels à la manifestation du 1er mai 1971 perturbe les bureaucrates de la CGT. « Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons », affirme le FHAR.

Les Gazolines, avec leur féminité exacerbée et leurs provocations ludiques, minent l’esprit de sérieux qui menace le mouvement homosexuel. Elles remettent en cause les conventions gauchistes et la virilité guerrière. Elles pleurent pour perturber la cérémonie de l’enterrement de Pierre Overney orchestrée par les maoïstes de la Gauche Prolétarienne. « La politique, on n’y comprend rien », devient leur slogan. La dérision glisse progressivement vers la dépolitisation, à l’image des contre-cultures des années 1980.

Anthropologie pessimiste et anarchisme Publié le 19 Mai 2017