"L’étude de la dialectique de la nature, indique Robert Paris, a toujours servi aux révolutionnaires qui tentent de comprendre la transformation des rapports sociaux. Alors que la métaphysique est la philosophie la plus adaptée au fatalisme de la classe conservatrice, le matérialisme dialectique est le plus nécessaire au prolétariat révolutionnaire qui veut diriger son action à l’aide d’une pensée scientifique. La question scientifique a toujours intéressé les révolutionnaires, même s’ils ne prétendent bien entendu pas remplacer les scientifiques, ni leur souffler des réponses. Une conception dialectique de l’histoire est indispensable à ceux qui veulent intervenir dans l’évolution de la société humaine..."

Reprenons la lecture de l'exposé de Robert Paris...

Michel Peyret


Qu’est-ce que la dialectique ?

vendredi 23 avril 2010, par Robert Paris

Dialectique de la nature

Le concept le plus important de la dialectique est celui de la contradiction. La notion de contradiction semble bien connue, que ce soit au sein d’un discours, en logique, ou encore au sein de phénomènes physiques. Des propositions contradictoires ou des situations contradictoires sont, dans le langage courant comme en logique formelle, incompatibles et témoignent d’une erreur ou d’une situation qui ne peut pas perdurer.

En fait, cette vision n’est qu’une apparence. Dans la réalité, les contradictions perdurent et elles sont même d’une grande importance. La contradiction de la contradiction n’est pas une annulation mais une locomotive fondamentale de la dynamique.

On peut estimer qu’un dialogue n’a d’intérêt que dans sa conclusion mais, en fait, le débat entre points de vue contradictoires est bien plus riche que l’affirmation d’une seule position. En philosophie, le combat entre les matérialismes et les idéalismes n’a jamais cessé et il est toujours aussi riche. Aucune philosophie n’a jamais éliminé définitivement son adversaire. Les arguments se sont étoffés et le combat d’idées a été à la base d’une dynamique plus grande que si les deux courants ne se confrontaient pas.

En physique, l’action et la réaction se combattent mais aucune ne l’emporte définitvement. Sinon, toute dynamique mènerait rapidement à l’immobilité. Par exemple, au sein de la matière à toutes les échelles, il y a toujours une contradiction entre attraction et répulsion mais aucune ne l’emporte définitivement. Sinon, la matière s’éparpillerait ou s’agglutinerait. L’atome se dissocierait ou s’écraserait sur lui-même.

Les contradictions se constatent dans tous les domaines. Contrairement à ce que croit le bon sens ou à ce que défend la logique formelle, elles ne sont pas synonymes d’erreur. Par exemple, en physique, la dualité onde/corpuscule qui suppose qu’un phénomène est à la fois ponctuel et non-localisé contient une contradiction interne. Ces deux qualités absolument incompatibles coexistent en permanence jusqu’à ce que l’observateur effectue une mesure.

La physique a longtemps cherché des réponses en termes d’objets fixes comme le corpuscule ou l’atome. Mais elle a dû reconnaître que le monde dynamique est fondé sur des contradictions du type de la dualité onde/corpuscule.

Une psychologie élémentaire de l’homme le considère comme une seule conscience. Pourtant, nous avons tous constaté qu’il y a une contradiction interne. Il y a débat permanent à l’intérieur de chaque crâne humain. C’est même le fondement de l’intelligence humaine. C’est de manière automatique que notre cerveau répond à toute information par une interprétation forunie par le cingula. Mais cette interprétation n’a rien d’intelligente. Elle est généralement absurde. C’est la réponse contradictoire du cerveau qui permet que cette interprétation, après une série de contradictions et de confrontations avec tout ce que le cerveau croit savoir sur les circonstances.

La psychanalyse a montré que nous désirons des choses que nous croyons refuser radicalement et que nous dissimulons, consciemment ou inconsciemment, ces désirs. Cela signifie que la contradiction interne est permanente dans notre cerveau. Les maladies mentales sont parfois causées par l’exigence du sujet qui exige que toutes les informations soient non-contradictoires et qui soumet à nouveau toute hypothèse. Généralement, les individus se contentent d’un monde un peu contradictoire.

La rupture de symétrie est un modèle du mode de transformation d’un système physique. Il en va de même dans d’autres domaines. Le changement qualitatif provient d’une symétrie brisée entre deux éléments contradictoires. L’action décidée par le cerveau provient d’une rupture de symétrie dans le dialogue entre les deux hémisphères cérébraux. d’un seul coup, au bout d’un tel dialogue contradictoire, l’un des deux l’emporte. dans le cas inverse, on a encore à faire avec une maladie mentale.

Le philosophe Hegel a été l’un des premiers à souligner que les contradictions sont le moteur de la dynamique. Contrairement à la logique formelle pour laquelle contradiction signifie erreur, la dialectique étudie les contradictions internes d’un système et y voit la base de la dynamique et de la fabrication de nouveauté qualitative, aujourd’hui nous dirions de l’émergence de structure.

Friedrich Engels dans un courrier à Conrad Schmidt du 27 octobre 1890 : "Ce qui manque à tous ces messieurs, c’est la dialectique. Ils ne voient toujours ici que la cause, là que l’effet. Que c’est une abstraction vide, que dans le monde réel pareils antagonismes polaires métaphysiques n’existent que dans les crises, mais que tout le grand cours des choses se produit sous la forme d’action et de réaction de forces, sans doute, très inégales, — dont le mouvement économique est de beaucoup la force la plus puissante, la plus initiale, la plus décisive, qu’il n’y a rien ici d’absolu et que tout est relatif, tout cela, que voulez-vous, ils ne le voient pas ; pour eux Hegel n’a pas existé…"

Lénine dans "Cahiers philosophiques" :

"Par quoi un passage dialectique se distingue-t-il d’un passage non-dialectique ? Par le saut. Par la contradiction. Par l’interruption de la gradation. Par l’unité de l’être et du non-être."

HEGEL

Friedrich Engels dans l’"Anti-Dühring" : "Tant que nous considérons les choses comme en repos et sans vie, chacune pour soi, l’une à côté de l’autre et l’une après l’autre, nous ne nous heurtons certes à aucune contradiction en elles. Nous trouvons là certaines propriétés qui sont en partie communes, en partie diverses, voire contradictoires l’une à l’autre, mais qui, dans ce cas, sont réparties sur des choses différentes et ne contiennent donc pas en elles-mêmes de contradiction. Dans les limites de ce domaine d’observation, nous nous en tirons avec le mode de pensée courant, le mode métaphysique. Mais il en va tout autrement dès que nous considérons les choses dans leur mouvement, leur changement, leur vie, leur action réciproque l’une sur l’autre. Là nous tombons immédiatement dans des contradictions. Le mouvement lui-même est une contradiction ; déjà, le simple changement mécanique de lieu lui-même ne peut s’accomplir que parce qu’à un seul et même moment, un corps est à la fois dans un lieu et dans un autre lieu, en un seul et même lieu et non en lui. Et c’est dans la façon que cette contradiction a de se poser continuellement et de se résoudre en même temps, que réside précisément le mouvement.

Nous avons donc ici une contradiction qui se rencontre objectivement présente et pour ainsi dire en chair et en os dans les choses et les processus eux-mêmes (...)

Si le simple changement mécanique de lieu contient déjà en lui-même une contradiction, à plus forte raison les formes supérieures de mouvement de la matière et tout particulièrement la vie organique et son développement. Nous avons vu plus haut que la vie consiste au premier chef précisément en ce qu’un être est à chaque instant le même et pourtant un autre. La vie est donc également une contradiction qui, présente dans les choses et les processus eux-mêmes, se pose et se résout constamment. Et dès que la contradiction cesse, la vie cesse aussi, la mort intervient. De même, nous avons vu que dans le domaine de la pensée également, nous ne pouvons pas échapper aux contradictions et que, par exemple, la contradiction entre l’humaine faculté de connaître intérieurement infinie et son existence réelle dans des hommes qui sont tous limités extérieurement et dont la connaissance est limitée, se résout dans la série des générations, série qui, pour. nous, n’a pratiquement pas de fin, - tout au moins dans le progrès sans fin."

La dialectique de Hegel

L’ABC de la dialectique 

Dialectique naturelle et sociale 

Introduction à la dialectique de la nature

Dialectique et métaphysique

Contradictions dynamiques

La dialectique de Lénine

Qu’est-ce que la contradiction dialectique ?

« Il faut connaître

que le conflit est commun ou universel

que la discorde est le droit

et que toutes choses naissent et meurent selon discorde et nécessité. »

Origène, dans « Contre Celse »

« Anaxagore dit que : nulle chose n’existe d’une manière totalement discriminée d’une autre chose parce que toute choses sont en toutes choses, et ailleurs : Elles ne sont pas séparées d’un coup de hache, le chaud séparé du froid et le froid du chaud. »

Simplicius, dans « Commentaire sur la Physique d’Aristote »

"Ce qui est contraire est utile ; ce qui lutte forme la plus belle harmonie ; tout se fait par discorde."

"Joignez ce qui est complet et ce qui ne l’est pas, ce qui concorde et ce qui discorde, ce qui est en harmonie et en désaccord ; de toutes choses une et d’une, toutes choses."

Héraclite rapporté par Aristote dans "Ethique à Nicomaque" et dans "Traité du monde"

HÉRACLITE

« Joignez ce qui est complet et ce qui ne l’est pas, ce qui concorde et ce qui discorde, ce qui est en harmonie et en désaccord ; de toutes choses une et d’une, toutes choses.[ » Héraclite

PARMÉNIDE

SOCRATE

Hegel écrit : "Socrate fut un héros en ce qu’il comprit consciemment le principe suprême et le proclama. Le principe suprême possède un droit absolu. Telle est en général la condition des héros dans l’histoire universelle : c’est par leur intermédiaire que se réalise l’ascension du monde nouveau. Parce qu’il contredit le principe établi, le principe nouveau parait un principe destructeur. Pour la même raison, il semble aussi que les héros font violence aux lois ; et, individuellement, ils sont condamnés à périr ; mais leur principe poursuit son action, encore que sous une autre forme, et il sape ce qui est établi."]

Lénine dans "Cahiers sur la dialectique de Hegel" :

"Il peut être possible de présenter les éléments de la dialectique de la manière suivante :

1°) objectivité de l’analyse

2°) tout l’ensemble des rapports multiples de cette chose avec d’autres

3°) Le développement de cette chose (ou phénomène), son mouvement propre, sa vie propre

4°) les tendances et aspects internes dans cette chose

5°) la chose (le phénomène, etc.. ;) comme somme et unité des contraires

6°) la lutte et le développement de ces contradictions, la contradiction des tendances, etc...

7°) l’unité de l’analyse et de la synthèse"

(...) Hegel expose ainsi :

"Ni la négation nue, ni la négation vaine, ni la négation sceptique, ni l’hésitation, ni le doute ne sont caractéristiques et essentiels dans la dialectique (...) la négation est conçue en tant moment de la liaison, moment du développement qui maintient le positif, c’est-à-dire sans aucune hésitation, sans éclectisme."

« La dialectique dite objective règne dans toute la nature et la dialectique subjective, la pensée dialectique, ne fait que refléter le règne de la nature entière, du mouvement par opposition des contraires qui, par leur conflit constant et par leur conversion finale l’un en l’autre ou en des formes supérieures, conditionnent précisément la vie de la nature. »

Engels, Dialectique de la nature

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La nature en révolution 

Dialectique de la nature 

QU’EST-CE QUE LA DIALECTIQUE ?

L’opposition diamétrale entre des pôles, celle de la logique formelle, est à remplacer par une contradiction dialectique dans laquelle les contraires se complètent, s’interpénètrent, se changent l’un dans l’autre et fondent ensemble une unité en mouvement, sans cesse changeante et pleine de potentialités. Cela provient du fait que ces pôles fondent des interactions dynamiques au travers desquelles de nouvelles lois de conservation, des structures émergentes apparaissent. Cette philosophie dialectique est issue des découvertes scientifiques elles-mêmes et non d’un quelconque a priori.

L’étude de la dialectique de la nature a toujours servi aux révolutionnaires qui tentent de comprendre la transformation des rapports sociaux. Alors que la métaphysique est la philosophie la plus adaptée au fatalisme de la classe conservatrice, le matérialisme dialectique est le plus nécessaire au prolétariat révolutionnaire qui veut diriger son action à l’aide d’une pensée scientifique. La question scientifique a toujours intéressé les révolutionnaires, même s’ils ne prétendent bien entendu pas remplacer les scientifiques, ni leur souffler des réponses. Une conception dialectique de l’histoire est indispensable à ceux qui veulent intervenir dans l’évolution de la société humaine.

Quelques exemples des multiples situations dans lesquelles on peut voir se manifester la dialectique des contraires et non leur opposition métaphysique ? Chacun sait que la matière est composée de particules électriquement contraires : de charges positives et négatives, des patricules et des antiparticules. Cependant, la physique quantique révèle qu’à proximité d’une charge électriquement négative on trouve les particules virtuelles positives du vide quantique et inversement. cela signifie qu’à proximité d’une particule d’une certaine électricité, l’électricité s’inverse. Cela signifie qu’une zone d’espace exclusivement dominée par une certaine charge électrique ne peut exister. Quant aux vide, les charges positives et négatives des particules virtuelles y sont sans cesse couplées mais aussi sans cesse découplées.

La vie enseigne également qu’avec l’invention des sexe, des êtres vivants ont construit deux pôles, masculin et féminin. Durant de longues années, on a cru qu’un tel être vivant était ou masculin ou féminin. Nous savons aujourd’hui que dans tout être masculin, il y a aussi du féminin et inversement.

Les deux hémisphères cérébraux semblent eux aussi opposés même s’ils sont en conversation permanente. Mais chaque zone d’un hémisphère est connectée avec des zones de l’autre. Ils sont interdépendants et, en même temps, capables de construire en leur propre sein un fonctionnement capable de se passer de l’autre sans risque mortel...

La dialectique est également indispensable à la compréhension du monde. Nous, marxistes, pensons que la société est divisée en classe mais nous combattons toute vision noir et blanc de cette réalité. Il n’y a pas de frontière étanche entre les classes. Les situations concrètes réelles sont fondées sur des sociétés et non sur des classes séparées, vivant, pensant et agissant de manière indépendante.

Hegel dans « Phénoménologie de l’esprit » :

« Il n’est, d’ailleurs, pas difficile de voir que notre temps est un temps de la naissance et du passage à une nouvelle période. (…) De même que, chez l’enfant, après une longue nutrition silencieuse, la première respiration interrompt un tel devenir graduel de la progression de simple accroissement, - c’est là un saut qualitatif -, (…) de même se désintègre fragment après fragment l’édifice du monde précédent, tandis que le vacillement de celui-ci n’est indiqué que par des symptômes isolés (…) l’insouciance, l’ennui qui viennent opérer des fissures dans ce qui subsiste, le pressentiment indéterminé de quelque chose d’inconnu, sont des signes avant-coureur que ce quelque chose d’autre est en préparation. Cet effritement, progressant peu à peu, qui n’altérait pas la physionomie du tout, est interrompu par l’explosion du jour qui, tel un éclair, installe d’un coup la configuration d’un monde nouveau. (…) La substance vivante est (…) la négativité simple en sa pureté, par la même scission en deux de ce qui est simple (…) le devenir lui-même (…) le sérieux, la douleur, la patience et le travail du négatif (…) et, d’une façon générale, l’auto-mouvement de la forme. »

LA NEGATION DIALECTIQUE

« La seule chose nécessaire pour obtenir la progression scientifique, et vers la compréhension de laquelle il faut essentiellement s’efforcer, c’est la connaissance de cette proposition logique : le négatif est également positif, autrement dit, ce qui se contredit ne se résout pas en zéro, en néant abstrait, mais essentiellement en la négation de son contenu particulier ; autrement dit encore, une telle négation n’est pas complète négation, mais négation de la chose déterminée. (…) Le résultant, la négation, étant négation déterminée, a un contenu. Elle est un concept nouveau, mais plus haut, plus riche que le précédent, car elle s’est enrichie de sa négation, autrement dit de son opposé (…) elle est l’unité d’elle-même et de son opposé. »

Introduction à la « Science de la logique » de Hegel

L’ABC de la dialectique

Dialectique et métaphysique

Le physicien-chimiste Ilya Prigogine écrit dans "La fin des certitudes" :

« Toute sa vie, Einstein poursuivit le rêve d’une théorie unifiée qui inclurait toutes les interactions. Nous arrivons à une conclusion inattendue (…) L’unification implique une conception « dialectique » de la nature. »

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dialectique – discontinuité – fractales - physique quantique – relativité – chaos déterministe – atome – système dynamique – structures dissipatives – percolation – irréversibilité – non-linéarité – quanta – émergence – inhibition – boucle de rétroaction – rupture de symétrie - turbulence – mouvement brownien – le temps - contradictions – crise – transition de phase – criticalité - attracteur étrange – résonance – psychanalyse - auto-organisation – vide - révolution permanente - Zénon d’Elée - AntiquitéBlanqui - Lénine - Trotsky – Rosa Luxemburg – Prigogine - Barta - Gould - marxisme - Marx - la révolution - l’anarchismele stalinisme - Socrate - socialisme - religion

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