« Les résultats des élections, nous dit Marianne Arens, expriment le quasi-effondrement du camp gouvernemental. Le mécontentement à l’égard du gouvernement PD et des nombreux maires supposés « de gauche », a pris une énorme proportion. Le pays ressemble à une poudrière sociale. Des millions d’Italiens ont boudé les urnes le 11 et de nouveau le 25 juin parce qu’ils ne perçoivent plus la possibilité d’influencer le développement politique au moyen du bulletin de vote. C’est particulièrement vrai pour la jeune génération. Les jeunes rejettent de plus en plus tous les partis pareillement. C’est ce qu’a révélé une enquête intitulée Rapporto Giovani réalisée auprès de 2000 jeunes âgés de 20 à 34 ans. À la question de savoir quel parti ils préféraient, 34,6 pour cent ont répondu : « Aucun »... »

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Michel Peyret


Italie : défaite du Parti démocrate de Renzi aux élections municipales

Par Marianne Arens
3 juillet 2017

Le Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi a subi dimanche 25 juin une sévère défaite au deuxième tour des élections municipales italiennes. L’alliance électorale entre Forza Italia (Allez l’Italie) de Berlusconi, Lega Nord (Ligue du Nord) de Matteo Salvini et le parti fasciste Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) ont tiré profit du revers de Renzi.

La participation a été extrêmement faible en atteignant seulement 46 pour cent au deuxième tour, avec moins d’un électeur sur deux ayant été voté. Le résultat de l’élection est un énorme vote de défiance envers le Parti démocrate (PD) au pouvoir et l’ensemble du camp dit de centre-gauche.

L’expression « centre-gauche », qui est omniprésente dans les médias, a depuis longtemps perdu toute signification politique. Au cours de ces 25 dernières années, ce furent principalement les organisations ayant pris la relève du Parti communiste italien (PCI) qui ont mené les attaques contre la classe ouvrière, tout récemment avec le Jobs Act de Renzi. Ces organisations se sont déplacées de plus en plus vers la droite ; le PD est le résultat de ce processus.

Au total, plus de mille villes et municipalités ont participé aux élections à deux tours. Un premier tour eut lieu dimanche dans 111 municipalités. Les élections municipales sont le dernier test important avant les élections législatives nationales, qui doivent avoir lieu au plus tard en mai 2018.

Dans les 25 capitales régionales et grandes villes où des élections eurent lieu cette année, le camp gouvernemental a cédé 9 villes sur 15 aux partis de la droite. Il s’agit entre autres de Gênes, La Spezia, Pistoia, Côme, L’Aquila, Asti et Rieti. À Rome, à Turin, à Milan et à Naples, les élections s’étaient déjà déroulées l’année dernière.

Dans la ville portuaire de Gênes, où la fonction de maire a traditionnellement été occupée par le PCI, le Parti socialiste et, plus récemment, le PD, c’est l’entrepreneur sans parti Marco Bucci qui a gagné en se présentant sur la liste de Lega Nord. Il en a été de même de La Spezia, ville traditionnellement considérée à « gauche ». Ici, c’est un ancien fonctionnaire de la CISL chrétienne-démocrate (Confédération italienne des syndicats de travailleurs) qui l’a remporté, également avec le soutien de la Lega Nord.

Le journaliste Roberto di Stefano, 39 ans, s’est imposé dans la banlieue milanaise de Sesto San Giovanni, une ville traditionnellement industrielle et ouvrière. Pour la première fois depuis 1945, c’est-à-dire depuis 72 ans, un candidat soutenu par une alliance de partis de droite y est devenu maire.

Les résultats des élections expriment le quasi-effondrement du camp gouvernemental. Le mécontentement à l’égard du gouvernement PD et des nombreux maires supposés « de gauche », a pris une énorme proportion. Le pays ressemble à une poudrière sociale. Des millions d’Italiens ont boudé les urnes le 11 et de nouveau le 25 juin parce qu’ils ne perçoivent plus la possibilité d’influencer le développement politique au moyen du bulletin de vote.

C’est particulièrement vrai pour la jeune génération. Les jeunes rejettent de plus en plus tous les partis pareillement. C’est ce qu’a révélé une enquête intitulée Rapporto Giovani réalisée auprès de 2000 jeunes âgés de 20 à 34 ans. À la question de savoir quel parti ils préféraient, 34,6 pour cent ont répondu : « Aucun ». L’étude Génération Quoi menée par l’Union européenne de radio-télévision (UER) a révélé qu’en Italie, 65 pour cent des 18-34 ans sont prêts à participer à un mouvement de révolte de grande ampleur, après la Grèce avec 67 pour cent. En France ce pourcentage est de 61 pour cent.

Il y a cinq ans, le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Beppe Grillo avait capitalisé sur le mécontentement général. En vociférant des insultes contre la « corruption des politiciens », Grillo était apparu comme une sorte de tribun populaire à l’encontre des partis traditionnels. En réalité, il avait cherché avec une politique nationaliste à inciter les sections en colère de la petite bourgeoisie à s’élever contre les étrangers.

Il y a tout juste un an, le Mouvement 5 étoiles avait conquis les villes de Rome et de Turin. Ceci fut fatal au M5S, après que la maire de Rome, Virginia Raggi, ait été mêlée à une affaire de corruption et ait été accusé d’avoir des liens avec la Mafia.

En conséquence, les candidats de Beppe Grillo ont subi pour la première fois des pertes énormes lors d’élections municipales. Le M5S n’a pu remporter que quelques municipalités au premier tour. Sur un total de 158 municipalités avec plus de 15 000 habitants, le M5S occupe maintenant le poste de maire dans seulement 8 villes. À Parme, la ville de sa première grande victoire il y a cinq ans, Federico Pizzarotti a, après son expulsion de M5S, remporté les élections face à Grillo.

C’est avant tout Lega Nord, Forza Italia et les fascistes qui ont pu tirer profit des résultats médiocres du M5S, d’autant plus que dans de nombreuses localités ils s’étaient appuyés sur des candidats largement inconnus et indépendants. Mais la caractéristique la plus importante de ces élections est la crise du parti au pouvoir de Matteo Renzi.

Le mécontentement sensible au sujet de la politique droitière du PD avait déjà été exprimée le 4 décembre 2016 lors de la défaite du référendum sur la réforme constitutionnelle de Renzi. Renzi avait dû démissionner. Au printemps, son parti s’était divisé en plusieurs groupes lorsqu’une aile d’anciens responsables du PCI avait fait scission pour fonder le mouvement « Démocrates et Progressistes » (DP).

Depuis lors, le successeur de Renzi, Paolo Gentiloni, a continué de suivre son cours droitier dans l’intérêt des banques et des grandes sociétés. C’est ce qu’a prouvé la faillite de la compagnie aérienne nationale Alitalia, l’imposition du Jobs Act de Renzi et le récent sauvetage des banques.

Le dimanche même où avait lieu le second tour de l’élection, le gouvernement Gentiloni déposait un décret d’urgence venant en aide aux banques défaillantes. Une fois de plus, l’État intervenait pour sauver les banques aux dépens de la population. Il a versé plus de 5 milliards d’euros à la banque Intesa Sanpaolo qui va reprendre les activités « saines » de la Veneto Banca et de la Banca Popolare di Vicenza. Une structure de défaisance ou « banque-poubelle » qui prendra en charge les prêts douteux, bénéficie d’un montant supplémentaire de 12 milliards d’euros d’argent des contribuables. Six cents succursales bancaires seront fermées et 4000 emplois seront supprimés.

La substituabilité des partis de l’establishment s’est également manifestée dans l’alliance formée par les quatre plus grands partis et que l’ancien et le nouveau président du parti PD, Renzi vient d’approuver. Conjointement avec Silvio Berlusconi, Matteo Salvini et Beppe Grillo, il a accepté une nouvelle loi électorale ainsi que des élections anticipées. Cependant, la réforme électorale qui devait relever de 3 à 5 pour cent la barre pour l’élection au parlement, a échoué juste avant le vote à la Chambre des représentants.

Une section de la bourgeoisie italienne et européenne préconiserait de se passer complètement des élections et de mettre en place en toute tranquillité contre la volonté de la classe ouvrière les mesures drastiques de réduction de coûts prévues. La dette de l’Italie s’élève à près de 2,3 billions d’euros, soit 133 pour cent du produit intérieur brut, le deuxième taux le plus élevé en Europe après la Grèce. L’Union européenne (UE) exige que Rome impose des réductions de l’ordre de 30 milliards d’euros des dépenses publiques.

La classe ouvrière est prête à lutter contre ces attaques ; des grèves acharnées contre les baisses d’emplois, la privatisation et le dumping salarial sont en train de se multiplier. Une grève nationale de 24 heures des cheminots, des chauffeurs d’autobus, des travailleurs de l’aéroport et des salariés du transport eut lieu par exemple entre les deux tours des élections.

Mais, la perspective des syndicats de base locaux qui mènent la plus grande partie des grèves est tout aussi nationaliste et en faillite que celles des grandes fédérations CGIL, CISL et UIL. À l’instar de Rifondazione Comunista, Sinistra Italiana (gauche italienne) et d’autres partis de pseudo-gauche, ils préconisent eux aussi un « nouveau projet politique » dans le cadre du capitalisme et fondé essentiellement sur le modèle de Syriza en Grèce.

(Article original paru le 1ᵉʳ juillet 2017)