« En ce jour du 14 juillet 1953, nous dit l'article, 14 mois donc avant le 1er novembre 1954, à l’appel du PPA-MTLD, et pour la troisième année consécutive, ils étaient plusieurs milliers d’Algériens à avoir pris part à la traditionnelle manifestation organisée par le Parti communiste français (PCF), la CGT et les organisations de jeunesse liées au PCF, sur le trajet allant de la place de la Bastille à la place de laNation, manifestation célébrant les valeurs progressistes de la République, donc différente de celle organisée le même jour par l’Etat français sur les Champs-Elysées. Une tradition qui remontait au Front populaire de 1936... »

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Michel Peyret


Les balles du 14 juillet 1953

vendredi 7 juillet 2017 
par  
Hassane Zerrouky 
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« Pas de mémoire sans porteur de mémoire », l’expression est de l’historien français Emmanuel Blanchard, entendu dans le remarquable documentaire de Daniel Kupferstein Les balles du 14 juillet 1953.

 

Quel rapport avec l’inauguration ce jeudi 6 juillet, place de la Nation à Paris, d’une plaque en hommage aux six Algériens et un militant communiste français tués par balles ce 14 juillet 1953 ?

Tout simplement parce que cet acte de reconnaissance d’un évènement complètement occulté, en présence de nombreux témoins de l’époque encore vivants, ces porteurs de mémoire, est constitutif de l’histoire et de la mémoire de la ville de Paris. Et parce que rien n’est plus terrible, voire criminel, que la culture de l’oubli et que peu savent en Algérie que des Algériens ont été tués à Paris ce 14 juillet 1953.

 

De la part de la mairie de Paris, il s’agit donc d’un geste fort, réparant une injustice, 16 ans après la reconnaissance des massacres du 17 Octobre 1961 : une plaque commémorative avait été inaugurée en octobre 2001 par le maire de Paris de l’époque, Bertrand Delanoë, sur le pont Neuf, là où des dizaines d’Algériens avaient été balancés dans les eaux froides de la Seine.

 

En ce jour du 14 juillet 1953, 14 mois donc avant le 1er novembre 1954, à l’appel du PPA-MTLD, et pour la troisième année consécutive, ils étaient plusieurs milliers d’Algériens à avoir pris part à la traditionnelle manifestation organisée par le Parti communiste français (PCF), la CGT et les organisations de jeunesse liées au PCF, sur le trajet allant de la place de la Bastille à la place de laNation, manifestation célébrant les valeurs progressistes de la République, donc différente de celle organisée le même jour par l’Etat français sur les Champs-Elysées. Une tradition qui remontait au Front populaire de 1936.

 

Les Algériens étaient en fin de cortège, avec leurs propres mots d’ordre pour l’indépendance de l’Algérie, brandissant l’emblème national, avec en tête du cortège Djanina Messali (15 ans à l’époque) la fille de Messali Hadj, alors en prison. Et sur le trajet menant vers la place de la Nation, on le voit bien sur les images du documentaire cité plus haut, les Algériens en costume-cravate, un portrait de Messali Hadj en forme de badge accroché à la veste, marchant en rangs serrés, étaient applaudis par les Parisiens.

A l’arrivée place de la Nation, après avoir subi quelques provocations de la part de parachutistes de retour d’Indochine, au moment où ils commençaient à se disperser, des policiers, après avoir tenté de leur arracher l’emblème national, épisode qui rappelle le 8 Mai 1945, tirent dans le tas, sans sommation.

 

Bien évidemment, comme le montrent les images et d’après de nombreux témoins français, les Algériens ne se sont pas laissés faire et ont affronté les policiers. Des cars et des voitures de police sont incendiés. Au final, six Algériens âgés de 20 à 30 ans sont tués. Un militant communiste et membre de la CGT, Maurice Lurot (40 ans), qui avait voulu s’interposer entre les policiers et les Algériens est tué d’une balle en plein cœur tirée à bout portant par un policier. Un photographe du journal communiste l’Humanité, qui prenait des photos, est touché de deux balles dans le ventre. Sur la cinquantaine de blessés, 44 Algériens.

 

A la maison des Métallos, siège du syndicat CGT de la Métallurgie, un dernier hommage avait été rendu aux sept manifestants avant que leurs corps ne soient rapatriés au pays pour y être inhumés dans leur région natale. A leur arrivée à Alger, le 26 juillet 1953, les 3 000 dockers d’Alger, qui avaient arrêté le travail en signe de protestation, avaient pris l’initiative de débarquer du navire les six cercueils. Dehors, plusieurs milliers de personnes, rassemblées à l’appel du MTLD-PPA et du PCA (Parti communiste algérien), avaient rendu un dernier hommage aux six jeunes manifestants avant qu’ils ne prennent la route de leurs régions respectives. Quatre d’entre eux ont été enterrés en Kabylie, les deux autres, l’un à Nedroma et l’autre à Aïn Séfra, en présence de milliers de personnes.

 

Ironie de l’histoire, après cet évènement dont plus personne ne reparlera ni n’évoquera, parce que sans doute les victimes sont mortes avant le 1er Novembre 1954, les familles de ces jeunes n’ont pu obtenir des autorités qu’elles leur délivrent le titre de « chahid » auquel elles ont naturellement droit. Pourtant, avec ceux tombés le 8 Mai 1945, ces jeunes Algériens sont tombés pour la cause nationale. Quant aux survivants de ce 14 juillet 1953 interviewés dans le documentaire cité, et que l’ENTV devrait diffuser si ce n’est déjà fait, ils étaient alors membres du PPA-MTLD et ont tous rejoint par la suite le FLN.