"Le gouvernement, indique Habib Abba-Sidick, veut circonscrire tout mouvement de protestations autour de ce projet de lois éminemment politique, dont l’objectif est de restituer aux chefs d’entreprises le caractère divin en vigueur parmi les maîtres des forges en abolissant tous les droits séculaires acquis par les salariés à travers leurs luttes conquérantes et de surcroît mettre un terme à cette aberration syndicale en détruisant toutes les organisations représentatives des salariés, ramenant la France au XIX ième siècle.L’exception ne s’appliquera pas seulement aux actes terroristes, elle sera étendue au droit social en excluant de facto le législateur, puisque ce gouvernement a opté en faveur de l’ordonnance suppliciant le débat démocratique..."

Reprenons la lecture des réflexions de Habib Abba-Sidick...

Michel Peyret


 

LA LOI DU SERVAGE,

Par Habib ABBA-SIDICK

Par Colère et Espoir60 le 24 juin 2017, 15:05

Pendant que méthodiquement le pouvoir absolu du président élu avec 20 millions de suffrages se met en place, alors que 27 millions d’entre eux se répartissaient entre le FN, les abstentionnistes, les bulletins blancs et les nuls, les promesses électorales dont la scandation a rythmé le premier semestre de cette année 2017 s’apprêtent à tutoyer une réalité ne correspondant pas aux motifs de leurs énoncés.

Ce gouvernement est une formation de combat au service d’une lutte des classes inversée où le triomphe appartiendra à une dominante néo-libérale désireuse d’achever le pacte social acceptée en 1945. La "loi servage" est sensée expurger l’environnement économique de ses chicanes juridiques que ses auteurs désignent comme les responsables du fort taux d’individus demeurant inemployés.

Cette foutaise est supposée rétablir l’emploi, aussi Pôle-Emploi n’éprouvera plus le besoin de rectifier ses statistiques mensuelles en retoquant les divers critères d’admission catégorielle. Le gouvernement veut circonscrire tout mouvement de protestations autour de ce projet de lois éminemment politique, dont l’objectif est de restituer aux chefs d’entreprises le caractère divin en vigueur parmi les maîtres des forges en abolissant tous les droits séculaires acquis par les salariés à travers leurs luttes conquérantes et de surcroît mettre un terme à cette aberration syndicale en détruisant toutes les organisations représentatives des salariés, ramenant la France au XIX ième siècle.

L’exception ne s’appliquera pas seulement aux actes terroristes, elle sera étendue au droit social en excluant de facto le législateur, puisque ce gouvernement a opté en faveur de l’ordonnance suppliciant le débat démocratique. En conséquence, l’ensemble des organisations syndicales après avoir rameuté leurs ouailles en leur signifiant de reporter leur suffrage sur le président promoteur de la "loi servage" vont devoir les inciter à s’y opposer et de façon concomitante à sauvegarder leur statut d’organisations de représentation sociale que la "loi servage" leur dispute.

Article 1er alinéa 1

1° Renforçant les prérogatives des représentants du personnel en fusionnant en une seule instance les délégués du personnel, le comité d’entreprise et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, en définissant les attributions et le fonctionnement de cette instance fusionnée, y compris les délais d’information-consultation, les moyens, le nombre maximal de mandats électifs successifs ainsi que les conditions et modalités de recours à une expertise, et en déterminant les conditions dans lesquelles l’instance fusionnée peut constituer une instance unique exerçant également les compétences en matière de négociation des conventions et accords d’entreprise ou d’établissement ;

Au cas où les organisations syndicales penseraient avoir sauvé la république le 7 mai 2017, elles pourront toujours méditer sur leur sort à la lecture de l’alinéa 3 de l’article 1er :

3° Renforçant le dialogue social, par la possibilité pour le salarié d’apporter des ressources financées en tout ou partie par l’employeur au syndicat de son choix, le renforcement de la formation des représentants des salariés, la promotion de la reconversion professionnelle des salariés exerçant des responsabilités syndicales ou un mandat électif de représentation, l’encouragement à l’évolution des conditions d’exercice de l’engagement syndical et la reconnaissance de celui-ci dans le déroulement de carrière et les compétences acquises en raison de cet engagement, ainsi que l’amélioration des outils de lutte contre les discriminations syndicales ;

Autoriser les entreprises à créer "les syndicats maisons" sur le modèle de la CFT, de sinistre renommée, aux usines Citroën dans les années 1970 ?

Son article 1er

1° De reconnaître et attribuer une place centrale à la négociation collective d’entreprise, dans le champ des relations individuelles et collectives de travail applicables aux salariés de droit privé, dans le respect du domaine de la loi fixé par l’article 34 de la Constitution, en :

d) Renforçant l’autonomie des partenaires sociaux dans l’organisation du dialogue social dans l’entreprise, en permettant à l’accord collectif de déterminer la périodicité et le contenu des consultations et des négociations obligatoires, ainsi qu’en redéfinissant le contenu et les modalités de fonctionnement de la base de données économiques et sociales et en autorisant son adaptation par accord collectif ;

Dorénavant, les lois de l’entreprise élaborées par leur direction primeront sur toutes les autres considérations y compris législatives. Cela revient à privilégier le droit du plus fort, en l’occurrence la loi de l’entreprise sera supérieure à la loi commune proposée par le législateur élu au suffrage universel. Dans ces conditions, à chacun son entreprise à chacun sa loi.

D’ailleurs on peut s’interroger sur la licité de la "loi servage", car tous les citoyens sont égaux devant la loi et en l’occurrence cette loi ne dérogerait elle pas à ce principe intangible ? Quelles sont les raisons autres qu’obliques justifiant qu’à une catégorie de la population, rappelons qu’un chef d’entreprise est aussi un citoyen, lui soit accordé le droit de légiférer dans son entreprise se définissant comme une enclave extra-territoriale.

En conséquence, chacun pourra édicter ses propres lois en dehors de la représentation législative. La loi commune résultant de l’architecture démocratique s’interrompra aux abords de l’entreprise où désormais régnera la législation censitaire.

Prétendre que les entrepreneurs abhorrent le droit du travail et que ce dernier expliquerait les réticences à embaucher du personnel est au mieux une méprise, au pire un mensonge supplémentaire s’apparentant à un déni de classe, ce que la récente étude de l’INSEE démontre en discernant que la raison principale est dû à un manque de personnels compétents.
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Le gouvernement exhibant sa légitimité issue du moins-disant démocratique (16.5 % des inscrits et 57.6 % d’abstentions), privilégie l’arbitraire des ordonnances en imposant l’absolutisme du pouvoir présidentiel profitant du charivari ayant décimé l’organisation politique traditionnelle jusque-là en vigueur.

Malgré, les affirmations tenant davantage du slogan et de la fourberie, il n’y aura aucune amélioration de la situation économique car l’emploi est laissé à l’appréciation de l’activité laquelle est en diminution ou stagne et non l’inverse. Les dirigeants politiques pensent que leurs évidences, que le bousin médiatique répercute, triompheront de la récession alors qu’elles sont uniquement prédestinées à estamper les esprits des " gens de peu ".

Ce gouvernement de mandataires, à l’instar de l’ensemble de la classe politique en niant la réalité du progrès et de cette révolution technologique a de facto obéré la possibilité d’appréhender les transformations à accomplir. Les termes ont leur importance et en cette occurrence, ils dissimulaient une imposture que l’élection présidentielle a parfaitement traduite.

" Les progressistes " par le passé désignaient les communistes, aujourd’hui ils sont devenus un simple outil de com et de tromperie, la transformation autre emprunt à la vulgate communiste sera appliquée à la désagrégation du droit du travail, car en la matière il s’agit d’un cataclysme assumé, tant ils sont persuadés que les citoyens sont abonnés à la médiocrité de l’esprit et n’auront pas le courage et la détermination de renverser les montagnes en dehors des organisations syndicales et politiques inhibées.

Les ordonnances de 1945 étaient au service du progrès social et de l’émancipation des individus, en 2017 elles procureront une relégation à la situation précédant la libération où le droit appartenait aux employeurs et où chaque mieux-être était le tribut, parfois meurtrier, que les " gens de peu " et leurs organisations communistes devaient acquitter, même si les hagiographes n’ont retenu au panthéon de la gloire que Léon Blum et les accords de Matignon servant à louanger "la gauche de gouvernement" actuelle, laquelle aura été vaincue par ses omissions idéologiques délibérées et ses trahisons.

Marx affirmait que "la révolution des techniques précédait la révolution sociale". Nous nous heurtons à ce moment précis où l’histoire précipite son basculement.

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