"Comme tous les autres grands problèmes auxquels fait face l'humanité, indique Bryan Dyne, le changement climatique est fondamentalement une question de classe. C'est la classe ouvrière qui va souffrir le plus des conséquences du réchauffement planétaire. Objectivement, c'est la classe ouvrière qui est de plus en plus une classe internationale, et qui se perçoit comme telle. C'est dans l’intérêt social de la classe ouvrière de renverser le capitalisme, d'abolir la propriété privée des moyens de production et d'établir un système économique voué à la satisfaction des besoins humains, y compris le maintien d'un environnement sécuritaire et sain.On ne peut éviter les dangers que représente le réchauffement climatique que par une lutte politique de la classe ouvrière internationale contre le mode de production capitaliste anarchique et arriéré. C'est seulement de cette façon que l'économie mondiale pourra être rationnellement et scientifiquement réorganisée et qu'une catastrophe environnementale pourra être évitée. Bref, le socialisme est la solution au changement climatique..."

Reprenons la lecture des réflexions de Bryan Dyne...

Michel Peyret


Trump se retire de l'accord de Paris

La solution socialiste au changement climatique

Par Bryan Dyne
5 juin 2017

La décision de Trump de se retirer de l'accord de Paris sur le changement climatique est un autre geste d'une longue série qui illustre le caractère profondément réactionnaire de son administration.

Derrière la rhétorique pseudo-populiste de «l'Amérique d'abord» dans son discours de jeudi, qui arborait la signature immanquable du fascisant chef de cabinet de Trump, Stephen Bannon, se trouve l'affirmation que le moindre geste qui impose des limites, mêmes symboliques, aux opérations de l'aristocratie patronale et financière ne sera pas toléré.

Les rivaux de Trump, aux États-Unis et à l'étranger, ont profité de l'occasion pour se présenter comme des défenseurs de l'environnement. Des éditoriaux du New York Times et du Washignton Post ont qualifié le geste de Trump d' «irréfléchi» et ont affirmé qu'il était «voué à l'échec». En Europe, le premier ministre italien Paolo Gentiloni, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont émis une déclaration commune affirmant que l'accord ne serait pas renégocié et qu' «il s'agit d'un instrument vital pour notre planète, nos sociétés et nos économies».

Ces critiques ont cependant beaucoup plus à voir avec les conflits internationaux et nationaux entre les différentes factions de l'élite dirigeante qu'avec le véritable enjeu du changement climatique, et encore moins avec des mesures sérieuses pour stopper le réchauffement de la Terre. Les puissances européennes, l'Allemagne à leur tête, se servent du retrait de Trump de l'accord de Paris pour renforcer une campagne qui vise à faire valoir leurs propres intérêts économiques et géostratégiques dans un contexte d'intensification des divisions transatlantiques.

Aux États-Unis, les critiques des positions de Trump coïncident avec les conflits majeurs qui font rage au sein de la classe dirigeante sur des enjeux de politique étrangère. Samantha Gross de la Brookings Institution a invoqué un thème largement reconnu lorsqu'elle a qualifié la décision de «grave erreur de politique étrangère» qui allait miner la position mondiale des États-Unis. D'un ton inquiet, elle a ajouté: «Est-ce que la Chine pourrait essayer de combler le rôle dirigeant que les États-Unis abandonnent?»

Le changement climatique représente une sérieuse menace qui exige une réponse urgente. On sait depuis la publication du premier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en 1990 que le réchauffement climatique est le résultat de l'émission de carbone (principalement de dioxyde de carbone et de méthane) dans l'atmosphère terrestre par l'activité industrielle et agricole de l'humanité. Depuis, les rapports d'organismes scientifiques sont arrivés unanimement à la conclusion qu'il ne sera possible d’empêcher des conséquences catastrophiques que si des mesures à grande échelle sont prises immédiatement.

Les problèmes qui avaient été prédits près de 30 années plus tôt sont déjà observables. Les 16 années les plus chaudes sur 17, sur une durée de 136 ans, ont été enregistrées après 2001. Des vagues de chaleur plus sévères et de plus longues sécheresses nuisent à l'agriculture à travers le monde. Les forêts tropicales d'Amazonie se sont presque enflammées sur un vaste territoire en 1998, 2005 et 2007 en raison du climat plus chaud set sec. Les niveaux des mers ont déjà commencé à monter à cause du réchauffement des océans et de l'expansion du volume d'eau que cela entraîne. Et ce phénomène a aggravé les inondations qu'accompagnent les ouragans et les typhons.

Le blanchiment des coraux – un stress que subit le corail en raison des températures plus élevées et d'un plus haut taux d'acidité des océans – a déjà éradiqué près de la moitié de la Grande Barrière de corail: un élément clé de la chaîne alimentaire planétaire et de l'équilibre écologique général. Des glaciers en Antarctique et au Groenland sont sur le point de glisser dans l'océan, ce qui causerait la montée immédiate du niveau des mers et la perturbation des modèles climatiques à l'échelle de la planète. De nombreuses espèces animales disparaissent à cause du changement soudain des écosystèmes ou de l'apparition de nouvelles maladies qui peuvent proliférer dans un climat plus chaud.

La gravité de la situation contraste radicalement avec les mesures sur lesquelles se sont entendues les puissances capitalistes. L'accord de Paris, qui est habituellement précédé du qualificatif «historique» lorsque les médias en parlent, est en réalité inefficace. Les promesses qu'il contient sont non-contraignantes et son but avoué est de maintenir le réchauffement climatique mondial en dessous de 2°C, soit un peu plus du double du réchauffement actuel.

Au moment de son adoption en 2015, le spécialiste du climat James Hansen l'avait adéquatement qualifié de «fraude» et de «faux» accord. Le fait que l'accord de Paris a l'appui de sociétés géantes, y compris des sociétés de l'énergie comme Exxon Mobile, révèle son véritable caractère.

Le protocole de Kyoto de 1997, que l'accord de Paris a remplacé, était aussi inadéquat, mais il a échoué, car les grandes puissances capitalistes, sous la direction des États-Unis, ont rejeté ses cibles contraignantes. Participant aux négociations qui précédaient l'accord de Paris, le président américain d'alors, Barack Obama, qui aimait donner des discours fleuris sur les dangers du réchauffement climatique, a soutenu que les États-Unis ne pourraient être juridiquement contraints par un nouvel accord sur le climat.

Pour traiter sérieusement l'enjeu du changement climatique, une réorganisation majeure de la vie économique est nécessaire à l'échelle mondiale. La production d'énergie ne doit plus être basée sur les combustibles fossiles, mais plutôt sur les énergies renouvelables. Et pour cela, une coopération internationale est requise, caractérisée par le financement massif d'infrastructures, le développement de technologies qui existent déjà et la recherche de nouvelles idées, plutôt que la dilapidation de milliers de milliards de dollars dans la guerre et l'enrichissement des milliardaires de la planète.

La technologie existe pour résoudre ces problèmes tout en haussant les conditions de vie de la population mondiale. Mais cela est impossible dans le cadre du système capitaliste.

La lutte au changement climatique entre en conflit avec les deux principales contradictions du système capitaliste mondial: la contradiction entre une économie mondialisée et la division du monde en États-nations qui se font concurrence; et la contradiction entre une production socialisée et la subordination de la vie économique à l'accumulation du profit privé.

Le fait que l'humanité ait atteint une étape où ses actions ont un impact considérable sur le climat est l'expression de l'énorme impact du développement des forces productives. Mais ces forces productives demeurent contraintes à l'intérieur d'un système socio-économique dépassé et irrationnel. Pour continuer leur développement, sur une base rationnelle et scientifique, la réorganisation totale des relations sociales est nécessaire.

Les mêmes contradictions du système capitaliste qui empêchent de réagir sérieusement au changement climatique produisent aussi la guerre impérialiste, qui menace toute la planète, la montée de la pauvreté, du chômage et de l'inégalité sociale. Au même moment, ces contradictions radicalisent politiquement les travailleurs à travers le monde.

Comme tous les autres grands problèmes auxquels fait face l'humanité, le changement climatique est fondamentalement une question de classe. C'est la classe ouvrière qui va souffrir le plus des conséquences du réchauffement planétaire. Objectivement, c'est la classe ouvrière qui est de plus en plus une classe internationale, et qui se perçoit comme telle. C'est dans l’intérêt social de la classe ouvrière de renverser le capitalisme, d'abolir la propriété privée des moyens de production et d'établir un système économique voué à la satisfaction des besoins humains, y compris le maintien d'un environnement sécuritaire et sain.

On ne peut éviter les dangers que représente le réchauffement climatique que par une lutte politique de la classe ouvrière internationale contre le mode de production capitaliste anarchique et arriéré. C'est seulement de cette façon que l'économie mondiale pourra être rationnellement et scientifiquement réorganisée et qu'une catastrophe environnementale pourra être évitée. Bref, le socialisme est la solution au changement climatique.

(Article paru en anglais le 3 juin 2017)