"Comment un président élu avec un taux d’adhésion aussi bas va-t-il gouverner le pays ?, interroge Natasa Jevtovic. Où va-t-il chercher ses collaborateurs ? Puisse-t-il s’entourer de technocrates et de spécialistes afin de former un gouvernement comme celui du canadien Justin Trudeau, sans recycler les vétérans des partis qui ont perdu ces élections présidentielles et qui le courtisent par pur opportunisme. Par chance, il a connu la vie d’entreprise, sans vraiment être issu de la société civile. Ça reste un énarque, mais espérons que son expérience à la Banque Rothschild l’aide à mieux gérer les finances de notre pays. Même si ses anciennes rémunérations confortables et l’absence de patrimoine en France laissent penser qu’il soit trop dépensier avec son argent personnel… c’est son côté socialiste.Rien de nouveau, donc, sous le soleil..."

Reprenons l'article de Natasa Jevtovic...

Michel Peyret


Contrepoints

La victoire pas si large d’Emmanuel Macron

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Emmanuel Macron n’a pas remporté un vote d’adhésion malgré une majorité pas si large. Quelles conséquences au lendemain de son élection ?

Par Natasa Jevtovic.

Comme beaucoup de mes concitoyens et de libéraux, j’ai voté blanc au deuxième tour de cette élection présidentielle. Je n’arrive pas à voter contre ma conscience seulement pour éviter le plus mauvais candidat et j’ai besoin d’adhérer à un programme ou un projet avant d’engager ma responsabilité.

C’est en lisant la biographie d’Emmanuel Macron sur Wikipédia que j’ai appris qu’il a bien été membre du Parti Socialiste à partir de l’âge de 24 ans, de 2006 à 2009, sans jamais adhérer à un autre parti ; il a simplement omis de renouveler son adhésion depuis cette période. En 2007 et 2010, il a refusé d’intégrer les gouvernements Woerth et Fillon, qui n’étaient pas de sa famille politique ; ceci atteste son intégrité et sa loyauté, mais ne montre pas qu’il est un candidat indépendant des partis comme il a souhaité nous montrer pendant son passage au gouvernement Hollande.

L’article de Wikipédia explique ensuite qu’en 2015, alors qu’il était ministre de l’économie, « il a fait passer la part de l’État dans le capital de Renault de 15 % à près de 20 % […] puis imposé l’application de la nouvelle loi Florange qui permet de donner un droit de vote double aux actionnaires ‘historiques’, ce qui confère à l’État la minorité de contrôle ». Une nationalisation partielle, donc. Fidèle à son employeur, Emmanuel Macron a agi en bon stratège en réalisant une belle opération financière pour enrichir l’État au détriment d’un groupe privé, mais ce dossier m’a convaincu qu’il n’était pas vraiment libéral. Ce n’était qu’un autre candidat étatiste, héritier du président en place qui nous a tant déçus et qui nous conduira probablement à un autre quinquennat d’immobilisme comme ses confrères du parti socialiste.

Pour le premier tour, j’avais choisi François Fillon, qui selon moi avait le meilleur projet pour redresser les comptes publics de la France et libérer le marché de l’emploi pour enrayer le chômage. Seulement, les médias et la justice ont décidé de le désigner coupable de détournement des fonds publics pour avoir engagé son épouse comme assistante parlementaire. Je me souviens d’une conférence à l’Assemblée nationale au sujet de la corruption où le député du Nouveau Centre, Charles de Courson, expliquait que tous les élus ont une enveloppe de plusieurs milliers d’euros qu’ils peuvent dépenser à leur guise, y compris en rémunérant leurs proches, et qu’il n’existe aucune instance qui les contrôle.

Ce qu’on reprochait à François Fillon, était une pratique légale dans les milieux politiques et la bonne réponse aurait été de légiférer afin d’y mettre fin, au lieu de choisir le coupable en la personne du leader de l’opposition. L’ironie de l’affaire était que, dès la mise en examen de François Fillon, ses plus proches collaborateurs l’ont abandonné, d’abord ceux qui n’étaient pas conservateurs, puis ceux qui étaient opportunistes. Parmi eux, le plus remarqué était Bruno Le Maire, lui qui avait embauché et rémunéré sa propre épouse comme assistante parlementaire entre 2007 et 20131. Le même Bruno Le Maire qui maintenant évoque sa volonté de collaborer avec Emmanuel Macron.

Ayant le sentiment que les élections leur avaient été volés, la plupart des militants de droite et du centre que je connaissais évoquaient leur volonté de voter blanc ou de s’abstenir au deuxième tour. C’était aussi le cas des militants d’extrême gauche qui ne se reconnaissaient pas dans le programme « trop libéral » du parti En Marche. Parmi mes proches, trois personnes ont choisi d’adhérer au programme de Macron – deux libéraux centristes et un homme de gauche, à la tête d’une organisation qui défend les droits des demandeurs d’asile.

Ainsi, face à Marine Le Pen, jugée trop populiste, Emmanuel Macron a obtenu 66,1% de votes exprimés. Ce chiffre n’a malheureusement rien d’une victoire et doit être relativisé, car il faut prendre en compte le taux d’abstention de 25,5%, les votes blancs et nuls (8,6% soit 4,1 millions d’électeurs) ainsi que les  non-inscrits (11,4% soit 6 millions d’électeurs selon l’INSEE)2. Ces chiffres alarmants signifient que seulement 58,5% du corps électoral français a choisi de voter pour l’un des deux candidats du second tour. Emmanuel Macron a donc obtenu deux tiers de ces voix, soit 38,7%. On a le sentiment que le processus démocratique ne fonctionne pas correctement.

Cette élection présidentielle a le mérite d’avoir causé la chute des deux partis traditionnels qui étaient au pouvoir depuis quarante ans. Mais Emmanuel Macron n’a pas pour autant suscité un vote d’adhésion. Parmi ses électeurs – les 38,7% du corps électoral français – seuls 16% ont voté pour son programme ; 43% l’ont choisi pour voter contre Marine Le Pen. Ces 43% auraient voté pour n’importe quel autre candidat qui se serait positionné contre elle au second tour.

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Comment un président élu avec un taux d’adhésion aussi bas va-t-il gouverner le pays ? Où va-t-il chercher ses collaborateurs ? Puisse-t-il s’entourer de technocrates et de spécialistes afin de former un gouvernement comme celui du canadien Justin Trudeau, sans recycler les vétérans des partis qui ont perdu ces élections présidentielles et qui le courtisent par pur opportunisme. Par chance, il a connu la vie d’entreprise, sans vraiment être issu de la société civile. Ça reste un énarque, mais espérons que son expérience à la Banque Rothschild l’aide à mieux gérer les finances de notre pays. Même si ses anciennes rémunérations confortables et l’absence de patrimoine en France laissent penser qu’il soit trop dépensier avec son argent personnel… c’est son côté socialiste.

Rien de nouveau, donc, sous le soleil.

Natasa Jevtovic

Natasa Jevtovic est titulaire d’un Master 2 en économie politique de l’Institut d’études européennes, à Saint Denis. Elle est chargée de Middle Office OTC dans la finance, correspondante du quotidien serbe « Politika » et auteur de l’ouvrage « La Passion Immobilière : Comment acheter un Appartement avec le SMIC », publié aux éditions Le Manuscrit.