« Le vote des Vingt-Huit, indique l'article, lancé au pas de charge et sanctionné par un résultat carré, a permis - au moins provisoirement - de déjouer ce qui était peut-être le plan de Varsovie: une longue et pénible confrontation entre les pays de l'est de l'UE, qui refusent souvent de se laisser dicter une conduite, et ceux de l'Ouest et du Nord, dont les suffrages pèsent plus lourd. La Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, bien qu'alliées de la Pologne dans le turbulent groupe de Višegrad, ont refusé de suivre Beata Szydlo dans l'impasse. La sanction est tombée jeudi soir et il ne restait plus à la première ministre polonaise que d'hypothétiques manœuvres dilatoires, comme le refus de parapher les conclusions du sommet. Au bout du compte, à la fureur des nationalistes du PiS, c'est un Polonais libéral et europhile qui restera président du Conseil européen jusqu'à la fin de 2019... »

Reprenons l'article du Figaro...

Michel Peyret


L'UE brave la Pologne et réélit Donald Tusk à la tête du Conseil

  • Mis à jour le 10/03/2017 à 08:59

  • Publié le 09/03/2017 à 19:57

 

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VIDÉO - Jeudi soir, la réélection de Donald Tusk comme président du Conseil européen a été refusée par Beata Szydlo, chef du gouvernement polonais, qui lui reproche de s'ingérer depuis Bruxelles dans les affaires intérieures du pays.

La dernière fois qu'une capitale a voulu stopper la nomination d'un responsable de l'UE pourtant soutenu par une large majorité, c'est David Cameron qui a dit non, à l'été 2014. Le premier ministre britannique s'est retrouvé isolé au moment du vote, Jean-Claude Juncker a été nommé président de la Commission européenne et l'on connaît la suite pour le Royaume-Uni…

«Je ne vois pas comment un pays pourrait s'opposer à la solution Tusk, dès lors que tous les autres y sont favo­rables»
François Hollande

Jeudi soir, un scénario semblable s'est déroulé au sommet de Bruxelles, à propos de Donald Tusk, président du Conseil européen dont la Pologne - pourtant sa patrie - rejetait la reconduction pour trente mois. Avec le précédent britannique en tête, les 27 autres chefs d'État et de gouvernement se sont retrouvés face au même dilemme: comment faire prévaloir l'unanimité de leurs suffrages malgré l'humiliation prévisible de l'unique capitale qui dit non?

«Je ne vois pas comment un pays pourrait s'opposer à la solution (Tusk), dès lors que tous les autres y sont favorables», lâchait François Hollande à son arrivée à Bruxelles. Angela Merkel a apporté sans détour son suffrage à Donald Tusk. Plus direct encore, le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a refusé d'être «l'otage» de Varsovie. De fait, dès les premières minutes du sommet, le président du Conseil a été réélu, à vingt-sept voix contre une seule main levée. La Britannique Theresa May a soutenu Donald Tusk, tout comme le Hongrois Viktor Orban, pourtant l'un des alliés du pouvoir à Varsovie.

Sur le fond, l'affaire est purement polonaise, à la différence du procès que Londres avait intenté à l'époque contre Jean-Claude Juncker, jugé «fédéraliste», c'est-à-dire trop européen. Beata Szydlo, chef de gouvernement qui a succédé à Donald Tusk, lui reproche de s'ingérer depuis Bruxelles dans les affaires intérieures du pays. Jaroslaw Kaczynski, l'homme fort du parti au pouvoir, PiS, l'accuse surtout d'être «moralement responsable» de la disparition de son frère jumeau, Lech Kaczynski, président polonais mort dans un accident d'avion en 2010.

Sur le fond, l'affaire est purement polonaise, à la différence du procès que Londres avait intenté à l'époque contre Jean-Claude Juncker, jugé «fédéraliste», c'est-à-dire trop européen

Le vote des Vingt-Huit, lancé au pas de charge et sanctionné par un résultat carré, a permis - au moins provisoirement - de déjouer ce qui était peut-être le plan de Varsovie: une longue et pénible confrontation entre les pays de l'est de l'UE, qui refusent souvent de se laisser dicter une conduite, et ceux de l'Ouest et du Nord, dont les suffrages pèsent plus lourd. La Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, bien qu'alliées de la Pologne dans le turbulent groupe de Višegrad, ont refusé de suivre Beata Szydlo dans l'impasse. La sanction est tombée jeudi soir et il ne restait plus à la première ministre polonaise que d'hypothétiques manœuvres dilatoires, comme le refus de parapher les conclusions du sommet.

Au bout du compte, à la fureur des nationalistes du PiS, c'est un Polonais libéral et europhile qui restera président du Conseil européen jusqu'à la fin de 2019. C'est peut-être aussi le signal qu'il ne faut plus attendre beaucoup de complaisance de la part de l'UE sur un autre différend: le bras de fer engagé de longue date entre Bruxelles et Varsovie sur le respect de l'État de droit en Pologne et la remise au pas du Tribunal constitutionnel.

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