« Il a beaucoup été question de valeurs à Munich, nous dit Frédéric Koller. Mais là encore la fracture est béante. Mike Pence, Jim Mattis ou le sénateur républicain John Mc Cain ont défendu avec conviction la promotion d’un «monde libre» ou la «supériorité des valeurs démocratiques». Cette fois-ci, c’est la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, qui a donné la réplique. «L’OTAN c’est aussi une communauté de valeurs. Celles-ci interdisent la torture et impliquent le devoir de protéger les réfugiés.» Et alors que Donald Trump a attaqué Angela Merkel et loué Vladimir Poutine, la ministre allemande a précisé : «Il ne peut y avoir d’équidistance entre la confiance accordée à un allié et envers ceux qui remettent en question nos valeurs, nos frontières et le droit international.»Les objectifs de l’OTAN permettent en partie de réconcilier les deux camps. Tout le monde s’accorde à dire que la lutte contre le terrorisme et l’islam radical est une priorité... »

Le titre de l'article, « l'OTAN comme unique horizon », montre bien les continuités de l'impérialisme occidental, et donc du gouvernement français...

Michel Peyret


L’OTAN comme unique horizon 

Plus d'information sur l'image La chancelière allemande Angela Merkel est suivie par le vice-président des Etats-Unis Mike Pence. Munich, 18 février 2017.
© Keystone

Frédéric Koller
Publié dimanche 19 février 2017 à 16:16.

Défense

L’OTAN comme unique horizon

La nouvelle diplomatie américaine a fait ses premiers pas lors de la Conférence sur la sécurité à Munich. Si Washington rassure ses alliés traditionnels au sein de l’OTAN, les divergences de vues sont néanmoins profondes entre les deux rives de l’Atlantique

Frédéric Koller
Publié dimanche 19 février 2017 à 16:16.

Les Européens peuvent se rassurer, les Etats-Unis resteront fermement à leurs côtés pour perpétuer une défense commune. Ce message a été répété avec force par plusieurs figures de la nouvelle administration américaine durant ce week-end à Munich, levant un doute sur un supposé repli des Etats-Unis abandonnant leur allié historique, le continent européen, à sa destinée.

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La Conférence de Munich sur la sécurité – sorte de Davos de la défense – sert depuis 1963 de lieu privilégié des relations germano-américaines. C’est dans ce cadre que les émissaires de Donald Trump ont porté la bonne parole, au plus grand soulagement d’un cénacle acquis à la cause de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). «Je suis venu vous livrer ce message du président des Etats-Unis, a expliqué Mike Pence samedi sous les applaudissements : nous soutenons fermement l’OTAN. Notre alliance transatlantique est inébranlable. Nous serons toujours votre plus grand allié.»

Fractures atlantiques

Le nouveau vice-président des Etats-Unis, appuyé par son ministre de la défense, Jim Mattis, démentait ainsi plusieurs déclarations du candidat, puis du président Donald Trump. Ces derniers mois, celui-ci avait en effet qualifié l’OTAN d’«obsolète» après avoir questionné la solidité de son article 5 – qui implique une intervention de tous les Etats aux côtés d’un Etat membre qui serait agressé – pour les pays qui ne participeraient pas suffisamment au financement de l’organisation. Les liens supposés de l’administration Trump avec la Russie, ainsi que les déclarations admiratives du président américain envers son homologue russe, Vladimir Poutine, ont également jeté le trouble chez certains responsables européens, notamment à l’est.

Après cette mise au point, les choses vont-elles rentrer dans l’ordre, celui d’une sécurité collective qui a fait ses preuves depuis 70 ans ? Cela reste à voir. Car à Munich, derrière le vernis des retrouvailles entre Européens et Américains au gré des changements d’administration, les fractures sont apparues au grand jour. D’un côté, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Pologne dans une certaine mesure se contenteraient d’une organisation défensive comme principal, voir unique horizon à leur coopération. «Je ne vois aucune obsolescence de l’OTAN, au contraire, s’est ainsi exclamé Boris Johnson, ministre britannique des Affaires étrangères, lors d’un débat. Après 44 ans, le Royaume-Uni s’est libéré de l’Union européenne (UE). L’article 2 de l’OTAN défend le marché libre et l’État de droit. C’est ce qui nous unit. Cela nous suffit.»

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Deux visions de l'ordre mondial

D’un autre côté, l’Allemagne, la France ou les Pays-Bas soulignent l’importance de l’OTAN. Mais cet instrument de défense est loin de se suffire à lui-même. Dans un monde multipolaire de plus en plus incertain, le multilatéralisme porté par l’UE et l’Organisation des Nations unies (ONU) doit rester prioritaire. Ces deux ensembles sont totalement absents du vocabulaire de la nouvelle administration américaine.

Ce débat, loin d’être théorique, oppose deux visions de l’ordre mondial. L’un fondé sur la dissuasion et la capacité militaire des Etats, l’autre donnant la priorité à la diplomatie et aux instruments du dialogue. «Donald Trump croit que la force dépend avant tout de la puissance militaire. Les Etats-Unis vont renouveler leur armée, l'Amérique sera plus forte que jamais», a ainsi expliqué Mike Pence.

Qui paye quoi?

Très concrètement, ces deux approches sont mises à l’épreuve lorsqu’est évoquée la question du coût de l’OTAN. Depuis plusieurs années, Washington demande aux Européens de consacrer plus de moyens à leur défense. Lors d’un sommet au Pays de Galle, en 2014, les 28 membres de l’organisation s’étaient engagés a doté leur budget de la défense à hauteur de 2 % de leur PIB d’ici 2024. Seuls cinq pays respectent pour l’heure cette promesse.

Si cet objectif n’est pas remis en cause, sa réalisation est l’objet de diverses interprétations. Ainsi, la chancelière allemande, avant de céder la parole à Mike Pence, a expliqué qu’il fallait «considérer la sécurité dans son ensemble». L’UE et certains Etats européens sont ainsi parmi les plus grands contributeurs aux opérations de paix de l’ONU. Et qu’en est-il de l’effort allemand pour accueillir des réfugiés ? La France, par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, rappelle par ailleurs les moyens engagés par son pays pour lutter contre le terrorisme en Afrique. Et qui en Europe est prêt à financer les programmes de recherches pour une défense européenne commune?

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Sigmar Gabriel, l’ex-leader des socialistes allemands et nouveau ministre des Affaires étrangères, fait un pas de plus : «Je ne suis pas opposé à l’objectif des 2 %, mais attention à ne pas retomber dans le piège d’une course aux armements», a-t-il mis en garde. Celui qui reste vice-chancelier s’interroge par ailleurs sur les pays qui, comme la Grèce, «dépensent plus pour l’armée mais n’arrivent pas à payer leurs retraites».

Choc des valeurs

Il a beaucoup été question de valeurs à Munich. Mais là encore la fracture est béante. Mike Pence, Jim Mattis ou le sénateur républicain John Mc Cain ont défendu avec conviction la promotion d’un «monde libre» ou la «supériorité des valeurs démocratiques». Cette fois-ci, c’est la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, qui a donné la réplique. «L’OTAN c’est aussi une communauté de valeurs. Celles-ci interdisent la torture et impliquent le devoir de protéger les réfugiés.» Et alors que Donald Trump a attaqué Angela Merkel et loué Vladimir Poutine, la ministre allemande a précisé : «Il ne peut y avoir d’équidistance entre la confiance accordée à un allié et envers ceux qui remettent en question nos valeurs, nos frontières et le droit international.»

Les objectifs de l’OTAN permettent en partie de réconcilier les deux camps. Tout le monde s’accorde à dire que la lutte contre le terrorisme et l’islam radical est une priorité. De même, en dehors des Européens de l’est, un consensus se dégage pour relancer le dialogue avec Moscou sans toutefois céder sur l’Ukraine. Mais là encore, les divergences ne tardent pas à surgir. Ainsi, Washington fait à nouveau de l’Iran une menace de premier plan et tient l’accord sur le nucléaire pour une erreur tragique. Pour la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, c’est au contraire un modèle de réussite diplomatique. «L’UE est le premier soutien au multilatéralisme», a-t-elle rappelé à Munich.

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