« C'est à des guerres encore plus brutales contre les peuples, contre les pauvres et contre les salariés du monde entier que Trump et ses acolytes se préparent, de même que leurs semblables dans le monde. Car ils savent que le système capitaliste dans son ensemble et l'économie américaine en particulier sont fragiles et passablement à bout de souffle, ne sachant plus où investir, comment gratter des points de compétitivité pour maintenir la progression des profits. Des guerres de toutes sortes sont probables. La lutte internationale des travailleurs et des opprimés devra prendre une nouvelle ampleur pour y faire face... »

Reprenons la lettre de José Chatroussat...

Michel Peyret


Lettre n° 174 (le 2 février 2017)

Bonjour à toutes et à tous,

L'humanité est confrontée à une catastrophe silencieuse et en grande partie invisible. En règle générale, les différentes formes de pollution ne se voient pas (ou si peu) et ne font aucun bruit. Les pesticides, les radiations nucléaires, les additifs nuisibles dans l'alimentation, les ondes électromagnétiques ou les nanoparticules sont d'une parfaite discrétion qui permet à une infime minorité d'individus de s'enrichir sans vergogne et sans limites.

Par contre les effets des diverses pollutions commencent à affecter un très grand nombre d'êtres humains à l'échelle planétaire. On assiste à une véritable explosion des cancers, des diabètes, des allergies invalidantes, des accidents cardiaques et des pathologies pulmonaires et neuronales.

Simultanément, certains amusent la galerie médiatique en s'extasiant sur les perspectives riantes du transhumanisme, c'est-à-dire de la gadgétisation du corps humain qui serait « augmenté » grâce aux nouvelles technologies.

Laissons pour l'instant le « philosophe » Luc Ferry ou le « scientifique » Joël de Rosnay à leur enthousiasme aussi puéril qu'irresponsable. La perspective qu'une poignée de richards et d'hommes d'État comme Donald Trump puissent vivre jusqu'à 150 ans, en étant en pleine forme et avec des pouvoirs de nuisance augmentés, n'a rien de particulièrement enchanteur. Ceci dit, je ne mets pas en doute que ce soit possible. La capacité à inventer des choses stupides ou monstrueuses est a priori sans limite à partir du moment où elle permet de faire bondir les profits.

Revenons à ce qui est certain et pas seulement possible, et qui concerne plusieurs milliards d'individus dont les capacités, loin d'augmenter, sont de plus en plus en voie de diminution à cause de maladies, de handicaps et même de malformations chez les bébés. En effet, nous subissons un système qui est en train de nous asphyxier et impacte déjà en profondeur notre corps, notre qualité de vie, et malheureusement aussi notre façon d'envisager ces problèmes. Sous prétexte de refuser le catastrophisme, l'indifférence ou le fatalisme sur ces questions accompagnent largement ce processus dévastateur.

En première ligne, comme victimes de ces agressions silencieuses et invisibles, se trouvent les ouvriers.

Viennent ensuite les agriculteurs et certains artisans. Que ce soit dans le secteur de la chimie, de la pétrochimie, du nucléaire, de la métallurgie, du bâtiment, des transports ou de l'agroalimentaire, les ouvriers sont en contacts permanents avec des agents polluants. À titre d'exemple bien connu, si des personnes de diverses catégories sociales ont pu être touchées par les effets de l'amiante, ce sont cependant les ouvriers et les ouvrières qui ont été et sont encore les plus frappés. Le capitalisme détruit une bonne partie de la classe ouvrière, au sens matériel le plus palpable, sans parler des très nombreux accidents du travail et des conséquences du stress ou de la fatigue.

Étant les plus gravement atteints par toutes les formes de pollution engendrées par l'économie de profit, les ouvriers et ouvrières, les agriculteurs et agricultrices devraient théoriquement être en première ligne dans la lutte contre la pollution puisque c'est leur santé et même leur vie qui est en jeu. Ce n'est pas le cas. Il est important de comprendre pourquoi. Un chantage permanent s'exerce sur eux. Il faut bien gagner sa croûte comme on dit, c'est l'évidence même pour tout le monde. Dénoncer les entrepreneurs qui polluent, c'est se retrouver très vite licencié. Ce serait même subir les reproches et pressions de ses collègues : « Tu veux couler la boîte ou quoi ? Tu veux que le tôlier délocalise et qu'on se retrouve tous à Pôle Emploi ? » Du coup, même les syndicalistes les plus combatifs ne se sentent pas trop l'envie de mettre les pieds dans le plat. Alors les salariés encaissent en silence, ils en tombent malades et parfois ils en meurent, assez souvent avant la retraite ou quelques mois après.

Il en va de même dans le secteur agricole. Il est déjà tellement difficile de survivre financièrement pour nombre de fermiers ou d'éleveurs que non seulement ils sont les premiers à réclamer des assouplissements dans les règles européennes (coûteuses pour eux) en matière sanitaire, mais ils considèrent trop souvent comme des traîtres les rares hommes et femmes de leur profession qui ont dénoncé la dangerosité des produits cancérigènes épandus sur les champs ou dans les vignobles. Qu'on soit salarié ou auto-exploitant de soi-même, nous sommes pris à la gorge par la nécessité de gagner suffisamment d'argent pour vivre. Le capital nous fait taire et nous discipline ainsi efficacement.

Il faut insister sur le fait que la condition salariale suppose un contrat implicite donnant le droit aux patrons de s'en prendre à la santé de leurs employés, avec rarement des mobilisations importantes en retour sur ce terrain. En règle générale, les travailleurs se sentent plus légitimes pour s'engager dans des luttes afin d'obtenir de meilleurs salaires ou empêcher des licenciements que pour exiger que leur santé soit préservée. Ils savent, là encore implicitement, que sur ce plan, ils ont peu de chances d'être efficaces ; car d'ailleurs le problème dépasse largement le cadre de leur entreprise. C'est aussi une des raisons majeures pour laquelle nous devons maintenir la perspective de l'abolition du salariat à l'échelle mondiale.

Mais la catastrophe silencieuse provoquée par les pollueurs capitalistes ne s'arrête pas aux producteurs. Elle atteint les consommateurs et tous ceux qui doivent respirer l'air en zone urbaine ou près des axes routiers et des zones d'épandage. Elle touche les gens à la campagne qui vivent à proximité des champs et vignobles gorgés de produits toxiques. Dès qu'on entre dans la sphère de la consommation, et non de la production où les ouvriers et ouvrières ruinent et gâchent leur existence, une inquiétude et des protestations commencent à sourdre avec plus de vigueur par le biais de l'intervention d'activistes et d'enquêtes de scientifiques et de journalistes indépendants qui ne sont pas légions mais qui commencent à alerter une petite partie de la population. Au passage, nous vous recommandons à nouveau la lecture éclairante de l'enquête de Roger Langlet, « Nanotoxiques »(Actes Sud, 2014), sur la toxicité des nanoparticules que cachent soigneusement les groupes industriels, les institutions étatiques et européennes et certains scientifiques payés grassement pour mentir ou enterrer les recherches qui pourraient être probantes et inquiétantes.

Il est urgent de tourner le dos aux politiciens qui n'abordent même pas ces problèmes et qui se contentent d'un petit discours sur « la nécessité de la transition énergétique », sans bousculer les intérêts des capitalistes, bien sûr.

Il est surtout urgent de créer une coopération efficace entre salariés, consommateurs et scientifiques honnêtes.

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 Trumpisme et grand capital

Une histoire de fantômes

L'usine nuit et jour

Stoner

In situ

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TRUMPISME ET GRAND CAPITAL

Nous abordons à présent une forme de catastrophe qui est tonitruante et qui nous saute aux yeux. Elle risque d'envahir notre actualité pendant un bon moment. L'accès au pouvoir aux États-Unis d'un petit gang de milliardaires d'extrême droite est qualitativement encore plus grave que celui d'un Reagan ou d'un Bush. Il révèle l'émergence d'un phénomène politique qu'on pourrait appeler le trumpisme et qui trouve déjà son expression dans bon nombre d'autres pays.

Plusieurs chefs d'États réactionnaires comme en Russie, au Royaume-Uni, en Israël ou au Japon, ainsi que toutes les formations d'extrême droite en Europe et ailleurs, se sont réjouis de la victoire de Trump. L'étudiant qui a massacré six personnes dans une mosquée à Québec était cohérent dans ses convictions : il admirait à la fois Donald Trump et Marine Le Pen. On voit quels peuvent être les effets d'une telle fascination.

A la réflexion, Donald Trump apparaît comme la figure idéale pour incarner sans fard le capital dans le moment historique actuel. Dans son style, cet Ubu Roi hystérique a sans doute eu des prédécesseurs dans l'empire romain ou au début du XIXe siècle avec le président Andrew Jackson.

Mais si on s'en tient à notre époque, d'autres personnages ont inauguré cette façon de s'afficher sans retenue comme nationaliste, raciste, xénophobe, misogyne, homophobe, vulgaire et plein de fric.

Lorsqu'ils étaient au pouvoir, Berlusconi et Sarkozy avaient déjà adopté en grande partie cette posture et cette façon de mettre sans arrêt leur public sous tension en créant le buzz en permanence par leurs décisions réactionnaires et leurs déclarations choquantes.

Comparativement, ils pratiquaient encore un trumpisme de petits amateurs, à la tête de petits pays. La différence avec Trump est dans le calibre du pays et les conséquences sur la scène mondiale. Elle est aussi dans la façon dont il s'est emparé du pouvoir.

Il n'a pas eu besoin de s'adosser à un parti comme Sarkozy ou Berlusconi. C'est en bravant et ridiculisant ses concurrents dans le Parti républicain qu'il a progressé. Il n'a pas eu besoin d'obtenir la majorité des votants comme les règles électorales de la Ve république y obligent celui qui veut gagner au deuxième tour. Trump est président en ayant obtenu 2,8 millions de voix de moins que Hillary Clinton. Sans pousser plus loin la comparaison, ce qui serait ridicule, il faut rappeler que Hitler est arrivé au pouvoir en janvier 1933 alors que son parti était loin d'avoir obtenu 50% des voix aux précédentes élections. Ceci pour faire remarquer simplement que bien des institutions bourgeoises prétendument démocratiques sont poreuses et laissent passer facilement vers le pouvoir des personnages infâmes ou peu recommandables.

Sur qui s'est appuyé ce démagogue pour gagner en étant nettement minoritaire en voix ? Pour faire vite, sur les secteurs les plus réactionnaires de la bourgeoisie, grande, moyenne et petite. À quoi il faut ajouter une frange de la classe ouvrière blanche dans certains États frappés par les fermetures d'entreprises à qui Trump a promis monts et merveilles.

À présent certains commentateurs semblent étonnés que Trump tienne ses promesses avec des mesures protectionnistes, racistes et xénophobes, des cadeaux aux riches et la destruction de la déjà bien mince couverture sociale des plus pauvres. Ce n'est qu'un début : si elles ont un peu désarçonné et désappointé certains grands patrons en Californie qui recrutent à l'échelle mondiale, elles n'ont aucunement désespéré Wall Street. Il y a huit jours, les « marchés » ont explosé de joie. Le Dow Jones a battu tous ses records, de même que le Nasdaq.

Le trumpisme, avec son tournant protectionniste, donne le la et le tempo à l'intérieur des USA et à l'échelle internationale. Il est une forme d'adaptation de la première puissance mondiale aux désordres mondiaux qui risquaient de l'affaiblir en restant sur une orientation trop libre-échangiste. Le noyau dur de la bourgeoisie des USA rebat les cartes et se prépare à la fois à une guerre commerciale et à des guerres tout court de grande ampleur.

Le budget de l'armée va encore augmenter. Les accords se feront au cas par cas avec des partenaires privilégiés comme le Royaume-Uni. L'économie de pays comme le Mexique ou comme ceux de l'Union européenne risque de s'affaiblir ou de sombrer dans l'opération.

C'est à des guerres encore plus brutales contre les peuples, contre les pauvres et contre les salariés du monde entier que Trump et ses acolytes se préparent, de même que leurs semblables dans le monde. Car ils savent que le système capitaliste dans son ensemble et l'économie américaine en particulier sont fragiles et passablement à bout de souffle, ne sachant plus où investir, comment gratter des points de compétitivité pour maintenir la progression des profits. Des guerres de toutes sortes sont probables. La lutte internationale des travailleurs et des opprimés devra prendre une nouvelle ampleur pour y faire face.

UNE HISTOIRE DE FANTÔMES

L'Inde est un pays qui compte 1,2 milliard d'habitants. Cela vaut la peine qu'on s'y arrête un instant. Surtout quand c'est la romancière et activiste Arundhati Roy qui nous en parle dans « Capitalisme : une histoire de fantômes » (éd Gallimard, septembre 2016, 149 pages, traduit par Juliette Bourdin). Dans ce recueil d'essais, elle nous livre un tableau implacable des forfaits commis par la classe dirigeante indienne, en synergie avec les groupes capitalistes transnationaux.

Il est assez ahurissant que la plupart des journalistes ou des politistes parlent de l'Inde comme de « la plus grande démocratie au monde ». Drôle de démocratie où l'armée mène une guerre contre la population du Cachemire depuis plus de vingt ans, ayant tué des dizaines de milliers de personnes et en ayant mutilées et torturées 100 000.

Drôle de démocratie où au Gujurat en 2002, un massacre programmé des musulmans a fait 1000 victimes.

L'Inde est un pays où l'armée fait la guerre aux pauvres pour les chasser des terres récupérées par les grands groupes capitalistes. « Deux cent cinquante mille agriculteurs poussés dans une spirale de mort se sont suicidés » relève Arundhati Roy dans une intervention reproduite en conclusion devant des participants au mouvement Occupy Wall Street. Le système du micro-crédit qu'on ne peut pas rembourser n'est d'ailleurs pas pour rien dans bon nombre de ces suicides.

Un des points forts et très documenté de ce livre concerne le rôle des riches fondations occidentales et des ONG financées par elles fonctionnant en connivence discrète avec les autorités de l'État pour corrompre les écrivains, les artistes, les chercheurs ou les organisations militant sur le terrain des droits de l'homme ou du féminisme. L'auteure écrit : « Dans l'univers des ONG, qui a développé un étrange langage apaisant qui lui est propre, tout est devenu un « sujet », une question séparée, professionnalisée et portée par un groupe d'intérêt. {…} Le financement a fait éclater la solidarité comme jamais la répression n'a pu le faire. » (page 51)

Ce brûlot percutant est d'autant plus appréciable qu'il est très bien écrit, avec un sens de l'ironie qui frappe là où ça fait mal nos ennemis et nos faux amis. Elle écrit avec une clarté qui fait plaisir : « À un moment donné, le capitalisme a réduit l'idée de justice aux seuls « droits de l'homme », tandis que le rêve d'égalité devenait blasphématoire. Nous ne nous battons pas pour retoucher un système qui a besoin d'être remplacé. »

L'USINE NUIT ET JOUR

Le courant de la littérature prolétarienne qui fut porté à une époque par Henry Poulaille et Marcel Martinet est toujours vivace. On le réduit trop souvent à une littérature dite de témoignage alors que des auteurs, ouvriers à forte personnalité, s'expriment de façon originale sous la forme du roman, du récit ou de la chronique journalière. Citons parmi eux Jean-Pierre Levaray (« Putain d'usine », « Je vous écris de l'usine », éd Libertalia), Daniel Martinez (« Carnet d'un intérimaire », éd Agone, 2003), Vincent Di Martino (« Le Couloir de l'Horloge », éd Le Temps des Cerises, 2011) et Silien Larios (« L'usine des cadavres » Éditions Libertaires, 2013).

Les éditions Plein Chant(www.pleinchant.fr) ont publié en septembre dernier « L'usine nuit et jour, journal d'un intérimaire » de Patrice Thibaudeaux. Une partie de cet ouvrage avait déjà été publiée par le réseau « Échanges et Mouvement » en 2012, parmi d'autres textes sur les formes de résistance au travail. Le livre a été étoffé avec d'autres textes, des lettres et des illustrations de l'auteur permettant de comprendre en quoi consiste le travail dans une usine de galvanoplastie. Cette technique permet de rendre inoxydable la surface des métaux, en l'occurrence dans un bain de zinc en fusion. Toutes sortes de pièces en fer ou en fonte de différents formats doivent au préalable être soulevées, arrimées et stabilisées avec des chaînes et des fils de fer torsadés plus ou moins gros. Le vacarme est effroyable.

C'est un travail physique particulièrement pénible à l'accrochage, avant le trempage dans les bains d'acide et de zinc, mais aussi au décrochage. C'est aussi un travail qui nécessite un grand savoir-faire, de la précision et de la prudence pour éviter les accidents ou un surcroît de fatigue inutile.

On reçoit en pleine figure ce qui fait le quotidien actuel de ces ouvriers intérimaires ou embauchés en CDI. L'auteur a une expérience professionnelle accomplie, même s'il reste depuis des années un intérimaire, affecté de préférence à l'équipe de nuit et aux tâches les plus épuisantes et les plus délicates. Il a un coup d'oeil implacable sur tout le petit monde des gens de la direction et de l'agence d'intérim, mais aussi sans concession sur les collègues qui sont racistes, qui tirent au flanc pour laisser la charge de travail aux autres ou sur les « syndicalistes » qui fayottent la direction.

Mais il y a aussi les collègues gentils, fiables, toujours prêts à donner le coup de main. Il y a aussi les bien ou mal lunés, les plus ou moins alcoolisés ou drogués. On se prend à être captivé par son récit au jour le jour où il y a bien des éléments répétitifs, y compris dramatiques, qui finissent par donner la nausée, ce qui, somme toute, est nécessaire pour comprendre la condition ouvrière aujourd'hui. Patrice Thibaudeaux est anarchiste, mais il ne nous fait aucun développement sur ses convictions. Les faits parlent d'eux mêmes. Il nous montre une classe ouvrière en très mauvais état physique et moral. Un livre à lire pour nous conforter dans un objectif commun : l'abolition du salariat.

STONER

« Stoner » de John Williams (éd J'ai lu, 2015, 379 pages) est un roman étrange qu'on aimerait pouvoir conseiller à ses amis. Premier obstacle, avons-nous encore des amis aimant la littérature et pas seulement les polars ? Deuxième obstacle, ce roman raconte une histoire triste et par les temps qui courent, avons-nous vraiment besoin de cela ?

« Stoner », publié aux États-Unis en 1965, a commencé à être tiré de l'oubli grâce au grand romancier Colum McCann dont nous vous avons déjà recommandé chaudement « Les saisons de la nuit » et « Et que le vaste monde poursuive sa course folle ». Colum McCann est un des plus importants romanciers actuels. Son avis élogieux sur « Stoner » a attiré l'attention d'Anna Gavalda qui a convaincu son éditeur d'obtenir les droits de traduction en français. Elle a fini par traduire elle-même ce roman à la langue puissante et subtile, avec les peines que ça implique et l'enthousiasme que cela suppose. Le résultat est très convaincant. Anna Gavalda dit très justement dans sa préface que « c'est un roman qui ne s'adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire. »

Il est temps d'aborder le sujet de ce roman avant que les derniers lecteurs de cette longue lettre ne se découragent complètement. Le héros principal, William Stoner, est le fils unique de paysans du Middle West extrêmement pauvres, à la fin du XIXe siècle. Le jeune Stoner réussit à intégrer l'université du Missouri en 1910 pour suivre des études d'agronomie, tout en travaillant dur dans la ferme d'un cousin germain pour payer ses études.

Son parcours bifurque lorsqu'il prend conscience que sa vocation, pas seulement professionnelle mais existentielle, est de se consacrer à la littérature dans ce qu'elle a de plus exaltant chez les grands poètes ou grands dramaturges dits classiques.

C'est l'histoire d'un homme intègre, solitaire parce que la culture telle qu'il la vit l'éloigne de sa famille, mais ne le rapproche pas pour autant des arrivistes, élèves ou enseignants, qui peuplent en grande partie le monde universitaire où il deviendra professeur. Il y a quelque chose à la fois de glaçant et de bouillonnant de passion dans la façon dont Stoner fait face au ratage de son mariage et aux cabales contre lui à l'université. À travers son destin, on suit les épisodes marquants de la première moitié du XXe siècle aux États-Unis. Au fur et à mesure que Stoner affronte les échecs, on s'attache de plus en plus à ce héros fier, amoureux, inexorable dans son attachement à ce que représente la culture comme espace d'émancipation à faire partager.

IN SITU

Le 11 novembre dernier, nous avons posté sur notre site un texte, « USA, France : la messe n'est pas dite » de Laurent Cavelier, qui est une contribution à une réflexion collective nécessaire sur le phénomène des démagogues se disant « antisystème » comme Trump ou Marine Le Pen, et comment les combattre.

Bien fraternellement à toutes et à tous,

José Chatroussat

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