« Il lui fallait donc impérativement, indique Anthony Alberti, revenir dans la course en matière d’armement maritime afin de rester une force pertinente à cheval entre l’Océan Indien et le Pacifique, là où les deux autres grandes puissances de la région Asie-Pacifique (la Chine d’un côté et les États-Unis de l’autre) ont chacune doublé leurs dépenses militaires au cours de ces dernières années. C’est pourquoi le gouvernement australien a décidé de mener un chantier titanesque pour une valeur de 50 milliards de dollars australiens, soit environ 34,5 milliards d’euros. Voilà l’origine du montant souvent repris dans les médias ces 10 derniers jours. Sauf que l’essentiel de cette somme restera en Australie, le pays insistant pour conserver la plus grande partie du processus de fabrication des armements. Car, comme tous les autres pays du monde, l’Australie a elle aussi souffert de la crise, et cette opération sera également l’occasion de booster l’économie nationale, notamment en favorisant l’industrie australienne et en générant de l’emploi (2900 créations pour les chantiers navals d’Adelaïde)... »

Poursuivons la recherche de la vérité !

Michel Peyret


DCNS : en réalité la France n’aura que 23% du “contrat du siècle”

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Anthony Alberti 3 mai 2016



On a beaucoup parlé, ces derniers jours, de ce fameux contrat du siècle dont le gouvernement australien nous aurait honoré. Certaines chaines d’infos en continu ont même consacré une journée entière à l’évènement. Pensez donc, près de 35 milliards d’euros, ce n’est pas rien. Sauf que, en réalité, la France recevra au mieux 8 milliards d’euros. Sur plusieurs années…

Ce qui est clair, c’est que la qualité de l’offre de DCNS l’a largement emporté sur les autres propositions, qui émanaient notamment des industriels allemands et japonais. Une offre qui comporte non seulement la conception de 12 sous-marins de dernière génération, mais aussi une coopération technologique qui va lier la France et l’Australie pour de nombreuses années.

Ce qui est moins clair, en revanche, aussi bien pour les médias mainstream pressés de faire le buzz que pour les communicants de l’État eux-mêmes, c’est le montant réel de ce que d’aucuns ont appelé le “contrat du siècle”.

Pour l’Australie, priorité à l’économie locale

L’Australie est un grand pays, mais c’est surtout une île et, à ce titre, une force militaire maritime est juste indispensable. Or la flotte de sous-marins australiens est aujourd’hui vieillissante, peu adaptée aux contraintes technologiques et stratégiques du XXIe siècle. Il lui fallait donc impérativement revenir dans la course en matière d’armement maritime afin de rester une force pertinente à cheval entre l’Océan Indien et le Pacifique, là où les deux autres grandes puissances de la région Asie-Pacifique (la Chine d’un côté et les États-Unis de l’autre) ont chacune doublé leurs dépenses militaires au cours de ces dernières années.

C’est pourquoi le gouvernement australien a décidé de mener un chantier titanesque pour une valeur de 50 milliards de dollars australiens, soit environ 34,5 milliards d’euros. Voilà l’origine du montant souvent repris dans les médias ces 10 derniers jours. Sauf que l’essentiel de cette somme restera en Australie, le pays insistant pour conserver la plus grande partie du processus de fabrication des armements. Car, comme tous les autres pays du monde, l’Australie a elle aussi souffert de la crise, et cette opération sera également l’occasion de booster l’économie nationale, notamment en favorisant l’industrie australienne et en générant de l’emploi (2900 créations pour les chantiers navals d’Adelaïde).

Un très gros contrat… mais pas aussi gros qu’on le pense

Et le contrat du siècle pour la France alors ? Soyons clairs, la France a effectivement remporté un marché de plusieurs milliards d’euros qui devrait donner du travail à au moins 4000 personnes pendant 5 ou 6 ans, le temps de fabriquer les 12 sous-marins commandés. Mais ce ne sera pas 34,5 milliards. On estime que la part revenant aux industriels français avoisinera les 8 milliards d’euros, ce qui reste énorme, mais guère éloigné des autres contrats d’armement que notre pays a déjà réussi à conclure avec l’étranger. Évoquons par exemple la vente de 24 Rafale au Qatar pour 6,3 milliards d’euros, 50 hélicoptères et 5 sous-marins au Brésil pour 6 milliards, 24 Rafale et une frégate à l’Égypte pour 5,2 milliards, suivie de près par la vente de 36 Rafale au gouvernement indien pour 5 milliards d’euros, etc. Et n’oublions pas le contrat qui devrait prochainement être signé avec les Émirats arabes unis portant sur la fourniture de 60 Rafale, pour la coquette somme de… 15 milliards d’euros !

En attendant cette nouvelle commande, on peut toutefois considérer le contrat Australien comme exceptionnel à plus d’un titre. Tout d’abord pour son montant, certes, même s’il ne s’agit pas de plusieurs dizaines de milliards d’euros comme on l’a dit au départ. Mais c’est aussi l’une des rares fois où l’excellence technologique française aura su damer le pion en même temps aux champions que sont le consortium japonais Mitsubishi-Kawasaki d’une part (donné pourtant favori) et le géant allemand TKMS. C’est donc le Barracuda français qui équipera la marine australienne dès 2027, un sous-marin qui sera produit en 12 exemplaires, non pas à Cherbourg… mais en Australie, à Adelaïde, ce qui va nécessiter un important transfert de compétences technologiques.

Seul le système de combat devrait rester d’origine américaine (Raytheon et Lockheed Martin), comme c’est déjà le cas sur les bâtiments Collins équipant actuellement la marine australienne, et le système de propulsion nucléaire devrait être remplacé par… des moteurs diesel ! Nul doute que cela a dû peser dans la balance pour rendre le prix des sous-marins français plus abordable : évalué à 1 milliard d’euros, chaque bâtiment français devrait ainsi revenir à un peu plus de 600 millions aux Australiens.

australie contrat d'armement France sous-marins 2016-05-03

Anthony Alberti

A propos de Anthony Alberti

Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratégique, il a été amené à travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matière d'œuvre était constituée de l'argent des épargnants. Peu complaisant à l'égard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il délivre aujourd'hui régulièrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de près ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnêtes citoyens.