« Dans les pays riches où nous vivons, indique le syndicat, nos impôts, une partie de la richesse que l’on produit, servent à déverser des bombes sur des populations civiles. Mais combien d’emplois, d’hôpitaux aurait-on pu créer avec tout cet armement ? Ce sont nos gouvernements qui font la pluie et le beau temps dans le monde. Ces bombardements poussent à l’exode et tuent tous les jours des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants. L’industrie de l’armement se porte bien, et les bénéfices des compagnies pétrolières n’ont jamais cessé d’augmenter. Les travailleurs n’ont rien à gagner dans ces guerres. Pendant que les capitalistes s’enrichissent, les travailleurs eux, s’appauvrissent ou meurent. Et quand ce n’est pas les bombes, c’est la misère qui pousse les hommes à émigrer. Quant Bolloré, Bouygues, Orange ou Areva prennent un marché en Afrique, on pourrait penser qu’ils amènent des emplois et des richesses. Mais c’est comme en France, le travail s’accompagnant aussi d’un nombre grandissant de chômeurs. Comme en France, mais en pire, parce que les richesses ne restent pas sur le continent africain. Alors il ne faut pas s’étonner de voir des pauvres essayer d’aller là où vont ces richesses... »

Ensemble, on sera plus forts pour lui arracher ce qu’il nous a pris.

Michel Peyret


CGT-PSA Mulhouse

Solidarité ouvrière avec les migrants : « C’est le patron qui n’est pas notre frère »

Publié le 24 septembre 2015, Révolution Permanente

Nous reproduisons ici ce tract de la CGT PSA-Mulhouse, exemple de la solidarité ouvrière avec les migrants dont nous avons besoin aujourd’hui.

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Dans l’histoire du mouvement ouvrier, les travailleurs ont toujours été des migrants, ou des réfugiés.

Toujours cherchant du travail, ou chassés par les guerres ou les expropriations. Et cela, bien avant les conflits au Moyen-Orient.

En Angleterre, avec la révolution industrielle au 19e siècle les paysans pauvres ont été dépossédés de leurs terres par des grands propriétaires fonciers. Ils ont été chassés vers les villes, sans aucun moyen de vivre, pourchassés par la police. Il y avait des lois contre le vagabondage, pouvant aller jusqu’à la pendaison. Ils furent des centaines de milliers à être entassés dans des bidonvilles autour de Londres, Manchester, Liverpool. Dans les usines, ils travaillaient jusqu’à 18h par jour ; enfants, femmes : tout le monde était logé à la même enseigne. On ne vivait pas longtemps à cette époque en Europe, épuisés par le travail, comme aujourd’hui dans le Tiers-Monde. Au 19e siècle, 60 millions d’irlandais, de suédois ou d’allemands ont émigré en Amérique.

En France, ce sont de véritables armées de travailleurs, qui ont migré entre les régions, pour servir de main d’œuvre aux grands patrons de la sidérurgie, des mines ou du textile. Certains traversaient la France pour aller dans le Nord, d’autres au Centre, etc... Toujours fuir la misère, pour un peu plus de pain.

En France, il y avait des centaines de milliers de migrants : bretons, auvergnats, etc, mais il y avait aussi des étrangers. Ils n’étaient pas syriens, mais belges ou allemands par exemple. Mais leur situation n’était pas plus enviable.

Et quand ce n’était pas pour chercher du pain, c’était pour fuir la guerre.

En Alsace au 19e siècle, après la guerre et l’annexion par l’Allemagne, des dizaines de milliers d’alsaciens ont émigré vers la France intérieure. Il y en a d’autres qui furent colons en Algérie, ou en Amérique. Et d’autres sont allés plus à l’Est, jusqu’en Russie. Et toujours avec l’espoir de vivre mieux.

Au 20e siècle, les guerres mondiales se succédant, il y eut des dizaines de millions de morts, des déportés, des réfugiés par millions dans le monde, partout en Europe aussi. Il y a 25 ans c’était le conflit en ex-Yougoslavie avec ses réfugiés par dizaines de milliers.

Des générations d’européens connurent ce qui se passe actuellement dans les pays en guerre.

La guerre ne se fait pas seulement avec des bombes, mais d’abord à coup de capitaux. Les conflits entre nations, sont d’abord des conflits entre groupes capitalistes concurrents. Ces grands groupes comme par exemple ceux du pétrole (Total, Elf, Shell, BP, Texaco), sont liés aux Etats. Et ce sont ces conflits entre grands groupes, leur appétit toujours plus grandissant, qui poussent des nations à nous conduire dans des guerres comme au Moyen-Orient.

Dans les pays riches où nous vivons, nos impôts, une partie de la richesse que l’on produit, servent à déverser des bombes sur des populations civiles. Mais combien d’emplois, d’hôpitaux aurait-on pu créer avec tout cet armement ?

Ce sont nos gouvernements qui font la pluie et le beau temps dans le monde. Ces bombardements poussent à l’exode et tuent tous les jours des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants. L’industrie de l’armement se porte bien, et les bénéfices des compagnies pétrolières n’ont jamais cessé d’augmenter. Les travailleurs n’ont rien à gagner dans ces guerres. Pendant que les capitalistes s’enrichissent, les travailleurs eux, s’appauvrissent ou meurent.

Et quand ce n’est pas les bombes, c’est la misère qui pousse les hommes à émigrer. Quant Bolloré, Bouygues, Orange ou Areva prennent un marché en Afrique, on pourrait penser qu’ils amènent des emplois et des richesses. Mais c’est comme en France, le travail s’accompagnant aussi d’un nombre grandissant de chômeurs. Comme en France, mais en pire, parce que les richesses ne restent pas sur le continent africain. Alors il ne faut pas s’étonner de voir des pauvres essayer d’aller là où vont ces richesses.

Ce ne sont ni les travailleurs, ni les pauvres qui sont responsables du chômage ou des guerres. Ce n’est donc pas à nous d’en payer le prix.

Ce sont ceux qui dirigent la société, les milliardaires avec à leur solde les gouvernements, qui sont responsables du sort de centaines de millions de chômeurs, de pauvres, et de réfugiés à travers le monde.

Plutôt que de créer des emplois, ou de construire des logements, ils ont préféré par exemple rembourser ce qu’ont perdu les financiers durant la crise en 2008. Ce sont des centaines de milliards qui sont allés dans les poches des patrons, des banquiers. Et tout cela au détriment des populations d’ici ou d’ailleurs, de France, de Grèce ou d’Afrique.

La crise touche toute la planète. Les syriens, les africains émigrent. Mais pas qu’eux : les grecs, les espagnols fuient aussi le chômage. Les français aussi : à Londres il y a plus de 300 000 français. Et combien de français traversent la frontière tous les jours pour aller travailler en Suisse et en Allemagne ?

Que l’on soit français, étrangers, nous avons en face de nous les mêmes exploiteurs.

Les patrons, même s’ils se font concurrence, savent être solidaires pour défendre leurs intérêts. Pour nous attaquer sur nos conditions de travail, sur nos salaires ou nos droits, ils savent se mettre d’accord.

Et bien en tant que travailleurs, nous avons tous les mêmes intérêts. Nous sommes dans le groupe PSA, plus de 30 nationalités. A certaines époques le patron a même envoyé des rabatteurs au Maghreb ou ailleurs, pour chercher de la main d’œuvre pas chère et acceptant les boulots les plus durs. On a fabriqué les voitures ensemble, on a enrichi la famille Peugeot ensemble.

Et ce sont ensemble que les ouvriers à PSA se sont battus pour des augmentations de salaire ou contre les licenciements (en 1982, 84, 89, 2005, 2007, 2013).

Les patrons ont toujours essayé de nous diviser pour nous affaiblir. Regardez comment un préfet du Pas-de-Calais parlait des mineurs polonais en 1929, durant la crise : « ils vivent en groupe, n’ont que peu ou pas de rapports avec nos ressortissants, encouragés en cela par leur ministre du culte... quelle est l’aptitude de l’immigrant polonais à s’assimiler ? La réponse est nette : aucune !  ». Aujourd’hui, on entend les mêmes conneries.

Mais parce que l’on vit tous ici, tous ensemble, que l’on bosse ensemble, nous avons mené et nous mènerons des luttes ensemble. Et plus nous serons nombreux, plus nous serons forts et en capacité de nous faire respecter par le patron.

Alors oui, la société est divisée. Il y a d’un côté les travailleurs, de l’autre les patrons. Tous les jours les patrons nous rendent la vie de plus en plus difficile, ils font la guerre à l’emploi, à nos salaires, à nos vies. Nous sommes dans deux camps distincts, avec des intérêts différents. Et c’est pour cela que la CGT est du côté de tous les travailleurs, de tous les pauvres, et quel que soit leur pays d’origine, ou le pays où ils vivent.

Tavares et la famille Peugeot voudraient qu’on se fasse concurrence entre usines : De Trnava à Vigo, de Sochaux à rennes, de Mulhouse à Poissy. Nous travaillons pour le même patron, mais il faudrait que l’on se fasse tout de même concurrence ! Qu’est-ce qu’on y gagne, nous ? On travaille plus, et nos salaires sont bloqués, que ce soit à Trnava ou ici. Partout où les ouvriers travaillent, le patron s’enrichit.

Ce n’est pas l’ouvrier à Vigo, Trnava ou Wuhan qui nous vole, mais notre patron. En espagnol, en slovaque, en chinois ou en français, un voleur reste un voleur...

Ensemble, on sera plus forts pour lui arracher ce qu’il nous a pris.