« Quand on parle des passeurs, nous dit l'article, c’est un peu comme avec les dealers, il faut préciser de qui on parle. Ceux qui sont relativement les plus visibles, constituent les derniers maillons de la chaîne, le menu fretin de réseaux internationaux dont les grands patrons sont inaccessibles et qui arrosent les flics, les soldats, les fonctionnaires et les gouvernants adéquats. Ces multinationales du trafic de migrants sont aussi bien organisées et réactives que celles de la drogue, de l’industrie ou du transport. Seule la nature de la marchandise ou de la prestation change. Dans l’échelle de l’infamie et de la nocivité, le trafic de migrants est horrible, mais est-il le pire ? Est-ce plus moral qu’un VRP de luxe comme Hollande aille dans le Golfe vendre des Rafale à des individus qui financent en douce des réseaux terroristes, oppriment atrocement les femmes, recourent abondamment à la peine de mort par décapitation et qui surexploitent leurs immigrés dans des chantiers monstrueux qui rapportent gros aux entreprises françaises ? »

Un débat ouvert, et intéressant...

Michel Peyret


Journal de notre bord – 28 mai 2015

José Chatroussat (Samuel Holder)

Lettre n° 165 (le 28 mai 2015)

La chasse aux migrants est ouverte depuis longtemps mais elle s’intensifie. C’est une chasse qui rapporte gros aux petits et grands bénéficiaires d’un monde où l’argent exerce sa dictature dans tous les domaines. Tout se vend, les armes françaises aux régimes du Golfe les plus barbares et réactionnaires, les centrales nucléaires, les pesticides, les drogues, les œuvres d’art, les ordinateurs, le corps des femmes par les réseaux de prostitution, par la mode et par la publicité, et d’une manière générale la force de travail à un coût de moins en moins onéreux pour les capitalistes du monde entier. Le transfert de migrants en Europe est un commerce parmi d’autres, et il est de plus en plus lucratif.

Les dirigeants de l’Union européenne et les gouvernements européens sont très mal placés pour montrer du doigt les passeurs qui gagnent de l’argent sur le dos des migrants.

Par les pillages des multinationales qu’ils facilitent et par les guerres qu’ils mènent ou ont menées, par leur soutien passé ou présent aux dictateurs corrompus, ils ont créé une situation épouvantable au Moyen-Orient, au Maghreb et dans l’Afrique subsaharienne. Cette situation est favorable à leurs intérêts.

Les négriers ont toujours eu besoin de la collaboration d’intermédiaires, de rois nègres et de gens à leur service pour faire prospérer leur commerce d’esclaves. Les passeurs actuels fournissent une partie de la main d’œuvre dont les capitalistes européens ont besoin. L’autre partie ne leur rapporte rien. Elle peut donc aller se noyer par milliers au fond de la mer sans troubler le sommeil de Jean-Claude Junker, François Hollande, Angela Merkel ou David Cameron.

Quand on parle des passeurs, c’est un peu comme avec les dealers, il faut préciser de qui on parle. Ceux qui sont relativement les plus visibles, constituent les derniers maillons de la chaîne, le menu fretin de réseaux internationaux dont les grands patrons sont inaccessibles et qui arrosent les flics, les soldats, les fonctionnaires et les gouvernants adéquats. Ces multinationales du trafic de migrants sont aussi bien organisées et réactives que celles de la drogue, de l’industrie ou du transport. Seule la nature de la marchandise ou de la prestation change. Dans l’échelle de l’infamie et de la nocivité, le trafic de migrants est horrible, mais est-il le pire ? Est-ce plus moral qu’un VRP de luxe comme Hollande aille dans le Golfe vendre des Rafale à des individus qui financent en douce des réseaux terroristes, oppriment atrocement les femmes, recourent abondamment à la peine de mort par décapitation et qui surexploitent leurs immigrés dans des chantiers monstrueux qui rapportent gros aux entreprises françaises ?

Parmi ces immigrés, il y a des milliers de Népalais qui n’ont même pas eu le droit de retourner dans leur pays pour inhumer les membres de leur famille décédés à la suite du séisme le mois dernier. Ajoutons que ces Rafale vont servir aux émirs à bombarder des populations civiles, comme ils le font actuellement au Yémen. Le deuxième bénéfice que tirent les dirigeants et capitalistes européens du flux de migrants est d’ordre politique ; et il est loin d’être négligeable.

Comme certains analystes et journalistes de bonne foi l’ont fait remarquer, le nombre de demandeurs d’asile et même le nombre de candidats à l’immigration est assez faible si on le rapporte au nombre d’habitants en Europe. Mais qu’importe leur nombre, l’essentiel est que les gouvernants et la plupart des politiciens européens puissent en faire leur fond de commerce idéologique pour alimenter leurs populations aigries ou désorientées en drogues morales dures à base de racisme et de xénophobie. Ils obtiennent ainsi, pour l’instant, un consensus ou une large indifférence leur permettant de renforcer les mesures sécuritaires répressives contre les migrants, et si besoin est contre tout le monde.

Avec l’image symbolique d’unité nationale d’un Manuel Valls à la frontière italienne beuglant contre les quotas de réfugiés aux côtés d’un Estrosi, maire UMP de Nice, épanoui, il était clair que Marine Le Pen pouvait rire sous cape, économiser sa salive et engranger les bénéfices politiques plus tard. Car voyez-vous, les dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient leur pays en guerre seraient selon ces gens-là « un fardeau » qu’il faudrait selon les cas, refouler ou « se partager » mais pas trop. Ceux qui peuvent tenir un tel langage sont bien des pantins complètement déshumanisés. Sauf qu’ils exercent le pouvoir ou aspirent à le conquérir. Cela nécessite une contre-offensive vigoureuse, notamment sur le plan des idées, en commençant par dire qu’il n’y a pas « un problème de l’immigration » mais un problème de l’exploitation, de l’oppression et des barbaries engendrées par le capitalisme.

C’est ce qui est patent à l’échelle mondiale, comme on le voit avec le sort réservé aux migrants du Bangladesh et de Birmanie, aux migrants comoriens qui tentent d’atteindre l’île de Mayotte ou aux migrants d’Amérique latine qui veulent franchir la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Si on veut bien aller à l’encontre, non seulement des préjugés réactionnaires, mais aussi d’une perception éplorée mais inefficace, nous devons considérer les migrants, non pas comme des victimes qui nous attristent un instant avant de passer à autre chose, mais pour la plupart comme des alliés dans notre lutte commune, internationale, pour endiguer, briser et finalement éradiquer ce système marchand qui pèse sur l’humanité.

Le courage, l’énergie, le sens de la solidarité, la capacité à s’adapter, à parler deux langues voire plus, ce sont les qualités propres à bien des migrants et aussi à celles et ceux qui les accueillent fraternellement, les aident sur tous les plans à accomplir leur projet de vie qui bénéficiera à leur famille, à leur village ou à leur quartier d’origine. Un seul exemple : si les femmes immigrées n’avaient pas toutes ces qualités et une grande générosité, s’imagine-t-on que bien des familles de la grande et moyenne bourgeoisie parisienne ou londonienne leur confieraient la garde de leurs bébés et de leurs petits enfants ? Ce simple fait nous suggère que nous ne pourrons changer le monde qu’avec des personnes de toutes les origines, portant en elles de telles qualités, ayant franchi bien des frontières et pouvant d’autant mieux comprendre qu’il faut les abolir.

Depuis la dernière lettre, nous avons mis en ligne un article publié dans le numéro de mars du journal « RésisteR ! » et dont nous vous recommandons fortement la lecture :

« Les valeurs de la République ? Non, celle de l’émancipation ! », de même que celle de « Contre l’islamophobie, contre l’islamisme, Pour un universalisme émancipateur » de Leo Picard.

Bien fraternellement à toutes et à tous,

José Chatroussat (Samuel Holder)

Pour recevoir ou ne plus recevoir cette lettre, écrivez-nous :

mél. : Culture.Revolution@free.fr

http://culture.revolution.free.fr/