Avec Marx

24 janvier 2017

Union européenne, la France devient-elle un pays périphérique ?

« L’Union européenne, pense David Cayla, s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande. Son centre de gravité n’a de cesse de se déplacer vers l’Est. C’est flagrant économiquement, tous les pays méditerranéens étant en train de décrocher, sous les effets de la « polarisation » générés par le fonctionnement du Marché unique. La France, si nous n’y prenons garde et si les choses continuent sur cette trajectoire, finira elle-même par devenir un pays périphérique. C’est vrai aussi politiquement, et les représentants de l’Europe de l’Est et du Nord sont de plus en plus présents au sein des institutions communautaires. Quant au « couple franco-allemand », on est en droit de se demander s’il a encore la moindre réalité. Dès 2012, la politiste allemande Ulrike Guerot expliquait que la Pologne était « la nouvelle France pour l’Allemagne ».

Reprenons le texte de l'entretien...

Michel Peyret


Antidote

Le blog politique de David Desgouilles

« L’Union européenne s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande »

Posted on 12 Janvier 2017 by David Desgouilles

Entretien avec Coralie Delaume et David Cayla

Dans le prologue de votre livre, vous dévoilez un secret de fabrication. Le titre de l’essai a été décidé à l’achèvement de vos travaux. Ces derniers vous ont donc convaincus que l’agonie de l’Union européenne est proche ?

Coralie Delaume : Non, mais ils nous ont très largement confirmés dans notre hypothèse initiale. Et si cela n’avait pas suffi, ce qui s’est passé en Belgique alors que nous mettions la touche finale, à savoir la révolte du social-démocrate wallon Paul Magnette contre la signature du traité de libre-échange euro-canadien CETA, aurait achevé de nous convaincre que l’Europe était définitivement entrée en phase d’agonie. Évidemment – et pour tout dire on n’en doutait guère – les Belges ont fini par rentrer dans le rang. Pour autant, on sent que désormais, les départs de flamme peuvent se produire n’importe quand et provenir de n’importe où. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux, moins maîtrisable que les autres, fera s’embraser l’ensemble. Sera-ce une sortie inopinée de l’Italie de la zone euro, ainsi que l’ont prévue tout à la fois Joseph Stiglitz et le patron du célèbre institut économique allemand Ifo ? Ou une victoire du PVV ( Parti pour la liberté) aux législatives néerlandaises de mars 2017 ? Difficile à anticiper. Mais l’épisode « Wallonie contre CETA » n’était pas prévisible non plus.

David Cayla : Quoi qu’il en soit, le « combo » crise grecque de 2015 / vote sur le Brexit de 2016, signe vraiment – ça on le savait déjà avant de prendre la plume – la mise en route d’un processus de désagrégation. Celui-ci commence, pour des raisons qu’on développe dans l’ouvrage, par les périphéries. Périphérie Sud pour la Grèce, car même si elle n’a pas quitté la zone euro, le simple fait que cela ait été envisagé – pas par elle-même d’ailleurs mais surtout par les Allemands – a enfoncé un coin dans le mythe de l’irréversibilité de l’euro. Périphérie Ouest pour la Grande-Bretagne, avec une décision de sortir qui change considérablement les perspectives d’avenir. L’Europe n’avait fait jusque là que s’élargir. Pour la première fois, elle se rétracte. C’est un événement décisif, quoique certains aient pu dire pour en minimiser la portée.

Coralie Delaume : Et puis, la Grande-Bretagne reste la plus vieille démocratie du monde. Le fait qu’elle décide d’assumer pleinement sa souveraineté nationale a valeur d’exemple.

Vous démontrez qu’il est finalement assez facile de désobéir à l’Union européenne, citant notamment le couple Chirac-Schroeder sur les déficits excessifs ou un petit pays comme la Hongrie aujourd’hui. Finalement, n’est-ce pas une solution plus commode que l’activation de l’article 50 que les électeurs britanniques ont décidée ?

Coralie Delaume : Les Britanniques ont fait les choses très proprement. Leur choix a d’ailleurs surpris car n’étant pas ni dans l’euro ni dans Schengen, ayant obtenu des « opt-out » (des dérogations) dans plusieurs domaines, ayant refusé de signer le Pacte budgétaire européen introduisant une règle d’or dans le domaine des finances publiques, ils semblaient avoir une situation très privilégiée au sein de l’Union. Du coup, Hubert Védrine va jusqu’à dire que le vote sur le Brexit de juin 2016 était « un vote absurde ». Nous pensons que c’est minorer deux choses. D’une part l’attachement très fort de la Grande-Bretagne au principe de la « souveraineté parlementaire », qui l’a conduite à envisager l’idée même de supranationalité avec une très grande défiance. Dans les débats préalables au référendum, la question de la soumission du pays à la jurisprudence de la CJUE (la Cour de justice de l’Union), et de la primauté du droit communautaire sur les droits nationaux, a tenu une place importante. Le droit de l’Union, le caractère « quasi-constitutionnel » des traités, la production incessante de jurisprudence par la Cour, sont moins bien connus que les questions économiques. C’est pourtant décisif car ça pose la question même de la démocratie. C’est pourquoi nous y consacrons un chapitre entier dans notre livre. Des trois institutions communautaires supranationales (Commission, Banque centrale européenne, CJUE), la dernière est entourée de la plus épaisse « cape d’invisibilité » selon les mots de sociologue Antoine Vauchez. Nous avons essayé de lever une partie du voile….

David Cayla :  L’Union européenne s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande. Son centre de gravité n’a de cesse de se déplacer vers l’Est. C’est flagrant économiquement, tous les pays méditerranéens étant en train de décrocher, sous les effets de la « polarisation » générés par le fonctionnement du Marché unique. La France, si nous n’y prenons garde et si les choses continuent sur cette trajectoire, finira elle-même par devenir un pays périphérique. C’est vrai aussi politiquement, et les représentants de l’Europe de l’Est et du Nord sont de plus en plus présents au sein des institutions communautaires. Quant au « couple franco-allemand », on est en droit de se demander s’il a encore la moindre réalité. Dès 2012, la politiste allemande Ulrike Guerot expliquait que la Pologne était « la nouvelle France pour l’Allemagne ». Le spécialiste américain de l’Europe Tony Corn explique par ailleurs dans Le Débat : « Pour Berlin comme pour Varsovie, la stratégie non déclarée est de substituer au « Big Three » (Allemagne, France, Angleterre), un « triangle de Weimar » (Allemagne, France, Pologne) dans lequel l’Allemagne serait primus inter pares ». On peut sans doute comprendre, dans ses conditions, que la Grande-Bretagne ait éprouvé le désir de céder à l’appel du grand large…

Selon vous, la prochaine crise de l’euro sera-t-elle fatale à la monnaie unique européenne ? Finalement, cette dernière n’a-t-elle pas montré qu’elle était capable de survivre à la plus grande crise financière depuis quatre-vingts ans ?

David Cayla : La Banque centrale européenne s’est montrée capable d’un grand pragmatisme en plusieurs occasions. Elle a su se prêter à une interprétation hétérodoxe des traités et mener une politique accommodante visant à éviter l’entrée de l’eurozone en déflation. Cela n’a pas manqué d’ailleurs de provoquer des tensions avec les dirigeants allemands de la Bundesbank, qui ont résisté à toute force. La BCE s’est également montrée féroce pendant toute la durée de la crise grecque de janvier à juillet 2015. C’est son action, pour une large part, qui a provoqué la reddition de Tsipras après que les banques hellènes ont été délibérément mises à genoux. Le problème c’est qu’en prenant de sa propre initiative des décisions aussi lourdes, la Banque centrale européenne sort du champ technique et se transforme en acteur politique à part entière. Or une Banque centrale qui n’est soumise à personne (puisqu’elle n’est adossée à aucun État), qui ne rend de comptes à personne….ça pose quand même un problème démocratique majeur. Dans un futur proche et pour répondre à votre question, il est probable que l’efficacité de la politique monétaire finisse par atteindre ses limites. La BCE ne peut pas tout. Les taux d’intérêt sur les dettes souveraines sont en train de remonter, les phénomènes de polarisation conduisent à une divergence de plus en plus grande des trajectoires économiques des pays. Tous les économistes le savent : l’euro en l’état n’est pas viable. Certains, comme Michel Aglietta, proposent des transferts budgétaires massifs. D’autres, comme Olivier Passet, proposent de renégocier les traités. Nous nous attachons pour notre part à démontrer pourquoi il est illusoire d’espérer que de telles solutions soient jamais mises en œuvre….

Constater que la crise des migrants a davantage fait que l’austérité pour précipiter l’agonie de l’Union européenne ne titille pas les essayistes classés à gauche que vous êtes ?

Coralie Delaume : Pourquoi ? Il y aurait des questions politiques classées à gauche comme l’économie, et d’autres classées à droite comme les migrations ? La crise migratoire est une crise majeure qui a joué un rôle de révélateur. Comme nous l’expliquons, elle a montré que le principe intangible de la libre circulation des personnes, l’une des « quatre libertés » garanties par le Marché unique, pose des problèmes auxquels l’Europe n’a pas forcément réfléchi, obnubilée justement par l’objectif de s’intégrer économiquement, et ne voyant dans la circulation sans entrave des hommes qu’une manière de faire circuler le facteur de production « travail ». De plus la crise des migrants a souligné avec une intensité inédite l’incapacité des pays européens à coopérer, alors qu’ils sont engagés depuis plusieurs décennies dans un processus d’intégration supranationale qui génère en lui-même de la divergence et fabrique de la compétition. Il faut dire que cette crise a eu la particularité de se déclencher brutalement et de toucher tous les pays en même temps, alors que les politiques d’austérité sont plus lentes à produire leurs effets, et les produisent de manière très différenciées selon les pays. Il ne faut pas minorer pour autant l’impact de l’austérité et la manière dont celle-ci a contribué à rendre le problème insoluble. Les deux principaux pays d’entrée des flux migratoires sont la Grèce et l’Italie. En somme, il s’agit d’un pays dont l’économie a été volontairement pulvérisée et d’un autre pays, l’Italie, dont la croissance n’a pas bougé d’un pouce depuis 2000, c’est à dire depuis la mise en place de l’euro. C’est à eux qu’on demande prioritairement de faire face. Et on s’attend à ce qu’ils y parviennent ?

Angela Merkel demeure encore très populaire dans son pays malgré la montée de l’AfD et de Pegida. Sa réélection probable n’est-elle pas porteuse du statut quo pour quelques années encore ?

Coralie Delaume : Difficile à dire. D’abord parce qu’il y a d’autres élections importantes en 2017 comme les législatives aux Pays-Bas et la présidentielle française. Dès 2018 se tiendront également les législatives italiennes (si elles n’ont pas lieu en anticipé d’ici-là). L’Allemagne se positionnera forcément par rapport à ce qui se passera dans son voisinage. D’ailleurs, elle peut tout à fait durcir encore ses positions… Sur le plan intérieur, il faut aussi savoir que le parti de la chancelière, la CDU, devra trouver des partenaires de coalition pour former un gouvernement. Or là comme ailleurs, le paysage politique se fragmente. Les alliances seront peut-être difficiles à nouer, la question européenne étant évidemment appelée à jouer un rôle important dans les marchandages entre formations. La Fin de l’Union européenne – Editions Michalon

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Baptiste Fraïsse, Elf et son histoire

« Un soir, nous dit Baptiste Fraïsse, alors qu’elle vient d’interroger un ingénieur pétrolier, celui-ci revient subitement dans son bureau avec son doigt devant la bouche : « Il y a des gens d’Elf sur le trottoir, ne sortez pas » griffonne-t-il sur un bout de papier. Suivie dans le métro par de larges épaules, épiée devant chez elle par des voitures aux fausses plaques minéralogiques, menacée de mort, agressée, Eva Joly résiste. Son bureau est cambriolé sans effraction, le micro de son téléphone s’active pendant ses interrogatoires, les papiers mettant en cause André Tarallo disparaissent des armoires de la brigade financière et le procureur général de la République la convoque : « Je tiens de source incontestable que vous êtes entrée dans une zone d’extrême danger. Je vous en prie, ne vous approchez pas des fenêtres » lui dit-il. Les hasards de l’Histoire entrouvrent les coulisses de l’État à l’indocile norvégienne : bienvenue en République bananière... »

Reprenons l'histoire d'Elf...

Michel Peyret


Affaire Elf : le pétrole de la République

Publié Par Baptiste Fraïsse, le 23 janvier 2017 dans Politique

Retour sur l’affaire Elf, une histoire rocambolesque qui a éclaboussé les dirigeants français de tous bords, et qui aurait définitivement dû jeter un voile sombre sur le capitalisme de connivence et la gestion publique des entreprises.

InShar

Par Baptiste Fraïsse.

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Eva Joly, qui a été juge dans l’affaire Elf By: DFID – UK Department for International DevelopmentCC BY 2.0

Dans un interstice impraticable, quelque part entre les mauvais romans à l’eau de rose et les plus sombres nouvelles de Kafka, se trouve l’affaire Elf. « Le plus grand scandale politico-financier de la Vème République » et le « casse du siècle »  sont certainement les qualificatifs les plus employés par les journalistes, les avocats, les juges et les experts financiers qui ont étudié, de près ou de loin, ce dossier aux pages brûlantes.

Oubliez la mesure, vous êtes ici dans les chambres souillées qui ont vu naître les liaisons dangereuses entre l’État et les intérêts financiers : cent mille pages d’instruction écrites à l’acide, des milliards de francs évaporés, huit morts suspectes1, des guerres civiles africaines pilotées2 et presque dix ans de procédure. Des histoires d’amour, des valises de dollars, des trahisons et des jeux de pouvoir : l’entreprise publique Elf extrayait du pétrole mais son sillage sentait le soufre.

Retour sur une affaire tentaculaire et une histoire rocambolesque qui a animé la fin des années 1990, éclaboussé les dirigeants français de tous bords, et qui aurait définitivement dû jeter un voile sombre sur le capitalisme de connivence et la gestion publique des entreprises.

Les débuts de Elf, après-guerre

Elf naît officiellement en 1958 sous l’impulsion du Général de Gaulle qui veut doter la France d’un bras pétrolier, capable d’assurer l’indépendance du pays et de concurrencer les anglo-saxons.

Mais dans l’esprit des citoyens, ce n’est qu’en 1967 qu’Elf s’impose avec fracas lors d’une opération de communication éclair, à la mesure de ses futurs excès : l’attaque des ronds rouges. Durant plusieurs semaines, les panneaux publicitaires du pays sont occupés par des annonces mystérieuses, qui tiennent les français en haleine : « les ronds rouges arrivent ! ». La nuit du 27 avril, les murs de Paris et des grandes villes de province sont littéralement recouverts de cercles rouges, le premier logo de la marque. En quelques heures, 4500 stations-services sont repeintes aux couleurs de la nouvelle compagnie3.

En se réveillant, les Français apprennent que les différents acteurs pétroliers du pays ont fusionné en un géant, au nom sélectionné parmi 8 253 000 combinaisons : Elf. Seule la Compagnie Française du Pétrole, qui accouchera de Total, est tenue à l’écart. Le gouvernement l’estime trop proche des intérêts des actionnaires.

Le premier président du groupe, Pierre Guillaumat, obéit fidèlement au président de Gaulle. Cet ancien élément des services de renseignement sculpte Elf comme un Janus bifrons : costume blanc et nœud papillon rouge pour le personnel de ses stations-services, camions d’armes et valises de dollars pour les Igbos qui veulent se séparer du Nigéria4. Aidé par ses anciens collaborateurs, il dote la compagnie d’un gigantesque réseau d’influence et de renseignement sans frontière5.

L’entreprise ne se contente plus de raffiner du pétrole : elle est un instrument de pouvoir au service de l’État. Peu à peu, les pays africains et sud-américains suffoquent sous le sarcophage politique, diplomatique et économique d’Elf, qui devient la première entreprise de France et que l’on surnomme alors en interne « la pompe Afrique ».

Elf sous Mitterrand

En 1989, François Mitterrand doit nommer le nouveau président d’Elf. Le poste fait saliver mais dans l’aristocratie républicaine l’usage veut qu’il revienne à un ingénieur du Corps des Mines. Pourtant, Loïk Le Floch-Prigent en a décidé autrement : le directeur général de Rhône-Poulenc est proche du président de la République et il se présente volontiers comme l’opportunité d’un nouveau souffle pour le groupe pétrolier.

C’est son célèbre bras droit Alfred Sirven qui fera définitivement pencher la balance en sa faveur, au terme de son tout premier coup monté pour Elf. Secrètement, il promet un emploi fictif et de colossales sommes d’argent à la sulfureuse Christine Deviers-Joncour, la maîtresse du ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, si elle convainc celui-ci d’appuyer la candidature de Loïk Le Floch-Prigent auprès de François Mitterrand. La modeste fille d’instituteurs périgourdins qui s’était liée par hasard au ministre dans le bouillonnement des nuits parisiennes signe le pacte de Méphisto6 et devient la Mata Hari des années fric.

Opération réussie : conseillé par Roland Dumas, François Mitterrand nomme Loïk Le Floch-Prigent président directeur général d’Elf. Toujours dans l’ombre, Alfred Sirven devient vice-président et découvre son nouveau collaborateur : l’indétrônable « monsieur Afrique », l’homme au bras long, l’énarque André Tarallo. Pendant près de cinq ans, le trio va méticuleusement siphonner les fonds publics du groupe, multiplier les caisses noires, les montages financiers opaques et les circuits parallèles. Amis, partis politiques, femmes, hauts fonctionnaires et maîtresses : les milliards s’évaporent dans des réseaux tentaculaires. Elf devient la pompe de la République.

1989-1993 : forages en eau profonde

Depuis le dernier étage de la tour Elf à La Défense, Loïk Le Floch-Prigent n’oublie pas son épouse Fatima Belaïd. Il lui confie les rênes de la fondation humanitaire, émanation de la compagnie, et le couple mène grand train aux frais du contribuable.

Alfred Sirven s’occupe personnellement de faire disparaître l’argent public nécessaire aux caprices de Madame Le Floch : changer la moquette de tous ses bureaux, rouler en limousine, voyager en Falcon 900, s’habiller avenue Montaigne ou vivre à Londres7. Le couple insatiable découvre, enivré, une culture ancienne chez les cadres dirigeants des grandes entreprises publiques : l’abus de biens sociaux.

De cette culture de barbouze, André Tarallo et Alfred Sirven font une méthode : ils élaborent un complexe système financier offshore qui accueille les montants phénoménaux encaissés par Elf sous forme de rétro commissions dans les nombreux marchés qui l’engagent. La création de De Gaulle est une gigantesque baignoire percée par la corruption et maintenue pleine à ras bord par de grandes rasades d’eau trouble.

L’affaire Elf est si démesurée qu’aucun juge n’a jamais pu l’appréhender entièrement. Tous ceux qui ont tenté de s’y atêter l’ont abordée sous un prisme différent ou n’ont étudié qu’un volet du dossier. L’affaire Clearstream, l’affaire Dumas, l’affaire Bidermann, les frégates de Taïwan, la guerre du Biafra, la guerre civile du Congo en 1997, le financement des partis politiques ou encore l’affaire des raffineries de Leuna ont tous un point commun : l’argent et les hommes d’Elf.

Le successeur de Loïk Le Floch-Prigent et dernier président directeur général du groupe, Philippe Jaffré, reconnait en 2000 que la direction a détourné, entre 1989 et 1993, plusieurs dizaines de milliards de francs de fonds publics8.

L’un des chapitres les plus sombres des aventures d’Elf reste cependant celui des frégates de Taïwan. En 1989, les deux entreprises publiques d’armement DCNS et Thomson-CSF (futur Thalès) négocient avec Taïwan un contrat faramineux : six navires de guerre, des missiles Matra et 60 mirages 2000 de Dassault pour un montant global de 16 milliards de francs9.

Pour l’emporter face aux entreprises coréennes et allemandes, Thomson décide de faire appel aux puissants réseaux d’Elf. Alfred Sirven, méthodique et expérimenté, tisse trois toiles parallèles pour lier Paris à Taipei. Les deux premières, constituées d’intermédiaires influents et animées par des affairistes au long carnet d’adresses, ont pour principal objectif d’amadouer les dirigeants taïwanais. Loïk Le Floch-Prigent y injecte plus de 500 millions de dollars, que quelques centaines d’intermédiaires se partagent10.

Le troisième réseau, le plus astucieux, doit, quant à lui régler un grave problème interne : le ministre des Affaires étrangères Roland Dumas s’oppose à la vente des frégates à Taïwan car il veut préserver ses relations diplomatiques avec la Chine, ennemi juré de Formose. Pour apprivoiser Dumas, Alfred Sirven recontacte Christine Deviers-Joncour et distribue les caramels : un emploi fictif rémunéré 42 000 francs par mois, un luxueux appartement de 320 m² rue de Lille estimé à 17 millions de francs, la carte American Express de l’entreprise avec crédit illimité et une colossale commission de 59 millions11.

En échange, elle accepte d’utiliser sa relation intime avec le ministre pour l’influencer. Elle cache ses activités de lobbying et de trafic d’influence, et ne laisse aux fonctionnaires du Quai d’Orsay que le souvenir de ses longues jambes d’ancien modèle. Dans l’intimité du couple c’est elle qui paie tout : les bottines Berluti, les week-ends à Pékin, les statuettes de Giacometti, les concerts privés de Placido Domingo ; elle puise jusqu’à 200 000 francs par mois sur la carte qu’Alfred Sirven lui a confiée. La baignoire Elf est désormais sans fond.

Le ministre se laisse emporter par le torrent : il accepte la signature du contrat des frégates et envisage même d’épouser sa maîtresse, de 25 ans sa cadette. Goutte d’eau dans l’océan Elf, le directeur financier du groupe reconnaît en 2003 devant le substitut du procureur général, Catherine Champrenault, que 4,8 milliards de francs furent distribués sous forme de commissions pour la vente des frégates, et qu’une importante partie de cet argent est retournée en France sous forme de retro commissions. En clair, le contrat n’est qu’un leurre mis en place par les dirigeants d’Elf, les membres de leurs réseaux, les hommes politiques et les hauts fonctionnaires pour aspirer les fonds de l’entreprise publique.

Avec l’aval de l’Élysée12, Elf engloutissait l’argent des contribuables français à un rythme effréné. André Tarallo se fait construire l’une des plus belles villas de Corse : une demeure pharaonique entourée d’une oliveraie centenaire estimée à 80 millions de francs. Alfred Sirven couvre son épouse de bijoux, restaure un château classé monument historique et y fait planter quatre mille roses13. Entre 1993 et 2003, la Justice française s’est pourtant chargée d’étouffer l’affaire en mettant en scène la chute spectaculaire de quelques figures médiatiques du dossier sans jamais inquiéter les véritables bénéficiaires des sommes titanesques volées par Elf.

Les animaux malades de la peste

Mai 1993 : la juge d’instruction Eva Joly est chargée d’un banal dossier d’abus de pouvoir : le « pape de la sape », Maurice Bidermann, a reçu 800 millions de francs des fonds d’Elf pour renflouer son groupe textile, qui n’est pourtant pas viable et n’a aucun lien avec le pétrole. Loïk le Floch-Prigent est en réalité un vieil ami et il lui fait profiter de l’argent public de l’entreprise.

Mais Eva Joly continue de creuser et découvre que, du jour au lendemain, le PDG d’Elf a mystérieusement quitté Fatima Belaïd sur les conseils de Maurice Bidermann. La juge s’intéresse au cas de la gênante épouse et découvre l’ampleur de ses abus de biens sociaux. Eva Joly la met en examen et, dans son bureau, Fatima Belaïd lui confie sa peur et les menaces quotidiennes dont elle est l’objet depuis son divorce. Intriguée, la magistrate pressent ce qui se trame. Elle comprend que Maurice Bidermann n’est pas une exception et que les bénéficiaires de l’argent d’Elf sont désormais prêts à tout pour défendre leur cagnotte.

Un soir, alors qu’elle vient d’interroger un ingénieur pétrolier, celui-ci revient subitement dans son bureau avec son doigt devant la bouche : « Il y a des gens d’Elf sur le trottoir, ne sortez pas » griffonne-t-il sur un bout de papier. Suivie dans le métro par de larges épaules, épiée devant chez elle par des voitures aux fausses plaques minéralogiques, menacée de mort, agressée, Eva Joly résiste. Son bureau est cambriolé sans effraction, le micro de son téléphone s’active pendant ses interrogatoires, les papiers mettant en cause André Tarallo disparaissent des armoires de la brigade financière et le procureur général de la République la convoque : « Je tiens de source incontestable que vous êtes entrée dans une zone d’extrême danger. Je vous en prie, ne vous approchez pas des fenêtres » lui dit-il14. Les hasards de l’Histoire entrouvrent les coulisses de l’État à l’indocile norvégienne : bienvenue en République bananière.

Un mystère demeure cependant pour la juge d’instruction : le rôle exact joué par Christine Deviers-Joncour. Ce sont des lettres anonymes rédigées par des proches qui abordent la piste de Roland Dumas. Elle le soupçonne alors d’être le réel bénéficiaire des sommes monumentales versées à sa maîtresse. Dix millions de francs d’origine indéterminée sont d’ailleurs découverts sur ses comptes bancaires15 et il est mis en examen dans un fracas médiatique inédit : il doit démissionner de la présidence du Conseil constitutionnel. « La putain de la République », comme tous les médias la surnomment, devient la principale protagoniste du dossier. L’affaire d’État devient un roman et le déferlement médiatique ne s’attarde que sur les détentions provisoires des V.I.P, les détails croustillants de leurs histoires d’amour, les robes de Fatima Belaïd et la fuite aux Philippines d’Alfred Sirven.

Effrayée ? Impuissante ? Dépassée ? Eva Joly dévie mystérieusement de sa trajectoire initiale et suit peu à peu la même route : elle clôt en hâte le volet des frégates au nom des « intérêts supérieurs de l’État » [sic], évoque peu les prises de position d’Elf dans les guerres civiles africaines et réduit l’affaire au dossier Dumas-Deviers-Joncour. Des trois armoires nécessaires pour contenir l’ensemble des papiers relatifs à l’affaire, le tribunal ne retiendra que les chaussures et les statuettes achetées par la maîtresse d’un ministre peu regardant.

Le volet des frégates ne sera jamais jugé, malgré le coup de théâtre de l’avocate Sophie Bottai qui avait déposé les énormes classeurs de ce dossier sur le bureau du juge pendant son élocution au procès Dumas. Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo et Christine Deviers-Joncour sont condamnés à de la prison ferme et Roland Dumas, l’intouchable, est totalement blanchi.

Épilogue de l’affaire Elf

« Si je dis des noms, je ne serai bientôt plus de ce monde »16. La phrase, prononcée en 2001 par le directeur général de la plus grande entreprise française dans le plus grand tribunal correctionnel de Paris, a saisi les auditeurs et plongé la salle dans un profond silence. Les journaux la relaieront peu. L’éléphant a finalement accouché d’une souris, mais l’affaire Elf eu le mérite de nous ouvrir, un instant, les coulisses de la République.

Après le suicide de son époux, Eva Joly quitte la France pour retourner en Norvège, sa collègue Laurence Vichnievsky se met en congé de la magistrature, et les juges Renaud Van Ruymbeke et Jean-Pierre jettent l’éponge. La liste des noms des bénéficiaires des 4,8 milliards distribués dans le cadre de la vente des frégates à Taïwan est habilitée Secret-Défense par Laurent Fabius puis Francis Mer17, une première dans l’Histoire pour un document qui n’est pas militaire.

Ironie du sort : c’est Total, le nain exclu lors de la création d’Elf parce qu’il ne servait pas assez l’intérêt public, qui se paie le géant à terre en 1999. Cachés par l’extrême médiatisation de quelques protagonistes du dossier, les intermédiaires, élus et hauts fonctionnaires, n’ont jamais été inquiétés et continuent de hanter le pouvoir : Nicolas Sarkozy en a fait les frais avec l’affaire Clearstream, ultime réminiscence des frégates.

Enfin, Loïk le Floch-Prigent n’a ni purgé sa peine ni rendu les produits du délit18, André Tarallo n’a jamais payé son amende19, aucun homme politique n’a été condamné, mais Christine Deviers-Joncour et Fatima Belaïd sont toujours pourchassées par le fisc, qui a saisi tous les biens de l’ancienne maîtresse du ministre et lui réclame malgré tout 12 millions d’euros d’arriérés. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. ».

  1. PARINGAUX, Roland-Pierre. Ne jamais fermer ses volets un soir de grand vent. Le Monde Diplomatique, Novembre 2008. http://www.monde-diplomatique.fr/2008/11/PARINGAUX/16449.

    ARDISSON, Thierry. Tout le monde en parle. Interview du juge Jean-Pierre. In INA.fr. INA, 25 Octobre 2003. Disponible à : http://www.ina.fr/video/I09006953.

  2. ABBA, Seidik. Dos Santos reprend la main au Congo-Brazzaville, à la veille de la présidentielle. Le Monde, 17 Mars 2016. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/17/dos-santos-reprend-la-main-au-congo-brazzaville-a-la-veille-de-la-presidentielle_4885053_3212.html.

  3. Service documentation Sud Ouest. Elf Aquitaine : la naissance d’un géant. Sud Ouest, 26 Avril 2011. http://www.sudouest.fr/2011/04/24/27-avril-1967-elf-aquitaine-naissance-d-un-geant-375254-4995.php.

  4. VALDIGUIE, Laurent. L’ancien PDG d’Elf, Philippe Jaffré. Le Parisien, 22 Octobre 2002. http://www.leparisien.fr/faits-divers/l-ancien-pdg-d-elf-philippe-jaffre-22-10-2002-2003507631.php.

  5. Interview de Loïk le Floch-Prigent le 12 décembre 1996 pour l’Express. GATTEGNO, Hervé. L’étrange interpénétration des services d’Elf et de la France. Le Monde, 28 septembre 1997.

  6. DEVIERS-JONCOUR, Christine. La Putain de la République. Calmann-Lévy, 1998.

  7. GAETNER, Gilles. Les emplettes de Le Floch. l’Express, 3 Mars 1996. http://www.lexpress.fr/informations/les-emplettes-de-le-floch_618519.html.

    LASKE, Karl. Un divorce généreux payé par Elf. Libération, 23 Avril 1999. http://www.liberation.fr/societe/1999/04/23/le-floch-prigent-un-divorce-genereux-paye-par-elf-en-1996-son-ex-epouse-a-recu-18-millions-de-francs_271829.

  8. VALDIGUIE, Laurent. Procès Elf : Le Floch-Prigent mis à mal par Jaffré. Le Parisien, 2 Mai 2003. http://www.leparisien.fr/faits-divers/proces-elf-le-floch-prigent-mis-a-mal-par-jaffre-02-05-2003-2004049866.php.

  9. Manipulations, une histoire française. In vimeo.com, 2011. Disponible à : https://vimeo.com/33315974.

  10. GAETENER, Gilles. Affaire des frégates de Taïwan : l’ordonnance du juge Van Ruymbeke. l’Express, 9 octobre 2008. http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.lexpress.fr%2Factualite%2Fsociete%2Fjustice%2Faffaire-des-fregates-de-taiwan-l-ordonnance-du-juge-van-ruymbeke_586906.html.

  11. THORAVAL, Armelle. Quand Roland et Christine menaient grand train. Libération, 25 Décembre 1998. http://www.liberation.fr/evenement/1998/12/25/quand-roland-et-christine-menaient-grand-train-l-affaire-elf-dumas-regorge-d-episodes-cocasses_254301.

  12. LEVEQUE, Thierry. Le Floch-Prigent règle ses comptes. Le Parisien, 16 Janvier 2014. http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/exclusif-le-floch-prigent-regle-ses-comptes-16-01-2014-3500177.php.

  13. CHAIN, Emmanuel. Les milliards d’Elf. Capital, 2001. https://www.youtube.com/watch?v=O8p92lUnXKc.

  14. Les peurs d’Eva Joly. Le Monde, 14 Juin 2003. http://www.lemonde.fr/vous/article/2003/06/14/les-peurs-d-eva-joly_323946_3238.html.

    JOLY, Eva. Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? Arènes, 2003.

  15. RUQUIER, Laurent. On a tout essayé. Interview d’Eva Joly. In Youtube.com, 7 février 2005. https://www.youtube.com/watch?v=3kg6SK3nsC0.

  16. LAGOFF, Arnaud et SCHO, Bernard. Elf : la pompe Afrique, relecture du procès. In Dailymotion.com, 20 Juin 2006. http://www.dailymotion.com/video/x9mza5_elf-la-pompe-afrique-annonce-re-lec_creation.

  17. ROBERT-DIARD, Pascale. Non-lieu : l’affaire des frégates s’éteint sous le sceau du secret-défense. Le Monde, 2 Octobre 2008. http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/10/02/non-lieu-l-affaire-des-fregates-s-eteint-sous-le-sceau-du-secret-defense_1102191_3224.html.

  18. RUQUIER, Laurent. On a tout essayé. Interview d’Eva Joly. In Youtube.com, 7 février 2005. https://www.youtube.com/watch?v=3kg6SK3nsC0.

  19. ROBERT-DIARD, Pascale. Affaire Elf : l’amende impayée d’André Tarallo. Le Monde, 9  Mars 2007. http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/03/09/affaire-elf-l-amende-impayee-d-andre-tarallo_881065_3224.html.   

Patrick Martin, le " grand mensonge " de Trump

"Le «grand mensonge» d'Hitler, pense Patrick Martin, était de tenir les Juifs responsables, et non les capitalistes, des conséquences dévastatrices de la crise qui a produit la Grande Dépression des années 1930. Le «grand mensonge» de Trump propose un bouc émissaire différent pour détourner la colère populaire sur la crise économique qui a éclaté en 2008, mais il est tout aussi faux et réactionnaire. Comme en Allemagne dans les années 1930, la perspective de restaurer la grandeur nationale grâce à l'autarcie économique et à l'expansion militaire mène à la guerre. Le discours de Trump souligne la justesse de la perspective avancée par le Parti de l’égalité socialiste: la croissance du militarisme américain au cours du dernier quart de siècle découle de l'effort de l'élite dirigeante américaine de trouver une solution violente au déclin économique à long terme des États-Unis... »

Reprenons la lecture de la thèse de Patrick Martin...

Michel Peyret


wsws.org

La diatribe fascisante de Trump: En route pour la troisième guerre mondiale

Par Patrick Martin
23 janvier 2017

Le discours prononcé par Donald Trump vendredi lors de son investiture n'a pas de parallèle dans l'histoire américaine. C'était une tirade violente, nationaliste, aux traits distinctement fascistes. Il a proclamé son programme « America First », menaçant les autres pays de conséquences désastreuses s'ils ne se soumettaient pas à ses exigences, à la fois économiques et politiques.

Le discours était tout sauf un «discours d'investiture» dans le sens d'une esquisse des idéaux généraux auxquels l'administration comptait se consacrer, ou d'une tentative de leur donner une signification universelle, aussi lourde, maladroite ou hypocrite qu'elle soit.

Dans quelques cas, notamment ceux du président Abraham Lincoln, ces discours sont devenus des références politiques. À l'époque moderne, Franklin Roosevelt a déclaré, pendant la Grande Dépression, que le peuple américain n'avait «rien à craindre que la peur elle-même».

Le message d'Trump était tout le contraire: « Nous craignons le monde, mais il faut faire en sorte que le monde entier nous craigne ».

Toute conception selon laquelle, une fois qu'il serait effectivement entré en fonctions, un Trump «présidentiel» émergerait a été rapidement dissipée par ses remarques. Il n'avait qu'un ton de voix: le cri de colère. Le discours a donné une secousse, signalant au monde que le nouveau président américain est un mégalomane hors de contrôle.

Contrairement aux présidents américains du 20e siècle, qui se posaient en dirigeants du «monde libre» et laissaient entendre que Washington avait un intérêt dans le développement mondial, Trump traite les pays étrangers d'ennemis économiques, responsables de la crise du capitalisme américain. « Nous devons protéger nos frontières des ravages d'autres pays qui fabriquent nos produits, volent nos entreprises et détruisent nos emplois », a-t-il déclaré.

Trump a remporté les élections dans des États industriels et économiquement sinistrés, dont la Pennsylvanie, l'Ohio, le Michigan et le Wisconsin ; il exploitait cyniquement la dévastation sociale dans les villes industrielles et les zones rurales, offrant une solution réactionnaire et fausse à la crise basée sur le nationalisme économique.

C'était le thème principal de son discours inaugural: «Nous avons enrichi l'industrie étrangère aux dépens de l'industrie américaine ... et dépensé des milliards et des milliards de dollars à l'étranger alors que l'infrastructure américaine tombait en ruines. Nous avons enrichi d'autres pays, tandis que la richesse, la force et la confiance de notre pays se dissipait au-delà de l'horizon ».

Trump a résumé sa perspective chauvine par la phrase: «La richesse de notre classe moyenne a été arrachée de leurs foyers puis redistribuée partout dans le monde». Faux! La richesse produite par les travailleurs a en effet été volée et «redistribuée», mais pas aux étrangers. Elle a été saisie par les capitalistes américains - la petite élite d'aristocrates financiers, y compris Trump lui-même et une grande partie de son cabinet, de milliardaires et multi-millionnaires.

Le «grand mensonge» d'Hitler était de tenir les Juifs responsables, et non les capitalistes, des conséquences dévastatrices de la crise qui a produit la Grande Dépression des années 1930. Le «grand mensonge» de Trump propose un bouc émissaire différent pour détourner la colère populaire sur la crise économique qui a éclaté en 2008, mais il est tout aussi faux et réactionnaire.

Comme en Allemagne dans les années 1930, la perspective de restaurer la grandeur nationale grâce à l'autarcie économique et à l'expansion militaire mène à la guerre. Le discours de Trump souligne la justesse de la perspective avancée par le Parti de l’égalité socialiste: la croissance du militarisme américain au cours du dernier quart de siècle découle de l'effort de l'élite dirigeante américaine de trouver une solution violente au déclin économique à long terme des États-Unis.

Le discours de Trump était criblé de langage tiré du vocabulaire fasciste, avec l'aide sans doute de son principal aide politique, Stephen K. Bannon, ancien chef de Breitbart News, un refuge pour les «nationalistes blancs», c'est-à-dire les suprémacistes blancs, les antisémites et les néonazis.

Le nouveau président a déclaré: «Nous partageons un cœur, un foyer et un destin glorieux». Il a exigé «une allégeance totale aux États-Unis d'Amérique», a salué «les grands hommes et femmes de nos forces armées et de la police», a prôné «une nouvelle fierté nationale», et a conclu que «nous saignons tous le même sang rouge de patriotes».

Sa promesse hystérique de détruire «le terrorisme islamique radical, que nous allons éradiquer de la planète» sera considérée comme une menace, légitimement, par les masses du Moyen-Orient et du monde musulman, soit 1,6 milliard de personnes . Trump a déjà déclaré qu'il faut leut interdire l'entrée aux Etats-Unis.

On considérera le discours de Trump comme une déclaration de guerre non seulement à Pékin, Moscou et Téhéran, mais aussi à Berlin, Paris, Londres et Tokyo. En disant que «c'est le droit de toute nation de défendre ses propres intérêts d’abord », il annonçait le début d'une lutte entre les grandes puissances impérialistes pour les marchés, les matières premières, la main-d'œuvre bon marché, et les positions stratégiques. La logique inexorable de cette lutte mène à la guerre mondiale.

La politique extrême, militariste et nationaliste, de Trump a les implications les plus sinistres pour les droits démocratiques du peuple américain. Il représente une oligarchie financière qui ne tolérera aucune opposition, de l’étranger ou de l’intérieur. L'appel à une forteresse Amérique mobilisée contre le reste du monde, signifie une tentative d'étrangler l'opposition politique.

Le discours de Trump a laissé de côté la rhétorique démocratique traditionnelle dans de pareilles inaugurations. Il n'y a eu ni hommage au processus électoral, ni d'appel aux dizaines de millions de personnes qui n'ont pas voté pour lui, et non plus d'assurances aux opposants que leurs droits seront respectés ou de promesse d'être le président de «tout le peuple». Il n'a même pas dit qu'il avait obtenu que 44 pour cent des voix, presque trois millions de voix de moins que son adversaire démocrate, Hillary Clinton.

Au contraire, Trump a dénoncé «un petit groupe dans la capitale de notre pays», les «politiciens» et «l’establishment», bref tous ceux qui étaient assis autour de lui dans la façade ouest du Capitole : les représentants du Congrès, les sénateurs, les anciens présidents. Il a déclaré qu'ils seraient privés de tout pouvoir parce que «nous transférons le pouvoir de Washington, DC et nous vous le rendons, au peuple». Trump lui-même, bien sûr, doit agir en tant que remplaçant du «peuple».

Il n'y a qu'une seule conclusion politiquement sérieuse à tirer de cette inauguration. Trump cherche à développer un mouvement fascisant américain, offrant un faux ennemi à qui attributer les crimes et les échecs du capitalisme, diabolisant toute personne qui s’opposé à ses politiques en la traitant de déloyale, et en se présentant comme la personnification de la volonté populaire.

Trump a rassemblé un cabinet ministériel de milliardaires, d'idéologues de droite et d'anciens généraux. Trump ira beaucoup plus loin que ce que l'on imagine dans ses guerres, ses atteintes aux droits démocratiques et ses attaques contre les emplois et les conditions de vie des travailleurs.

Le Parti démocrate ne s'opposera pas à Trump. Sa direction est resté impassible devant la diatribe militariste et anti-démocratique de Trump comme s’ils écoutaient un discours politique « normal ». Pendant la période de transition, Obama a encouragé la complaisance à l’égard du nouveau gouvernement, tandis que les démocrates du Congrès promettaient de travailler avec Trump et d'adopter son nationalisme économique réactionnaire.

Les travailleurs vont vivre d’énormes chocs. Quelle que soit la confusion initiale, qu'ils aient voté pour Clinton ou pour Trump, ou qu'ils aient refusé de trancher entre les deux, ils apprendront rapidement que ce gouvernement est leur ennemi. Le capitalisme américain s'est lancé sur la route du désastre. Rien ne l'arrêtera en dehors d'un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 21 janvier 2017)

23 janvier 2017

Etats-Unis, Présidentielle, Trump élu avec 25,80% du corps électoral

« Mobiliser le peuple, faire reculer l'abstention demeure la clé de toute solution progressiste. Ne croyez pas que ces aberrations démocratiques sont seulement possibles aux Etats-Unis. En France aussi les Présidents élus le sont en représentant une minorité du Peuple et c'est encore plus vrai pour les parlementaires. C'est au peuple qu’il faut donner le pouvoir. Il reste sous- représenté dans les études d'opinion, rendu invisible, ignoré, méprisé. C'est lui qu'il faut écouter. C'est de lui dont il faut porter la voix. C'est lui qui doit s'engager dans le débat civique actuel. Il est la clé de tout. Quand on l'oublie la conséquence est brutale... »

Des leçons valables partout...

Michel Peyret


Donald Trump a été élu par une assez petite minorité d'électeurs.

Non seulement le républicain a recueilli moins de voix qu'Hillary Clinton, mais il n'a, par ailleurs, été élu qu'avec les suffrages de 25,80 % du corps électoral (59 millions de voix sur 231 millions d'électeurs potentiels).

Le prochain président a en effet obtenu près de 49 % des voix, mais seuls 54 % des Américains en âge de voter se sont déplacés dans leur bureau de vote. Les données collectées par le NYT montrent par ailleurs que l'idéal type de l'électorat de Trump est très nettement masculin, blanc, assez peu diplômé, âgé de plus de 45 ans, résidant de petites villes ou de la campagne, plutôt chrétien et pessimiste pour l'avenir de son pays. A la question : "quelle est la plus importante qualité qu'un président doit posséder, 83 % des sondés ayant voté pour lui répondent : "il doit pouvoir amener le changement", seuls 8% considèrent que "l'expérience" importe.

Primary trap… ou pourquoi Trump a gagné ?

 

 

Sortons des commentaires convenus sur la défaire de Hillary Clinton et la victoire de Donald Trump. Dans la mesure où ce pays occupe une place centrale dans l’évolution du capitalisme mondial et dispose d’une influence inédite dans l’évolution politique de la planète, il est utile de comprendre les caractéristiques de ce vote, et peut être d’en tirer quelques leçons.

 

1) L'abstention est en hausse (46 %), moins que la moyenne de participation depuis les années 60. Manifestement, selon les premières études, hier, ce sont surtout les milieux populaires et la jeunesse qui se sont abstenus.

 

A cette abstention, il faut ajouter des millions de non inscrits et plus de 6 millions de citoyens qui ont perdus leurs droits civiques en raison de condamnations par la justice qui frappe surtout des jeunes noirs américains de milieux populaires. Sans compter des millions de citoyens non inscrits sur les listes électorales.

 

2) Donald Trump est élu avec moins de voix de Hillary Clinton ! Il obtient 58,97 millions de voix et elle 59,11, soit 200 000 de plus ! Le tout sur un total de 225 millions d'électeurs inscrits. Le vainqueur, qui dirigera désormais la première puissance économique du monde, a non seulement rassemblé moins de voix que son adversaire, mais aussi seulement 26 % des électeurs inscrits. Pour le dire autrement, 74 % des électeurs n'ont pas voté Donald Trump ! Où est la démocratie ?

 

3) Hillary Clinton et le parti Démocrate ont perdu 10 millions de voix. C’est net si l'on compare avec 2008 où Barack Obama avait obtenu 69,45 millions de voix, contre 59, 1 en 2016 pour Clinton ! L'opposant républicain à Obama, M. John Mc Cain avait alors obtenu plus de voix de Trump ( soit 59.9 millions). Idem en 2012, très critiqué, Obama obtenait encore 66 millions de voix et Mitt Romney, son opposant, 60,9 millions (soit également plus que D. Trump).

 

4) Hillary Clinton était la pire candidate face à Trump. Ancienne secrétaire d'Etat du président sortant, assimilée dans l'opinion aux deux mandats de Bill Clinton, elle incarnait physiquement une continuité avec une classe politique que des millions de gens veulent sanctionner. Son parti, le parti Démocrate est de plus en plus rejeté par son électorat. Il a été sèchement battu lors de l'élection au Sénat alors qu'il pensait gagner la majorité. Le problème ne vient pas seulement de la candidate, archétype donc du clan qui verrouille ce parti depuis longtemps : il existe un rejet des partis traditionnels. Par exemple, plus de 5 millions de voix se sont portées sur d'autres candidats ce qui est très élevé par ce pays.

 

5) Bernie Sanders et sa "révolution citoyenne" aurait sans doute gagné. Il arrivait à mobiliser les milieux populaires, les fameux "cols bleus" et la jeunesse qui voulait balayer les représentants de l'Oligarchie. Une autre issue était donc possible. Un sondage de mars dernier montrait que B. Sanders était celui qui battait alors le plus nettement D. Trump. Mais l'étouffoir populaire des Primaires, fait de triches et de coups bas, allié à un système électoral anti-démocratique, ont fait leur sale besogne. C’est le système absurde des Primaires qui a étouffé la candidature de Bernie Sanders, seule à même de mobiliser la jeunesse et les milieux populaires qui n'en peuvent plus des Clinton et des caciques du Parti Démocrate.

 

6) Donald Trump n'a pas gagné véritablement un électorat populaire aux Démocrates et il n'a pas créé un enthousiasme nouveau, ni "une "vague rouge " (comme le dit de journal de France 2 ) des ouvriers en sa faveur sur des thèmes xénophobes. Il a par contre su garder mobiliser un électorat populaire Républicain, très majoritairement blanc, peu diplômé et dans de grandes difficultés, qui s'est trouvé un champion qui leur parlait de leurs difficultés quotidiennes et semblait vouloir "dégager" les responsables. En face, Hillary Clinton a fait fuir ses électeurs tellement elle incarnait un système économique dont les gens ne veulent plus et dont ils constatent les désastres. Le tout dans un océan d'abstention qui frappe surtout les milieux populaires.

 

7) Les médias ont été battus. La "trouille" qu’ils diffusaient de Donald Trump, principal et quasi unique argument du clan Clinton dans leurs meetings et leurs propagandes, n'a pas fonctionné. Ce ressort ne produit plus d’effets pour fabriquer du vote Démocrate. Pourtant, ils ont mis le paquet pour soutenir la candidate directe des milieux d’affaires. Selon Bruno Gaccio, 194 médias sur 207 ont soutenus Mme Clinton ! Le résultat fut sans doute contraire à l’objectif initial. Trump a compris l’intérêt qu’il avait à jouer « l’ogre » détesté de médias qui sont eux mêmes détesté.. par ceux qui les regardent ! C'est également une faillite pour les instituts de sondage, très liés aux différents médias. Ils traduisaient plus un souhait, qu'une réalité. Il ne faut donc jamais forger une stratégie uniquement en fonction de ce que prédisent les sondages.

 

8) Ce vote est un rejet du libre échange et montre la direction du protectionnisme. Certes il s’agit d’un vote pétri de bien de contradictions, porté par un milliardaire fantasque et opportuniste, machiste et xénophobe, mais c’est un vote contre le chômage et contre les Traités de libre échange qui ont laminé l'emploi dans plusieurs Etats. A sa façon et de façon monstrueuse, c’est un rejet du capitalisme sauvage.

 

9) Mobiliser le peuple, faire reculer l'abstention demeure la clé de toute solution progressiste. Ne croyez pas que ces aberrations démocratiques sont seulement possibles aux Etats-Unis. En France aussi les Présidents élus le sont en représentant une minorité du Peuple et c'est encore plus vrai pour les parlementaires.

 

10) C'est au peuple qu’il faut donner le pouvoir. Il reste sous représenté dans les études d'opinion, rendu invisible, ignoré, méprisé. C'est lui qu'il faut écouter. C'est de lui dont il faut porter la voix. C'est lui qui doit s'engager dans le débat civique actuel. Il est la clé de tout. Quand on l'oublie la conséquence est brutale.

Charles Sannat, mais que dit Trump ?

« Supprimer l’Otan, nous dit Charles Sannat, c’est un immense service à rendre aux peuples de la planète et à la paix car l’Otan c’est la guerre, la guerre en Irak, la guerre en Syrie, la guerre en Libye, la guerre en Ukraine… L’Otan est elle-même une organisation de terreur et de vol en bande organisée des ressources de pays tiers à commencer par le pétrole irakien ou libyen.Trump n’est pas notre ennemi direct. Il est le président des États-Unis d’Amérique et il ne s’est jamais caché de son « America first »… mais cet « America first », cette priorité qu’il donne à sa propre nation, s’accompagne d’un changement total de logiciel. Il s’agit de redéfinir les règles de la mondialisation... »

Reprenons les appréciations de Charles Sannat...

Michel Peyret


 

trumpette trompette

A la une, Politique et économie

« Les « trumpettes » du souverainisme ! Trump éreinte l’Europe, l’Otan et Merkel !! »

L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Je dois vous avouer que les europathes mondialistes qui nous dirigent sont totalement isolés. Non seulement ils sont isolés, mais en plus ils sont encerclés ! Encerclés par la Russie d’un côté et les États-Unis de l’autre !

C’est donc un revirement extraordinaire auquel nous assistons actuellement. Alors qu’il y a encore quelques semaines, j’étais le premier, et loin d’être le seul évidemment, à trembler devant le traité de libre-échange transatlantique qui aurait vu déferler les poulets aux hormones et autres joyeusetés qui nous auraient été imposées, nous en sommes rendus au point totalement inverse !!

Trump vient de menacer ni plus ni moins la grande Allemagne de Merkel, la grande mondialiste (qui protège uniquement les intérêts marchands de ses quelques immenses multinationales germaniques pour servir la domination allemande), d’imposer des droits de douane de 35 % à toutes les BMW et Mercedes allemandes qui ne seraient pas produites aux États-Unis… Et ce n’est pas avec la rigueur que la Merkel impose au reste de l’Europe que son industrie vendra ses belles autos !!

« Cinq jours avant son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump a accordé une interview lundi 16 janvier à deux quotidiens conservateurs, l’un britannique (The Times) et l’autre allemand (Bild). »

Des propos « atomiques » !

C’est un festival souverainiste dont vient de nous gratifier Trump, et les mondialistes qui pourrissent le monde viennent d’en prendre pour leur grade.

« 1. L’Otan : «Obsolète»
«J’ai dit il y a longtemps que l’Otan avait des problèmes. En premier lieu qu’elle était obsolète parce qu’elle a été créée il y a des années et des années » et « parce qu’elle ne s’est pas occupée du terrorisme. (…) En deuxième lieu, parce que les pays ne payent pas ce qu’ils devraient.»

2. Le Brexit : «Un succès»
«Regardez l’Union européenne (…) c’est en gros un instrument pour l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle je pense que le Royaume-Uni a eu bien raison d’en sortir», a dit le président élu. «Les peuples, les gens, veulent leur propre identité et les Britanniques voulaient leur identité», a-t-il jugé. «Je pense sincèrement que s’ils n’avaient pas été obligés de prendre tous les réfugiés, avec tous les problèmes qui vont avec, il n’y aurait pas eu de Brexit. Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. Si vous me posez la question, je vous dirai qu’il y a d’autres pays qui sortiront de l’Union européenne.»

Donald Trump a suggéré que les conditions d’entrée des citoyens européens sur le territoire des États-Unis pourraient être durcies. «Nous ne voulons pas que des gens de Syrie viennent chez nous, des gens dont nous ignorons qui ils sont. Je ne veux pas faire comme l’Allemagne.»

3. Angela Merkel : «Une erreur catastrophique»
«Je pense qu’elle a fait une erreur catastrophique, une erreur très sérieuse, de prendre tous ces migrants illégaux.» (…) Selon lui, les conséquences de cette politique d’accueil se sont fait récemment «clairement sentir» – une allusion à l’attentat contre un marché de Noël à Berlin le 19 décembre. «Nous aurions dû mettre en place des zones de sécurité en Syrie. Cela aurait coûté beaucoup moins cher. Et les pays du Golfe auraient dû payer pour ça. Après tout, ils ont plus d’argent que quiconque.»

4. La Russie : «Les sanctions font très mal»
«Voyons si nous pouvons faire de bons accords avec la Russie. Je pense que l’armement nucléaire doit être très sensiblement réduit, ça en fait partie» a dit le président élu, en évoquant la possibilité d’un accord de réduction des armements nucléaires en échange de la levée des sanctions. «Les sanctions font très mal à la Russie mais je pense qu’il peut se produire quelque chose qui sera profitable à beaucoup de gens.»

5. BMW : «35 % de taxes»
«L’Allemagne est un pays génial, un grand pays producteur. Quand on va sur la 5e Avenue, on voit que tout le monde a une Mercedes garée devant chez lui, pas vrai ? Or le fait est que vous (les Allemands) êtes très injustes avec les États-Unis. Combien de Chevrolet avez-vous en Allemagne ? Pas beaucoup, peut-être aucune, dehors on n’en voit pas une seule. Ça doit marcher dans les deux sens. Moi je veux que ça soit juste. (…) Vous pouvez fabriquer des voitures pour les États-Unis mais vous devrez payer 35 % de taxes sur chaque voiture qui entre aux États-Unis». »

Vous pouvez être anti-Trump, mais dans ce cas, vous êtes pro-mondialiste !

Vous devez bien comprendre que l’hystérie anti-Trump vient desservir vos propres intérêts en tant que peuple et nation souveraine.

Autrefois, la politique française était équilibrée, nous savions servir de pont entre les États-Unis et la Russie, nous savions servir de lien entre les pays arabes et Israël, nous avions notre monnaie, nos lois, notre armée, nous n’étions pas inféodés à l’Otan.

Que dit Trump ?

Que les mondialistes ont pourri le monde et l’économie.

Que les sanctions contre les Russes n’ont aucun sens, ce qui est une évidence.

Que le libéralisme et le libre-échangisme c’est d’accord uniquement si c’est équitable, or l’Allemagne et la Chine détruisent volontairement les industries des autres.

Que l’Otan n’est plus une organisation adaptée sinon à la domination du monde par les USA et au chantage. Toutes les guerres depuis 10 ans l’ont été sous le couvert de l’Otan qui est devenu le bras armé non pas des peuples mais du totalitarisme marchand et des multinationales.

Supprimer l’Otan c’est un immense service à rendre aux peuples de la planète et à la paix car l’Otan c’est la guerre, la guerre en Irak, la guerre en Syrie, la guerre en Libye, la guerre en Ukraine… L’Otan est elle-même une organisation de terreur et de vol en bande organisée des ressources de pays tiers à commencer par le pétrole irakien ou libyen.

Trump n’est pas notre ennemi direct. Il est le président des États-Unis d’Amérique et il ne s’est jamais caché de son « America first »… mais cet « America first », cette priorité qu’il donne à sa propre nation, s’accompagne d’un changement total de logiciel.

Il s’agit de redéfinir les règles de la mondialisation.

Non, nous ne finirons pas comme la Corée, et d’ailleurs personne ne le souhaite, mais il existe autant de formes de mondialisation que notre imagination peut en produire ! La mondialisation actuelle n’est en rien une fatalité et rééquilibrer les choses est une évidence, du simple bon sens.

Tous ceux qui hurlent sont en réalité les serviteurs zélés et corrompus d’un système marchand qui nous a asservis.

Ne vous méprenez pas, c’est un combat à mort. C’est une lutte sans merci pour la survie de nos nations.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
Pour m’écrire charles@insolentiae.com
Pour écrire à ma femme helene@insolentiae.com

Vous pouvez également vous abonner à ma lettre mensuelle « STRATÉGIES » qui vous permettra d’aller plus loin et dans laquelle je partage avec vous les solutions concrètes à mettre en œuvre pour vous préparer au monde d’après. Ces solutions sont articulées autour de l’approche PEL – patrimoine, emploi, localisation. L’idée c’est de partager avec vous les moyens et les méthodes pour mettre en place votre résilience personnelle et familiale.

 « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Source La Croix ici 

Trump, manifestations immenses pour dénoncer le programme et le discours

"Plusieurs manifestants le disent : leur message s’adresse surtout à leurs élus, en espérant qu’eux aussi réagiront, résisteront même. Une femme noire américaine de 34 ans ajoute : « Cela va nous donner du courage, de l’énergie, de la foi, de voir que l’on n’est pas seuls. La résistance se poursuit dès lundi, chacun de retour dans nos communautés ».

Reprenons l'article...

Michel Peyret


Etats-Unis: plus d'un million de personnes à la «Marche des femmes» contre Trump

Par RFIPublié le 21-01-2017 Modifié le 22-01-2017 à 02:41

Plus d'un million de manifestants, surtout de femmes, ont défilé dans les grandes villes américaines ce 21 janvier pour dénoncer le programme et le discours de Donald Trump. Dans plusieurs grandes villes de la planète également des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées. Manifestation organisée au lendemain de l'investiture du 45e président des Etats-Unis, cette Marche des femmes sur le National Mall de la capitale fédérale Washington entend contrer les propos machistes que Trump a tenus avant ou durant sa campagne victorieuse.



Des milliers de personnes au National Mall de Washington le 21 janvier 2017.REUTERS/Jonathan Ernst

Déjà le métro bondé et les dizaines de bonnets roses laissaient entrevoir le succès de la marche, relate notre correspondant à Washington, Grégoire Pourtier. Obligée de sortir d’une station bien éloignée du point de départ officiel, la foule colorée s’étant emparée de la rue confirmait ce sentiment. Ce sont des centaines de milliers d’opposants à Donald Trump qui ont convergé samedi vers Washington.

Sur les panneaux, ils revendiquent tous azimuts, témoignant de l’ampleur de l’inquiétude de la population américaine. Il y a la cause des femmes, bien sûr, et notamment le droit à l’avortement, celle aussi des Noirs et des minorités, mais pas seulement. L’environnement, l’homosexualité, les relations avec la Russie et bien d’autres. Les manifestants se mêlent joyeusement, mais sans se faire d’illusion.

Des vedettes étaient présentes, comme le rapporte notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomacico. L'actrice Scarlett Johansson a lancé : « Président Trump, je n'ai pas voté pour vous, mais je respecte votre élection, et je voudrais avoir le coeur de vous soutenir, mais tout d'abord, je souhaite que vous nous souteniez. » Scarlett Johansson promet d'être vigilante, d'autres intervenantes sont plus agressives, comme l'actrice Ashley Judd. Je suis une « sale bonne femme. » La comédienne reprend l'insulte adressée à Hillary Clinton par Donald Trump lors d'un débat et la chanteuse Madonna engage à la résistance. « La révolution commence ici. Et nous n'avons pas peur. »

Plusieurs manifestants le disent : leur message s’adresse surtout à leurs élus, en espérant qu’eux aussi réagiront, résisteront même. Une femme noire américaine de 34 ans ajoute : « Cela va nous donner du courage, de l’énergie, de la foi, de voir que l’on n’est pas seuls. La résistance se poursuit dès lundi, chacun de retour dans nos communautés ».

Comment le président ressent-il cette défiance au premier jour de son mandat ? Vendredi son équipe a interdit aux services de la ville de Washington de continuer à diffuser un message comparant, au désavantage du président Trump, des photos des 2 millions de personnes qui assistaient à la prestation de serment de Barack Obama en 2009.

A Indianapolis, des milliers de personnes devant le siège du Parlement de l'Etat

D'autres manifestations se sont déroulées dans des dizaines de grandes villes américaines. Des manifestations record, comme à Chicago, Seattle, Boston, Austin ou Los Angeles où plus d'un demi-million de personnes ont manifesté.

Indianapolis, la capitale de l'Etat dont fut gouverneur Mike Pence, a accueilli, elle aussi, ce samedi une Marche des femmes. Quelque 6 000 personnes étaient attendues devant le siège du Parlement de l'Etat de l'Indiana.Beaucoup de femmes de toutes générations, rapporte notre envoyée spéciale à Indianapolis, Sylvie Noël. Les plus âgées disent qu’elles ne peuvent pas croire à nouveau se battre pour leurs droits comme dans les années 1960, 1970, beaucoup de jeunes filles qui sont venues en groupes, ou bien avec leur mère, parfois même leurs grands-mères, des familles aussi, avec de jeunes enfants qui ne veulent pas du climat de haine qu’instaure, selon eux, Donald Trump.

Donald Trump et Mike Pence, deux noms omniprésents sur les affiches, à l’exemple de celle disant « Trump et Pence, deux petits hommes faibles qui utilisent la haine et la peur pour diviser ce pays ».

Les hommes ne sont pas absents de cette marche, mais en plus petit nombre. Certains ont de l’humour, comme celui qui arbore cette pancarte : « Un homme qui se sent en sécurité aime les femmes fortes ».

C’est une mobilisation record à l’échelle d’Indianapolis, un message clair adressé à l’ancien gouverneur anti-avortement et anti-mariage gay Mike Pence devenu 

7 000 personnes à Paris

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi en France. A Paris, ils étaient 7 000, selon la police, dont beaucoup de femmes et de ressortissants américains.

Ces portraits de femmes ont été créé par Shepard Fairey, l'artiste auteur de l'affiche «Hope» de Barack Obama en 2008, ici à Paris le 21 janvier.Christophe Carmarans / RFI

Munis de pancartes colorées, dénonçant le mépris de Donald Trump envers les femmes, les manifestants se sont d'abord rassemblés sur le parvis du Trocadéro. Ils ont ensuite déambulé, en musique et dans une ambiance pacifique, jusqu'au Mur pour la Paix, installé au Champ de Mars.

Outre Washington et Paris, plus de 650 rassemblements contre l'arrivée de Donald Trump la veille à la Maison Blanche ont eu lieu ce samedi à travers le monde, notamment à Sydney, Londres, à Berlin ou encore à Rome et à Genève mais aussi à Nairobi ou Tokyo. A Tel Aviv, près d'un millier d'Israéliens, en grande majorité des femmes, ont manifesté près de l'ambassade des Etats-Unis.

A (re)lire : Les anti-Trump veulent se faire entendre au lendemain de l'investiture

 

HERODOTE.NET, Franklin D. Roosevelt, la guerre inaugure le Siècle américain

"Dès 1942, nous dit le texte, le président des États-Unis s'affirme comme le chef de la coalition antiallemande. Le 28 novembre 1943, Roosevelt rencontre Staline à la conférence de Téhéran. Le président est ébranlé et séduit par le dictateur. Il croit pouvoir l'amener à démocratiser son régime et se prend à rêver d'un condominium américano-soviétique sur le monde ! En attendant, il convient avec lui de l'ouverture d'un second front à l'Ouest. Ce sera le débarquement de Normandie. Par-dessus la tête de Churchill, les deux alliés préparent aussi le démembrement de l'Allemagne. Deux mois plus tard, les mêmes hommes se retrouvent à la conférence de Yalta, en Crimée, pour régler le sort de l'Allemagne et du Japon... »

Reprenons la lecture de l'article...

Michel Peyret


Le Siècle américain

Franklin D. Roosevelt

Franklin Delano Roosevelt, président de guerre

• 30 janvier 1882 : naissance de Franklin D. Roosevelt

17 mars 1905 : mariage avec Eleanor Roosevelt

10 août 1921 : attaque de poliomyélite

8 novembre 1932 : élection à la présidence des États-Unis

• 14 août 1941 : la Charte de l'Atlantique

• 14-24 janvier 1943 : conférence de Casablanca

22 novembre 1943 : conférence du Caire

• 28 novembre 1945 : conférence de Téhéran

• 4-11 février 1945 : conférence de Yalta

• 14 février 1945 : le « pacte du Quincy »

• 12 avril 1945 : mort de Roosevelt ; Truman lui succède

Franklin Delano Roosevelt (1882 - 1945)

Président de guerre



Franklin Delano Roosevelt devient en 1933 le 32e président des États-Unis, alors que sévit depuis 1929 la plus grave crise économique de l’époque moderne.

Huit ans après son entrée à la Maison Blanche, le redressement est à peine engagé que l’Europe entre en guerre.

Les États-Unis sont eux-mêmes attaqués par le Japon, allié de l’Allemagne hitlérienne. En première ligne dans la lutte, le président meurt brutalement le 12 avril 1945, dans sa treizième année à la Maison Blanche (un record !), à la veille de la victoire finale.

Son quadruple mandat a installé les États-Unis dans le statut inédit de superpuissance...


Rétrospective sur Franklin Delano Roosevelt (Les Actualités Françaises 1945),  source : INA

Un jeune homme prometteur

Après ses études à Harvard et dans l'école de droit de Columbia, Franklin Roosevelt s'est engagé très tôt en politique. En 1910, il devient sénateur de l'État de New York et en 1913, à seulement 31 ans, entre dans le cabinet du président Wilson comme secrétaire d'État adjoint à la Marine.    

Sa jeune notoriété lui vaut de figurer sur le ticket démocrate en novembre 1920 comme vice-président du candidat James Cox. Mais celui-ci, qui est partisan d'engager les États-Unis dans la Société des Nations, est battu par le candidat républicain Warren Harding, partisan d'un retour à l'isolationnisme. 

Comble de malheur, le 10 août 1921, il est victime d'une première attaque de poliomyélite. La maladie va le priver de l'usage de ses jambes. Il s'en remet très partiellement et surmonte son handicap avec un courage qui lui vaut le respect...

En 1928, grâce à la médiation de son épouse, Roosevelt fait un retour triomphal en politique en se faisant élire gouverneur de l'État de New York. Quand éclate le krach de Wall Street, il organise des opérations de secours à grande échelle et multiplie les innovations sociales et économiques. Aussi suscite-t-il un immense espoir aux élections de 1932 malgré la rudesse de ses opposants, tant dans le camp républicain que dans son propre parti démocrate.

Les élections du 8 novembre lui valent une victoire sans appel avec 57,41% du vote populaire et 472 grands électeurs contre 59 à son rival Hoover.

Discours d'investiture de Franklin Roosevelt le 5 mars 1933 (DR) 

Le « New Deal » (en français Nouvelle donne)

Le nouveau président, qui s'est entouré d'un « Brain trust » (groupe informel de jeunes intellectuels), a préparé sans attendre un ensemble de mesures pragmatiques, destinées à sortir le pays de la crise. C’est le « New Deal » (Nouvelle Donne). Il va les faire voter tambour battant par le Congrès au cours d'une extraordinaire session de cent jours, du 9 mars au 16 juin 1933.

Franklin Roosevelt signe l'Emergency Banking Act (10 mars 1933) sous le regard de son Secrétaire d'État au Trésor William Woodwin (DR)Dès le lendemain de son entrée à la Maison Blanche, il proclame l'état d'urgence (une première en temps de paix) et ferme temporairement les banques. Il interdit les exportations d'or et d'argent puis signe l'Emergency Banking Act, le 10 mars. Trois jours plus tard, 400 banques sont déjà en état de rouvrir leurs portes.

Plus important que tout, il abandonne l'étalon-or le 19 avril 1933 et dévalue le dollar de 40% : pour l'économiste Alfred Sauvy, cette mesure conventionnelle et peu médiatique aura un impact positif sur la reprise économique autrement plus important que toutes les lois du New Deal !

Le 12 mai 1933, l'Agricultural Adjustment Act (AAA) vise à mettre fin à la surproduction (coton, blé, tabac, maïs) et relever les prix agricoles pour soutenir le niveau de vie des fermiers.

Le mois suivant, le 16 juin 1933, l'équivalent se met en place dans l'industrie avec le National Industrial Recovery Act (NIRA) qui tend à réduire les heures de travail dans l'industrie et augmenter les salaires.

Le président Roosevelt debout (adossé à une balustrade) à côté de son épouse EleanorLast but not least, le 5 décembre 1933, le gouvernement fait voter le 21e amendement qui... annule le 18e et met fin à la Prohibition de l'alcool : coup dur pour la grande criminalité.

Roosevelt confie aussi un vaste programme de travaux publics d'un total de 3 500 millions de dollars à l'Emergency Public Works Administration. La réalisation emblématique est l'aménagement hydraulique de la vallée du Tennessee par la Tennessee Valley Authority fondée le 18 mai 1933.

L'année suivante est mise en place une Securities and Exchange Commission chargée de surveiller la validité des transactions boursières. Tout cela va de pair avec un considérable renforcement de l'admistration fédérale, passée de 600 000 à près d'un million de fonctionnaires entre 1933 et 1939.

C'est au moment où les attaques contre le New Deal se font les plus vives que la production industrielle rebondit enfin. Elle retrouve en 1936 90% de son niveau de 1929. Aux élections de novembre 1936, le président démocrate est reconduit avec 60,80% du vote populaire et 523 grands électeurs contre... 8 à son rival républicain Alf Landon !

C'est l'amorce d'une recomposition du paysage politique : le parti démocrate séduit les citadins, intellectuels et ouvriers, mais aussi les noirs du Sud qui commencent à délaisser le parti républicain du président Lincoln.

L'inquiétude

Mais dès l'année suivante, en 1937, l'activité économique rechute très brutalement. C'est que le gouvernement lui-même a cru le moment venu de redresser les comptes publics en réduisant les dépenses et augmentant les impôts ! Il est obligé de faire machine arrière...

Le chômage ne disparaîtra qu'avec la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'État inondera les industriels de commandes en vue d'un réarmement à marches forcées. C'est qu'en attendant, le deuxième mandat de Franklin Roosevelt est tout entier dominé par les menaces internationales.

En octobre 1939, alors que vient d'éclater la Seconde Guerre mondiale, le président fait voter la clause cash and carry : des belligérants peuvent acheter des armes aux États-Unis à condition de les payer comptant et d'en assurer le transport. Cette clause avantage le Royaume-Uni et la France qui, seuls, peuvent envisager de transporter des armes en sécurité dans l'océan Atlantique.

Le président Roosevelt en couverture de Time (29 novembre 1943)Réélu pour un troisième mandat, Roosevelt a dès lors les mains plus libres en matière géopolitique. Il obtient en mars 1941 le vote de la loi « prêt-bail » (Lend-Lease Act) qui facilite les ventes d'armes aux Britanniques et peut les étendre à « tout pays dont le président jugerait la défense essentielle pour la sécurité des États-Unis ».

Alors que le Royaume-Uni de Winston Churchill est encore contraint de lutter seul contre l'Allemagne de Hitler, l'industrie américaine se met toute entière à son service.

Oubliée la récession. Les États-Unis entrent dans une phase d'expansion et de prospérité sans précédent qui va leur assurer la suprématie mondiale pour plusieurs générations.

Roosevelt organise une rencontre avec le Premier ministre Winston Churchill, « quelque part en mer », au large de Terre-Neuve, le 14 août 1941. Les deux hommes s'engagent sur des principes moraux destinés à soutenir l'effort de guerre et préparer le monde futur. C'est la Charte de l'Atlantique, à l'origine de la charte des Nations Unies.

Dès le mois suivant,  la loi « prêt-bail » est étendue à l'URSS de Staline, alliée obligée des démocraties.

En définitive, il faudra rien moins que l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, pour faire basculer l'opinion américaine !

La guerre inaugure le Siècle américain

Dès le lendemain de Pearl Harbor, le 8 décembre, le Congrès déclare la guerre au Japon. Il ne peut faire moins. Mais le 11 décembre, c'est l'Allemagne qui, en soutien de son très lointain « allié » japonais, déclare à son tour la guerre aux États-Unis. Curieuse maladresse de Hitler qui aurait pu se garder de cette provocation... 

L'expansion nipponne est stoppée cependant par la bataille de Midway, du 3 au 6 juin 1942.

Conscient que la plus grande menace est l'Allemagne, Roosevelt décide de donner alors la priorité à la guerre européenne : « Germany first ». Les pilotes américains participent aux raids sur l'Allemagne et l'armée prépare les attaques périphériques sur l'Afrique du Nord. Le tournant décisif est la bataille d'El Alamein, à l'automne 1942. Vient ensuite le débarquement en Sicile en juillet 1943 puis le débarquement de Normandie en juin 1944. Des opérations finalement secondaires par rapport aux batailles de titans que se livrent Allemands et Soviétiques dans les plaines de l'Est, à Stalingrad et Koursk.

Dès 1942, le président des États-Unis s'affirme comme le chef de la coalition antiallemande.

Le 28 novembre 1943, Roosevelt rencontre Staline à la conférence de Téhéran. Le président est ébranlé et séduit par le dictateur. Il croit pouvoir l'amener à démocratiser son régime et se prend à rêver d'un condominium américano-soviétique sur le monde ! En attendant, il convient avec lui de l'ouverture d'un second front à l'Ouest. Ce sera le débarquement de Normandie. Par-dessus la tête de Churchill, les deux alliés préparent aussi le démembrement de l'Allemagne.

Deux mois plus tard, les mêmes hommes se retrouvent à la conférence de Yalta, en Crimée, pour régler le sort de l'Allemagne et du Japon. Sur le retour, le président s'arrête à Suez pour mettre sur pied une alliance avec un autre chef aussi peu recommandable, le roi d'Arabie Ibn Séoud. Ce pacte du Quincy va perdurer jusqu'en ce XXIe siècle.

Épilogue

Franklin Delanoo Roosevelt en 1944Trois mois plus tôt, en novembre 1944, les Américains n'ont pas refusé à Roosevelt un quatrième mandat, malgré un état de santé des plus alarmants. Il a été réélu sans difficulté face au républicain Thomas E. Dewey avec 53,4% du vote populaire. 

L'élément important de l'élection fut le choix du nouveau vice-président, vu qu'il devait être appelé à gouverner à brève échéance. C'est sur un inconnu, Harry S. Truman, que le choix se porte !

L'inéluctable survient : épuisé et malade, Franklin Delano Roosevelt meurt d'une hémorragie cérébrale le 12 avril 1945, à 63 ans, quelques semaines avant le suicide de Hitler et la capitulation de l’Allemagne.


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• 30 janvier 1882 : naissance de Franklin D. Roosevelt



Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2017-01-18 19:35:17

22 janvier 2017

Joseph Kishore, Etats-Unis, la guerre est la question la plus brûlante

« Tout se passe, pense Joseph Kishore, dans le dos de la classe ouvrière américaine et internationale, mené par une clique du renseignement, de l’armée et de l’oligarchie patronale et financière, aidée par des médias de droite corrompus. Tout au long des élections présidentielles américaines de 2016, le World Socialist Web Site et le Parti de l’égalité socialiste ont averti que la question la plus brûlante à laquelle la population mondiale est confrontée, la guerre, n’était pas un sujet de débat pour eux. Les conséquences de l’élection confirment cela. La construction d’un mouvement international de la classe ouvrière contre la guerre impérialiste et le système capitaliste qui engendre la guerre est la tâche politique la plus urgente.. »

Reprenons l'article de Joseph Kishore...

Michel Peyret


Washington parle de guerre contre la Russie

Par Joseph Kishore
16 janvier 2017

Des sections importantes de l’establishment politique américain préparent activement une guerre contre la Russie. C’est la seule conclusion qui puisse être tirée des termes utilisés pour décrire la Russie et le président russe Vladimir Poutine par les républicains et les démocrates de premier plan ces dernières semaines.

« Vladimir Poutine est-il un criminel de guerre ? » a demandé le sénateur Marco Rubio (républicain de Floride) à Rex Tillerson, candidat du président élu Donald Trump au poste de secrétaire d’État [ministre des Affaires étrangères], lors d’une audition au sénat mercredi : « Croyez-vous que Vladimir Poutine et ses potes soient responsables d’avoir ordonné le meurtre d’innombrables dissidents, journalistes et opposants politiques ? »

Tout en répondant que la Russie est une menace significative pour les intérêts américains, Tillerson s’est abstenu de reprendre les termes de Rubio. Cela a incité la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen à exprimer sa consternation que Tillerson soit « peu disposé à être d’accord avec la caractérisation par le sénateur Rubio de Vladimir Poutine comme un criminel de guerre. »

Le même spectacle a eu lieu lors d’une audition du Sénat jeudi pour le candidat au poste de secrétaire à la Défense, le général James Mattis. Le sénateur républicain John McCain, qui a dénoncé le mois dernier Poutine comme un « voyou et un meurtrier » et a qualifié le prétendu piratage des mails du Parti démocrate d'« acte de guerre », a déclaré que les États-Unis seraient « engagés dans un conflit mondial pendant un avenir prévisible […] Le pouvoir dur [autrement dit l’armée] est important, [il faut] l’avoir, menacer de l’utiliser, l’employer comme arme diplomatique et parfois l’utiliser. »

Pendant des décennies, et en particulier depuis un quart de siècle, depuis la dissolution de l’Union soviétique, les médias américains et l’establishment politique ont joué une partition bien éculée avant chaque guerre d’agression. En prévision du bombardement de la Serbie en 1999, Slobodan Milosevic, ancien allié des États-Unis, a été rebaptisé comme la réincarnation d’Adolf Hitler. Alors que les États-Unis se préparaient à envahir et occuper l’Irak, Saddam Hussein, un autre ancien allié du gouvernement américain, est devenu le « Boucher de Bagdad ». En 2011, d’innombrables politiciens et chroniqueurs de la presse américaine et européenne ont fulminé contre le libyen Mouammar Kadhafi, qui fut assassiné avant de pouvoir être traduit en justice pour des accusations de crimes de guerre déposées à la Cour pénale internationale.

Le scenario se termine toujours de la même façon. Les États-Unis ne négocient pas avec les « criminels de guerre », les « bouchers » et les « voyous », ils organisent des opérations de changement de régime, font la guerre et finissent par les tuer. Dans le cas actuel, la cible de l’offensive de propagande est le président d’un pays avec le deuxième plus grand stock d’armes nucléaires au monde. La prochaine étape de l’offensive orchestrée menace d’avoir des conséquences catastrophiques pour le monde entier.

Et que dire du contenu des accusations ? La Russie est un État capitaliste, et Poutine est le représentant de l’oligarchie qui a émergé après la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne. La politique étrangère de Moscou reflète les intérêts de cette classe, y compris au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, où elle cherche à garder ses alliés et ses bases militaires face à l’expansion impitoyable de l’impérialisme américain et européen.

Aucun soutien politique ne peut être accordé par les marxistes et les travailleurs ayant une conscience de classe aux actions du Kremlin en Ukraine et en Syrie, qui sont motivées par les intérêts réactionnaires de l’oligarchie russe. Mais elles sont essentiellement une réponse défensive à la poussée agressive des États-Unis pour supprimer les régimes sympathiques à la Russie, comme l’ancien gouvernement à Kiev et celui de la Syrie actuellement, afin d’isoler, d’affaiblir et finalement démembrer la Russie, éliminant ainsi cet obstacle à l’établissement de l’hégémonie américaine sur le continent eurasien.

Les déclarations des politiciens à Washington, à la fois démocrate et républicain, sont le summum de l’hypocrisie. En Syrie, où la Russie soutient son allié, Bashar al-Assad, les États-Unis ont alimenté la guerre civile depuis plus de cinq ans, en envoyant des armes et de l’argent aux organisations islamistes fondamentalistes hostiles au gouvernement syrien. En Ukraine, où la Russie est dénoncée pour avoir annexé la Crimée (suite à un référendum dans lequel 96 pour cent ont voté pour se séparer de l’Ukraine et rejoindre la Fédération de Russie), les États-Unis ont organisé un coup mené par des forces fascistes d’extrême droite pour évincer un gouvernement pro-russe en 2014.

En ce qui concerne les allégations totalement infondées d’« ingérence » russe dans les élections américaines, elles sont faites par un gouvernement qui a ses mains dans les affaires politiques de tous les autres pays du monde. (En février 2014, il faut s’en rappeler, la secrétaire d’État adjointe des États-Unis, Victoria Nuland, se vantait que Washington avait « investi » 5 milliards de dollars depuis la chute de l’Union soviétique pour constituer des forces pro-américaines en Ukraine).

Les différents responsables qui dirigent la campagne contre la Russie, y compris le président américain sortant Barack Obama, sont tous des criminels à répétition.

Ils ont tous voté et soutenu l’invasion américaine de l’Afghanistan. Depuis plus de 15 ans, les forces d’occupation américaines ont commis des atrocités contre la population civile de ce pays torturé, larguant des bombes et tirant des missiles sur des mariages, des écoles et des hôpitaux.

Jeudi, cachée dans les pages intérieures des journaux tels que le New York Times, et totalement ignorée par d’autres journaux, se trouvait l’information que l’armée américaine en Afghanistan avait publié son rapport truqué sur un bombardement en novembre qui a tué 33 civils dans la province de Kunduz. L’armée a prétendu que le crime de guerre était justifié, car les Talibans « utilisaient des habitations civiles comme des positions de tir ». Il y a un peu plus d’un an, en octobre 2015, l’US Air Force a utilisé des avions gunship AC-130 [canonnières volantes] pour attaquer un hôpital de Médecins Sans Frontières dans cette même province, tuant 42 personnes, dont du personnel médical et des patients. Au début de la guerre en Afghanistan, les États-Unis ont annoncé qu’ils ne respecteraient pas les Conventions de Genève, position sur laquelle ils ne sont jamais revenus.

Mattis, qui a reçu des éloges des démocrates et des républicains lors de son audition pour sa volonté de menacer agressivement la Russie, a supervisé l’assaut de 2004 contre Falloujah, l’un des épisodes les plus sanglants de l’invasion américaine et de l’occupation de l’Irak. Quelques semaines après l’offensive, Mattis a ordonné le bombardement d’une fête de mariage à Mukaradeeb, qui a tué 42 civils, dont beaucoup d’enfants.

Pendant les quinze années de « guerre contre le terrorisme », des centaines de milliers de personnes ont été tuées en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen, en Palestine, en Afghanistan et au Pakistan par des bombes larguées par l’armée américaine ou fabriquées aux États-Unis. Les États-Unis ont mis en place des centres de torture en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays.

Maintenant, la cible est la Russie, et non en raison des violations des droits de l’homme ou des crimes de guerre, mais parce que la Russie est un obstacle aux opérations américaines au Moyen-Orient et en Europe de l’Est. Les agences américaines de renseignement et de l’armée, auxquelles le Congrès, et même la Maison-Blanche, sont subordonnées, ne sont pas satisfaites des résultats de la dissolution de l’Union soviétique en 1991. La chute de l’URSS devait marquer « la fin de l’Histoire » et initier un « nouvel ordre mondial » dans lequel l’impérialisme américain aurait la liberté de poursuivre ses intérêts agressifs partout dans le monde, sans concurrents régionaux importants, et encore moins mondiaux.

Pourtant, chaque guerre que les États-Unis ont lancée s’est terminée par une catastrophe. Aujourd’hui, ils scrutent l’horizon et voient des menaces partout.

Cela inclut non seulement la Russie, mais aussi la Chine. Tout en assurant aux sénateurs leur hostilité envers la Russie, Tillerson et Mattis ont accentué les menaces contre la Chine. Tillerson a déclaré que le nouveau gouvernement chercherait à empêcher l’accès de la Chine aux îles de la mer de Chine méridionale, ce que les médias chinois ont déclaré vendredi comme constitutif d’un acte de guerre.

Combien de millions de personnes la classe dirigeante américaine est-elle prête à sacrifier dans la poursuite de sa marche maniaque pour dominer le monde ? Combien de milliers de milliards de dollars seront dépensés et quels programmes sociaux seront éliminés pour les payer ? Quelles seront les conséquences d’une guerre menée entre les puissances dotées d’armes nucléaires ? Ces questions ne sont jamais posées, et encore moins commentées, par les médias et les politiciens capitalistes.

Tout se passe dans le dos de la classe ouvrière américaine et internationale, mené par une clique du renseignement, de l’armée et de l’oligarchie patronale et financière, aidée par des médias de droite corrompus. Tout au long des élections présidentielles américaines de 2016, le World Socialist Web Site et le Parti de l’égalité socialiste ont averti que la question la plus brûlante à laquelle la population mondiale est confrontée, la guerre, n’était pas un sujet de débat pour eux. Les conséquences de l’élection confirment cela. La construction d’un mouvement international de la classe ouvrière contre la guerre impérialiste et le système capitaliste qui engendre la guerre est la tâche politique la plus urgente.

(Article paru en anglais le 14 janvier 2017)

Margot Kidder, Etats-Unis, vous tuez, et vous tuez et vous tuez...

« Quand j’ai entendu, avoue Margot Kidder , les acclamations à l’armée et les déclarations de puissance sortir des haut-parleurs du Centre Wells Fargo, je vous ai haïs. J’ai haï chacun d’entre vous. J’ai compris au plus profond de moi que ce qu’on m’avait appris enfant était vrai : VOUS êtes l’ennemi. VOUS êtes le pays qu’il faut redouter. VOUS êtes le pays qui doit nous répugner. VOUS êtes ignorant. Et votre cupidité, votre autosatisfaction et votre arrogance ne connaissent pas de bornes. Je ne suis pas américaine ce soir. Je rejette mes ancêtres puritains qui ont débarqué dans ce pays en 1648. Je rejette les paroles que j’ai prononcées lors de ma cérémonie de citoyenneté. Je rejette même chaque instant de découverte passionnante que j’ai vécu dans ce pays... »

Reprenons les « explications » de Margot Kidder...

Michel Peyret


 

L’ennemi commun des peuples. Mes chers compatriotes américains, nous sommes fous!

Par Margot Kidder

Mondialisation.ca, 08 août 2016

informationclearinghouse.info 29 juillet 2016

Margot_Kidder

J’ai regardé, ce soir, la Convention nationale démocratique à la télévision, et j’ai décidé d’essayer d’expliquer, ici, quelque chose qui va provoquer le mépris de beaucoup de mes amis. Mais les mots se bousculent dans ma gorge et mon estomac est tordu de douleur et il faut que je crache ma bile. L’anti-américanisme en moi est sur le point d’exploser, je ne contiens plus ma rage. Moi qui suis, par hérédité, à moitié américaine d’une manière qui me fait « plus » américaine que presque tout le monde dans ce pays, sauf pour les vrais Américains, les Indiens d’Amérique, je refuse absolument, ce soir, d’être américaine, comme vous.

Je suis à moitié canadienne, j’ai été élevée là-bas, avec des valeurs très différentes que celles que vous, Américains, partagez, et ce soir – après les interminables gargarismes, vantardises, et diatribes sur la grandeur du militarisme américain, et l’extase générale devant la force militaire américaine, et les fanfaronnades sur la destruction d’ISIS et sur le fait que l’Amérique est le pays le plus puissant de la terre, et l’histoire grotesque d’une femme dont le fils est mort dans une guerre d’Obama et qui a pleuré de reconnaissance sur l’épaule d’Obama, ce soir, je me sens profondément canadienne. Tous les enseignements subliminaux que j’ai reçus sur les brutes qui vivaient de l’autre côté de la frontière, sur leur grossièreté et leur manque d’éducation et sur le droit qu’ils s’octroyaient de bombarder qui ils voulaient dans le monde simplement parce qu’ils convoitaient ce que les habitants de l’autre pays avaient, et sur leur cupidité, me sont revenus à l’esprit.

Je viens de rentrer d’une marche farouche le long de la rivière Yellowstone, ici, dans le Montana, pour que les montagnes lointaines me reconnectent à un lieu de bonté dans mon âme, mais je n’y suis pas arrivée. Le paysage était aussi magnifique que d’habitude, mais il ne pouvait pas éteindre la rage qui régnait dans mon cœur. La vision de tous les enfants morts en Syrie que Hillary Clinton a contribué à tuer ; les enfants déchiquetés par les bombes en Afghanistan et au Pakistan larguées par les drones d’Obama, l’horrible chaos de Libye, le désert total de l’Irak, la mort et la destruction partout causées par l’intervention militaire américaine. L’Ukraine, le Honduras, le Salvador, le Guatemala, le Chili, et j’en passe – votre pays a bombardé sa vie civile et l’a détruite d’une manière très profonde.

Quand j’ai entendu les acclamations à l’armée et les déclarations de puissance sortir des haut-parleurs du Centre Wells Fargo, je vous ai haïs. J’ai haï chacun d’entre vous. J’ai compris au plus profond de moi que ce qu’on m’avait appris enfant était vrai : VOUS êtes l’ennemi. VOUS êtes le pays qu’il faut redouter. VOUS êtes le pays qui doit nous répugner. VOUS êtes ignorant. Et votre cupidité, votre autosatisfaction et votre arrogance ne connaissent pas de bornes.

Je ne suis pas américaine ce soir. Je rejette mes ancêtres puritains qui ont débarqué dans ce pays en 1648. Je rejette les paroles que j’ai prononcées lors de ma cérémonie de citoyenneté. Je rejette même chaque instant de découverte passionnante que j’ai vécu dans ce pays.

Vous n’avez aucune idée de ce que ça fait aux habitants des autres pays de vous entendre vous vanter et acclamer vos bombes et vos soldats et vos chefs militaires sanguinaires et vos criminels de guerre et votre Commandant en chef dénué de conscience et dégoulinant de sang. Tous ces paroles triomphantes sont perçues par le reste d’entre nous, par nous, qui ne sommes pas Américains, par toutes les cellules de notre corps, comme totalement répugnantes et obscènes.

Et, vous êtes tous là ce soir, collés à vos téléviseurs et vos ordinateurs, vos cœurs gonflés d’orgueil parce que vous appartenez au pays le plus fort de la terre, à acclamer votre Président, le plus grand Assassin de la terre. Complètement inconscients de la répulsion que vous inspirez au monde entier. Vous tuez et vous tuez et vous tuez, et vous continuez d’être fiers de vous.

Nous sommes fous.

Margot Kidder 
29 juillet 2016

Article original en anglais : My Fellow Americans: We Are Fools, Information Clearing House, 29 juillet 2016.

Version française : Le Comité Valmy

Margot Kidder est une actrice et militante du Montana.

La source originale de cet article est informationclearinghouse.info

Copyright © Margot Kidder, informationclearinghouse.info, 2016

David North, Trump et son gouvernement d'oligarques

"Les États-Unis, pense David North, liquideront et surmonteront leurs difficultés et leurs troubles, avant tout au détriment de l’Europe ; peu importe où cela se passera, en Asie, au Canada, en Amérique du Sud, en Australie ou en Europe même ; peu importe que ce soit par la voie “pacifique” ou par des moyens militaires ».Ces mots revêtent de nos jours une priorité considérable, a-t-il dit. Trump, un multimilliardaire, dirige un gouvernement d’oligarques dont ceux qui ont été nommés jusque-là ont amassé collectivement une fortune dépassant 14 milliards de dollars. Ils poursuivront une guerre de classe contre la population laborieuse. Sa nomination de hauts gradés qui sont impliqués dans les crimes commis par l’impérialisme américain au cours de ces dernières trois décennies montre qu’il cherchera sur le plan international à contrer les adversaires économiques des États-Unis en recourant à la force militaire américaine... »

Reprenons le compte-rendu de la conférence de David North...

Michel Peyret


Conférence de David North à Londres sur l’élection de Donald Trump

Par nos correspondants
21 décembre 2016

Une centaine de travailleurs, d’étudiants et de jeunes ont assisté à la conférence donnée samedi à Londres par David North qui est le président du comité de rédaction international du World Socialist Web Site et le secrétaire national du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) des États-Unis.

La conférence de North a traité des causes et des conséquences de la victoire électorale de Donald Trump.

Pour expliquer la présidence de Trump, North a comparé le genre de dirigeants lié à la phase ascendante du capitalisme américain à celui lié à la phase de son déclin historique. Dans une période antérieure, la bourgeoisie américaine avait été à même de produire George Washington, Thomas Jefferson et Abraham Lincoln. « Actuellement », a dit North, « elle produit Trump. »

La conception de la présidence américaine et la manière dont elle est perçue sont fortement déterminés par les personnalités de ceux qui occupent cette fonction, a expliqué North. Il a précisé que Franklin Delano Roosevelt « était considéré par un grand nombre de travailleurs comme l’homme qui avait créé la sécurité sociale. »

North a déclaré que les conséquences de l’élection de Trump « seront considérables ». Il a poursuivi en disant, « Je dis ceci aux jeunes présents dans cette salle : votre vie sera largement dominée par ce qui se passe […] vous n’échapperez pas aux conséquences d’un tel développement historique. »

Trump représente, a-t-il dit, « tout ce qu’il y a de malade, de décadent, de sale, d’arriéré et de stupide dans la vie américaine, mais il n’est pas venu de nulle part. »

Soulignant que Hillary Clinton avait obtenu près de 3 millions de votes de plus que Trump, North a expliqué qu’avant 2000, « lors de toutes les élections du 20e siècle, le candidat ayant obtenu la majorité des votes populaires a toujours remporté l’élection. » La dernière fois où ce ne fut pas le cas avant 2000, c’était en 1888. Et pourtant, la perte du vote populaire par Trump n’a nullement été sujette à débats au sein des démocrates qui au contraire s’en sont pris à Trump depuis la droite – disant que c’est un dupe du président russe Vladimir Poutine.

La seule prise en compte du scandale du piratage présumé des courriels et des affirmations sans preuves des démocrates que la Russie est intervenue dans les élections en faveur de Trump, prouvent que « Trump et la politique sociale et économique réactionnaire qu’il propose ne sont pas un incident de parcours. »

Les problèmes qui sont débattus par les élites dirigeantes, a dit North, sont des conflits qui ont trait à la politique étrangère et aux craintes que Trump, de par sa focalisation sur la Chine, soit prêt à négocier avec Poutine. « Pour la faction de l’élite dirigeante qui a soutenu Hillary Clinton, [la Russie] représente une menace immédiate plus grande. Ou bien, pour dire les choses autrement, la perspective à long terme de venir à bout de la Chine et le danger que représente sa montée en puissance requièrent que les États-Unis règlent d’abord leurs comptes avec les Russes. »

Il est important de répondre aux affirmations, a dit North, selon lesquelles Trump a été porté au pouvoir par d’une vague populaire réactionnaire. Les démocrates avaient organisé leur campagne électorale « en s’appuyant sur un assortiment de questions de mode de vie ou d’identité : identité ethnique, identité sexuelle, identité de genre – et ceci aurait été le fondement d’une coalition. Lors des discussions menées au sein du Parti démocrate, la question a été soulevée à maintes reprises, apparemment, au sujet de la classe ouvrière. Ce fut Bill Clinton qui avait demandé, n’y a-t-il pas un risque de ne pas lancer un appel économique ? Mais la question fut écartée comme n’étant pas pertinente. Assurément, ils ne voulaient pas lancer d’appel aux travailleurs sur une base de classe. »

Les démocrates étaient plutôt « orientés vers une couche plus privilégiée, les 10 pour cent au sommet […] Cette stratégie électorale se retourna contre les démocrates parce que ceux-ci ont tout simplement abandonné d’importantes parties de la classe ouvrière dans les États cruciaux qu’ils ont finalement perdus – le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie et l’Ohio. »

Si ces États avaient été gagnés, Clinton aurait aussi eu une majorité au Collège électoral. Trump fut élu, non pas comme l’affirme la pseudo-gauche, en raison « de l’apparition du privilège blanc », mais parce que le vote des démocrates s’est effondré.

Barack Obama, a poursuivi North, « avait remporté en 2008 une victoire massive dans le vote populaire. Une vaste section de “blancs racistes” étaient allés voter pour le premier président afro-américain et l’ont réélu » parce qu’« ils avaient été attirés par le slogan du “changement auquel on peut croire”. Ils voulaient un changement. C’était à l’époque du crash économique de 2008, qui est lui-même le résultat d’une dégradation économique de longue durée et ils ont voté pour Obama… Rien de cela ne s’est produit. Il est devenu un président qui a servi d’une façon extraordinaire les intérêts de Wall Street. »

North a déclaré que l’élection représentait en fait au sein de la population un virage marqué vers la gauche. Près de 13 millions de gens ont voté pour le sénateur Bernie Sanders lors des primaires des démocrates sur la base de sa prétention à être un « socialiste démocrate » et de ses dénonciations de la « classe des milliardaires ».

Le président du WSWS a fait référence au pronostic que Léon Trotsky avait fait en 1928, un an avant le crash de Wall Street : « En période de crise, l’hégémonie des États-Unis se fera sentir plus complètement, plus ouvertement, plus impitoyablement que durant la période de croissance. Les États-Unis liquideront et surmonteront leurs difficultés et leurs troubles, avant tout au détriment de l’Europe ; peu importe où cela se passera, en Asie, au Canada, en Amérique du Sud, en Australie ou en Europe même ; peu importe que ce soit par la voie “pacifique” ou par des moyens militaires ».

Ces mots revêtent de nos jours une priorité considérable, a-t-il dit. Trump, un multimilliardaire, dirige un gouvernement d’oligarques dont ceux qui ont été nommés jusque-là ont amassé collectivement une fortune dépassant 14 milliards de dollars. Ils poursuivront une guerre de classe contre la population laborieuse. Sa nomination de hauts gradés qui sont impliqués dans les crimes commis par l’impérialisme américain au cours de ces dernières trois décennies montre qu’il cherchera sur le plan international à contrer les adversaires économiques des États-Unis en recourant à la force militaire américaine.

En réponse à une question pour savoir où allait l’Amérique, North a dit que c’était « vers la dictature, la guerre et surtout vers la révolution. »

Il a conclu en disant, « En 1914, les élites dirigeantes ont répondu aux contradictions du capitalisme par la guerre. En 1917, la classe ouvrière a répondu à ces contradictions par une révolution en Russie […] Nous entrons dans une nouvelle période du même caractère mais à une bien plus grande échelle. Notre époque n’est pas simplement une époque de révolution sociale, mais de révolution socialiste mondiale. Quelqu’un peut-il croire que les bouleversements politiques en Amérique ne généreront pas de gigantesques explosions mondiales ? Si l’on réfléchit à la situation, n’y a-t-il pas déjà des parallélismes évidents avec la crise en Grande-Bretagne, la crise en France, la crise qui se développe en Autriche ou en Italie ?

Comme aux États-Unis, nous constatons la croissance d’un énorme mécontentement populaire. La réponse à ces questions ne peut être donné que par la construction d’une direction politique au sein de la classe ouvrière sur la base des conceptions fondamentales du marxisme révolutionnaire comme elles furent développées par Lénine, et surtout par Trotsky. Nous estimons que l’émergence de la classe ouvrière est inévitable. Elle discernera les motivations des Trump, des promoteurs du nationalisme ici en Grande-Bretagne et des Le Pen en France. L’escroquerie et la faillite de ces programmes seront très rapidement exposés au grand jour. »

Le Socialist Equality Party et le Comité international de la Quatrième Internationale doit, a-t-il souligné, « se tourner vers la classe ouvrière et vers les sections avancées des jeunes. Nous devons fournir une alternative socialiste. »

La conférence de North a été accueillie par des applaudissements nourris et enthousiastes. Lors d’une séance de questions-réponses, des membres de l’auditoire posèrent à North des questions concernant la composition de la classe ouvrière aujourd’hui, le système du Collège électoral américain, le scandale du piratage des courriels de Clinton et les implications de la politique anti-Chine de Trump.

Les livres vendus ont représenté plus de 300 livres sterling, dont des copies des propres écrits de North. Une collecte destinée à rassembler un fonds de développement de 100 000 livres sterling pour le Socialist Equality Party a recueilli près de 4500 livres sterling.

(Article original paru le 19 décembre 2016)