Avec Marx

25 juillet 2017

Philippe Corcuff, sociologue et philosophe, propose des réflexions originales

"Philippe Corcuff, nous dit l'article, se réfère de manière fidèle à Proudhon, le théoricien des mutuelles et des coopératives comme moyen de changement social. Dans ce sens, son adhésion à la Fédération anarchiste semble logique. Ce groupuscule refuse le clivage entre réforme et révolution. Dans un texte sur les convergences concrètes avec les anarchistes, les positions avancées ont séduit Philippe Corcuff. Selon les anarchistes, le changement ne vient pas uniquement des luttes sociales, de leur généralisation, de leurs coordinations, de leurs nouvelles formes d’organisation. Non, le changement doit venir des Amap, des Sel, des Scop, des potagers et autres boutiques autogérées. Ces alternatives doivent se propager pour, progressivement, accoucher d’une société anarchiste.Ces expériences concrètes sont sans doute sympathiques, mais sont rapidement récupérées et institutionnalisées. L’économie sociale et solidaire montre que ces alternatives sont devenues un secteur florissant de l’économie capitaliste. Surtout, les entreprises autogérées relèvent au mieux de la débrouille. Les problèmes de précarité, de logement, de conditions de travail et de vie ne peuvent pas se résoudre uniquement avec des paniers bios..."

Reprenons la lecture de l'article qui reflète la diversité de la pensée de Philippe Corcuff...

Michel Peyret


Philippe Corcuff, sociologue anarchiste

Publié le 12 Décembre 2015

Philippe Corcuff, sociologue anarchiste

Le sociologue Philippe Corcuff entend dépoussiérer la pensée libertaire. Sa réflexion se rapproche pourtant de l'anarchisme traditionnel.

La pensée libertaire semble s’enfermer dans le ronronnement de la routine militante. C’est surtout l’impuissance qui caractérise le mouvement anarchiste dans ce début de XXIe siècle, malgré les révoltes dans les pays arabes ou le mouvement Occupy qui incarnent de nouvelles formes de lutte. Philippe Corcuff, sociologue et philosophe, propose des réflexions originales. Cet intellectuel médiatique se distingue par un parcours singulier, à rebours de la vague réactionnaire de notre époque. Il commence à militer au Parti socialiste avant de s’orienter vers la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Il milite aujourd’hui à la Fédération anarchiste (FA). Il insiste sur l’importance de l’émancipation contre les dominations pour favoriser une autonomie individuelle et collective.

Philippe Corcuff entend congédier les vieux modèles des avant-gardes éclairées qui prétendent guider les masses. Au contraire, il faut « fabriquer une politique émancipatrice avec les opprimés à partir de leur vie quotidienne, et non pas par en haut et à leur place en répétant des mots d’ordre généraux descendus des milieux dirigeants ou des penseurs supposés omniscients », souligne Philippe Corcuff. Mais l’universitaire continue d’insister sur le rôle des intellectuels, même dans une position plus modeste et secondaire. Il continue de penser la politique à partir des outils confinés dans les amphithéâtres.

Philippe Corcuff entend dépoussiérer la vieille tradition anarchiste dans laquelle il s’inscrit. Il rejette à juste titre la rigidité du "marxisme libertaire" et l’anarcho-communisme dogmatique  qui impose une « discipline » individuelle et collective. En revanche, il renoue avec la pensée de Proudhon et de l’anarchisme individualiste. Il ne s’inscrit pas dans le courant du communisme libertaire qui propose une rupture avec l’ordre existant à travers une généralisation des luttes sociales. Mais Philippe Corcuff s’attache davantage à penser une alternative ici et maintenant.

                                          enjeux libertaires couv

Impasses politiques

Philippe Corcuff revient sur son parcours militant et sur les limites de ses divers engagements politiques. Il a participé à des organisations attachées à la conquête du pouvoir d’Etat. Pourtant, aucune réforme ne semble possible à partir des institutions. Même lorsque des marges de manœuvre existent, les politiciens ne peuvent que rester enfermés dans des « contraintes mentalement intériorisées et institutionnellement routinisées », observe le sociologue. Une véritable logique bureaucratique empêche toute possibilité de réforme.

La Ligue communiste révolutionnaire entend relier théorie et pratique, notamment à travers la figure de Daniel Bensaïd. Mais ce groupuscule marxiste-léniniste estime que le Parti demeure supérieur aux mouvements sociaux. Le NPA accentue cette dérive électoraliste et autoritaire. Philippe Corcuff décide alors d’adhérer à la Fédération anarchiste. Ce groupuscule se situe à distance des logiques institutionnelles de pouvoir. Il semble attaché à l’auto-émancipation des opprimés. Il refuse le règne du collectivisme au détriment de l’individu.

Philippe Corcuff propose une critique du capitalisme productiviste. André Gorz articule marxisme critique et écologie politique. Il estime que la logique marchande s’oppose à la justice sociale mais aussi à la qualité existentielle de la vie des individus et à la préservation des univers naturels. Une contradiction capital / nature s’accentue.

Mais Philippe Corcuff pointe également les limites du courant de la décroissance et sa vision négative de la nature humaine. Pour Karl Marx, une société émancipatrice doit libérer les désirs humains créateurs de leurs entraves, comme la marchandisation et la spécialisation du travail. Au contraire, les décroissants veulent davantage encadrer les désirs humains pour leur imposer davantage de limites et de contraintes. La frugalité, l’ascèse, l’enracinement local demeurent des valeurs réactionnaires qui fondent la décroissance. Vincent Cheynet, patron du journal La Décroissance, ou le philosophe Jean-Claude Michéa, développent par exemple une nostalgie pour la famille patriarcale traditionnelle.

Philippe Corcuff s’appuie sur la réflexion néo-zapatiste, incarnée notamment par l’universitaire altermondialiste John Holloway. Il critique la stratégie traditionnelle de la conquête du pouvoir et de la politique à travers l’Etat. Il observe également une logique de parti et une institutionnalisation des luttes sociales. Il insiste au contraire sur les brèches contre le capital qui existent dans certaines expériences du quotidien. Mais John Holloway refuse de s’appuyer sur une mémoire critique des luttes sociales. Il s’inscrit dans une logique du présent et de l’immédiat, de l’ici et maintenant.

Philippe Corcuff évoque les cultures populaires pour renouveler la critique sociale. Le polar américain révèle le poids des contraintes sociales sur l’individu, comme chez David Goodis. Le racisme s’imbrique également dans les rapports de classe chez James Lee Burke.

La chanson et le hip hop peuvent évoquer les fragilités de l’existence. Casey parle de son vécu de jeune noire qui grandit dans un quartier populaire. Elle critique le racisme mais aussi les normes de genre et le contrôle social qui existent aussi chez les opprimés. L’émancipation individuelle et la créativité peuvent permettre de s’échapper de l’étouffoir des contraintes sociales. Keny Arkana associe émancipation individuelle et collective. 

                         Phil Noir - Philippe CORCUFF/dessin de CHARB

 

Individualisme libertaire

Philippe Corcuff propose une lecture originale et stimulante des textes de Karl Marx. Le traducteur Maximilien Rubel souligne la dimension libertaire de Marx. Mais il veut en faire un théoricien anarchiste, et occulte certaines tendances autoritaires présentes dans ses écrits. Daniel Guérin propose une synthèse entre anarchisme et marxisme. Mais il se contente d’associer deux blocs pour construire artificiellement une nouvelle idéologie. Surtout, sa démarche ne permet pas de jeter un regard critique sur le marxisme comme sur l’anarchisme. Philippe Corcuff critique également les militants des deux courants qui préfèrent cultiver un entre soi pour préserver une identité et un folklore plutôt que d’agir concrètement sur le réel.

Michel Henry permet de découvrir la sensualité individuelle chez Marx. Dans ses écrits de jeunesse, le philosophe attaque la logique marchande qui colonise tous les aspects de la vie. « Chacun de ses rapports humains avec le monde, voir, entendre, sentir, goûter, toucher, penser, contempler, vouloir, agir, aimer, bref tous les actes de son individualité », sont laminés par le capitalisme selon Marx. L’aliénation marchande ne permet plus aux individus d’exprimer leur créativité. Marx attaque également le « communisme vulgaire » qui ne propose que nivellement et uniformisation au détriment de l’expression des singularités individuelles. Cette approche par la sensualité individuelle influence le romantisme révolutionnaire.

Karl Marx critique le morcellement de l’activité humaine avec un individu, spécialisé, étriqué et marchandisé. Les pratiques artistiques et la créativité doivent permettre l’épanouissement individuel et sensuel. Des activités ludiques et populaires permettent de rendre la vie passionnante.

Philippe Corcuff invite à revaloriser la place de l’individu. Les organisations du mouvement social insistent sur une logique collectiviste au détriment l’épanouissement individuel. Même les communistes libertaires plateformistes dénoncent « l’individualisme irresponsable » pour défendre la « responsabilité collective ». La discipline du groupe doit alors s’imposer aux individus.

Le capitalisme peut expliquer le développement de l’individualisme avec l’atomisation de la société. Mais les luttes sociales ont également permis de politiser l’intime et le personnel. Les luttes des homosexuels, des femmes, les mouvements de libération sexuelle ont permis d’attaquer la famille patriarcale pour permettre davantage d’épanouissement individuel.

Il devient possible de s’appuyer sur l’individualisme contemporain pour dessiner des pistes émancipatrices. L’expression des individualités rentre en contradiction avec la logique marchande. La réalisation de soi semble valorisée par le capitalisme. Mais les désirs individuels se heurtent souvent aux impératifs de la rentabilité et du profit. Les frustrations peuvent alimenter la révolte.

                                 

Anarchisme universitaire

Philippe Corcuff apparaît comme l’un des intellectuels de gauche les moins consternants. Ses critiques adressées aux différents courants politiques se révèlent souvent pertinentes. Son ironie sur l’entre soi militant vise juste. Son attachement à l’expérimentation et à une démarche pragmatiste permet de sortir des certitudes idéologiques et des vieux schémas politiques. Son individualisme libertaire offre également des pistes de réflexion stimulantes. La trajectoire militante du sociologue inspire également la sympathie. Son évolution vers l’anarchisme résulte d’une longue évolution intellectuelle sincère et courageuse. En revanche, il semble également important de pointer les limites d’une démarche intellectuelle et politique.

Philippe Corcuff prétend se sortir de la posture de l’avant-garde intellectuelle qui éclaire les masses. Mais ses écrits souffrent de la pesanteur d’une posture universitaire surplombante. Ses textes sont relativement clairs, mais des concepts pédants et jargonneux fleurissent souvent. Surtout, l’universitaire ne perçoit pas les effets autoritaires du langage académique. La référence constante à des auteurs pour évoquer des idées assez banales permet de légitimer l’argumentation en se parant de l’autorité intellectuelle d’un philosophe.

Les sciences sociales peuvent alimenter la réflexion critique et ne doivent pas être rejetées totalement. Mais le savoir universitaire ne doit pas devenir l’unique ressource de la pensée critique. Il existe également des réflexions dans les luttes sociales, au plus près des enjeux politiques concrets. Ce sont les mouvements de lutte qui doivent alimenter la théorie et non la théorie qui doit orienter les luttes. Le bavardage foucaldien et autres concepts fumeux venus des campus américains ne permettent pas de penser les enjeux de lutte mais servent uniquement à des intellectuels pour conforter leur petit pouvoir dans les milieux militants.

Ensuite, les réflexions de Philippe Corcuff révèlent également quelques limites politiques. Le sociologue dénonce la domination mais se méfie de la critique de l’aliénation. Cette expression permet pourtant de montrer que les individus se trouvent dépossédés du contrôle de leur vie. Certes, l’École de Francfort peut considérer l’aliénation comme immuable à des masses asservies. Mais le marxisme critique ou les situationnistes estiment que les prolétaires peuvent sortir de l’aliénation à travers les luttes sociales.

Philippe Corcuff dénonce surtout une notion trop totalisante. Sur ce point, il ne fait que relayer le crétinisme postmoderne. La pensée critique, sous l’influence de l’Université, devient morcelée et spécialisée. Les intellectuels se focalisent sur des oppressions spécifiques qui se regroupent ensuite de manière artificielle derrière le concept fumeux d’intersectionnalité. En revanche, les critiques globales de la société marchande et bureaucratique sont accusées d’invisibiliser telle ou telle oppression spécifique. Philippe Corcuff valorise ainsi les micro-résistances et les alternatives en acte plutôt qu’une perspective de rupture révolutionnaire.

 

Alternatives et réformisme

Philippe Corcuff se réfère de manière fidèle à Proudhon, le théoricien des mutuelles et des coopératives comme moyen de changement social. Dans ce sens, son adhésion à la Fédération anarchiste semble logique. Ce groupuscule refuse le clivage entre réforme et révolution. Dans un texte sur les convergences concrètes avec les anarchistes, les positions avancées ont séduit Philippe Corcuff. Selon les anarchistes, le changement ne vient pas uniquement des luttes sociales, de leur généralisation, de leurs coordinations, de leurs nouvelles formes d’organisation. Non, le changement doit venir des Amap, des Sel, des Scop, des potagers et autres boutiques autogérées. Ces alternatives doivent se propager pour, progressivement, accoucher d’une société anarchiste.

Ces expériences concrètes sont sans doute sympathiques, mais sont rapidement récupérées et institutionnalisées. L’économie sociale et solidaire montre que ces alternatives sont devenues un secteur florissant de l’économie capitaliste. Surtout, les entreprises autogérées relèvent au mieux de la débrouille. Les problèmes de précarité, de logement, de conditions de travail et de vie ne peuvent pas se résoudre uniquement avec des paniers bios.

En revanche, Philippe Corcuff ne semble pas beaucoup s’intéresser aux luttes sociales. Son pragmatisme semble surtout philosophique et conceptuel. Pourtant, les luttes sociales sont aussi des espaces d’expérimentation et de créativité. Dans un contexte de bouillonnement contestataire, le clivage entre réformistes et révolutionnaires prend tout son sens. Les révolutionnaires ne sont pas des illuminés qui refusent de bénéficier d’une augmentation de salaire à l’issue d’une grève pour pouvoir préserver leur pureté idéologique. En revanche, les révolutionnaires dénoncent les impasses bureaucratiques avec les tentatives d’encadrer les luttes et de les restreindre dans le cadre de négociations inoffensives.

Les révolutionnaires ne doivent pas non plus imposer un projet de société élaboré par des petits groupes intellectuels. En revanche, il semble important d’épouser la dynamique et la créativité des luttes sociales qui peuvent esquisser une perspective de rupture avec le capitalisme. Dans cette démarche, l’expérimentation devient alors centrale pour inventer de nouvelles possibilités d’existence.

Source : Philippe Corcuff, Enjeux libertaires pour le XXIe siècle par un anarchiste néophyte, Editions du Monde libertaire, 2015

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Pour aller plus loin :

Vidéos : conférences de Philippe Corcuff mises en ligne sur le site TseWeb.Tv

Vidéo : Philippe Corcuff, Etat, technocratisme et politique : entre anarchisme méthodologique et anarchisme institutionnaliste, enregistré le 26 janvier 2016, publié sur le site Pensée radicale en construction le 15 février 2016

Vidéo : Le sociologue Philippe Corcuff sur les nouveaux engagements politiques, diffusé sur France Info le 28 octobre 2011

Radio : Anarchie et anarchistes, émission Trous noirs diffusée sur Radio Libertaire le 21 décembre 2015

Radio : Repenser l’émancipation au XXIe siècle, entre ressources anarchistes et marxistes, enregistré le 17 avril 2015

Radio : émissions avec Philippe Corcuff diffusées sur France Culture

Radio : émissions avec Philippe Corcuff diffusées sur France Inter

 

Philippe Corcuff, Actualité d’une démocratie libertaire, loin des primaires, publié sur Mediapart le 1er février 2016

Quand l’hippopotame s’emmêle…, le blog de Philippe Corcuff sur le site de Mediapart

Articles de Philippe Corcuff mis en ligne sur le site Grand Angle libertaire

Articles de Philippe Corcuff mis en ligne sur le site du Cerlis. Centre de recherche sur les liens sociaux

Articles de Philippe Corcuff mis en ligne sur le site Le Zèbre

Articles de Philippe Corcuff mis en ligne sur le site Europe Solidaire Sans Frontières

Articles de Philippe Corcuff mis en ligne sur le site Rue 89

Articles de Philippe Corcuff publiés dans le journal Libération

Franck, note de lecture du livre de Philippe Corcuff, publié sur le site de la Fondation Besnard le 28 octobre 2015

Pierre Bance, Des paradoxes d’une social-démocratie libertaire, publié sur le site Autre Futur le 1er décembre 2011

Publié dans #Anarchisme révolutionnaire#Sociologie critique

Joseph Kishore – David North, Etats-Unis, une guerre politique brutale

"La classe ouvrière, nous disent les auteurs, est opposée avec Trump et son gouvernement à un ennemi brutal, dédié à la destruction de ses droits démocratiques et à une baisse supplémentaire de son niveau de vie. C’est un gouvernement qui poursuit un programme international fondé sur le chauvinisme « Amérique d’abord ». La classe ouvrière doit s’opposer à ce gouvernement et demander son départ. Mais cette tâche ne doit pas être confiée aux opposants factionnels de Trump dans la classe dirigeante. La classe ouvrière ne peut rester spectatrice dans le conflit entre Trump et les démocrates. Au contraire, elle doit développer sa lutte contre Trump sous sa propre bannière et avec son propre programme. Cela requiert une compréhension claire de la dynamique de classe de la crise politique qui se déroule..."

Reprenons la lecture de l'article mettant en évidence la guerre politique brutale...

Michel Peyret


Révolution de palais ou lutte des classes : la crise politique à Washington et la stratégie de la classe ouvrière

Joseph Kishore David North pour comité politique du Parti de l’égalité socialiste
14 juin 2017

1. Cinq mois après l’investiture de Donald Trump, la guerre politique brutale à Washington a atteint une étape critique. Le témoignage de l’ancien directeur du FBI, James Comey, devant la commission du renseignement du Sénat la semaine dernière, est utilisé par les adversaires de Trump, dans les médias et l’establishment politique, pour accroître les accusations d’ingérence russe lors des élections américaines et de collusion et dissimulation de la part de Trump et d’autres responsables du gouvernement.

2. Les accusations contre Trump ont un caractère synthétique et frauduleux, semblable au scandale Whitewater dirigé par les républicains sur les investissements immobiliers de l’ancien président Bill Clinton en matière d’immobilier et sa relation sexuelle avec la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinsky ; Les enquêtes sur le rôle de Hillary Clinton dans l’attentat de 2012 à Benghazi et les accusations portées sur son utilisation d’un serveur de messagerie privé et les affirmations, promues par Trump lui-même, selon lesquelles Barack Obama n’était pas un citoyen américain. Dans tous ces cas, les vraies sources des divisions au sein de l’élite dirigeante ont été délibérément obscurcies par un tas d’allégations malintentionnées.

3. La dernière éruption de la guerre politique à Washington est enracinée dans des crises sociales, économiques et géopolitiques insolubles qui érodent les fondements de la domination mondiale et de la stabilité nationale du capitalisme américain. Vingt-cinq ans après la dissolution de l’Union soviétique, les efforts de l’impérialisme américain pour maintenir sa domination par une série d’actions militaires ont conduit à une série de débâcles. Près d’une décennie après le krach économique mondial de 2008, où l’imprudence de Wall Street a joué le rôle majeur, le système financier américain reste très instable, soutenu par une expansion sans fin de la dette. Le caractère malade du système économique américain a créé un système social oligarchique, dont les principales caractéristiques sont le parasitisme et un niveau étonnant d’inégalités sociales.

4. L’élection de Trump n’était pas un accident. Trump est la personnification de l’oligarchie qui règne sur l’Amérique. Son administration, composée de milliardaires et d’anciens généraux, augmente énormément un programme bipartite de contre-révolution sociale et de militarisme imprudent à l’échelle internationale. Mais au sein de la classe dirigeante, il existe des divisions amères sur la façon dont le capitalisme américain devrait répondre à ses problèmes nationaux et internationaux. Ces divisions ont atteint, sous Trump, une intensité extraordinaire.

5. La classe ouvrière est opposée avec Trump et son gouvernement à un ennemi brutal, dédié à la destruction de ses droits démocratiques et à une baisse supplémentaire de son niveau de vie. C’est un gouvernement qui poursuit un programme international fondé sur le chauvinisme « Amérique d’abord ». La classe ouvrière doit s’opposer à ce gouvernement et demander son départ. Mais cette tâche ne doit pas être confiée aux opposants factionnels de Trump dans la classe dirigeante. La classe ouvrière ne peut rester spectatrice dans le conflit entre Trump et les démocrates. Au contraire, elle doit développer sa lutte contre Trump sous sa propre bannière et avec son propre programme. Cela requiert une compréhension claire de la dynamique de classe de la crise politique qui se déroule.

6. Il existe trois formes fondamentales d’opposition au gouvernement Trump, qui représentent les intérêts des différentes classes sociales.

L’opposition de la classe dirigeante à Trump

7. Premièrement, il y a l’opposition de sections puissantes de la classe capitaliste. Les opposants de Trump au sein de l’establishment politique, y compris les démocrates et les républicains, parlent au nom d’une faction de l’élite patronale et financière. Les méthodes qu’ils utilisent dans leur campagne contre Trump sont fondamentalement antidémocratiques, impliquant des complots en coulisses avec des éléments au sein de l’establishment militaire et de renseignement et de l’élite des grandes entreprises. Ce sont les méthodes d’une révolution de palais.

8. Leurs différences avec l’administration Trump sont centrées principalement sur les questions de politique étrangère. Leur véritable préoccupation ne concerne pas la supposée « subversion » de la démocratie américaine, comme si cela pouvait se comparer à la subversion de la démocratie américaine par la classe dirigeante elle-même, mais avec les actions de la Russie en Syrie, qui ont frustré les efforts américains pour renverser le gouvernement de Bachar Al-Assad. Ils sont déterminés à empêcher Trump d’affaiblir la politique anti-Russie développée sous Obama, que la campagne de Hillary Clinton a voulu accroître.

9. La concentration maniaque sur la Russie n’est pas un accident. Les priorités de la politique étrangère de Trump sont axées, comme on le sait, sur la confrontation avec la Chine. Son prétendu plaidoyer pour un « accord » avec la Russie est incompatible avec le plan stratégique soutenu par des branches dominantes de l’establishment militaire, du renseignement et de la politique étrangère. La destruction de la capacité de la Russie à frustrer les opérations militaires américaines est considérée comme centrale pour le contrôle de la masse continentale eurasienne, sans laquelle une victoire américaine dans le conflit à long terme avec la Chine est considérée comme impossible.

10. Si Trump était limogé par ses adversaires de « l’État dans l’État » et du Parti démocrate, cela ne représenterait pas une victoire pour la démocratie, et encore moins une amélioration des conditions de la classe ouvrière. Sous la direction de Obama, la classe dirigeante a supervisé le plus grand transfert de richesse d’en bas vers le haut de l’histoire américaine, ainsi que l’expansion de la guerre à l’étranger et une croissance continue du pouvoir de l’appareil militaire et du renseignement. Hillary Clinton, la candidate privilégiée de Wall Street, s’était engagée à approfondir toutes ces politiques, intensifiant la guerre en Syrie et la confrontation avec la Russie. Les démocrates ne demandent pas des auditions sur l’assaut contre les soins de santé, les attaques contre les travailleurs immigrés, l’élévation des forces nationalistes d’extrême droite au sein de l’administration ou les plans de guerre contre la Corée du Nord, l’Iran et la Chine.

11. Si les démocrates atteignaient leurs objectifs, avec la suppression de Trump par une forme de coup d’État politique, cela placerait le vice-président Mike Pence à la Maison-Blanche, un homme plus poli que Trump mais pas moins réactionnaire.

L’opposition de la classe moyenne supérieure

12. Une autre composante du camp anti-Trump consiste en des sections riches de la classe moyenne, dont l’opposition au Parti républicain est axée sur une répartition plus favorable de la richesse dans les 10 % les plus riches de la population. Cette couche est représentée par diverses tendances politiques qui fonctionnent principalement dans l’orbite du Parti démocrate, y compris une foule d’organisations de la pseudo-gauche (les Democratic Socialists of America, the International Socialist Organization, Socialist Alternative, les Verts) qui donnent la priorité à l’ethnie, au genre et à l’identité sexuelle sur les divisions de classe.

13. Le caractère par excellence de la politique de la classe moyenne est son manque d’indépendance par rapport à la classe dirigeante. Elle cherche à influencer le Parti démocrate et à obtenir son soutien à des réformes marginales du système capitaliste. Alors que les éléments plus radicaux de gauche dans ce milieu politique se réfèrent à des problèmes d’inégalité sociale, ils y combinent, de la manière la plus cynique, des appels semi-réformistes au soutien au Parti démocrate et aux objectifs de l’impérialisme américain. Ceci est lié au fait que leur propre position économique privilégiée est basée sur l’augmentation record des bénéfices des entreprises et des cours boursiers. Leur principale fonction politique est de maintenir la domination de la classe dirigeante sur la classe ouvrière. Au cours des élections de 2016, ils ont promu la campagne du Sénateur du Vermont, Bernie Sanders, qui a canalisé l’opposition sociale de masse derrière la campagne de Hillary Clinton, la candidate de Wall Street et des agences de renseignement. Sanders est maintenant un des principaux membres du groupe du Parti démocrate au Sénat américain.

L’opposition de la classe ouvrière

14. Un troisième conflit, tout à fait différent, se développe – entre la classe dirigeante et la classe ouvrière, la vaste masse de la population, qui souffre de diverses formes de détresse sociale et est complètement exclue de la vie politique.

15. La réalité de la crise sociale aux États-Unis est la base objective d’innombrables formes de résistance et d’opposition de la classe ouvrière. Malgré les prétentions du gouvernement Obama au moment où ce dernier a quitté ses fonctions, que cette vie en Amérique n’a jamais été meilleure, le chômage réel est de 8,6 pour cent, les salaires sont stagnants et les travailleurs sont confrontés à des conditions de travail brutales et à une intensification de l’exploitation. Les bénéfices des grandes entreprises en pourcentage du revenu restent proches des records, et la part du revenu revenant aux travailleurs s’approche des records les plus bas.

16. La crise des soins de santé est grave et empire. Obamacare (la réforme de l’assurance maladie d’Obama) a intensifié la volonté des entreprises de transférer le coût des soins de santé à leurs employés. La détérioration des soins de santé nationaux, combinée à une épidémie de toxicomanie incontrôlée, a entraîné une hausse des taux de mortalité et une baisse de l’espérance de vie. Les travailleurs âgés travaillent plus longtemps parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de prendre leur retraite, tandis que les jeunes travailleurs sont surchargés de niveaux intolérables de dettes étudiantes.

17. La richesse monopolisée par une petite couche de la population américaine est au-delà de la compréhension de la plupart des gens. Comme l’économiste Branko Milanovic le note dans son livre récemment publié, Global Inequality (l’Inégalité mondiale), la plupart des gens sont tout simplement incapables de saisir ce que signifie un milliard de dollars. Pour illustrer les dimensions de cette richesse, il explique qu’un individu possédant un million de dollars, qui dépensé mille dollars tous les jours, épuiserait sa fortune en moins de trois ans. Il en faudrait à un milliardaire, dépensant son argent au même rythme, 2700 ans !

18. Les 1 pour cent des familles les plus riches possèdent à peu près la même richesse que les 90 pour cent inférieurs, tandis que 20 personnes ont autant de richesses que la moitié inférieure. Quarante pour cent des familles aux États-Unis ont une richesse nulle ou négative, ce qui signifie que leurs dettes dépassent leurs actifs. Les personnes qui sont parmi les 0,1 et 0,01 pour cent des plus riches de la population fonctionnent comme leurs propres systèmes météorologiques politiques, disposant de vastes sommes d’argent pour acheter des élections, soudoyer les politiciens et contrôler généralement le processus politique. Le gouvernement Trump est, lui-même, le reflet politique du caractère oligarchique de la société américaine, l’aboutissement d’un demi-siècle de contre-révolution sociale supervisée par les démocrates et les républicains.

La stratégie politique de la classe ouvrière

19. Il existe de nombreux signes de colère sociale croissante parmi de larges couches de la classe ouvrière, pour qui les conditions de vie deviennent intolérables. Les anciennes expressions utilisées dans le passé pour décrire la vie aux États-Unis – « la terre d’opportunités illimitées », « le rêve américain », etc., sont devenues caduques, car elles n’ont aucun rapport avec la réalité. Il devient évident pour la grande masse de travailleurs que la société existante sert exclusivement les intérêts de ceux qui sont déjà très riches. L’accès aux besoins essentiels de la vie, tels qu’une éducation de qualité, un environnement sûr, un logement décent, un emploi stable, un temps de loisirs adéquat et des soins médicaux abordables, est déterminé à la naissance, c’est-à-dire par la classe et le statut économique de la famille dans laquelle un individu est né.

20. La détérioration sans répit des conditions de vie de la classe ouvrière aux États-Unis et la violence inutile des guerres sans fin menées par la classe dirigeante à travers le monde se reflètent dans un profond changement dans la conscience sociale des masses de personnes. Dans un pays où les dirigeants politiques et les médias chantent constamment des hymnes à la gloire du capitalisme, les sondages révèlent une recrudescence d’intérêt et de soutien pour le socialisme, en particulier chez les jeunes.

21. L’interaction des conditions objectives de la crise, tant aux États-Unis qu’internationalement, et la radicalisation de la conscience sociale de masse se manifesteront dans l’éruption de la lutte des classes. La suppression de la lutte des classes par la bureaucratie syndicale, le Parti démocrate et les promoteurs prospères de diverses formes de politique d’identité prend fin. La contre-révolution sociale des élites dirigeantes est sur le point de rencontrer une montée en puissance de la classe ouvrière américaine. Les nombreuses formes de protestation sociale – dans les lieux de travail, les communautés et les villes entières – acquerront une identité de classe ouvrière toujours plus distincte, une orientation anticapitaliste et un caractère socialiste. Les luttes dans chaque lieu de travail et dans les communes rassembleront en luttes unifiées de plus larges couches de la classe ouvrière.

22. En outre, l’intersection de la lutte de classe aux États-Unis avec l’éruption de la lutte de classes internationale affaiblira l’influence débilitante du nationalisme chauvin et inspirera le développement d’un sentiment profondément ressenti de la solidarité de classe internationale parmi les travailleurs américains. La classe ouvrière verra la lutte contre l’oppression sociale aux États-Unis et contre la guerre au-delà des frontières des États-Unis comme deux éléments indissociables de la même lutte.

23. Les luttes de masse sont à l’ordre du jour aux États-Unis. Les rassemblements de protestation, les manifestations et les grèves tendront à acquérir un caractère général à l’échelle nationale. La conclusion politique découlant de cette analyse est que la lutte de la classe ouvrière contre Trump et tout ce qu’il représente soulèvera la nécessité de plus en plus pressante d’un mouvement de masse politique, indépendant et opposé à la fois aux républicains et aux démocrates contre le système capitaliste et son état. Cette tendance objective du développement social doit être développée comme une stratégie consciente de la lutte de la classe ouvrière. La tâche de lier les luttes contre toutes les conditions sociales déplorables de la vie sous le capitalisme, avec la lutte politique contre Trump et les deux grands partis patronaux, basée sur un programme socialiste, doit être mise en avant et devenir un sujet de discussion dans les usines, les lieux de travail, les quartiers ouvriers et les écoles et universités dans tout le pays.

24. La préparation aux luttes de masse de la classe ouvrière nécessite le développement d’un réseau interconnecté de comités populaires des lieux de travail et des quartiers, indépendants et opposés aux syndicats pro-patronaux et anti-classe ouvrière. L’opposition de masse dans la classe ouvrière au gouvernement Trump doit être liée à des revendications claires anticapitalistes, anti-impérialistes et socialistes qui répondent aux besoins de la grande masse des gens.

25. Le Parti de l’égalité socialiste conseille vivement que la stratégie de lutte avancée dans cette déclaration soit largement discutée parmi toutes les sections de travailleurs, de jeunes et d’étudiants, et tous ceux qui s’opposent au capitalisme et reconnaissent la nécessité du socialisme. Distribuez cette déclaration parmi les collègues et les amis. Envoyez au WSWS vos commentaires et suggestions. Nous accueillons toutes les contributions réfléchies visant à faire avancer les intérêts de la classe ouvrière.

26. Nous demandons à tous ceux qui veulent faire partie de cette lutte de rejoindre le Parti de l’égalité socialiste. Nous incitons les jeunes et étudiants de former des sections IYSSE (les jeunes et étudiants internationales pour l’égalité sociale). La tâche du Parti de l’égalité socialiste et de l’IYSSE est de permettre une prise de conscience de ce qui est un mouvement objectif émergeant, d’apporter un plus grand niveau de compréhension à la classe ouvrière de ses objectifs, de clarifier le caractère du mouvement qui se développe. Le PES (Parti de l’égalité socialiste) préconisera et aidera à la formation de comités d’usine et au développement d’organisations d’opposition parmi les jeunes et les étudiants. Il luttera pour relier la montée des luttes dans la classe ouvrière à un mouvement politique socialiste, internationaliste et anti-impérialiste pour prendre le pouvoir de l’État et réorganiser la vie économique sur la base des besoins sociaux au lieu du profit privé.

(Déclaration parue en anglais le 13 juin 2017)

Sylvain Rakotoarison, Marx, le capital n'est rien sans l'apport de la force de travail

"Revenons à la précédente description de Marx, nous dit Sylvain Rakotoarison. Il dit que le capital n’est rien sans l’apport de la force de travail : « La transformation de l’argent en capital exige donc que le possesseur d’argent trouve sur le marché le travailleur libre, et libre à un double point de vue. Premièrement, le travailleur doit être une personne libre, disposant à son gré de sa force de travail comme de sa marchandise à lui, secondement, il doit n’avoir pas d’autre marchandise à vendre ; être, pour ainsi dire, libre de tout, complètement dépourvu des choses nécessaires à la réalisation de sa puissance travailleuse. ».Le capitalisme s’entend donc comme la collaboration entre un propriétaire de moyens de production et un travailleur prêt à vendre sa force de travail à ce propriétaire pour produire une marchandise..."

Reprenons la lecture des considérants de Sylvain Rakotoarison....

Michel Peyret


Le capitalisme selon Karl Marx

par Sylvain Rakotoarison (son site)
lundi 17 juillet 2017

« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de marchandises. » ("Le Capital", Marx).



Ce fut le 17 juillet 1867, soit il y a exactement cent cinquante ans, que le (célèbre) philosophe allemand Karl Marx publia le premier tome du "Capital". Les autres tomes furent publiés après sa mort par Engels sur la base des manuscrits laissés par Marx. Il avait passé une vingtaine d’années à préparer, organiser, structurer cet ouvrage majeur qu’il concevait comme un outil redoutable contre la bourgeoisie de la révolution industrielle de l’époque. Dans la réalité, il fut plus que cela, il fut la source théorique de bien des révolutions du XXe siècle et l’inspirateur de l’une des deux idéologies qui ont engendré le massacre de plusieurs dizaines de millions de personnes.

Replaçons d’abord très rapidement l’auteur dans le contexte. Karl Marx avait 49 ans quand il a publié cette première partie du "Capital". Philosophe, économiste, journaliste, il avait fait une rencontre "capitale" à Paris en septembre 1844, celle de Friedrich Engels. Les deux jeunes gens étaient des opposants à la puissante Prusse et se revendiquaient socialistes et révolutionnaires. Les deux collaborèrent dans la réflexion et l’écriture d’ouvrages (ils écrivirent le "Manifeste du Parti communiste" en février 1848). François Guizot (chef du gouvernement français) expulsa Marx de Paris sur demande prussienne. Il se réfugia à Bruxelles mais profita de la révolution pour revenir à Paris puis Cologne en 1848. Il fut expulsé de Prusse en mai 1849 puis de France en juin 1849, ce qui l’a conduit à résider à Londres, en exil, jusqu’à sa mort à 64 ans (épuisé par la maladie). Il y a vécu dans la misère et était financièrement aidé par Engels.

Pour "Le Capital", livre théorique particulièrement indigeste à la lecture, Marx avait accumulé une grande documentation et aussi la connaissance du milieu industriel de son ami Engels, dont le père était industriel et l’ami lui-même avait travaillé à Manchester dans l’entreprise familiale. C’était un travail titanesque qui l’a beaucoup occupé. Parlant l’anglais, le français, l’italien et le russe, Marx a lui-même supervisé la traduction en français de son ouvrage initialement rédigé en allemand (la première traduction fut russe en 1872 et la traduction anglaise ne fut publiée qu’en 1887).

Dans cette œuvre intitulée exactement "Le Capital. Critique de l’économie politique", il a voulu décrire le système capitaliste, ses ressorts, et a voulu aussi en montrer les limites et les contradictions. C’est d’abord un ouvrage de théorie économique qui a fait référence historiquement.

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Parmi ses réflexions (très nombreuses et denses), il y a par exemple la nécessité, pour faire fructifier l’argent, qu’il ne soit pas thésaurisé mais qu’il change rapidement de mains, qu’il circule : « La valeur d’usage ne doit donc jamais être considérée comme le but immédiat du capitaliste, pas plus que le gain isolé ; mais bien le mouvement incessant du gain toujours renouvelé. Cette tendance absolue à l’enrichissement, cette chasse passionnée à la valeur d’échange lui sont communes avec le thésauriseur. Mais, tandis que celui-ci n’est qu’un capitaliste maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel. La vie perpétuelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation, plus habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation. ».

Karl Marx a démontré que la plus-value ne pouvait s’acquérir qu’avec le travail humain ("la force de travail"), qu’il définissait comme « l’ensemble des facultés physiques et intellectuelles qui existent dans le corps d’un homme dans sa personnalité vivante, et qu’il doit mettre en mouvement pour produire des choses utiles ».

Ainsi, Marx a précisé la différence entre esclave et salarié (ou prestataire de service, c’est-à-dire vendeur de sa propre force de travail) : « Pour que ce rapport persiste, il faut que le propriétaire de la force de travail ne la vende jamais que pour un temps déterminé, car s’il la vend en bloc, une fois pour toutes, il se vend lui-même, et de libre qu’il était se fait esclave, de marchand, marchandise. S’il veut maintenir sa personnalité, il ne doit mettre sa force de travail que temporairement à la disposition de l’acheteur, de telle sorte qu’en l’aliénant il ne renonce pas pour cela à sa propriété sur elle. ».

Lorsqu’on lit ces phrases, on peut imaginer s’esquisser déjà le principe des congés pays (acquis en France lors du Front populaire en 1936) ou même l’existence du "Ministère du Temps libre" (créé par François Mitterrand en 1981). La vie d’une personne ne se résume pas à sa seule vie professionnelle.


Marx y a vu ainsi l’importance de limiter la durée du temps de travail pour préserver le travailleur de sa force de travail : « La prolongation de la journée de travail au-delà des bornes du jour naturel, c’est-à-dire jusque dans la nuit, n’agit que comme palliatif, n’apaise qu’approximativement la soif de vampire du capital pour le sang vivant du travail. » (l’image de vampire du grand capital fut reprise durant le siècle qui a suivi Marx).

Revenons à la précédente description de Marx. Il dit que le capital n’est rien sans l’apport de la force de travail : « La transformation de l’argent en capital exige donc que le possesseur d’argent trouve sur le marché le travailleur libre, et libre à un double point de vue. Premièrement, le travailleur doit être une personne libre, disposant à son gré de sa force de travail comme de sa marchandise à lui, secondement, il doit n’avoir pas d’autre marchandise à vendre ; être, pour ainsi dire, libre de tout, complètement dépourvu des choses nécessaires à la réalisation de sa puissance travailleuse. ».

Le capitalisme s’entend donc comme la collaboration entre un propriétaire de moyen de production et un travailleur prêt à vendre sa force de travail à ce propriétaire pour produire une marchandise.

Marx a observé que l’industrialisation des moyens de production permettait l’enrichissement du propriétaire de l’outil de production : « Comme tout autre développement de la force productive du travail, l’emploi capitaliste des machines ne tend qu’à diminuer le prix des marchandises., à raccourcir la partie de la journée où l’ouvrier travaille pour lui-même, afin d’allonger l’autre où il ne travaille que pour la capitaliste. C’est une méthode particulière pour fabriquer de la plus-value relative. ».

C’est cette industrialisation qui a fait rompre le partenariat d’égalité entre propriétaire et travailleur : « L’emploi capitaliste du machinisme altère foncièrement le contrat, dont la première condition était que capitaliste et ouvrier devaient se présenter en face l‘un de l’autre comme personnes libres, marchands tous deux, l’un possesseur d’argent ou de moyens de production, l’autre possesseur de force de travail. Tout cela est renversé dès que le capital achète des mineurs. Jadis, l’ouvrier vendait sa propre force de travail dont il pouvait librement disposer, maintenant, il vend femme et enfants ; il devient marchand d’esclaves. ».

Le machinisme fait donc dériver les relations sociales : « Dans la manufacture et le métier, l’ouvrier se sert de son outil ; dans la fabrique [industrielle], il sert la machine. ».

Je n’ai fait ici que survoler quelques éléments de l’ouvrage de manière très éparse et furtive. L’idée générale de Marx était que le système capitaliste aboutissait à une organisation injuste de la société car il aliénait les travailleurs. La solution qu’il entrevoyait était que le travailleur fût lui-même copropriétaire de l’outil de production, ce qui rétablirait sa liberté. Il imaginait, en somme, une structure coopérative ou de propriété commune (d’où la pertinence, selon lui, du mot "communisme").

Marx lui-même se sentait dépassé par l’influence politique qu’il pouvait avoir, et lorsqu’il lisait les discours de Jules Guesde par exemple, ou les réflexions de son gendre Paul Lafargue (mari de sa fille Laura), il était plutôt inquiet du "messianisme" utopique de ses laudateurs : « Si c’est cela, le marxisme, ce qui est certain, c’est que moi, je ne suis pas marxiste. ». Une autre fille, Jenny, fut la mère du futur dirigeant socialiste Jean Longuet. Karl Marx aura secoué tout le XXe siècle, probablement bien malgré lui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La France est-elle un pays libéral ?
Les investissements productifs.
Karl Marx.
Jacques Rueff.
Maurice Allais.
John Maynard Keynes.
Hannah Arendt.
Totalitarismologie du XXe siècle.
Sigmund Freud.
Karl Popper.
Emmanuel Levinas.
Roland Barthes.
André Glucksmann.
Paul Ricœur.

24 juillet 2017

Jean Ortiz, le capitalisme n'est pas l'état naturel de la société

"Mais putain, s'exclame Jean Ortiz, dans ce monde sans âme, rendons-le désirable notre communisme, ré-enchantons-le, donnons envie. Ne passons pas une camisole de pragmatisme à nos rêves. Il nous faut un horizon d’utopie. Pas artificiel. Il doit partir de la société et de nos luttes. La crise est telle qu’elle donne raison à ceux qui veulent en finir avec le capitalisme. Reparlons de révolution, d’internationalisme, d’anti-impérialisme, de communisme, de socialisme, etc., etc. Le capitalisme n’est pas l’état naturel de la société. C’est de contenu qu’il faut changer, de pratiques, non pas de cravate, ni d’étiquette..."

Reprenons la lecture de la chronique de Jean Ortiz...

Michel Peyret


 

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Retour à l'accueil du blog« Chroniques Latines »

Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un oeil vif sur l'Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien...

 D.R.

Jean Ortiz

Dimanche, 23 Juillet, 2017 - 12:12

Je ne serai jamais un "ex"

Jean Ortiz, toujours fidèle.

Depuis mon dernier papier : « Le silence d’un blog », j’ai reçu des dizaines de messages, subi le questionnement de camarades inquiets, voire perplexes : « Ecris, continue à écrire, nous en avons besoin, cela nous fait du bien... » « Tu as été censuré ? » Non, non, non.

Attention, camarades, nous frôlons le culte de la personnalité !! Non, non, détestant les caniveaux, je rigole...

Des militants ont l’impression que je les ai laissés tomber, que je suis « rentré dans le rang », pour être familier... Les moutons, ce n’est ma laine ! Hier encore, je parlais du Che aux « Journées Résistances d’Emmaüs Lescar-Pau » dans un chapiteau comble... 15 000 chévistes selon « L’Huma » et son journaliste, de passage à Pau, qui fait de la littérature avec des roues de vélos... C’est un bonheur de te lire, Jean-Emmanuel.

Bon, cessons de débloguer, et soyons explicites. J’ai arrêté d’écrire quotidiennement sur mon blog pour des raisons de santé. Pas plus ni pas moins. Les journalistes de « Huma » et de l’ « HD » sont mes amis, mes frères. Avec eux, je me sens membre d’une famille de combats et d’idéaux partagés depuis si longtemps. Même si la plupart sont désormais jeunes, et « héroïques », car il en faut, de l’engagement, du sacrifice, pour maintenir à flot le(s) canard(s) de Jaurès.

Certes, j’ai pu et dû indisposer en barjotant quelques « cadres » bien mal encadrés, mais sans intention autre que de secouer la docilité, le suivisme, l’arrivisme, la « socialo-dépendance », toujours avec humour et ironie.

Je suis sûr d’une chose, car j’en ai vu passer des météorites gonflées à la com. J’essaierai d’être, je serai, je resterai communiste jusqu’au bout.

JE NE SERAI JAMAIS UN EX.

Mais putain, dans ce monde sans âme, rendons-le désirable notre communisme, ré-enchantons-le, donnons envie. Ne passons pas une camisole de pragmatisme à nos rêves. Il nous faut un horizon d’utopie. Pas artificiel. Il doit partir de la société et de nos luttes. La crise est telle qu’elle donne raison à ceux qui veulent en finir avec le capitalisme. Reparlons de révolution, d’internationalisme, d’anti-impérialisme, de communisme, de socialisme, etc., etc.

Le capitalisme n’est pas l’état naturel de la société. C’est de contenu qu’il faut changer, de pratiques, non pas de cravate, ni d’étiquette.

La Revue du Projet, Henri Malberg, l'engagement militant

"L’occasion, nous dit l'évocation, de revenir sur l’histoire complexe du Parti sans faire l’impasse sur l’analyse de son actuel « affaiblissement », que l’auteur estime temporaire. C’est justement cette faiblesse qui autorise l’adversaire à porter tous les coups. « Un parti socialiste trop dominant est vite mangé et digéré par les pressions du capitalisme ». À l’heure où l’extrême droite et l’abstention prospèrent sur le mécontentement et où les discours anti-partis reviennent contaminer la gauche, Henri Malberg réhabilite l’engagement militant. « La hantise de l’oligarchie financière et des petites équipes dominantes est que le peuple se remette à faire de la politique à haute dose. « Ne vous mêlez pas de politique », dit l’idéologie dominante. « C’est sale, répugnant, corrompu. » Haro sur les partis politiques. »

Reprenons la lecture de l'aticle de la Revue du Projet...

Michel Peyret


Incorrigiblement communiste, Henri Malberg

7 NOV. 2014 

PAR LA REVUE DU PROJET 

ÉDITION : LA REVUE DU PROJET

Les éditions de l’atelier, 2014

Par Elias Duparc

Dans cet entretien au titre offensif et promis à un certain succès, Henri Malberg ressaisit une vie d’engagement au Parti communiste. L’ancien dirigeant de la fédération de Paris discute avec deux jeunes journalistes aux questions sans complaisance. S’adressant au tout-venant, l’échange revient à la racine d’un engagement au PCF sans faire l’impasse sur les traditionnelles objections : le communisme n’est-il pas oblitéré par l’histoire ? N’est-il pas périmé ? N’est-il pas utopique ? N’est-il pas définitivement minoritaire, et le parti réduit à peau de chagrin ?

Henri Malberg répond sans coup férir, toujours soucieux de tenir joints les deux rênes de son militantisme : fidélité et ouverture — « poing levé et main tendue ».

Parmi les nombreux développements passionnants du livre, un bilan politique de l’histoire de l’Union soviétique – sujet piège et redouté auquel l’auteur se confronte sans fard : « Contrairement aux fantasmes des uns et aux illusions des autres – et j’en suis –, il n’y avait plus en Union soviétique depuis longtemps de Parti communiste. C’est-à-dire un corps vivant et démocratique de personnes engagées dans la vie politique et sociale ayant du pouvoir sur ceux qui dirigent. »

L’occasion de revenir sur l’histoire complexe du Parti sans faire l’impasse sur l’analyse de son actuel « affaiblissement », que l’auteur estime temporaire. C’est justement cette faiblesse qui autorise l’adversaire à porter tous les coups. « Un parti socialiste trop dominant est vite mangé et digéré par les pressions du capitalisme ».

À l’heure où l’extrême droite et l’abstention prospèrent sur le mécontentement et où les discours anti-partis reviennent contaminer la gauche, Henri Malberg réhabilite l’engagement militant. « La hantise de l’oligarchie financière et des petites équipes dominantes est que le peuple se remette à faire de la politique à haute dose. « Ne vous mêlez pas de politique », dit l’idéologie dominante. « C’est sale, répugnant, corrompu. » Haro sur les partis politiques. »

On ne sera pas surpris que l’auteur en appelle au contraire à la lutte pour « donner et redonner leurs lettres de noblesse à la politique, au combat politique, et aux partis ». Témoignage lucide mais confiant, tournant le dos à l’auto-dénigrement qui prévaut parfois dans ce type d’exercice, Incorrigiblement communiste  est une lecture nécessaire dans la séquence qui s’ouvre.

La Revue du projet, n° 40, octobre 2014



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Julia Hamlaoui, l'hommage à Henri Malberg

 "Conclue sur les notes de l’Internationale,nous dit Julia Hamlaoui, la cérémonie de samedi ne sonne pas comme un dernier adieu. Un hommage sera organisé au siège du PCF, à Paris, à l’automne. Dès septembre, l’une des allées de la Fête de l’Humanité portera le nom de celui qui « tenait à son journal comme à la prunelle de ses yeux » et qui avait pris fait et cause pour le défendre, en tant que président puis président d’honneur de sa société des lecteurs. Mais surtout, ils sont nombreux, ceux qui, à l’instar de sa petite-fille, se sont dit prêts samedi « à prendre la relève, incorrigiblement optimistes et toujours le poing levé ».

Reprenons la lecture du récit de Julia Hamlaoui...

Michel Peyret


Hommage. Henri Malberg, au revoir à « l’optimiste au poing levé »

Julia Hamlaoui

Lundi, 24 Juillet, 2017

L'Humanité

Samedi, à Paris, devant ses proches et de nombreux communistes, est retracé avec émotion le parcours de «	cet infatigable militant	». Bruno Arbesu

Samedi, à Paris, devant ses proches et de nombreux communistes, est retracé avec émotion le parcours de « cet infatigable militant ». Bruno Arbesu

Proches, militants et responsables communistes ont rendu, hommage samedi, à cet « enfant du Paris populaire et révolutionnaire », lors d’une cérémonie devant le mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

«Non, Henri, la Commune n’est pas morte. » La formule porte en elle le message d’espoir qui a traversé les hommages rendus à Henri Malberg – parti le 13 juillet à l’âge de 87 ans – lors de ses obsèques, samedi, au pied du mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise. Un lieu de mémoire de la lutte des communards, « si symbolique du Paris populaire et révolutionnaire dont il était l’un des enfants », souligne Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, saluant avec beaucoup d’émotion ce « grand dirigeant communiste ».

Devant ses proches et de nombreux militants et responsables communistes, est retracé le parcours de cet « incroyable grand-père qui était aussi un incroyable homme pour beaucoup de monde », comme en témoigne le nombre de messages reçus depuis son décès, raconte l’une de ses petites-filles. « Incorrigiblement communiste », comme il l’écrira bien des années plus tard, Henri Malberg adhère à la Jeunesse communiste puis au PCF à son retour à Paris, après la libération du camp de Douadic (Indre), où il avait finalement été interné après avoir échappé de justesse, à 12 ans, à la rafle du Vél’d’Hiv.

Un engagement qui ne le quittera plus, de son investissement dans les luttes anticoloniales aux responsabilités qu’il prend dans le PCF parisien, dont il devient le secrétaire après « l’affaire Fiszbin », en passant par son travail aux côtés de Waldeck Rochet ou par la direction qu’il assume de l’hebdomadaire France nouvelle puis de la revue Regards.

« Toute sa vie politique, Henri s’est battu pour et avec les Parisiens. Il a cherché à faire de Paris une ville pour toutes et tous et il n’a eu de cesse de porter la voix de ses ouvriers, de ses employés, de ses créateurs », a rappelé Igor Zamichiei, actuel secrétaire de la fédération parisienne du PCF. Dans la capitale, Henri Malberg a aussi occupé les bancs du conseil municipal, où il a été élu pour la première fois en 1965 avant d’être président du groupe communiste de 1989 à 2001.

« C’est avec une immense émotion que je prends la parole en tant que maire de Paris et admiratrice inconditionnelle de Henri, pour rendre hommage à cette figure majeure du communisme qui a profondément marqué l’histoire de la gauche et de Paris », a confié Anne Hidalgo, lors de la cérémonie. Et d’ajouter : « Plus que quiconque, Henri incarne pour moi ce que disait Karl Marx de la radicalité : “être radical, c’est saisir les choses à la racine, mais la racine pour l’homme, c’est l’homme lui-même.” »

Cet homme « qui a marqué des générations de jeunes communistes » par son « infatigable militantisme », comme le note leur secrétaire générale, Camille Lainé, savait « voir la beauté des âmes », apprécie Patrice Bessac, maire de Montreuil et président de l’Association des élus communistes et républicains. « Égarés, nous voyons parfois le monde avec ce petit cynisme destructeur qui fait de nous des bêtes apeurées tapies dans l’obscurité. Henri parvenait par son insolente confiance, par son optimisme conscient, à nous ramener parfois à l’humanité, libérés de la peur, tranquillement joyeux. »

Conclue sur les notes de l’Internationale, la cérémonie de samedi ne sonne pas comme un dernier adieu. Un hommage sera organisé au siège du PCF, à Paris, à l’automne. Dès septembre, l’une des allées de la Fête de l’Humanité portera le nom de celui qui « tenait à son journal comme à la prunelle de ses yeux » et qui avait pris fait et cause pour le défendre, en tant que président puis président d’honneur de sa société des lecteurs. Mais surtout, ils sont nombreux, ceux qui, à l’instar de sa petite-fille, se sont dit prêts samedi « à prendre la relève, incorrigiblement optimistes et toujours le poing levé ».

Julia Hamlaoui

Jérusalem, Israël viole le droit international

"La mosquée Al-Aqsa, nous disent les auteurs, est non seulement un lieu sacré pour les croyants Palestiniens (et le troisième lieu saint selon l'Islam), mais aussi le plus important patrimoine culturel des Palestiniens qui existe encore à Jérusalem. Pour tous les Palestiniens – croyants ou non croyants - le contrôle illégal du site par l'armée israélienne est une provocation. En outre, le gouvernement israélien a décidé la semaine dernière de placer des détecteurs de métaux et tourniquets à l'entrée de la mosquée. Cette démarche est une violation à la fois du droit international et de la souveraineté de la Palestine. Les Palestiniens ont refusé cette énième humiliation et ont décidé de faire leur prière à l'extérieur de la mosquée en guise de protestation jusqu'à la suppression des détecteurs..."

Reprenons la lecture de la relation des auteurs...

Michel Peyret


POESIE-ACTION

24 Juillet 2017

Publié par YVAN BALCHOY

VIOLENCE A JERUSALEM : N'EST-Il PAS TEMPS DE ROMPRE LES LIENS AVEC L'OCCUPATION ILLEGALE ?

AUTEURS :

Seppe De Meulder

Anouk Vandevoorde

Olivier Goessens

 

 

Depuis plusieurs jours, les médias du monde entier diffusent l'augmentation de la tension entre Israël et la Palestine. Hier, cent mille personnes étaient rassemblées dans les rues de Jérusalem en opposition au contrôle israélien de la mosquée Al-Aqsa, située dans la partie palestinienne de la ville. Trois jeunes Palestiniens ont été tués et plusieurs centaines d'autres blessés par la répression de l'armée israélienne lors de cette manifestation. Il y a quelque jours, nous avons déjà été témoins, avec Comac, d'affrontements à Jérusalem où l'armée israélienne a attaqué des civils non armés. Les provocations et la violence d'Israël, qui occupe illégalement une grande partie des territoires palestiniens, ont fait exploser la situation. Cette occupation est parrainée par la coopération académique entre les universités occidentales et l'armée israélienne, la police secrète et l'appareil répressif. N'est-il pas temps que les universités belges rompent les liens avec les forces d'occupation?

Quand nous sommes arrivés à Jérusalem, nous avons immédiatement senti que nous entrions dans une ville occupée, dans une ville complètement gérée par les postes de contrôle de l'armée israélienne installés partout. Nous avons vu des soldats israéliens intimider et humilier un enfant, des larmes plein les yeux. Nous avons vu des soldats israéliens plaquer une femme contre le mur et la fouiller pendant qu'une arme était pointée sur elle.  Bien que la vieille ville se trouve à Jérusalem-Est, appartenant à la Palestine selon le responsable de l'ONU, elle est en permanence étouffée par les soldats israéliens. Nous avons vu comment ils usent de la violence de manière arbitraire et humiliante. Cela vaut également pour le site de la célèbre mosquée Al-Aqsa, qui est devenue le centre du conflit actuel.

La mosquée Al-Aqsa est non seulement un lieu sacré pour les croyants Palestiniens (et le troisième lieu saint selon l'Islam), mais aussi le plus important patrimoine culturel des Palestiniens qui existe encore à Jérusalem. Pour tous les Palestiniens – croyants ou non croyants - le contrôle illégal du site par l'armée israélienne est une provocation. En outre, le gouvernement israélien a décidé la semaine dernière de placer des détecteurs de métaux et tourniquets à l'entrée de la mosquée. Cette démarche est une violation à la fois du droit international et de la souveraineté de la Palestine. Les Palestiniens ont refusé cette énième humiliation et ont décidé de faire leur prière à l'extérieur de la mosquée en guise de protestation jusqu'à la suppression des détecteurs. Alors qu'une partie de notre groupe était en chemin, lundi dernier, vers le mont des oliviers pour profiter du coucher du soleil, nous avons été témoins oculaires de la manière dont l'armée israélienne a, tout à coup, cherché à diviser la foule qui était rassemblée pour la prière, avec des gaz lacrymogènes, des coups de matraque et des tirs de balles en caoutchouc. Un Palestinien qui se tenait à côté de nous a réagi avec un calme remarquable : «Ça, c'est la Palestine. Telle est la réalité quotidienne de l'occupation»....

 

VOUS POUVEZ LIRE L'INTEGRALITE DE L'ARTICLE A L'ADRESSE SUIVANTE :

 http://www.comac-etudiants.be/articles/violence-jerusalem-nest-il-pas-temps-de-rompre-les-liens-avec-loccupation-illegale

 

L'INTERDICTION DE LA MENDICITE, UNE ATTEINTE INTOLERABLE AUX DROITS DE L'HOMME (REEDITION DU 6/6/2009 ET 20/12/2011) IL FAIT FROID SANS TOI (VIVIANE DEMOL)

 

Dans les luttes, dénoncer à la fois Macron-Medef et l’Union européenne

« C' est, nous dit le journal, le contenu et la justesse de l’orientation qui priment pour gagner un combat et il faut espérer que, contrairement à ce qui se fait depuis 2003, les organisations menant la lutte contre les régressions ne continueront pas à ménager l’Europe supranationale qui inspire toutes les attaques antisociales. On ne peut en effet gagner aucune lutte si l’on refuse de nommer clairement l’ennemi, qui n’est pas seulement hexagonal, mais qui s’appuie fermement sur la “construction” européenne des financiers. En tout état de cause, les militants franchement communistes feront tout pour contribuer à fédérer les différentes initiatives sans cesser de soutenir une seconde le syndicalisme de classe Cgt et en appelant plus que jamais à mettre en accusation l’ensemble de la classe capitaliste à l’échelle nationale comme à l’échelle internationale... »

Reprenons la lecture de l'article d'Initiative Communiste...

Michel Peyret


 

Mobilisation contre les ordonnances Macron : construire le tous ensemble !

Diverses initiatives sont d’ores et déjà annoncées contre les ordonnances visant à liquider le Code du travail national et, dans la foulée, les conventions collectives de branches issues du Front populaire et de la Libération.

La Cgt, le Front social et la France Insoumise préparent, chacun de son côté, des actions prévues pour la rentrée. Les militants franchement communistes du PRCF seront fraternellement présents et actifs à l’occasion de chacune de ces mobilisations avec le souci d’appeler au tous ensemble et de dénoncer à la fois Macron-Medef et l’Union européenne qui orchestre la casse des acquis sociaux à l’échelle du continent européen.

L’heure n’est certainement pas aux polémiques subalternes qui viseraient pour les uns, à dépolitiser les luttes, et pour les autres à les couper du syndicalisme. L’heure n’est pas davantage à opposer les organisations syndicales constituées aux initiatives sociales.

D’une part, rappelons que les plus beaux succès de la classe ouvrière sont intervenus quand le syndicalisme de classe Cgt, le Pcf alors révolutionnaire et un large front politico-social de type Front populaire ou CNR furent en capacité d’isoler l’oligarchie capitaliste.

D’autre part, c’est le contenu et la justesse de l’orientation qui priment pour gagner un combat et il faut espérer que, contrairement à ce qui se fait depuis 2003, les organisations menant la lutte contre les régressions ne continueront pas à ménager l’Europe supranationale qui inspire toutes les attaques antisociales. On ne peut en effet gagner aucune lutte si l’on refuse de nommer clairement l’ennemi, qui n’est pas seulement hexagonal, mais qui s’appuie fermement sur la “construction” européenne des financiers.

En tout état de cause, les militants franchement communistes feront tout pour contribuer à fédérer les différentes initiatives sans cesser de soutenir une seconde le syndicalisme de classe Cgt et en appelant plus que jamais à mettre en accusation l’ensemble de la classe capitaliste à l’échelle nationale comme à l’échelle internationale.

Patrick Martin, crise climatique et capitalisme

"Ce qui est nécessaire, nous dit Patrick Martin, dans cette crise climatique, c’est un effort mondial, qui mobilise les ressources scientifiques, technologiques et productives de l’ensemble de l’humanité, combinant à la fois une réduction de l’empreinte carbone de la société en développant des systèmes énergétiques plus performants et des méthodes pour récupérer réellement le carbone de l’atmosphère (ce qu’on appelle la « capture du carbone ») commencera à réduire la proportion de dioxyde de carbone vers des niveaux historiquement durables.De tels efforts se heurteraient immédiatement à des barrières insurmontables sous le capitalisme : la propriété privée des moyens de production par une poignée de milliardaires capitalistes et de sociétés géantes et la division du monde en États-nations capitalistes rivaux..."

Reprenons la lecture des arguments développés par Patrick Martin...

Michel Peyret


Le changement climatique et la lutte contre le capitalisme

Par Patrick Martin
15 juillet 2017

Deux événements cette semaine ont attiré l’attention de la population sur les dangers inhérents au réchauffement climatique et aux changements qu’il entraîne. Le premier a été publié lundi dans les Actes de l’Académie nationale des sciences des États-Unis d’Amérique (PNAS), qui a indiqué que l’activité humaine précipite un « anéantissement biologique », un événement d’extinction de masse des espèces, le sixième phénomène du genre dans toute l’évolution de la vie sur la planète Terre.

Ce rapport a examiné les données historiques pour 200 espèces d’animaux terrestres et a constaté que la plupart étaient en crise, la quasi-totalité ayant perdu une partie substantielle de leurs aires de distribution géographiques et plus de 40 pour cent ayant subi de graves baisses de leurs populations (80 pour cent ou plus). Les lions, les guépards, les girafes et de nombreuses espèces d’oiseaux sont parmi ceux qui subissent les plus fortes baisses.

Le deuxième événement a été l’effondrement mercredi d’une partie de la plate-forme glaciaire Larsen C de l’Antarctique, avec la formation d’un iceberg massif, estimé à mille milliards de tonnes de glace, équivalant à deux fois l’eau douce dans le lac Érié. L’iceberg a la même superficie que l’État américain du Delaware (ou, pour le comparer à certaines des îles les plus connues du monde, il est plus grand que Bali, Trinidad ou l’Île-du-Prince-Édouard du Canada, mais légèrement plus petit que la Corse, Chypre ou Porto Rico).

Les scientifiques spécialisés dans l’Antarctique étaient divisés sur le fait que le changement climatique était le principal facteur du « vêlage » d’un nouvel iceberg géant. De telles séparations sont une partie régulière du cycle de vie des gigantesques couches de glace qui couvrent ce continent le plus méridional de la Terre. Mais la température moyenne de l’océan autour de l’Antarctique augmente depuis un quart de siècle, en particulier dans la région près de Larsen C.

Il ne fait aucun doute que le réchauffement climatique a eu un effet majeur à long terme sur l’Antarctique, fait mis en évidence par des effondrements antérieurs des couches de glace connues sous le nom de Larsen A en 1995 et Larsen B en 2002. La préoccupation actuelle est que la séparation de l’énorme l’iceberg, 12 pour cent de la superficie totale de Larsen C, pourrait être le précurseur de l’effondrement de la totalité de la couche de glace, ce qui constituerait un événement géophysique majeur.

L’érosion de la glace antarctique fait partie d’un processus global plus large, qui comprends la fonte rapide de la calotte glaciaire du Nord couvrant l’océan Arctique, le rétrécissement de la calotte glaciaire du Groenland et la désintégration des glaciers partout dans le monde sous l’effet du réchauffement climatique.

Il convient de souligner que l’étude de Larsen C a été principalement menée à travers des instruments satellites placés en orbite par la NASA (Administration nationale de l’aéronautique et de l’espace américaine) et l’Agence spatiale européenne. Le Spectroradiomètre d’imagerie de résolution modérée (MODIS) de la NASA sur le satellite Aqua a le premier révélé la rupture de l’iceberg. Sa séparation complète de Larsen C a été confirmée par un instrument de la NASA en orbite polaire le Visible Infrared Imaging Radiometer Suite (VIIRS).

De telles missions satellites d’étude de la Terre sont prises pour cibles dans les projets de réductions budgétaires ou d’élimination absolue de l’administration Trump pour l’année financière 2018. Le sénateur républicain Ted Cruz, qui dirige la commission du Sénat compétente sur la NASA, a insisté à maintes reprises pour que la NASA concentre ses efforts sur d’autres planètes dans le système solaire tout en évitant une étude similaire de la Terre, de crainte que les efforts de la NASA ne renforcent le consensus scientifique selon lequel le réchauffement et le changement climatiques sont des menaces majeures.

L’entêtement réactionnaire de l’administration Trump et de la droite républicaine pourrait conduire ceux qui sont réellement sensibles aux dangers du réchauffement climatique à voir sous un meilleur jour l’administration Obama, le Parti démocrate et de leurs alliés en Europe comme l’allemande Angela Merkel qui sont censés aborder ces questions d’une manière plus rationnelle. Ce serait une erreur catastrophique.

Les mesures proposées par l’establishment bourgeois – les démocrates aux États-Unis, les conservateurs et les sociaux-démocrates en Europe – reviennent à une admission pour la forme des dangers posés par le réchauffement climatique, tout en ne faisant que peu voir rien de concret contre eux. L’accord de Paris dont on fait grand cas, et du quel Trump a retiré les États-Unis le mois dernier, était entièrement sans force contraignante.

Fait significatif, l’Accord de Paris a joui du soutien de l’élite capitaliste mondiale, les PDG qui portent la responsabilité principale des émissions de carbone et d’autres pollutions. Moins de 100 entreprises représentent les deux tiers de toutes les émissions de carbone artificielles.

Il faut dire ici un mot spécifiquement sur les partis « Verts » dont les racines plongent dans les mouvements environnementaux de la fin des années 1960 et du début des années 1970, mais qui, une fois au pouvoir, se sont révélés des serviteurs enthousiastes des grandes entreprises. Leur évolution montre l’impossibilité d’aborder la crise environnementale sur la base du système économique existant.

Ce qui est nécessaire dans cette crise climatique, c’est un effort mondial, qui mobilise les ressources scientifiques, technologiques et productives de l’ensemble de l’humanité, combinant à la fois une réduction de l’empreinte carbone de la société en développant des systèmes énergétiques plus performants et des méthodes pour récupérer réellement le carbone de l’atmosphère (ce qu’on appelle la « capture du carbone ») commencera à réduire la proportion de dioxyde de carbone vers des niveaux historiquement durables.

De tels efforts se heurteraient immédiatement à des barrières insurmontables sous le capitalisme : la propriété privée des moyens de production par une poignée de milliardaires capitalistes et de sociétés géantes et la division du monde en États-nations capitalistes rivaux. Cela ne fait que démontrer qu’il est impossible de mener des efforts sérieux pour inverser le réchauffement et le changement climatiques dans le cadre du système de profit.

La crise climatique est encore une autre raison, avec l’augmentation des inégalités sociales, les attaques contre les droits démocratiques et la menace croissante d’une guerre mondiale impérialiste, pour mettre fin au capitalisme et créer une société socialiste dans laquelle les forces productives sont subordonnées aux besoins de la population de cette planète, et non le profit privé.

Les mêmes progrès scientifiques qui, dans les mains des milliardaires, menacent la destruction de la planète, peuvent, dans les mains de la classe ouvrière, la grande majorité de l’humanité, conduire au résultat inverse : la création d’une société qui abolit la pauvreté, la guerre et l’injustice sociale ainsi que les dangers posés par le réchauffement climatique.

(Article paru en anglais le 14 juillet 2017)

Chimie verte : le CO2, une nouvelle matière première ?

"Le dioxyde de carbone (CO2) est aujourd'hui considéré comme un déchet, nous dit l'article. Son recyclage, en l'utilisant en tant que matière première, est un défi majeur pour la recherche scientifique et un enjeu politique de premier plan. Marc Robert et Julien Bonin ont mis au point un procédé capable de le convertir en méthane, principal composant du gaz naturel qui est la troisième source d'énergie la plus utilisée au monde après le pétrole et le charbon.Au cours de ce processus, la molécule de CO2 perd progressivement ses atomes d'oxygène qui sont remplacés par des atomes d'hydrogène, stockant au passage de l'énergie sous forme de liaisons chimiques. Cette transformation, dite « réaction de réduction », permet d'obtenir une variété de composés allant du monoxyde de carbone et de l'acide formique (des matières premières clés pour l'industrie chimique) au méthanol (un carburant liquide), jusqu'au méthane, forme la plus réduite ayant concentré le plus d'énergie..."

Revenons à la lecture des articles...

Michel Peyret


Et si le CO2 devenait une source d'énergie ?

CNRS

Publié le 18/07/2017

Modifié le 19/07/2017

Publié le 18/07/2017 - Modifié le 19/07/2017

 

Une équipe de chercheurs vient de développer un procédé capable de transformer le dioxyde de carbone (CO2) en méthane (CH4) à l'aide de lumière solaire et d'un catalyseur moléculaire à base de fer. Ces résultats ouvrent une nouvelle voie vers la production de « carburant solaire » et le recyclage du CO2.

Le dioxyde de carbone (CO2) est aujourd'hui considéré comme un déchet. Son recyclage, en l'utilisant en tant que matière première, est un défi majeur pour la recherche scientifique et un enjeu politique de premier plan. Marc Robert et Julien Bonin ont mis au point un procédé capable de le convertir en méthane, principal composant du gaz naturel qui est la troisième source d'énergie la plus utilisée au monde après le pétrole et le charbon.

Au cours de ce processus, la molécule de CO2 perd progressivement ses atomes d'oxygène qui sont remplacés par des atomes d'hydrogène, stockant au passage de l'énergie sous forme de liaisons chimiques. Cette transformation, dite « réaction de réduction », permet d'obtenir une variété de composés allant du monoxyde de carbone et de l'acide formique (des matières premières clés pour l'industrie chimique) au méthanol (un carburant liquide), jusqu'au méthane, forme la plus réduite ayant concentré le plus d'énergie.

Un nouveau pas vers une transition énergétique

Si la plupart des processus connus utilisent des catalyseurs basés sur des métaux rares et précieux, les deux chercheurs ont développé un catalyseur à base de fer, un métal abondant, accessible et peu coûteux sur Terre. Aucun autre catalyseur moléculaire n'avait permis à ce jour de réaliser la réduction complète du CO2 en CH4. Ce processus catalytique fonctionne à pression et température ambiantes, en utilisant la lumière solaire comme seule source d'énergie, et ouvre la voie à une utilisation circulaire du CO2.

En démontrant que la combinaison de la lumière solaire et d'un catalyseur à base de fer est capable de transformer le CO2 en une molécule à fort contenu énergétique, le Laboratoire d'électrochimie moléculaire (université Paris-Diderot, CNRS) montre qu'il est possible de stocker l'énergie solaire renouvelable en une forme de carburant compatible avec les infrastructures industrielles et les réseaux d'énergie existants. Ces travaux ont été publiés dans la revue Nature le 17 juillet 2017.

Pour en savoir plus

Produire de l'énergie du CO2 à partir de bactéries

Article de Nathalie Mayer publié le 24 février 2017

Pour limiter les effets sur le climat du dioxyde de carbone (CO2), on peut travailler à réduire son émission dans l'atmosphère. On peut également chercher un usage à ce gaz à effet de serre réputé indésirable. Et pourquoi ne pas en tirer de l'énergie ? C'est l'idée de scientifiques britanniques qui veulent faire travailler des bactéries.

Les records de concentration en dioxyde de carbone (CO2) dans notre atmosphère ne cessent de tomber, à tel point que le point de non-retour semble atteint. Mais les scientifiques ne sont pas du genre à baisser les bras. En attendant que de vraies mesures de limitation des émissions de CO2soient adoptées et respectées, ils réfléchissent à des solutions alternatives. Comme cette équipe de l'université du Kent (Royaume-Uni) qui cherche à comprendre comment convertir efficacement le CO2 en méthane utilisable pour produire de l’énergie.

Des organismes dits à métabolisme méthanogène pourraient s'en charger. Des bactéries produisent en effet du méthane (CH4) à partir de CO2. Ces organismes seraient même responsables du tiers du méthane rejeté dans notre atmosphère. Mais leur culture — et, de fait, l'industrialisation du procédé — reste compliquée.

Les organismes méthanogènes sont des organismes anaérobies stricts qui meurent en présence de dioxygène. On les trouve, entre autres, dans des milieux extrêmes tels que des déserts, dans des glaces ou, comme ici, dans des geysers. © tpsdave, Pixabay, DP

Les organismes méthanogènes sont des organismes anaérobies stricts qui meurent en présence de dioxygène. On les trouve, entre autres, dans des milieux extrêmes tels que des déserts, dans des glaces ou, comme ici, dans des geysers. © tpsdave, Pixabay, DP 

Mieux comprendre la biosynthèse du méthane

Ce qui permet à ces bactéries de produire aussi efficacement du méthane à partir de CO2, c'est le cofacteur F430, qui catalyse la réaction. Les chercheurs de l'université du Kent se sont donc naturellement demandé comment les bactéries en question parviennent à synthétiser ce cofacteur. Une question fondamentale dont les implications pourraient être grandes.

Ils sont finalement parvenus à identifier les protéines qui elles-mêmes catalysent la synthèse du cofacteur F430. De quoi espérer concevoir des bactéries tout aussi efficaces dans la conversion de CO2 en méthane, mais bien plus « dociles » et intégrables dans un processus industriel.

Chimie verte : le CO2, une nouvelle matière première ?  Considérations environnementales (et économiques) obligent, l’industrie de la chimie envisage de plus en plus sérieusement de remplacer le pétrole qu’elle emploie en abondance par d’autres matières premières, plus durables. Stéphane Sarrade, directeur de recherche en chimie et génie des procédés, nous explique en vidéo que le CO2 pourrait être celles-ci.