Avec Marx

29 septembre 2016

André Bellon, une Assemblée constituante rassembleuse

« Certes, nous dit André Bellon, l’idée de Constituante a fait son chemin depuis le référendum de 2005, date à laquelle nous avons lancé cette idée. Elle court aujourd’hui parmi les candidats, certains l’incluant dans leur programme comme un élément parmi d’autres, d’autres moins médiatiques semblant souhaiter limiter leur campagne à ce seul objectif. Mais l’élection présidentielle n’est pas adaptée à cette perspective. Elle insère par nature le candidat dans un combat de personnes et de programmes. Elle est d’ailleurs de plus en plus, s’éloignant de ses origines, un combat entre représentants de partis, surtout par le biais des primaires. Le candidat, quel qu’il soit, ne peut donc être celui du rassemblement pour la reconstitution du peuple nécessaire à la naissance d’une Assemblée constituante. Une démarche par définition transpartisane et rassembleuse telle que celle de la Constituante ne peut s’accommoder de la logique de la compétition présidentielle... »

Reprenons l'argumentation de André Bellon...

Michel Peyret


La Constituante face à la présidentielle

André Bellon

 

L’Association pour une Constituante est parfois confrontée à cette question : pourquoi refuser de passer par l’élection présidentielle pour imposer la Constituante ?

Nous récusons en effet cette idée. Selon nous, les deux objectifs se contredisent. C’est pourquoi nous appelons à remplacer la Présidentielle par l’élection d’une Constituante, manière symbolique de se libérer de l’obsession présidentielle, pilier de nos institutions et poison pour la démocratie.

Nos explications se heurtent parfois à un militantisme fermé des thuriféraires de telle ou telle pensée, de tel ou tel candidat, censés porter les changements institutionnels nécessaires. Ce qui est intéressant -et très révélateur de la logique présidentielle-, c’est le ton employé dans leurs commentaires sur notre site ou sur facebook : interjections comminatoires, plus ou moins méprisantes et peu caractéristiques d’esprits ouverts au dialogue. Je cite : « Constituante ou pas, tu es obligé de passer par la présidentielle d'abord …. Attendez-vous des martiens pour nous obliger à mettre la Constituante en place ? … » De telles méthodes ont pour objet de clore tout débat avant même qu’il ne commence. Habile ! 

Il est donc nécessaire que nous rappelions nos analyses.

En tant qu’Association, nous ne prenons jamais position dans les compétitions électorales.

Certes, l’idée de Constituante a fait son chemin depuis le référendum de 2005, date à laquelle nous avons lancé cette idée. Elle court aujourd’hui parmi les candidats, certains l’incluant dans leur programme comme un élément parmi d’autres, d’autres moins médiatiques semblant souhaiter limiter leur campagne à ce seul objectif.

Mais l’élection présidentielle n’est pas adaptée à cette perspective. Elle insère par nature le candidat dans un combat de personnes et de programmes. Elle est d’ailleurs de plus en plus, s’éloignant de ses origines, un combat entre représentants de partis, surtout par le biais des primaires. Le candidat, quel qu’il soit, ne peut donc être celui du rassemblement pour la reconstitution du peuple nécessaire à la naissance d’une Assemblée constituante. Une démarche par définition transpartisane et rassembleuse telle que celle de la Constituante ne peut s’accommoder de la logique de la compétition présidentielle.

La Constituante doit être, en effet, celle du peuple français tout entier, pas d’une fraction, qu’elle soit de gauche ou de droite. Elle n’a pas de couleur politique et n’appartient à aucun parti, à aucune personnalité. Qu’on le veuille ou pas, portée par un candidat à la présidentielle, elle verrait son influence limitée au résultat de celui-ci.

Nous pensons au contraire que l’objectif de la Constituante ne trouve son sens qu’en dehors des futilités ou manœuvres de la vie politicienne. Elle ne peut être octroyée, quelles que soient les qualités des candidats qui en parlent. Elle doit être construite par les citoyens en même temps qu’elle construit les citoyens. Pour sa part, la présidentielle, élection particulièrement aliénante, ne peut rebâtir la citoyenneté. La logique du scrutin présidentiel est destructrice de la liberté de pensée et de la libération des citoyens. Les injonctions des partisans de tel ou tel candidat confirment d’ailleurs l’esprit d’embrigadement et de soumission à un sauveur providentiel, totalement antinomique, à nos yeux, de la Constituante.

La pétition https://www.change.org/p/citoyennes-et-citoyens-de-france-présidentielle-non-constituante-qui appelant à remplacer la présidentielle par l’élection en France d’une Assemblée constituante vise à interroger les citoyens sur un scrutin qui les infantilise. A ce titre, elle ne cible personne en particulier mais un système tout entier. Elle est un outil proposé aux citoyens dans leur marche vers la libération hors d’un système oppressif et de moins en moins démocratique. Elle est un instrument d’agrégation de leurs aspirations, aspirations concrétisées dans la collecte des cahiers d’exigences dans le cadre du mouvement des Communes citoyennes (www.communes-citoyennes.fr/). Elle est une étape dans la reconstruction du peuple souverain, sans heurts ni violences et hors de toute allégeance.

La liberté ne se conquiert pas par des instruments qui brident la liberté.

Bien amicalement

André Bellon

Jean-Pierre Tricaud, une forme de réformisme...

« Voilà, nous dit Jean-Pierre Tricaud, quelques réflexions qui me taraudent un peu. Elles ne s'appuient sur pas grand chose de théorique ou de scientifique...Je laisse les connaisseurs et les érudits en la matière approfondir et développer si cela le mérite, sinon à classer dans les délires d'un parpaillot en mal de sommeil. Je déborde quelque peu de ma fonction au CA et de mon domaine de compétences mais je ne fais d'ombre à personne du fond de mon Périgord chéri. Et j'espère n'avoir réveillé personne !..."

Reprenons les réflexions (nocturnes) de Jean-Pierre Tricaud..

Michel Peyret


 

Pensées d'insomniaque et rêveries nocturnes...

Jean-Pierre Tricaud

Salut à toutes et tous,

Pendant que P. Laurent et ses sbires cherchent à quel panache M.. nous allons devoir nous rallier...j'essaie de voir plus loin, quitte à m'aveugler ou à m'y perdre.

Depuis environ 30/35 ans, disons la fin des années 70 et depuis le 1er septennat de Mitterrand -cela dit sans anti-socialisme primaire-, le PARTI et  le SYNDICAT (on ne peut pas utiliser le pluriel) qui prônaient la lutte de classe comme matrice, moteur, but et moyen de leur existence, ont peu à peu cédé à ce que le K attendait et se battait depuis longtemps : LA RESIGNATION DEVANT L'AMPLEUR DE LA TACHE  A ACCOMPLIR.

Et la chute de l'URSS n'a pas arrangé les choses, à la fois cause et conséquence.

Le K n'est donc pas attaqué sur sa base de CLASSE, c'est à dire sur ses fondements mêmes, sur sa base constitutive, qui permettrait de le déboulonner.

Car après avoir conquis de haute lutte droits, protections, libertés que l'on connaît, et qui ont détourné une part de la plus-value à son avantage en rognant sur les profits, le monde du travail s'est constitué un STATUT (des statuts) face au K.

A partir du moment où le salariat devenait STATUTAIRE face à l'ennemi de classe, il s'est adapté au système K, qui lui-même s'y est adapté, pour surmonter ses crises, se transformer, se développer...

Car une fois ce statut obtenu, la lutte n'est plus que pour le maintien, le statu-quo, parfois une amélioration, cela peut s'appeler la DEFENSE.

Et ce n'est donc pas l'ATTAQUE.

Attention, je ne dis pas que les statuts existants (FP, Energie, Cheminots,...) ou conventions collectifs ont été ou sont inutiles, je parle de la notion (si elle existe) de STATUT, situation de fait par rapport à quelque chose, à quelqu'un.

Nous sommes donc là dans une forme de réformisme, qui ne dit pas son nom, qui atteint aujourd'hui ses limites historiques (à l'échelle de l'humanité bien sûr).

Car comme nous le disons parfois "il n'y a plus de grain à moudre", le K ne partage plus, ne cède rien, ne cédera pas, sauf à un renversement cul sur tête du rapport de forces...

Deux exemples : 

- la sécurité sociale professionnelle tout au long de sa vie: c'est bien mais n'est-ce pas adapter la précarité, le chômage, la protection sociale à la crise du système K ?

- et l'idée d'un revenu universel ou d'un salaire à vie : sans travailler, sans production de richesses ?

Le K a besoin du salariat, tel que nous le définissons aujourd'hui, et bien, en s'appuyant sur cette forme de réformisme et cette notion statutaire, le K est en train de résoudre une contradiction majeure de son existence et pour sa survie : SUPPRIMER LE SALARIAT.

Sinon il lui reste la guerre, mais là...qui gagne? qui perd? que reste-t-il?

Toutes les lois, portant les divers noms de leurs illustres auteurs, depuis les années 2000 au moins, s'inscrivent dans cette perspective, dans ce projet.

Nous le ressentons peut-être plus fortement aujourd'hui avec ce gouvernement "de gauche".

Nous voyons bien la (les) cohérence (sous l'égide de l'UE, du FMI, avec les traités) qui lie les réformes des retraites, les lois Bachelot/Touraine, la réforme territoriale (communes, départements, régions), la loi NOTRe, les lois Macron, la  loi travail...et les révisions constitutionnelles entamées par Jospin et Chirac, poursuivies par Sarko et Hollande.

Et si je ne parle que de la France, on voit bien ce qui se passe ailleurs en Europe et dans le monde...

Donc pour nous, COMMUNISTES, POUR UN SOCIALISME DU XXIè SIECLE, nous avons pour tâche prioritaire de REMETTRE SUR LES RAILS ET DANS LES CONSCIENCES, LA  LUTTE DE CLASSE, qui s'attaque réellement à LA BASE DE CLASSE DU K.

Mais comme disait un autre "QUE FAIRE?" ou plutôt COMMENT FAIRE?

Voilà quelques réflexions qui me taraudent un peu. Elles ne s'appuient sur pas grand chose de théorique ou de scientifique...

Je laisse les connaisseurs et les érudits en la matière approfondir et développer si cela le mérite, sinon à classer dans les délires d'un parpaillot en mal de sommeil.

Je déborde quelque peu de ma fonction au CA et de mon domaine de compétences mais je ne fais d'ombre à personne du fond de mon Périgord chéri.

Et j'espère n'avoir réveillé personne !!

Amitiés communistes.

Jean-Pierre TRICAUD

Jean Ortiz, comment changer durablement la vie ?

« Comment changer durablement la vie , interroge Jean Ortiz, si l’on reste enfermé dans un cadre plan plan où tous les dés sont pipés, où le système dominant  domine , absorbe, recycle les « changements » cosmétiques, disloque la conscience de classe, assure intelligemment (brutalement lorsque il se sent menacé) le statut quo social par mille artifices? Je ne me résous pas à croire, comme le rabâchent les rats bâchés des sondages et les aras médiatiques, que « l’ère des révolutions est terminée », définitivement invalidée par les traumatismes, les échecs, les effondrements du 20ème siècle. Les avancées , les conquêtes, les résistances, les luttes, passées par pertes et profits !! Ces arnaqueurs mentent par intérêt de classe et conspirent contre l’intelligence... »

Reprenons les réflexions de Jean Ortiz...

Michel Peyret


Chroniques Latines, L'Humanité

Retour à l'accueil du blog« Chroniques Latines »

Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un oeil vif sur l'Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien...

 

Jean Ortiz

Vendredi, 23 Septembre, 2016 - 00:32

« Rêver, même mal, pour atteindre l’inaccessible étoile »

Qui mieux que le PCF peut incarner, s’il le décide vraiment, la révolution et le communisme ?

Ceux qui lisent mon blog s’en doutaient : je crois (encore et toujours) en la révolution et en un communisme humaniste. Pas par caprice ni fétichisme, ni par intention messianique, ou pour me rassurer dans la nostalgie d’un passé que j’aurais « mythifié ». Je ne prends pas des moulins à vent pour des géants, même si la confusion s’avère riche de sens et d’interprétations subversives. Don Quichotte, le « chevalier errant », est moins extravagant et plus clairvoyant qu’il n’y paraît. Sa soif de liberté traverse le temps. Son errance : celle de qui rêve un autre monde.

Je crois en cette soif, en cette « errance », en la révolution comme une nécessité vitale, à tous les niveaux, pour aujourd’hui, comme dépassement de soi, en travaillant, simultanément, à arracher une vie nouvelle aux maîtres du monde.

Comment répondre aux besoins, humains d’abord, et sortir de la ravageuse « crise de civilisation » , du terrible chaos dans lesquels nous sommes plongés, si l’on ne se fixe pas comme démarche la radicalité, comme horizon la révolution? Il n’y a pas « d’ordre » sans justice. D’accord avec Camus ! Pour affronter le quotidien nous avons besoin d’idéal de justice, d’utopie, d’humanité.

Comment changer durablement la vie si l’on reste enfermé dans un cadre plan plan où tous les dés sont pipés, où le système dominant  domine , absorbe, recycle les « changements » cosmétiques, disloque la conscience de classe, assure intelligemment (brutalement lorsque il se sent menacé) le statut quo social par mille artifices? Je ne me résous pas à croire, comme le rabâchent les rats bâchés des sondages et les aras médiatiques, que « l’ère des révolutions est terminée », définitivement invalidée par les traumatismes, les échecs, les effondrements du 20ème siècle. Les avancées , les conquêtes, les résistances, les luttes, passées par pertes et profits !! Ces arnaqueurs mentent par intérêt de classe et conspirent contre l’intelligence.

Il faudrait donc se résigner à « la barbarie » ambiante, faute de mieux ; tourner la page des révolutions, renoncer à se débarrasser de la société de classes ; renoncer au partage des richesses, à l’épanouissement de chacun ( jamais terminé) comme condition de l’épanouissement de tous. Ne plus croire à une société  «éco-socialiste », à la socialisation, à une utilisation de l’argent pour d’autres logiques de production, de croissance, de consommation, non prédatrices .

Il faudrait perdre la mémoire du passé, tourner le dos (pour être poli) , aux combats ouvriers, aux luttes émancipatrices, à nos engagements de militants « apprentis- hommes » (JJ Rousseau).

Il faudrait donc interdire la mémoire populaire et le rêve, gommer les antagonismes de classe, accepter la relégation définitive du prolétariat, des « perdants », des « multitudes », abdiquer face à l’immensité des privilèges et des fortunes de quelques-uns. Mais peut-on refouler la nécessité et les grandes aspirations de l’humanité, la nécessaire libération de tout ce qui nous étouffe et nous broie ? La révolution (remettre le monde à l’endroit) s’avère absolument indispensable, et possible ; elle ne relève ni du catalogue passe-partout ni du décret, mais de la volonté et de choix politiques clairs. Elle passe par une contre-offensive idéologique, culturelle, par le rassemblement du peuple, oui... sur une alternative de dépassement du capitalisme, loin de toute sousoupe « socialo-dépendante ». Elle suppose une visée « communiste » annoncée, assumée. Et le courage de se « révolutionner », de reconquérir la mémoire d’hier afin de travailler à une perspective d’avenir, de reprendre possession des mots, des concepts que l’on nous a volés ou que nous avons abandonnés, de porter la colère des humbles, de ce « quart-monde » qui entoure nos centres urbains, et de la traduire en conscience de classe.

Le « Communisme » n’est pas un corpus d’idées figé, préétabli, mais un mouvement permanent de la société, un mot polysémique à la fois « plombé » et porteur de futur. Surtout pas une injure, un gros mot. Nommer les choses c’est les faire exister (j’ai oublié l’auteur de cette belle formule). Savoir ce que l’on veut. Le capitalisme ne relève pas de lois naturelles inexorables, immuables, mais de choix politiques. Donnons envie et soif de communisme aux jeunes en appelant un chat un chat ! Ne perdons plus de temps ! Que de dégâts et à la fois : que de potentialités ! Que d’occasions dont profitent nos adversaires pour mystifier le peuple. Qui mieux que le PCF peut incarner, s’il le décide vraiment, la révolution et le communisme ? Assurer à « ceux d’en bas » une vie nouvelle. Une vraie vie.

Ne retombons pas dans la confusion,  dans les ornières du passé. Que l’on ne compte pas sur moi pour oublier la répression « de gauche », le mépris de Valls, l’anticommunisme de Hollande et de ses 14 millionnaires de ministres, pour effacer leurs trahisons assumées, leur arrogance, les militants tabassés, éborgnés, licenciés. Les vrais frondeurs sont ceux qui crédibilisent l’idée de révolution, qui y travaillent en agglutinant, en termes de bloc social et politique large, sur des bases résolument anticapitalistes ; seule alternative capable d’empêcher la marche à l’abîme, de caresser « l’inaccessible étoile ».

 

 

28 septembre 2016

Rannie Amiri, Shimon Peres ou le roi des fourbes

« Le rôle capital, nous disait Rannie Amiri, qu’il a joué dans le développement de la capacité nucléaire israélienne est développé dans le livre "Shimon Peres - Une biographie" de l’historien Michael Ben Zohar. Selon l’agence de presse Reuters "le livre... détaille la manière dont Peres a servi officieusement d’architecte à la puissance nucléaire israélienne, en se procurant des armes en secret et en achetant un réacteur nucléaire à la France".Grâce à Peres, et plusieurs dizaines d’années avant que l’Iran n’enrichisse un seul gramme d’uranium, c’est Israël qui a introduit le premier l’arme atomique dans l’instable Moyen-Orient... »

Ce qu'écrivait Rannie Amiri en 2010 donne à entendre les félicitations qu'il reçoit aujourd'hui de la part de personnalités politiques françaises, entre autres...

Michel Peyret


24 mai 2010

La carrière de Shimon Peres, Le roi des hypocrites d’Israël (Counterpunch)

Rannie AMIRI

« Le vrai hypocrite est celui qui ne se rend plus compte qu’il est un hypocrite, celui qui ment en toute sincérité" - André Gide

« Car je t’ai cru pur et lumineux, toi qui es plus ténébreux que l’enfer, plus sombre que la nuit" - William Shakespeare

Cela fait longtemps que la communauté internationale s’est entichée du Président actuel et ancien Premier Ministre d’Israël, Shimon Peres. Il a la réputation d’être une voix raisonnable et pacifique comme la colombe au milieu de faucons intransigeants et il tempère les inquiétudes et calme les critiques par des paroles apaisantes mais vides préconisant le dialogue et la création d’un état palestinien. En réussissant à faire croire au monde entier qu’il existe une différence notable entre sa position "de gauche" et l’extrême droite israélienne, il a démontré qu’il était le roi des fourbes.

Peres a recommencé la semaine dernière lors de sa rencontre le Président Dmitry Medvedev après la célébration du Jour de la Victoire à Moscou et avant la première visite officielle du leader russe en Syrie. Il n’a pas raté l’occasion de travestir à nouveau la vérité en affirmant que des missiles Scuds étaient envoyés au Liban tout en soutenant, sans se rendre compte de la contradiction, qu’Israël n’avait aucun intérêt à exacerber les tensions avec la Syrie.

Avant le début des "négociations de proximité" sous arbitrage des USA, il a aussi demandé à l’envoyé spécial au Moyen Orient Georges Mitchell que les "questions de sécurité" soient prioritaires dans les négociations "étant donné que depuis que l’armée (israélienne) et les colons ont évacué Gaza des milliers de roquettes sont lancées sur les communautés israéliennes"

Gaza

En revenant sur le retrait israélien du territoire occupé de Gaza à la fin de 2005, Peres a oublié de mentionner ce qu’Israël a fait ensuite à la population la plus dense de la planète. Après les élections parlementaires libres, démocratiques et incontestées de janvier 2006 (qui donna au Hamas la majorité des sièges au Conseil Législatif Palestinien) Israël a fermé ses frontières hermétiquement.

Quand il est devenu clair que la faction du Fatah de l’Autorité Palestinienne du Président Mahmoud Abbas - le leader de Cisjordanie dont les israéliens appréciaient la souplesse et la collaboration - ne contrôlerait plus Gaza, un siège terrible et inhumain a été imposé à la petite enclave. Les produits de première nécessité comme la nourriture, le fuel, l’électricité, l’eau potable, l’huile de cuisson, les vêtements et les médicaments ont été interdits d’accès. Ce fut une forme odieuse de punition collective qui est considérée par la Convention de Genève de 1949 comme un crime de guerre. Mais Peres, prix Nobel de la paix, n’a aucun état d’âme a ce sujet.

L’écrasant embargo a duré 18 mois. La malnutrition des enfants augmentant avec le désespoir des habitants de Gaza, est-il surprenant que ceux qui étaient maintenus captifs dans cette prison à ciel ouvert - avec des réserves de nourriture et d’eau potable diminuant sans cesse- lancent des roquettes rudimentaires et aveugles sur leurs geôliers ? De fait, ils les envoyaient le plus souvent en réponse aux provocations des Forces de Défense Israéliennes (IDF). En comparaison des armes sophistiquées de l’IDF, les roquettes de fabrication artisanale qui carburent aux fertilisants étaient de simples catapultes. Elles n’ont pas occasionné la moindre perte à Israël tout au cours de l’année dernière.

Et faut-il rappeler la sauvage attaque de Gaza par Israël en décembre 2008, avec l’utilisation illégale de bombes au phosphore blanc, le meurtre délibéré de civils (dont beaucoup agitaient des drapeaux), la destruction des bâtiments et des réserves de nourriture de l’ONU, des mosquées, des écoles, des ponts, des ambulances, des postes de police et en fait de toute l’infrastructure civile ? Il suffit de lire les rapports de Richard Falk, Rapporteur Spécial de l’ONU pour les Droits Humains dans les Territoires Occupés de Palestine, et du juge Richard Goldstone qui a mené la Délégation d’Etudes sur le Conflit de Gaza de l’ONU.

Inutile de préciser que les conséquences ont été catastrophiques : plus de 1400 personnes tuées - principalement des civils dont un tiers d’enfants ; 100 000 réfugiés ; 500 000 personnes sans eau potable ; 4000 maison complètement détruites et 45 000 endommagées ; 1 500 fabriques et locaux commerciaux ainsi que les immeubles de l’ONU (y compris 4 écoles) et presque 50% de la terre cultivable inutilisable (chiffres de 2009 d’après le Bureau Central Palestinien de Statistiques, le Centre Palestinien des Droits de l’Homme et différentes ONG).

Le blocus israélien dure toujours avec quelques "aménagements". En mars, pour la première fois en trois ans, Israël a autorisé 10 camions de chaussures et de vêtements à entrer à Gaza. Les matériaux de construction, les crayons de couleur pour les enfants et les livres sont toujours interdits d’accès.

L’exigence de Peres, que la "sécurité d’Israël soit le point central des négociations indirectes" surtout avec en toile de fond le retrait de l’armée israélienne de Gaza [2005], est absurde et insultante ; comme si le démantèlement de colonies illégales était un acte si héroïque qu’on pouvait fermer les yeux sur les crimes de guerre commis par la suite. Quelle sécurité reste-t-il a sauvegarder quand les Palestiniens de Gaza manquent toujours de nourriture, d’abri et de vêtements ?

L’impudence d’invoquer Gaza pour illustrer les besoins de sécurité d’Israël mise à part, Peres demeure une source intarissable de désinformation et d’obscures manipulations.

Il s’est fait le porte-parole le plus diligent d’Israël pour colporter l’assertion infondée que la Syrie a envoyé des missiles Scuds au Liban. Il persiste aussi à mettre en avant la prétendue menace de l’énergie nucléaire naissance de l’Iran tout en refusant d’envisager qu’Israël puisse signer le Traité de non prolifération nucléaire.

Le père du programme nucléaire militaire d’Israël

C’est lui en effet qui fut l’architecte du développement de l’arme nucléaire d’Israël. En 1953 le Premier Ministre Ben Gourion a nommé le jeune Peres Secrétaire Général du Ministre de la Défense. Au cours des réunions dont le but était de rédiger le Protocole de Sèvres de 1956, Peres a obtenu le concours de la France pour construire un Centre de Recherche Nucléaire dans le Negev.

Le rôle capital qu’il a joué dans le développement de la capacité nucléaire israélienne est développé dans le livre "Shimon Peres - Une biographie" de l’historien Michael Ben Zohar. Selon l’agence de presse Reuters "le livre... détaille la manière dont Peres a servi officieusement d’architecte à la puissance nucléaire israélienne, en se procurant des armes en secret et en achetant un réacteur nucléaire à la France".

Grâce à Peres, et plusieurs dizaines d’années avant que l’Iran n’enrichisse un seul gramme d’uranium, c’est Israël qui a introduit le premier l’arme atomique dans l’instable Moyen-Orient.

Le massacre de Qana

Le Massacre de Qana a eu lieu pendant la guerre du Liban "Raisins de la Colère" en 1996 et sous l’oeil du Premier Ministre Peres.

Pour échapper aux combats, 800 civils libanais s’étaient réfugiés dans une enclave de l’ONU près du village de Qana. Avec un mépris total pour l’ONU autant que pour les civils que l’ONU abritait, l’IDF a bombardé les bâtiments, tuant 106 innocents et en blessant plus de 100.

Une investigation de l’ONU a conclu qu’il était peu probable que le bombardement soit dû à de grossières erreurs techniques ou de procédure, comme Israël l’avait d’abord prétendu. Après avoir avancé plusieurs justifications successives, Peres finit par accuser le Hezbollah, en utilisant l’excuse éculée du "bouclier humain". D’autres investigations furent moins complaisantes. Un enquête d’Amnistie Internationale aboutit à la conclusion que l’attaque avait été "intentionnelle et devait être condamnée". De même l’organisation pour les droits humains, Human Right Watch a écrit dans son rapport "nous déclarons que ce fut un massacre intentionnel avec usage de missiles et explosifs de la plus haute précision".

Les spécialistes du Moyen-Orient qui reconnaissent la nature expansionniste et néo-coloniale d’Israël constatent que les principaux partis politiques - le Likoud, le labor ou Kadima- défendent ou promeuvent les colonies, les expropriations de terre palestinienne, l’expulsion de leurs habitants et l’exacerbation délibérée des tensions entre les différents pays de la région.

Bien que l’attitude de Peres dans cette affaire soit souvent comparée à celle d’un loup déguisé en mouton, les observateurs intelligents ne s’y trompent pas. Ils voient un loup, un vrai.

Rannie Amiri est un commentateur indépendant spécialiste du Moyen-Orient.

pour consulter l’original :

http://www.counterpunch.org/amiri05142010.html

Traduction D. Muselet

URL de cet article 10648 
http://www.legrandsoir.info/La-carriere-de-Shimon-Peres-Le-roi-des-hypocrites-d-Israel-Counterpunch.html

 

Palestine, Frank Barat et les conversations Noam Chomsky-Ilan Pappé

« Israël et son économie, rapporte Frank Barat, vivent grâce à la guerre. Israël se vante d’être en expert en lutte anti-terrorisme, en sécurité, ce qui est, à l’époque dans laquelle on vit, très important. La société d’armes israéliennes Elbit par exemple, met en avant sur ses prospectus, ses prouesses dans les territoires occupés, Gaza compris. Israël importe le « conflit » à l’international. Les experts qui ont construit le mur de l’apartheid, sont impliqués dans la création du mur à la frontière mexicaine. Les commandos israéliens forment les forces spéciales de nombreux pays, et la police israélienne est consultée à chaque attaque terroriste en Europe ou ailleurs. Israël en toute impunité, peut donc se servir des territoires occupés, et de Gaza en particulier, comme « training ground ». Pour ses soldats, ses armes, ses bombes, ses missiles....et ensuite dire au monde entier « regardez comme nous sommes forts, regardez comme nous matons notre ennemi. Vous pouvez faire pareil vous savez, il vous suffit d’acheter nos armes, d’étudier nos techniques... ».

Reprenons les conversations...

Michel Peyret


 

http://www.ujfp.org/spip.php?article4845

Palestine : les conversations de Noam Chomsky et d’Ilan Pappé rapportées par Frank Barat

mardi 12 avril 2016 par Franck Barat

Dans "Palestine", Noam Chomsky et Ilan Pappé, deux ardents défenseurs de la cause palestinienne, mènent une longue conversation dirigée par Frank Barat, militant des droits de la personne. Nous avons rencontré ce dernier afin de renouveler nos clefs de compréhension sur la question palestinienne. Selon eux, il s’agirait depuis le début d’un cas évident de colonialisme et de dépossession. Entretien coup de poing.

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De gauche à droite : Frank Barat, Ilan Pappé et Noam Chomsky


Comment est né le livre-conversation entre Noam Chomsky et Ilan Pappé que vous dirigez ?

« Palestine » est la suite de notre collaboration sur « Palestine, l’état de siège » née d’un premier entretien que nous avions fait en 2007, « Le champ du possible ». J’avais, à l’époque, sans grand espoir à vrai dire, contacté Noam Chomsky, pour lui demander s’il serait d’accord de participer à un entretien croisé avec l’historien Ilan Pappé. A ma grande surprise, Noam a répondu positivement très rapidement. Les premiers entretiens, y compris ceux pour « Palestine, l’état de siège » furent par email, mais pour « Palestine », je tenais vraiment à ce que cela soit interactif. Nous sommes donc partis à Boston avec Ilan Pappé pour y rencontrer le Professeur Chomsky et avons passé deux jours ensemble. Cela rend le livre meilleur à mon avis, plus intéressant. Cela nous a permis d’aller au fond des choses, de les decortiquer. Je suis vraiment satisfait de la qualité et pertinence des échanges dans « Palestine », les deux auteurs s’étant vraiment ouverts, sans tabou.

La situation en Palestine est analysée sous le prisme du colonialisme et de la dépossession semblable à l’apartheid sud-africain. Pourquoi est-ce selon vous pertinent ?

C’est pertinent car c’est la réalité du terrain. C’est aussi un fait historique qui a trop longtemps été mis de coté. La question palestinienne est une question coloniale. Ce n’est pas une question de religion ou de deux peuples se battant pour la même terre. Les palestiniens et les juifs vivaient relativement paisiblement avant l’avènement du mouvement politique sioniste et l’immigration massive des juifs vers la Palestine. Et cela date de bien avant la deuxième guerre mondiale et le génocide juif, qui n’a fait qu’accélérer un processus déjà en marche depuis la fin du XIX siècle. Ce colonialisme de peuplement, qui s’est passé grâce au nettoyage ethnique de 1947/1948, a commencé avant la guerre de 48, (guerre qui a servi d’excuse à Israël pour le justifier, mais cela ne tient donc pas la route, puisque dès décembre 47, les Palestiniens furent expulsés par des groupes tel que le Irgun, la Haganah et le Stern Gang), s’est ensuite transformé en occupation militaire, et maintenant, après plus de 60 ans, en régime d’apartheid. Il est donc important de le dire, et d’en parler. La création de l’état d’Israël ne tient en aucun cas d’un miracle. C’est une opération politique, militaire et de nettoyage ethnique qui a permis à Israël de « naître ».

Le conflit israélo-palestinien est le théâtre d’une véritable « guerre des mots » où deux récits très structurés s’affrontent. Quel impact cela a-t-il sur le traitement de la question palestinienne ?

Un impact énorme. Pendant longtemps, les sondages ont montré que l’opinion publique dans sa majorité, croyait que la Palestine occupait Israël ! C’est fou. Une réussite incroyable pour la machine de propagande israélienne. Les médias de masse ont grandement et continuent toujours d’ailleurs, d’alimenter ce mythe et de créer cette image complètement fausse de la réalité. Mais cela change, petit à petit, les chiffres le montrent. Les gens ont maintenant conscience que ce qui se passe sur place n’est pas tel que les médias et nos gouvernements nous l’expliquent. En revanche, il est toujours très difficile pour les Palestiniens de se débarrasser de l’image de terroriste qu’on leur a collé dessus depuis le début. Le traitement de la question palestinienne par les médias de masse est grossier, pour parler poliment. Par exemple, a- t-on beaucoup parlé en France de l’exécution d’un Palestinien par un soldat israélien, filmée, alors que celui-ci était au sol, blessé ? Non, imaginez si l’homme par terre avait été Israélien. Tout sur sa vie aurait été connu : son nom, son activité professionnelle, ses goûts, ses parents et sa petite amie auraient été interviewés....

La déshumanisation des palestiniens par les médias de masse est quelque chose qui faut combattre au jour le jour. Quant aux récits, il est vrai que le récit israélien est très structurés, très bien fait, mais il fait souvent penser à une fiction, car très peu réaliste. L’idée du petit pays (alors qu’Israël possède l’une des plus redoutables armées au monde) entourés de sauvages qui veulent lui faire la peau, l’idée du David contre Goliath, du miracle israélien, du « un pays sans peuple pour un peuple sans pays »....oui, c’est très bien fait, comme un bon film hollywoodien. Le récit palestinien lui, est parfois moins bien ficelé, mais c’est parce qu’il est réel. La réalité n’est jamais parfaite.

Territoires occupés vs disputés, terroristes vs résistants, … décrire la situation avec une certaine neutralité est souvent un casse-tête pour les commentateurs. Est-ce selon vous possible ou est-il inévitable de prendre parti dès lors que l’on utilise tel ou tel mot ?

Ne pas prendre parti devant une situation d’injustice est la même chose que prendre parti pour l’oppresseur. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Desmond Tutu, figure mythique du mouvement contre l’apartheid sud-africain. Maintenant les journalistes des médias de masse me font doucement rigoler, avec leur impartialité et leur neutralité. C’est de la foutaise. Quand on est face a une puissance occupante et un peuple occupé, qui lutte pour sa liberté, comment rester neutre ?

Les journalistes, pas tous bien sûr, car certains indépendants font un travail formidable, restent neutre, en général, pour sauver leur gagne pain et leur emploi. Après, certains « grands » journalistes vous diront que l’on ne leur a jamais demandé de changer un mot de leurs articles et qu’ils ne sont donc pas censurés. Mais encore une fois ils se trompent, l’auto censure est tellement ancrée en eux qu’il ne s’en rendent même pas compte, donc leurs patrons n’ont pas besoin de les rappeler à l’ordre. Le choix des mots est crucial, vous avez raison, car c’est un choix idéologique et politique. Cela est vrai pour la question palestinienne mais aussi pour tout autre questions sociales.

Vous invitez donc à renouveler le vocabulaire sur la question palestinienne. Que proposez-vous sur le plan sémantique ?

C’est important, car le vocabulaire utilisé jusqu’à présent est le vocabulaire proposé par Israel. Il faut donc revenir à la réalité du terrain. Parler de colonialisme, d’occupation, d’apartheid, de résistance, de complicités internationales, des pays, des multinationales et des institutions. Il faut arrêter de parler de « conflit » qui renvoi à un combat de boxe. Ce n’est pas le cas sur le terrain. Il y a un occupé et un occupant. Point.

Au-delà des mots, quelle est la réalité de la situation en Palestine sur le plan des droits de la personne ?

Elle est sombre. Très sombre. Les droits humains les plus élémentaires des Palestiniens sont bafoués quotidiennement. L’accès à la santé, à l’éducation, à un système juridique juste, le droit de mouvement, les droits de la famille, les droits de l’enfant, les droits civiques les plus basiques, le droit de construire un logement, d’exercer une profession de son choix (je pense la aux pêcheurs de Gaza par exemple) d’ouvrir une école, une garderie, une plaine de jeux...tout doit passer par l’occupant, qui valide ou ne valide pas, la plupart du temps les demandes des Palestiniens. On assiste donc toujours, par exemple, à une répression terrible des manifestations pacifiques, ou l’on dénombre de nombreux morts parmi les Palestiniens, des blessés graves....L’impunité d’Israël est telle qu’ils font ce qu’ils veulent sur le terrain, sachant très bien qu’aucun pays ne viendra leur dire de changer d’attitude. C’est grave, mais la société civile s’organise de mieux en mieux et arrive doucement à des résultats forts, qui vont petit à petit changer les choses sur place.

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Crédits : Pixabay

Selon vous, la Palestine serait devenue un laboratoire dédié aux méthodes d’oppression. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Israël et son économie vivent grâce a la guerre. Israël se vante d’être en expert en lutte anti-terrorisme, en sécurité, ce qui est, à l’époque dans laquelle on vit, très important. La société d’armes israéliennes Elbit par exemple, met en avant sur ses prospectus, ses prouesses dans les territoires occupés, Gaza compris. Israël importe le « conflit » à l’international. Les experts qui ont construit le mur de l’apartheid, sont impliqués dans la création du mur à la frontière mexicaine. Les commandos israéliens forment les forces spéciales de nombreux pays, et la police israélienne est consultée à chaque attaques terroristes en Europe ou ailleurs. Israël en toute impunité, peut donc se servir des territoires occupés, et de Gaza en particulier, comme « training ground ». Pour ses soldats, ses armes, ses bombes, ses missiles....et ensuite dire au monde entier « regardez comme nous sommes forts, regardez comme nous matons notre ennemi. Vous pouvez faire pareil vous savez, il vous suffit d’acheter nos armes, d’étudier nos techniques... ».

Israël ne parle pas du fait, bien entendu, que les gens et le peuple qu’ils matent, sont loin d’avoir le même arsenal militaire et sont enfermés entre des murs et des barbelés....Cela ne fait pas parti de l’histoire qu’Israël veut vendre au monde entier. Si l’on remet cela dans un contexte plus global, c’est encore plus dangereux. En effet alors que le mouvement de solidarité continue a dire, justement, qu’Israël n’est pas une démocratie, nous assistons à une "israélisation de nos sociétés", comme en France par exemple, avec un état d’urgence prolongé, des mesures répressives dures à l’encontre des mouvements sociaux...petit à petit, Israël va définir ce qu’est vraiment une démocratie.

Vous êtes l’un des coordinateurs du tribunal Russell sur la Palestine. Pourriez-vous détailler le rôle de cet organe et ses actions ?

Le Tribunal Russell sur la Palestine est né en 2009 à cause de l’inaction des organes en place, des institutions et des Etats, quant aux violations du droit international commises par Israel. Le tribunal s’est penché, pendant plus de 5 ans, sur l’impunité d’Israël et la complicité des Etats, des multinationales et des Nations-Unies. Notre mandat n’était pas de dire « oui Israël est coupable », bien d’autres avant nous, y compris des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch, l’ont très bien fait, mais d’essayer d’internationaliser le sujet en démontrant qu’Israël ne pourrait pas faire ce qu’il fait sans un soutien, parfois inconditionnel, de l’Europe, des Etats-Unis et de certaines multinationales. Dans l’idée, faire comprendre aux citoyens du monde entier qu’ils ont un rôle à jouer pour mettre fin au colonialisme israélien et à l’occupation.

Un tribunal des peuples, citoyen, sur la Palestine fut donc établi, comme celui sur le Vietnam ou l’Amérique Latine auparavant. Nous avons étudié à Barcelone la complicité de l’Union Européenne et de ses Etats membres, à Londres celle des multinationales, et à New York celle des USA et des Nations Unies. Nous nous sommes aussi penché au Cap, en Afrique du Sud, sur la question de l’apartheid israélien et du sociocide, un concept que l’on a voulu développer. Le tribunal a enfin, dédié une session entière, à Bruxelles, fin 2014, à l’attaque sur Gaza, qui a couté la vie à plus de 2300 palestiniens, la plupart des civils.

Quel bilan faites-vous de la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) ?

Il est difficile de faire un bilan alors que la campagne est, il faut le rappeler, encore jeune. Nous venons de fêter les 10 ans du lancement de l’appel BDS, lancée en 2005 par un collectif d’associations, d’ONG, d’individus et de syndicats palestiniens. Alors que le gouvernement israélien regardait cela en plaisantant en 2005, il dépense maintenant des millions pour combattre la campagne et organise des séminaires sur le sujet. Pour moi, c’est le signe principal de la réussite du mouvement. Si l’on est pas attaqué, ou critiqué, cela veut dire qu’on ne dérange pas vraiment le pouvoir en place.

La campagne BDS à eu un effet très important sur le mouvement de solidarité, partout dans le monde. Cela a donné regain à un mouvement qui s’essoufflait. Cela a permis, aussi, de le rajeunir et a donné aux citoyens quelque chose de concret à faire. La campagne BDS est importante car elle a mis en avant le fait que la Palestine était une question internationale et globale et que les gens du monde entier devaient s’en emparer. C’est une campagne de démocratie directe, qui face à l’inaction des gouvernements, passe à l’action et à l’offensive. C’est pour cela qu’elle fait autant peur. Maintenant, après 10 ans, nous sommes à un moment charnière où il faut passer à la vitesse supérieure, car les gouvernements et Israël ne nous ont pas attendu pour redoubler leurs efforts et, de plus en plus, criminaliser une campagne citoyenne et pacifique. Les prochains mois, c’est certain, vont être clefs à ce niveau là.


Avec l’émergence de nouveaux théâtres de conflits dans la région, la solidarité vis-à-vis de la cause palestinienne ne s’est-elle pas essoufflée ?

Je ne les qualifierais pas de « nouveaux » conflits, car ils sont pour la plupart la conséquence inévitable des envolés impérialistes, orientalistes et capitalistes de l’ouest et du soutien des pays occidentaux aux dictateurs sur place. Un peuple ne reste jamais soumis indéfiniment. Il s’organise, se rassemble, s’unit et un jour ou l’autre, il explose.

Après, il est certain que les révolutions du monde arabe, la guerre civile syrienne et la naissance de Daesh sont utilisés par Israël pour démontrer qu’ils sont le seul pays avec des valeurs, humains, et occidental de la région, et qu’il est donc important de les soutenir. Cela rentre parfaitement dans leur fable du David contre Goliath. Le gouvernement israélien fait donc tout son possible pour qu’effectivement la Palestine soit oubliée, au profit des autres conflits. Cela marche peut être avec les gouvernements, nous avons vu Obama, par exemple lors de son dernier discours pour le « State of the Union » n’a pas mentionné le mot Palestine une seule fois. Ce qui est très rare. Par contre, au niveau de la société civile, du peuple, la Palestine reste dans tous les esprits.

Quelles sont selon vous les stratégies de solidarité les plus pertinentes, particulièrement avec l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication ?

Il est évident qu’il ne faut pas compter avec l’aide et le soutien des médias de masse. Ils font partie du problème et il faut donc les contourner, puis les rendre caduques. Ils ne font, pour la plupart que répéter les discours des puissants et la propagande des gouvernements. Il suffit de voir comment les journalistes parlent des grévistes en France, ou des employés qui se révoltent contre leurs patrons. C’est à la fois honteux et pas étonnant du tout. Après tout, beaucoup de journalistes et d’hommes politiques ont fait les mêmes écoles et fréquentes les mêmes endroits.

Maintenant, grâce aux médias sociaux et aux médias indépendants, il est de plus en plus facile de se passer des médias de masse, qui courent tellement après le profit qu’ils n’ont parfois même plus de journalistes sur le terrain, pour couvrir les événements. Avec youtube et un téléphone portable, n’importe qui maintenant peu montrer la réalité du terrain, et cela est flagrant en Palestine, et encore plus pendant le dernier assaut israélien à Gaza. Tout a été filmé, pas besoin de beaucoup chercher pour trouver des preuves. 
Je pense qu’il faut aller plus loin, et vraiment créer notre propre média, un média purement alternatif, un média de résistance. C’est faisable, une émission comme Democracy Now aux USA fait cela très bien : elle est très écouté et suivie. A nous d’en faire de même en Europe.

Palestine

Noam Chomsky, Ilan Pappé

Entretiens dirigés par Frank Barat 
Traduit de l’anglais par Nicolas Calvé 
Ouvrage publié aux Editions Ecosociété
« Plomb durci » (2008-2009), « Pilier de défense » (2012), « Bordure protectrice » (2014) : les trois dernières offensives militaires d’envergure menées par Israël contre Gaza ont fait des milliers de morts du côté palestinien et donné lieu à de nouvelles expropriations de terres en Cisjordanie. Ces guerres de conquête israélienne ont ravivé, chez les militant.e.s de la justice sociale, le besoin d’exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien et l’importance de renouveler le vocabulaire politique lié à cette question.

Noam Chomsky est linguiste, analyste des médias et professeur au Massachusetts Institute of Technology. Il est célèbre dans le monde entier pour ses écrits, notamment les livres suivants aux Éditions Écosociété : L’an 501, Le pouvoir mis à nu, Le nouvel humanisme militaire, Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, Propagandes, médias et démocratie, Quel rôle pour l’État ?, Israël, Palestine, États-Unis : le triangle fatidique et La poudrière du Moyen-Orient.

Ilan Pappé est professeur d’histoire à l’Université d’Exeter et directeur du Centre européen d’études sur la Palestine.

Frank Barat est activiste et l’un des coordinateurs du Tribunal Russel sur la Palestine.

http://ecosociete.org/livres/palestine

Franck Barat

Charles Sannat, connaissez-vous Neelie Kroes !

« Dès le départ, nous dit Charles Sannat, sa nomination dans l’équipe de José Manuel Durão Barroso fut critiquée par le Parlement européen en raison de nombreux conflits d’intérêts potentiels : elle a détenu un mandat d’administrateur dans 43 grandes entreprises (Thales, Volvo, Lucent Technologies, etc.) et siégé au bord de 12 entreprises européennes. Pour cette raison, il est prévu que Neelie Kroes soit dessaisie d’un dossier dès qu’il fait intervenir une entreprise pour laquelle elle a travaillé. (Bon, ça, c’est ce qu’on dit aux couillons qui s’empressent de le croire et pour sauver l’honneur, mais en vrai, on continue à s’en mettre plein les poches sur le dos des mêmes couillons appelés peuples européens)... »

Reprenons la présentation de Neelie Kroes...

Michel Peyret


 

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A la une, Politique et économie

« Le scandale de l’ex-commissaire européen : Neelie Kroes, la femme aux 43 mandats d’administratrice… ! » L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Neelie Kroes, vous vous souvenez ? Non, sans doute pas. C’était le scandale de la semaine dernière mais comme entre-temps, on a eu un noir abattu et des émeutes aux USA, le divorce d’Angelina et de Brad (qui en plus se permet de gueuler sur ses gosses comme le dernier des criminels) et Hollande qui n’est pas candidat et pas en campagne mais qui vient de promettre de démanteler la jungle de Calais – Calais devenue d’ailleurs ville où tout le gratin pas encore gratiné de la campagne à venir doit aller se faire voir comme ce fut le cas pour la ville de Florange lors de la dernière élection. Et pourtant, Florange ferma (l’usine) et pour Calais, on nettoiera, puis ça repoussera…

Bref, comme il y a eu tout cela et bien d’autres choses encore, il est évident que tout le monde a oublié le scandale Neelie Kroes. Tout le monde ? Non, un petit groupe d’inpertinents et d’insolents invétérés résiste encore et toujours à l’envahisseur du court-termisme et de la perte de mémoire. Si vous lisez ces lignes, alors vous êtes la résistance à la bêtise ambiante, et côté bêtise, dans l’édition du jour, vous allez être servis et pas qu’un peu !

Bref, détaillons qui est cette charmante femme.

Elle est née le 19 juillet 1941 à Rotterdam, et elle est une femme d’affaires et politique néerlandaise, membre du parti populaire libéral et démocrate. (On se fiche comme d’une guigne de sa date de naissance, mais ça fait bien dans une « bio »!)

Ministre des Transports des Pays-Bas entre 1982 et 1989, elle est plus tard commissaire européenne à la concurrence dans la Commission Barroso I entre 2004 et 2009, puis vice-présidente de la Commission européenne et commissaire européenne à la société numérique au sein de la Commission Barroso II entre 2009 et 2014…

Bon, en gros, elle va être l’une des plus importantes dirigeantes de l’UE pendant presque 10 ans !

Elle a épousé en secondes noces Bram Peper, ancien maire travailliste de Rotterdam et ministre de l’Intérieur des Pays-Bas… On s’en fiche aussi mais ça renforce son profil « House of Cards » – pour ceux qui ne connaissent pas la série, c’est l’histoire d’un couple d’Américains prêts à tout pour accéder au pouvoir le plus élevé… y compris à tuer toutes celles et ceux qui pourraient entraver leur ascension.

Dès le départ, sa nomination dans l’équipe de José Manuel Durão Barroso fut critiquée par le Parlement européen en raison de nombreux conflits d’intérêts potentiels : elle a détenu un mandat d’administrateur dans 43 grandes entreprises (Thales, Volvo, Lucent Technologies, etc.) et siégé au bord de 12 entreprises européennes. Pour cette raison, il est prévu que Neelie Kroes soit dessaisie d’un dossier dès qu’il fait intervenir une entreprise pour laquelle elle a travaillé. (Bon, ça, c’est ce qu’on dit aux couillons qui s’empressent de le croire et pour sauver l’honneur, mais en vrai, on continue à s’en mettre plein les poches sur le dos des mêmes couillons appelés peuples européens).

Elle a également été mise en cause aux Pays-Bas pour la gestion de son patrimoine immobilier et des relations d’affaires peu claires avec le promoteur Jan-Dirk Paarlberg, proche d’un groupe mafieux dirigé par Willem Holleeder…

Il n’y a pas à dire, c’est une femme exquise. D’ailleurs, la Commission européenne est un ramassis de gens absolument exquis qui prennent soin de vos intérêts… Hahahahahahahahahaha…

Après la Commission ? Un emploi du temps chargé…

Après avoir quitté la Commission européenne, Neelie Kroes a confirmé le 22 mars 2016 avoir rejoint le conseil d’administration de Salesforce, une entreprise américaine spécialisée dans le cloud computing.

Depuis 2016, elle siège au Comité de conseil en politique publique d’Uber.

Et enfin, elle est aussi salariée de la Bank of America Merrill Lynch, ce qui l’a fait citer dans des enquêtes anti-lobbying…

Le plus sympa en fait, en terme de résultat de lobbying, c’est évidemment l’affaire UBER car si chaque pays a tenté de défendre sa législation, au niveau européen, ce sont des portes grandes ouvertes qui attendaient la société Uber. Merci qui ? Merci Neelie !

Son action est évidemment de la vente au privé d’une influence acquise dans le public dans ses fonctions à la Commission. Mais il n’y a pas que cela. La réalité c’est que la Commission européenne n’est plus qu’un immense machin opaque, au service du totalitarisme marchand.

Encore des preuves de plus pour ceux qui continuent dans leur naïveté d’un rêve européen de paix devenu cauchemar démocratique des peuples d’Europe.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
Pour m’écrire charles@insolentiae.com
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 « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Source 20 Minutes ici… entre autres !

Connaissez-vous Neelie Kroes ? (suite)

« Les révélations sur l’ancienne commissaire européenne risquent de ternir encore plus l’image d’une institution déjà régulièrement accusée d’être plus sensible au business des lobbys qu’à l’intérêt des citoyens européens. L’arrivée de l’ancien président de la Commission européenne – entre 2004 et 2014 –, José Manuel Barroso, chez Goldman Sachs avait déjà provoqué une vague d’indignation, y compris au sein des personnels des institutions européennes, d’ordinaire discrets. Si la Commission se défend en soulignant que le code de conduite des commissaires européens avait été respecté à la lettre par M. Barroso, la médiatrice européenne a relancé la polémique au début du mois, en poussant M. Juncker à soumettre le « cas » Barroso au comité d’éthique. Le code de conduite a été réformé en 2011 mais il ne prévoit aucune sanction spécifique et présente de nombreuses faiblesses : selon un rapport paru en 2015, un tiers des commissaires qui ont quitté Bruxelles après la fin de la Commission Barroso sont allés travailler pour des multinationales. Parmi eux… Neelie Kroes, qui a été débauchée par Bank of America Merrill Lynch et Uber..."

Reprenons l'article du Monde...

Michel Peyret


« Bahamas Leaks » : la société offshore cachée de l’ex-commissaire européenne à la concurrence

Neelie Kroes a été directrice, entre 2000 et 2009, d’une société enregistrée aux Bahamas, dont l’existence n’a jamais été révélée à Bruxelles.

LE MONDE | 21.09.2016 à 19h57

Par Maxime Vaudano, Jérémie Baruch et Anne Michel

Le Monde et les médias partenaires du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) ont eu accès à de nouveaux documents confidentiels, les « Bahamas Leaks », portant sur l’équivalent d’un « registre du commerce » bahamien. Parmi les plus de 175 000 structures offshore enregistrées dans ce paradis fiscal depuis 1990, certaines sont liées à des personnalités politiques de premier plan.

Les « Bahamas Leaks » en bref

  • Cinq mois après les « Panama papers », Le Monde et ses partenaires du consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) ont eu accès à de nouveaux documents confidentiels sur le monde opaque des paradis fiscaux : les « Bahamas Leaks ».

  • Ces documents obtenus par la Süddeutsche Zeitung portent sur 175 480 structures offshore enregistrées aux Bahamas entre 1959 et 2016. Ils dressent l’équivalent d’un « registre du commerce » pour ce paradis fiscal opaque, levant le voile sur l’identité des administrateurs de certaines de ces sociétés, jusque-là anonymes.

  • Neelie Kroes, ancienne commissaire européenne à la concurrence, détentrice d’une société offshore non déclarée

Classée cinq années de suite parmi les femmes les plus puissantes du monde par le magazine Forbes, Neelie Kroes, ex-commissaire européenne à la concurrence (2004-2009) de la Commission Barroso, a été directrice, entre 2000 et 2009, de Mint Holdings Limited, une société enregistrée aux Bahamas.

Selon nos informations, l’existence de cette société offshore n’a jamais été révélée aux autorités bruxelloises comme elle aurait pourtant dû l’être dans les déclarations d’intérêt remplies par Mme Kroes à son entrée en poste. Elle y affirmait pourtant avoir abandonné tous ses mandats avant son entrée à la Commission.

Enregistrée au mois de juillet 2000 auprès des autorités bahamiennes, Mint Holdings aurait dû servir à une grosse opération financière qui consistait à racheter plus de 6 milliards de dollars d’actifs à la branche internationale énergie d’Enron, dans le cadre de l’opération « Project Summer ».

Cette opération devait être financée principalement par des investisseurs proches de la famille royale des Emirats arabes unis ainsi que par des hommes d’affaires saoudiens. L’état bancal des comptes de la société américaine Enron ainsi que des problèmes de santé du principal investisseur du projet – l’ancien président des Emirats arabes unis, Zayed Al-Nayane, mort en 2004 – ont eu raison du rachat.

Lire l’enquête intégrale :   l’ancienne commissaire européenne Neelie Kroes rattrapée par sa société offshore

Contactée, Neelie Kroes a d’abord démenti avant de finalement confirmer avoir été nommée « directrice non exécutive » de Mint Holdings. Par l’entremise de ses avocats, elle soutient que sa société n’a « jamais été opérationnelle », et qu’elle n’en a reçu aucun avantage financier.

Si elle admet que sa non-déclaration à la Commission était un oubli, Mme Kroes précise néanmoins que le fait qu’elle soit mentionnée, dans les documents que Le Monde a pu consulter, en tant qu’administratrice de la société jusqu’en 2009 « était une erreur administrative » : sa présence en tant que directrice aurait dû, selon elle, être supprimée dès 2002.

L’ex-commissaire se dit « prête à assumer l’entière responsabilité » de cette omission et en a informé l’actuel président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Un porte-parole de la Commission a déclaré qu’ils « allaient examiner les faits avant de faire un commentaire ».

Les fonctions de Mme Kroes l’ont en effet conduite à l’époque à œuvrer en faveur de la libéralisation du marché de l’énergie, justement celui dans lequel évoluait Enron et au sein duquel les Emirats arabes unis occupent une place prépondérante, avec des réserves gazières parmi les plus importantes du monde.

En 2005, la société Mint Holdings, qui avait perdu son objet initial, a été réactivée pour mener des opérations biens réelles. Ni la nature de ces nouvelles activités ni celle des flux financiers qui ont circulé sur les comptes de Mint Holdings ne sont connues, mais elles restent hautement problématiques pour l’ex-commissaire, qui était encore en place à l’époque. Ce n’est que moins de deux mois avant son changement de portefeuille – elle devient, en 2009, commissaire à la société numérique – que Neelie Kroes démissionne de ses fonctions d’administratrice de Mint Holdings.

  • Les « pantouflards » de la Commission Barroso

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L’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en 2014 à Bruxelles. L’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en 2014 à Bruxelles. THIERRY CHARLIER / AFP

Les révélations sur l’ancienne commissaire européenne risquent de ternir encore plus l’image d’une institution déjà régulièrement accusée d’être plus sensible au business des lobbys qu’à l’intérêt des citoyens européens.

L’arrivée de l’ancien président de la Commission européenne – entre 2004 et 2014 –, José Manuel Barroso, chez Goldman Sachs avait déjà provoqué une vague d’indignation, y compris au sein des personnels des institutions européennes, d’ordinaire discrets.

Si la Commission se défend en soulignant que le code de conduite des commissaires européens avait été respecté à la lettre par M. Barroso, la médiatrice européenne a relancé la polémique au début du mois, en poussant M. Juncker à soumettre le « cas » Barroso au comité d’éthique.

Le code de conduite a été réformé en 2011 mais il ne prévoit aucune sanction spécifique et présente de nombreuses faiblesses : selon un rapport paru en 2015, un tiers des commissaires qui ont quitté Bruxelles après la fin de la Commission Barroso 2 sont allés travailler pour des multinationales. Parmi eux… Neelie Kroes, qui a été débauchée par Bank of America Merrill Lynch et Uber.

Lire aussi :   Affaires Barroso et Bahamas Leaks : la Commission Juncker embarrassée

  • Les « Bahamas Leaks » lèvent un peu plus le voile sur les paradis fiscaux

Les documents obtenus par la Süddeutsche Zeitung et partagés avec l’ICIJ portent sur 175 480 structures offshore enregistrées dans ce paradis fiscal des Caraïbes entre 1990 et 2016. Si certaines de ces informations sont déjà publiques – moyennant une dizaine de dollars par document – en se rendant physiquement au registre du commerce des Bahamas ou à travers sa version en ligne, les informations disponibles dans ces registres officiels sont parfois incomplètes, voire même contredites par des documents issus des « Bahamas Leaks ».

Les « Bahamas Leaks » permettent aussi de retrouver la trace de plusieurs dirigeants mondiaux en tant que directeurs de structures offshore, comme le ministre des finances canadien Bill Morneau, le vice-président angolais Manuel Vicente, l’ancien émir du Qatar Hamad ben Khalifa Al-Thani (1995-2013), l’ancien premier ministre de Mongolie Sükhbaataryn Batbold (2009-2012) ou encore l’ancien ministre colombien des mines Carlos Caballero Argaez.

Le consortium ICIJ, qui a coordonné cette nouvelle publication, a décidé de rendre publique une grande partie de ces informations (noms des sociétés, dates de création et de dissolution, identité des administrateurs et des intermédiaires, etc.) pour venir enrichir sa base de données en ligne de l’offshore.

Lire aussi :   « Bahamas Leaks » : une nouvelle brèche dans l’opacité des paradis fiscaux

  • Secret fiscal aux Bahamas : un pas en avant, deux pas en arrière

Ces dernières années, les Bahamas avaient joué le jeu de la coopération fiscale, en acceptant de lever le secret bancaire et d’échanger « à la demande » des informations sur des ressortissants étrangers possédant des actifs sur les îles. Les Bahamas ont, à ce titre, été notés « globalement conformes » en matière de coopération par l’Organisation de coopération et de développement économiques, instance chargée par le G20 de lutter contre la fraude et l’évasion fiscale.

Mais depuis quelques semaines la donne a changé : le passage à un système mondial d’échange automatique d’informations fiscales entre les pays doit se substituer au mode d’échange à la demande. Or, après s’être engagé à utiliser ce nouveau système d’ici à 2018, Nassau semble se rétracter afin de protéger son secteur financier et éviter une fuite de capitaux. Et pour cause, celui-ci pèse pour 20 % du produit intérieur brut du pays.

Lire aussi :   « Bahamas Leaks » : après avoir lâché du lest sur leur secret bancaire, les Bahamas se rétractent

Ce qui différencie les « Bahamas Leaks » des « Panama papers »

1. L’origine :

  • Les « Panama papers », documents internes du cabinet panaméen Mossack Fonseca, portaient sur des sociétés offshore domiciliées dans une vingtaine de paradis fiscaux différents (Panama, Bahamas, îles Vierges, Hong-Kong, etc.).

  • Les « Bahamas Leaks » portent sur la seule juridiction des Bahamas, mais sur des sociétés immatriculées par 539 domiciliateurs différents (dont Mossack Fonseca).

2. La nature des documents :

  • Les « Panama papers » révélaient à la fois des informations officielles mais non publiques (comme le nom des administrateurs des sociétés offshore), mais également des informations confidentielles en possession de Mossack Fonseca (courriers, contrats, registres, etc.), qui permettaient parfois de lever le voile sur l’identité réelle des bénéficiaires et les activités de ces sociétés.

  • Les « Bahamas Leaks » sont, pour l’essentiel, un registre du commerce, muet sur le nom des actionnaires, des bénéficiaires et les activités des sociétés offshore bahaméennes.

3. L’ampleur de la fuite :

  • Les « Panama papers » étaient constitués de 11,5 millions de fichiers portant sur 214 488 structures offshore, soit 2 600 gigaoctets de données.

  • Les « Bahamas Leaks » représentent 1,3 millions de fichiers portant sur 175 888 sociétés offshore, soit 38 gigaoctets.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/evasion-fiscale/article/2016/09/21/bahamas-leaks-l-ex-commissaire-europeenne-a-la-concurrence-avait-une-societe-offshore-cachee_5001522_4862750.html#mDBMGFRreKR3B5bL.99

27 septembre 2016

L'archevêque d'Alep, la Syrie appartient à tous les Syriens

 « Avant d'incriminer, déclare l'archevêque d'Alep, il faut vérifier. Beaucoup d'informations arrivent de façon faussée. Je vois toutes ces violences, toutes ces batailles, mais je ne sais pas quelle conclusion en tirer… Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés. Toute guerre est un crime. Je condamne la guerre d'où qu'elle vienne. Je vous dis cela en toute bonne foi. Je ne me couvre pas les yeux, je n'ai pas peur que l'on m'arrête. Je demande qu'une seule chose : que toutes les parties s'assoient autour d'une table, et on trouvera une solution. Mais si certains refusent le dialogue, qu'ils sortent ! Pour vivre ensemble, il faut d'abord respecter l'autre. Ce pays appartient à tous les Syriens. Personne ne peut prétendre à un droit exclusif sur cette terre. Arrêtons cette folie ! Que cherchez-vous ? Vous voulez détruire ce pays et vous le partager comme des loups ? C'est une guerre pleine de sang, d'argent, de corruption, de mensonges... »

Reprenons les déclarations de l'archevêque d'Alep...

Michel Peyret


L'archevêque d'Alep : "Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés"

Mgr Jean-Clément Jeanbart, joint par téléphone dans la partie de la ville syrienne aux mains du régime de Bachar el-Assad, confie sa colère et son désarroi.

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

Modifié le 27/09/2016 à 07:34 - Publié le 27/09/2016 à 00:00 | Le Point.fr

L'archevêque d'Alep Jean-Clément Jeanbart. 

L'archevêque d'Alep Jean-Clément Jeanbart.   © Le Point/ NICOLAS MESSYASZ



Le Point.fr : Comment vivez-vous actuellement à Alep ?

Jean-Clément Jeanbart : Nous arrivons à nous ravitailler, grâce aux organisations humanitaires, par exemple l'Unicef. Mais nous n'avons pas d'électricité, l'eau est souvent coupée, le travail devient impossible. Il n'y a plus d'emplois. Nous sommes terrorisés par ce qui se passe. La situation n'a jamais été aussi préoccupante. Ce que nous espérions avec la dernière trêve malheureusement n'a pas eu lieu. Qu'allons-nous devenir ? Depuis cinq ans nous vivons sous les bombes. Notre ville, naguère, était prospère, hyperactive, cosmopolite ; tout le monde pouvait y vivre ensemble, main dans la main. Et maintenant ?  Tout cela est réduit à néant. On dirait qu'Alep subit le même sort qu'Hiroshima ou Nagasaki. Allons-nous pouvoir un jour reconstruire tout cela ? Nous sommes terrassés, mais nous gardons espoir.

Partagez-vous les condamnations devant l'ONU des représentants français, américains et anglais dénonçant les bombardements russes et syriens comme « crimes de guerre » ?

Avant d'incriminer, il faut vérifier. Beaucoup d'informations arrivent de façon faussée. Je vois toutes ces violences, toutes ces batailles, mais je ne sais pas quelle conclusion en tirer… Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés. Toute guerre est un crime. Je condamne la guerre d'où qu'elle vienne. Je vous dis cela en toute bonne foi. Je ne me couvre pas les yeux, je n'ai pas peur que l'on m'arrête. Je demande qu'une seule chose : que toutes les parties s'assoient autour d'une table, et on trouvera une solution. Mais si certains refusent le dialogue, qu'ils sortent ! Pour vivre ensemble, il faut d'abord respecter l'autre. Ce pays appartient à tous les Syriens. Personne ne peut prétendre à un droit exclusif sur cette terre. Arrêtons cette folie ! Que cherchez-vous ? Vous voulez détruire ce pays et vous le partager comme des loups ? C'est une guerre pleine de sang, d'argent, de corruption, de mensonges. Arrêtez de jouer en dessous de la table ! Laissez-nous tranquilles ! Qu'avons-nous fait pour mériter cela ? Je parle en homme d'Église, avec sa conscience et son cœur. Chaque jour qui passe, je souffre comme si je perdais un frère ou une sœur.

Quand nous nous étions vus à Paris il y a quelques mois vous imploriez les chrétiens de ne pas fuir Alep. Est-ce toujours votre état d'esprit ?

Oui, et plus que jamais, car, sans prétention, je pense que notre société a besoin des chrétiens parce qu'ils œuvrent pour la convivialité, l'acceptation de l'autre, la gratuité. Ici, les chrétiens ont souvent été à l'avant-garde, en médecine, en sciences et en urbanisme, notamment. La Syrie, qui a vu naître le christianisme et des centaines de millions de chrétiens qui ont contribué à son édification, est ma terre autant que celle des autres. Nous devons rester ici parce que nous y sommes enracinés, autant religieusement que socialement. En moins de deux ans, nous avons restauré 250 maisons pour que leurs habitants restent, nous avons fourni des prêts gratuits à 70 jeunes, nous avons proposé des bourses d'études pour 1 200 élèves, nous avons créé un centre de formation aux métiers du bâtiment, un centre de promotion pour les femmes, une coopérative alimentaire… Nous avons lancé un mouvement qui s'appelle Bâtir pour rester. Nous attendons avec impatience la paix, qui sera le salut de tout le monde. Le 6 octobre, nous rassemblerons plus de mille enfants chrétiens et musulmans de sept à douze ans pour prier ensemble pour la réconciliation et la paix.

Alternative Libertaire, Frédéric Lordon et son "Imperium"

« Lordon, nous dit le texte, critique également l’internationalisme libertaire ou communiste, qu’il juge naïf et sans ancrage. Il confond tranquillement la naïveté du « citoyen du monde » new age et le projet internationaliste libertaire. Il balaye d’un revers de main l’idée selon laquelle les prolétaires du monde entier seraient tous et toutes lié-e-s par le fait de leur exploitation, en réaffirmant le principe de l’appartenance nationale. Faisant preuve d’une totale absence de nuance, ne concevant l’universalité de l’internationalisme que comme universel abstrait, théorique, il oublie la réalité de l’exploitation au niveau mondial, ainsi que la possibilité de concilier l’appartenance à plusieurs groupes humains. Pourtant, l’appartenance locale n’exclut pas l’appartenance globale... »

Reprenons le commentaire de Alternative Libertaire...

Michel Peyret


Economie : Frédéric Lordon, loup ou mouton ?

25 septembre 2016 par Commission Journal (mensuel) – Alternative Libertaire /

Dans son dernier livre, Imperium, Frédéric Lordon se donne pour ambition de « dégriser les libertaires », de leur montrer la voie du « réalisme » et de « l’âge adulte ». Une réponse en défense de l’internationalisme et de l’anticapitalisme radical.

Frédéric Lordon prétend renouveler la pensée de gauche, en devenant l’intellectuel quasi officiel de Nuit debout. De ce point de vue il amorce de son dernier ouvrage, Imperium, d’une bien étrange façon : en affirmant que le principe de la verticalité est nécessaire dans toute société organisée. Il se réfère essentiellement à la sociologie holiste de Durkheim, selon laquelle, dans une société organisée, le tout est plus que la somme de ses parties, et cette forme de transcendance impliquerait, nécessairement, une verticalité au sein de la société. Les normes morales ou légales découlant de cette supériorité du tout sur ses parties, seraient inévitables, nécessaires. Il nie ainsi le fait qu’elles sont le fruit d’une construction autoritaire. L’idée spinoziste d’un « affect commun » rassemblant les individus en société vient compléter l’analyse.

Caricature de la pensée libertaire

En considérant que transcendance et verticalité sont indissociables du social, et que transcendance, verticalité, et État sont synonymes, Lordon énonce son axiome : l’État est inévitable dans toute société politiquement organisée. Il appelle « État général » cette entité abstraite propre à toute société, dont l’État républicain moderne en régime capitaliste ne serait qu’une forme particulière parmi d’autres. Le problème, c’est que cette notion d’État général est trop floue, non historique. Lordon va jusqu’à supposer que les expériences de communes libertaires auraient elles aussi mis en place des formes d’État, dans la mesure où elles reposaient sur des instances fédérales régulatrices. Il méconnaît ainsi la spécificité des formes politiques libertaires. Il pense discréditer la pensée libertaire et sa recherche d’horizontalité pure. Mais il caricature cette pensée, qui admet des formes de verticalité au niveau des fédérations de communes, sans pour autant assimiler ces verticalités à des formes d’État. C’est cela qui manque à Lordon : penser une verticalité qui parte de la base, et qui ne repose plus sur une captation du pouvoir par un État séparé des individu-e-s.

Tout cela est encore très théorique, mais cette théorie, à quelles mesures pratiques concrètes renvoie-t-elle ? On peut s’en faire une idée en lisant les articles de Lordon, explicitement keynésiens et protectionnistes, dans Le Monde diplomatique. Certes, à l’écouter, il faudrait tout de même se « réapproprier » l’État. Non le détruire, c’est impossible, mais faire que les citoyens et citoyennes, via la mise en place d’une nouvelle constitution, aient plus leur mot à dire en ce qui concerne la façon dont l’État capte la puissance sociale. Ils et elles pourront de ce fait défendre une politique plus « juste », plus « sociale », plus « égalitaire ». Mais c’est oublier que ­l’État moderne, même si les citoyens et les citoyennes se le réapproprient, reste soumis financièrement à la sphère du capital, n’est que le gestionnaire du capital, et que cela ne dépend pas des institutions ou de la constitution. À travers sa critique de la sphère spéculative dérégulée, Lordon défend implicitement une sorte d’État-providence radicalisé, un État central fort qui redistribue plus égalitairement les richesses, et qui empêche les débordements de la finance. Mais cette solution n’est qu’une réponse à la crise des débouchés (relance par la consommation), où l’État reste un agent du capital. Lordon ne s’en prend pas au capitalisme, il s’en prend à l’une de ses formes idéologiques, le néolibéralisme. Keynésien issu du groupe des Économistes atterrés 1, il prône au fond un capitalisme à visage humain. Est-ce bien suffisant ?

Parce que Lordon naturalise le « sentiment national », en s’appuyant toujours sur des bases « spinozistes », la « gauche » serait nécessairement nationaliste, et ce nationalisme de gauche défendrait une politique protectionniste pour maintenir l’autonomie du territoire national. À ce titre, Lordon n’a rien d’un anticapitaliste, encore moins d’un révolutionnaire. Tout protectionnisme, en effet, est la défense d’une économie nationale conçue selon les critères de la rationalité marchande. En outre, en tant que politique seulement nationale, et non internationale, elle ne saurait remettre en cause radicalement les règles du jeu capitaliste, sinon le pays se retrouverait face à la puissance de frappe du complexe militaire impérialiste mondial (Lordon est constamment attentif à la question de la « paix sociale » et de la « sécurité des Français »).

Lordon critique également l’internationalisme libertaire ou communiste, qu’il juge naïf et sans ancrage. Il confond tranquillement la naïveté du « citoyen du monde » new age et le projet internationaliste libertaire. Il balaye d’un revers de main l’idée selon laquelle les prolétaires du monde entier seraient tous et toutes lié-e-s par le fait de leur exploitation, en réaffirmant le principe de l’appartenance nationale. Faisant preuve d’une totale absence de nuance, ne concevant l’universalité de l’internationalisme que comme universel abstrait, théorique, il oublie la réalité de l’exploitation au niveau mondial, ainsi que la possibilité de concilier l’appartenance à plusieurs groupes humains. Pourtant, l’appartenance locale n’exclut pas l’appartenance globale.

Antilibéral et pas anticapitaliste

À ce titre, on pourrait penser un universel concret, dans le cadre d’une fédération cosmopolitique des communes. Lordon refuse de penser ces nuances, car au fond le modèle politique qu’il prône est précis : soyons un peu « réalistes », nous dit-il, sauvons d’abord la France, et ne soyons pas comme ces utopistes libertaires qui voudraient changer le monde entier. Ce « réalisme », dans un monde où, au niveau global, le désastre est permanent, est assez peu convaincant…

Voilà donc les keynésiens ­aujourd’hui. En tant que « critiques du néolibéralisme », ils insistent en particulier sur la folle dérégulation de la sphère financière, sans beaucoup se soucier d’ailleurs de la récupération de cette critique par les antisémites rouge-brun. Or il ne s’agit là que d’une expression superficielle du capitalisme, pas de ses fondements, à savoir les principes de l’échange marchand, de l’accumulation de la valeur, et du travail conçu comme marchandise.

Les keynésiens veulent sauver l’économie « réelle », alors qu’elle est fondée sur l’extraction de plus-value, c’est-à-dire sur l’exploitation de la force de travail, et sur l’abstraction de l’accumulé, l’inconscience et l’absence de contrôle d’une économie qui inverse la fin et les moyens. Ce n’est donc pas l’abolition de l’exploitation qu’ils souhaitent, mais un capitalisme le plus vivable et le moins inégalitaire possible. Et qui dure plus longtemps, car les keynésiens auraient les solutions à la crise du capitalisme. Ils ne comprennent pas que le capitalisme s’autodétruit : l’automatisation de la production, qui se poursuit avec la révolution micro-informatique, produit une dévalorisation de la valeur, détruisant tout sur son passage. S’il croit que le capitalisme mondial peut prospérer indéfiniment, et qu’il s’agit de bâtir une société plus « saine » en son sein, Lordon n’a en fait rien d’un réaliste, c’est un utopiste. Dans un monde qui s’autodétruit et qui détruit tout au passage, le réalisme, c’est la révolution (internationale).

Benoît (AL Montpellier)

Antilibéral et pas anticapitaliste

À ce titre, on pourrait penser un universel concret, dans le cadre d’une fédération cosmopolitique des communes. Lordon refuse de penser ces nuances, car au fond le modèle politique qu’il prône est précis : soyons un peu « réalistes », nous dit-il, sauvons d’abord la France, et ne soyons pas comme ces utopistes libertaires qui voudraient changer le monde entier. Ce « réalisme », dans un monde où, au niveau global, le désastre est permanent, est assez peu convaincant…

Voilà donc les keynésiens ­aujourd’hui. En tant que « critiques du néolibéralisme », ils insistent en particulier sur la folle dérégulation de la sphère financière, sans beaucoup se soucier d’ailleurs de la récupération de cette critique par les antisémites rouge-brun. Or il ne s’agit là que d’une expression superficielle du capitalisme, pas de ses fondements, à savoir les principes de l’échange marchand, de l’accumulation de la valeur, et du travail conçu comme marchandise.

Les keynésiens veulent sauver l’économie « réelle », alors qu’elle est fondée sur l’extraction de plus-value, c’est-à-dire sur l’exploitation de la force de travail, et sur l’abstraction de l’accumulé, l’inconscience et l’absence de contrôle d’une économie qui inverse la fin et les moyens. Ce n’est donc pas l’abolition de l’exploitation qu’ils souhaitent, mais un capitalisme le plus vivable et le moins inégalitaire possible. Et qui dure plus longtemps, car les keynésiens auraient les solutions à la crise du capitalisme. Ils ne comprennent pas que le capitalisme s’autodétruit : l’automatisation de la production, qui se poursuit avec la révolution micro-informatique, produit une dévalorisation de la valeur, détruisant tout sur son passage. S’il croit que le capitalisme mondial peut prospérer indéfiniment, et qu’il s’agit de bâtir une société plus « saine » en son sein, Lordon n’a en fait rien d’un réaliste, c’est un utopiste. Dans un monde qui s’autodétruit et qui détruit tout au passage, le réalisme, c’est la révolution (internationale).

Benoît (AL Montpellier)

Alternative Libertaire, pour une véritable transformation de la société

« Notre objectif, conclut le texte, ne doit pas être seulement d’empêcher les licenciements et de stopper les mesures d’austérité : il faut qu’à travers nos luttes nous semions les graines d’une véritable transformation de la société. Cela passe par la reprise en main des entreprises par les travailleurs-euses et la mise en autogestion des outils de production. Cela passe également par l’autogestion de nos lieux de vie, d’étude. Partout il nous faut reprendre le contrôle de l’économie, de nos quartiers, en construisant des contre-pouvoirs démocratiques (comités, collectifs, assemblées générales, etc.), contrôlés par le plus grand nombre et au service de toutes et tous. Ce sont ces contre-pouvoirs qui jetteront les bases d’un pouvoir populaire et la perspective d’une nouvelle société qui soit réellement démocratique et égalitaire... »

Reprenons le texte de Alternative Libertaire en son début...

Michel Peyret


Alternative libertaire

http://www.alternativelibertaire.org/./?Pour-en-finir-avec-l-austerite-le

Pour en finir avec l’austérité, le capitalisme et toutes les oppressions

Argumentaire n°10 (2013) /

mercredi, 15 mai 2013 / Secrétariat aux relations extérieures

La crise actuelle du capitalisme a des conséquences politiques différentes selon les pays mais partout la logique de la classe dirigeante est la même : préserver les privilèges des plus riches en faisant payer les populations.

CONTRE L’AUSTÉRITÉ

On nous répète que nous devons « nous serrer la ceinture pour sortir de la crise ». Cette idée n’est qu’un vaste mensonge puisque ce qui est pris d’une main aux travailleurs-ses, aux chômeur-ses, aux retraité-es est reversé de l’autre main aux capitalistes.
- 70, 8 milliards d’euros : c’est le montant des niches fiscales en France en 2013
- 4,2 millions d’euros : c’est le revenu annuel moyen des patrons du CAC 40
- 50% de chômage chez les jeunes actif-ves (15-24 ans) en Espagne et en Grèce

(Sources : Budget 2013, L’Expansion, Eurostat)


CONTRE LE CAPITALISME

La misère et les inégalités sont les conséquences de la voracité de quelques privilégiés ! Les patrons et leurs laquais journalistes de marché nous répètent à longueur de journée que le problème est le « coût du travail », alors que le véritable problème c’est le coût du capital.
- 40 milliards d’euros de dividendes versés aux actionnaires des entreprises du CAC40 en 2012
- 165% d’augmentation de la part des dividendes dans le partage de la valeur ajoutée sur 20 ans
- et seulement 20% d’augmentation du salaire réel sur la même période.
- 210 milliards d’euros de dividendes versés par les sociétés non financières en 2011

(Sources : Les Échos, INSEE)


PDF du quatre-pages à télécharger

CONTRE TOUTES LES OPPRESSIONS

L’extrême droite a le vent en poupe partout en Europe, et les discours xénophobes et sexistes se banalisent. Ces mouvements ne font que diviser les classes populaires qui devraient au contraire s’unir contre ce système destructeur.
- 12 milliards d’euros : c’est ce que les immigré-es rapportent aux organismes sociaux chaque année (différence entre les prestations sociales versées aux immigré-e-s et ce qu’ils cotisent au chômage, retraite et sécu).
- 30% : c’est l’écart de salaire entre un homme et une femme à travail égal à plein temps

(Sources : ministère des Affaires sociales, Observatoire des inégalités)


HOLLANDE : LE CHANGEMENT N’EST QU’UN SLOGAN

L’arrivée au pouvoir de François Hollande en mai 2012 et la formation d’un gouvernement socialiste et écologiste n’a pas fait longtemps illusion. Ces derniers ne doivent leur élection qu’au rejet massif et légitime de Sarkozy et de sa clique. Ses représentants étant formés dans le même moule des grandes écoles et du libéralisme, il n’y avait pas grand chose à attendre de l’arrivée au pouvoir de la « gauche ». Les politiques menées sont dans la (droite) ligne de ce qui a été fait sous Sarkozy. Quelques illustrations :

Une politique aux ordres du patronat

Sarkozy ne se cachait pas de ses amitiés envers les plus riches. Sa politique l’illustrait : bouclier fiscal, cadeaux fiscaux en tout genre, etc. Le gouvernement socialiste poursuit dans la lancée : après les 20 milliards d’euros de cadeaux fiscaux supplémentaires accordés en novembre 2012, il va transcrire dans la loi l’accord dit de « sécurisation de l’emploi ». Cet accord (signé seulement par trois syndicats minoritaires) fait la joie du MEDEF. On comprend pourquoi puisqu’il offre la possibilité aux patrons de réduire les salaires et/ou d’augmenter le temps de travail des salarié-e-s par des accords d’entreprises en échange du maintien (provisoire) des emplois. Le racket patronal est désormais inscrit dans la loi !

La politique extérieure : l’impérialisme

La droite avait fait la guerre à son ancien ami Kadhafi pour le pétrole libyen. Désormais la « gauche » a elle aussi eu droit à sa guerre : au Mali cette fois. En venant au secours d’une dictature militaire intégrée à la Françafrique, le gouvernement a voulu préserver l’influence française dans une zone riche en uranium et réaffirmer son leadership face aux impérialismes chinois, américain ou qatari.

Sans-papiers, police : les politiques sécuritaires ont la vie dure

Le Sarkozy président continuait le sale boulot du Sarkozy ministre de l’Intérieur : chasse aux immigré-es, flicage de la population, répression des mouvements sociaux. Bref, une politique raciste et sécuritaire. Dans l’opposition, les socialistes se plaisaient à signer des pétitions dénonçant ces politiques. Qu’ont-ils fait en arrivant au gouvernement ? La même chose : poursuite de la chasse aux immigré-es, expulsions des Rroms, etc.

Sur les licenciements : beaucoup d’agitation pour pas grand chose

Sarkozy aimait s’agiter devant les caméras dès que des salarié-es étaient menacé-es de licenciement économique mais la réalité c’était le laisser faire et les promesses non tenues. Résultat : des milliers d’emplois détruits, pour le plus grand bonheur des actionnaires, et des salarié-es à la rue. La « gauche » fait-elle mieux ? Non. Beaucoup d’agitation médiatique mais le même laisser-faire : Sanofi, Mittal-Florange ou PSA ne sont que quelques noms sur une longue liste.


RÉSISTER, CONTRE-ATTAQUER

Les gouvernements passent mais les problèmes s’amplifient. Le changement ne viendra pas « d’en haut » par une énième alternance. Il viendra de la capacité des millions de travailleur-ses, chômeur-ses, retraité-es et jeunes à se mobiliser pour renverser le rapport de force actuel qui profite aux capitalistes. Pour que nos luttes ne restent pas isolées, comme trop souvent, unifions nos revendications.

Sur le front du logement : beaucoup de mal-logé-es et de logements vides ! En France il y a plus de 3 millions de mal-logé-es et 2,4 millions de logements ou locaux vacants. Les loyers continuent sans cesse d’augmenter et contribuent à l’appauvrissement général.

Alternative libertaire revendique la réquisition de logements vides et le blocage des loyers.

Chômage, licenciements

La France compte 5.700.000 chômeurs et chômeuses inscrits ou non à Pôle emploi. Plus d’un chômeur sur deux inscrit à Pôle emploi ne touche pas d’indemnité. Il y a près d’un million de personnes ne touchant aucun droit (ni chômage, ni RSA). Les licenciements continuent d’exploser. Dans l’immédiat, Alternative libertaire revendique :
- une diminution drastique et un partage du temps de travail sans baisse de salaire et avec des embauches correspondantes,
- le droit de veto des travailleur-ses sur les licenciements,
- le blocage des dividendes des actionnaires,
- la réquisition et l’autogestion des entreprises sacrifiées et, à terme, l’autogestion de toutes les entreprises.

Antipatriarcat

Le débat récent sur le mariage pour toutes et tous a été l’occasion d’une poussée d’acné des réactionnaires de toutes obédiences. Contre l’homophobie et l’ordre patriarcal, Alternative libertaire revendique :
- l’égalité totale entre les homosexuel-es, bisexuel-es, transgenres et hétérosexuel-es ainsi qu’entre les hommes et les femmes.

Écologie

Alors que la crise écologique se développe, l’entrée des écologistes au gouvernement n’aura pas changé grand chose : maintien des grands projets inutiles (comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes), continuité de la politique nucléaire, reprise de la prospection pour les gaz de schiste. Alternative libertaire revendique :
- l’abandon des grands projets inutiles,
- la sortie rapide du nucléaire,
- ni le protectionnisme, ni le libre-échange mais l’autonomie productive.

Immigration, racisme d’État

Les politiques et les discours racistes ne visent qu’à détourner la population de ses vrais ennemis : les patrons, les capitalistes et leurs laquais. Alternative libertaire revendique :
- l’abrogation des lois racistes et sécuritaires,
- la régularisation de tou-tes les sans-papiers,
- le droit de vote des étranger-es.


S’ENTRAIDER, LUTTER, AUTOGÉRER

Partout dans le monde, les luttes se développent face à la tyrannie et au capitalisme. Les révolutions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ont réussi à chasser les dictateurs. Mais la route est encore longue jusqu’à l’avènement de sociétés débarrassées des inégalités et de l’oppression. Lutter n’est pas suffisant pour changer les choses. Pour qu’un changement ait lieu, il faut que dans nos résistances, nos luttes, nous construisions les embryons d’un pouvoir réellement aux mains du peuple.

Cette perspective repose sur trois axes :

S’entraider : la solidarité est une arme

L’appauvrissement, l’exclusion et la résignation qui en résulte sont une aubaine pour les capitalistes qui peuvent continuer leurs politiques cyniques. C’est également sur fond d’isolement et d’abattement que prospèrent l’extrême droite et ses idées démagogiques. Il y a donc urgence à reconstruire des solidarités de classe. L’objet premier de ces solidarités c’est l’accès aux besoins primaires : logement, nourriture, santé, électricité/gaz, etc. Dans nos quartiers ne laissons plus faire les expulsions de locataires ou de squatteur-euses, ne laissons plus les gens à la rue, ne laissons pas faire les coupures d’électricité. Partout des actions directes et collectives de solidarité doivent être menées : réquisition de logements vides, réquisitions de nourriture dans les supermarchés,...

Lutter : convergence et auto-organisation

La résistance à l’offensive capitaliste passe par la solidarité mais aussi par la lutte : tant que le camp des travailleurs et des travailleuses apparaîtra désarmé face aux patrons, ceux-ci continueront à faire ce qu’ils veulent et à nous faire subir la loi du plus riche. Il faut donc que nous nous organisions pour résister et contre-attaquer. Pour cela il faut renforcer, démocratiser et développer les outils de luttes : syndicats, collectifs, comités de quartiers. Pour que nos luttes ne soient pas dénaturées, il faut défendre l’auto-organisation de celles-ci : les assemblées générales, les coordinations sont autant d’outils qui le permettent.

Autogérer : tout le pouvoir au peuple !

Notre objectif ne doit pas être seulement d’empêcher les licenciements et de stopper les mesures d’austérité : il faut qu’à travers nos luttes nous semions les graines d’une véritable transformation de la société. Cela passe par la reprise en main des entreprises par les travailleurs-euses et la mise en autogestion des outils de production. Cela passe également par l’autogestion de nos lieux de vie, d’étude. Partout il nous faut reprendre le contrôle de l’économie, de nos quartiers, en construisant des contre-pouvoirs démocratiques (comités, collectifs, assemblées générales, etc.), contrôlés par le plus grand nombre et au service de toutes et tous. Ce sont ces contre-pouvoirs qui jetteront les bases d’un pouvoir populaire et la perspective d’une nouvelle société qui soit réellement démocratique et égalitaire.