Avec Marx

14 juin 2018

Annie Lacroix-Riz, Macron au service de grands intérêts financiers privés

« Une partie de ma famille, indique Annie Lacroix-Riz, de même origine (juive polonaise) que celle d’Annette Wieviorka, a été déportée à Auschwitz, je ne suis pas antisémite, pour des raisons à la fois familiales et politiques. Je n’en ai pas moins tendance à prendre sérieusement en compte le fait que M. Macron, haut fonctionnaire théoriquement formé à l’ENA pour assurer le service de l’État, s’est, comme nombre de ses pairs, mis au service de grands intérêts financiers privés. Et j’y aurais porté la même attention s’il avait été un cadre de très haut niveau ou « associé » du Crédit agricole ou de tout autre établissement financier, quelle que soit la confession (ou la non-appartenance religieuse) de ses propriétaires. L’historienne marxiste que je suis considère que la politique est indissolublement liée à l’économie et à la société, qu’il existe entre classes sociales des contradictions de fait insurmontables (le salaire et le profit évoluant en sens inverse) et qu’on ne peut donc pas servir simultanément des intérêts antagonique..."

Reprenons la lecture des considérants de Annie Lacroix-Riz...

Michel Peyret


Annie Lacroix-Riz : Macron, sa banque, ses promoteurs et l'antisémitisme

10 Avril 2017

En complément de sa lettre diffusée ce jour, nous recevons ce message d'Annie Lacroix-Riz:

 

Merci beaucoup, Dominique, pour cette transmission.

 

Le scandale des péroraisons banderistes a été tel que, à ma connaissance, Annette Wieviorka, une des participantes annoncées, dont les auditeurs avaient cru comprendre qu’elle assurerait les « remarques finales » de cette session parisienne, ne l’a pas fait.

Elle n’a cependant pas jugé utile de faire connaître au public, via Le Monde, qui accueille volontiers ses prises de position, ou tout autre organe de presse, son avis sur ce colloque associant des négationnistes ukrainiens notoires, qui avait bénéficié du haut patronage et du financement de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, et de l’enthousiaste soutien du quotidien Libération.

La légitime sensibilité de ma collègue à l’antisémitisme rend ce silence sidérant, d’autant plus qu’elle est également supposée participer au colloque de novembre 2017 prévu à Caen, qui va, sa problématique l’annonce clairement, donner consécration académique à l’équation « famine génocidaire en Ukraine »-Destruction des juifs d’Europe.

Je suis d’autant plus sidérée de ce silence qu’Annette Wieviorka vient, via une interview au Monde , de prendre position publique sur les propos de Marine Le Pen disculpant Vichy de la déportation des juifs de France, propos qui nous rappellent (qui pouvait en douter?) la stricte fidélité du Front national à ses origines.

Cette intervention rappelle des éléments historiques incontestables sur l’éminente responsabilité de Vichy dans la persécution, la spoliation et la déportation des juifs de France, mais elle se conclut sur un amalgame politique douteux et choquant, en assimilant strictement antisémitisme et analyse sociale : « Le substrat antisémite est toujours remonté à la surface en période de crise. C’est encore le cas aujourd’hui. On l’entend encore au sujet d’Emmanuel Macron en rappelant qu’il était banquier chez Rothschild. Comme je le dis souvent, on ne lui collerait pas cette étiquette de banquier s’il avait travaillé au Crédit agricole. ».

Les deux premières phrases sont pertinentes. Les deux suivantes ne le sont pas. On peut observer que M. Macron a servi la haute banque (il se trouve que c’était la banque Rothschild) et ne pas être antisémite : il est tout à fait licite   et d’ailleurs cette campagne électorale y a en partie contribué, en révélant les liens entre le candidat Fillon et de gros intérêts financiers   d’établir des liens entre appartenance à une classe sociale et choix politiques, liens solides pour ne pas dire organiques, que ma collègue exclut ici.

Une partie de ma famille de même origine (juive polonaise) que celle d’Annette Wieviorka, a été déportée à Auschwitz, je ne suis pas antisémite, pour des raisons à la fois familiales et politiques. Je n’en ai pas moins tendance à prendre sérieusement en compte le fait que M. Macron, haut fonctionnaire théoriquement formé à l’ENA pour assurer le service de l’État, s’est, comme nombre de ses pairs, mis au service de grands intérêts financiers privés.

Et j’y aurais porté la même attention s’il avait été un cadre de très haut niveau ou « associé » du Crédit agricole ou de tout autre établissement financier, quelle que soit la confession (ou la non-appartenance religieuse) de ses propriétaires.

L’historienne marxiste que je suis considère que la politique est indissolublement liée à l’économie et à la société, qu’il existe entre classes sociales des contradictions de fait insurmontables (le salaire et le profit évoluant en sens inverse) et qu’on ne peut donc pas servir simultanément des intérêts antagoniques.

La presse, Canard enchaîné compris, qui n’est pas un hebdomadaire subversif, l’a laissé entendre concernant François Fillon. Depuis quand cette conviction expose-t-elle à l’accusation d’antisémitisme?

Y aurait-il donc des antisémites ukrainiens sur lesquels on peut faire le silence, parce qu’ils disposent de cautions « occidentales » et russophobes, alors qu’on tient tribune sur les antisémites de chez nous très légitimement, certes, mais en leur assimilant, à mauvais escient, tout porteur de critique sociale, remarque de conclusion d’Annette Wieviorka que le lecteur de l’interview retiendra forcément plus que tout?

Il se trouve que je ne dispose pas des coordonnées électroniques de cette collègue. Je me permets de transmettre ma réponse à ta liste parce que je ne doute pas qu’une des personnes qui y figurent les connaissent. Je la (ou les) remercie donc par avance de lui communiquer ce commentaire sur l’antisémitisme, qui, à mon avis, ne se partage pas entre antisémitisme légitime et antisémitisme illégitime, mais qui doit, comme tout racisme, être condamné sans restriction.

Il va de soi que le présent courriel est de libre diffusion.

Amitiés,

Annie

Emmanuel Macron démentant formellement s'être fait des thunes en travaillant pour le Crédit Agricole (juste avant de recevoir un panier garni agrémenté d'oeufs frais, probablement d'origine russe)

Tag(s) : #Annie Lacroix-Riz#histoire#politique#macron

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Annie Lacroix-Riz, Olivier Dard et Charles Maurras

« Des politistes, indique Annie Lacroix-Riz, tel Patrick Weil, des historiens et journalistes, de Guillaume Erner à Daniel Schneidermann, découvrent, sidérés, qu’Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne, n’a « pas écrit le mot “antisémitisme” » dans la notice que le ministère de la Culture l’avait chargé de rédiger sur Charles Maurras « dans le grand livre officiel des commémorations ». Le motif de l’absence dudit mot a provoqué, le 2 février 2018, sur France Culture, l’embarras de l’historien. Embarras d’autant plus légitime que l’oubli ne peut relever de l’étourderie ou de l’amnésie. L’historien est apprécié à l’extrême droite, à en juger par la fréquente référence de groupements d’Action française, d’Algérie française et associations assimilées aux conférences, travaux de « notre ami Olivier Dard »... »

Reprenons la lecture de la prise de position de Annie Lacroix-Riz...

Michel Peyret


 

Sur la notice pour la commémoration de Maurras

Aux professionnels de l’information alarmés par un mutisme.

VENDREDI, 9 FÉVRIER, 2018

L'HUMANITÉ

Par Annie Lacroix-Riz Professeure émérite d’histoire contemporaine, université Paris Paris7-Diderot, chercheuse en activité

Des politistes tel Patrick Weil, des historiens et journalistes, de Guillaume Erner à Daniel Schneidermann, découvrent, sidérés, qu’Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne, n’a « pas écrit le mot “antisémitisme” » dans la notice que le ministère de la Culture l’avait chargé de rédiger sur Charles Maurras « dans le grand livre officiel des commémorations ».

Le motif de l’absence dudit mot a provoqué, le 2 février 2018, sur France Culture, l’embarras de l’historien. Embarras d’autant plus légitime que l’oubli ne peut relever de l’étourderie ou de l’amnésie. L’historien est apprécié à l’extrême droite, à en juger par la fréquente référence de groupements d’Action française, d’Algérie française et associations assimilées aux conférences, travaux de « notre ami Olivier Dard ».

Notons l’absence de ces précisions politiques dans la fiche Wikipédia d’Olivier Dard, tradition, il est vrai, respectée pour tout l’arc-en-ciel, à l’exception des universitaires marxistes ou non antimarxistes. Je ne suis, par exemple, pas des historiens qu’on invite : bien que je sois très académique dans la forme, j’ai l’audace de dire ce que je découvre dans les archives, dont le contenu est malheureusement moins policé ou plus vulgaire.

Je suis en sus et peut-être surtout mise au banc d’infamie comme « marxiste » et « communiste », bien que l’historien que l’Action française invite à présenter ses travaux à son siège parisien ou dans la maison de Maurras à Martigues ou ailleurs, et appelle « notre ami Olivier Dard », ne soit pas classé sur l’échiquier politique. Je ne compte plus les invitations à des « débats » audiovisuels annulés sous des prétextes divers mais pour un motif unique clairement exprimé. Dernier exemple en date, un débat annulé par la RTBF invitante en décembre 2017 sur le documentaire consacré à Pie XII et la Seconde Guerre mondiale. Je ne songe naturellement pas à dénoncer le service public de télévision belge, qui a seulement reproduit ce qui m’arrive en France depuis des décennies.

Ce veto contre le débat de mes collègues exaspérés par les archives originales ne s’est presque jamais heurté à la réaction indignée de journalistes ou producteurs courageux, alors que, dans certains domaines non historiques (rares, je l’admets), des débats ont lieu en l’absence de « ceux qui ont décliné les invitations ». Je comprends bien pourquoi les historiens médiatiques qui négligent les sources originales refusent de débattre de réalités historiques. Je n’en demeure pas moins ouverte au débat.

Sur la question présente de la « commémoration » de Maurras, je m’adresse aux professionnels de l’information alarmés par le mutisme d’Olivier Dard sur l’antisémitisme du « maître », qu’il a certifié en revanche comme « germanophobe et antinazi ». Ils ne pourront plus dire « on ne savait pas ».

À moins que, dans le climat délétère qui règne, on ne finisse par accuser les Archives nationales et les archives étrangères, notamment allemandes, des années 1920-1944 de répandre des « fake news » ?

Par Annie Lacroix-Riz Professeure émérite d’histoire contemporaine

Document à télécharger: 

PDF icon du_dossier_maurras-olivier_dard_a_la_chasse_aux_sorcieres_wikipedia_france.pdf

Annie Lacroix-Riz

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Nathalie Versieux, un groupe de rock et le discours national-socialiste

« Régulièrement, indique Nathalie Versieux, les activistes de gauche dénoncent la tenue de tels concerts. Un documentaire tourné en caméra cachée et sous pseudonyme par le cinéaste Thomas Kuban, présenté au festival du cinéma de Berlin en 2012, avait choqué l’opinion. Notamment à cause du tube Blut muss fliessen («Le sang doit couler»), beuglé d’après le cinéaste à presque chaque concert par une foule en liesse, et qui appelle au meurtre des juifs ou des homosexuels et fait l’apologie d’Auschwitz. «Il est beaucoup plus facile à un groupe de rock néonazi de transgresser les interdits lors d’un concert qu’à des activistes dans le cadre d’une manifestation de rue qui se déroulerait sous la surveillance de la police, de la presse et des contre-manifestants, rappelle le journaliste Sebastian Friedrich, spécialiste de l’extrême droite. Un groupe de rock peut facilement tenir un discours favorable au national-socialisme, voire révisionniste, en jouant sur les nuances et sur les mots.»...

Reprenons la lecture des dénonciations de Nathalie Versieux...

Michel Peyret


En Allemagne, le succès croissant des concerts néonazis

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Plus d'information sur l'image

Un concert en juillet 2017 avait rassemblé plus de 7000 extrémistes de droite à Themar, au centre de l'Allemagne.
© Michael Trammer

 

En Allemagne, le succès croissant des concerts néonazis

La petite ville de Themar, en ex-RDA, accueillait ce week-end le principal festival de rock néonazi d’Allemagne. La hausse de fréquentation de ces concerts coïncide avec les succès électoraux du parti d’extrême droite

Allemagne

Nathalie Versieux, Berlin
Publié dimanche 10 juin 2018 à 17:16.

La petite ville de Themar, 3000 habitants, dans le sud de la Thuringe (ex-RDA) vient de connaître un week-end de quasi-état d’urgence. La ville accueillait l’un des plus grands festivals de rock néonazi d’Allemagne. L’an passé, autour du 15 juillet, plus de 7000 crânes rasés ont envahi le pré mis à leur disposition par un ancien politicien du parti d’extrême droite AfD. Cette année encore, le maire – sans parti – a tenté d’éviter la tenue de la manifestation, invoquant la protection de trois espèces d’oiseaux menacées. Mais la Constitution allemande, particulièrement respectueuse de la liberté de rassemblement, ne permet guère de s’opposer à la tenue de ce type d’événements.

Lire également: La Hongrie, repaire de l’extrême droite mondiale

Themar n’est pas un cas isolé. L’an passé, le Ministère de l’intérieur a compté 289 concerts et «soirées musicales» organisés par l’extrême droite. Ces manifestations ont réuni 11 000 personnes au plus fort de la saison, entre juillet et septembre, contre 5000 personnes en 2016. «Ces concerts ont le vent en poupe», constate Nick Brauns, attaché parlementaire de la députée néocommuniste de Die Linke Ulla Jelpke et spécialiste de l’extrême droite.

Un chiffre d’affaires de plus de 200 000 euros

Les manifestations du genre sont très importantes pour ce milieu. Elles permettent de recruter de nouveaux membres et de remplir les caisses. Et puis, les néonazis sont à peu près sûrs de se retrouver entre eux, sans police ni contre-manifestants. Les policiers – pas assez formés à la reconnaissance de symboles interdits par la loi – se contentent en général de régler la circulation aux alentours. Et pour les milieux de gauche, il est difficile de mobiliser des contre-manifestants, d’autant que les concerts sont presque toujours organisés en pleine campagne, dans des propriétés privées. Selon les calculs du quotidien Die Welt, Themar a généré l’an passé un chiffre d’affaires de 210 000 euros, à raison de 35 euros de «dons» demandés à la caisse à l’entrée. Sans compter les revenus liés à la vente de bière, t-shirts et autres produits dérivés.

Lors de dernières manifestations de ce type, ce n’était pas seulement la salle qui faisait le salut hitlérien, mais aussi les musiciens sur scène

Jan Raabe, assistant social, spécialiste de l’extrême droite

Régulièrement, les activistes de gauche dénoncent la tenue de tels concerts. Un documentaire tourné en caméra cachée et sous pseudonyme par le cinéaste Thomas Kuban, présenté au festival du cinéma de Berlin en 2012, avait choqué l’opinion. Notamment à cause du tube Blut muss fliessen («Le sang doit couler»), beuglé d’après le cinéaste à presque chaque concert par une foule en liesse, et qui appelle au meurtre des juifs ou des homosexuels et fait l’apologie d’Auschwitz. «Il est beaucoup plus facile à un groupe de rock néonazi de transgresser les interdits lors d’un concert qu’à des activistes dans le cadre d’une manifestation de rue qui se déroulerait sous la surveillance de la police, de la presse et des contre-manifestants, rappelle le journaliste Sebastian Friedrich, spécialiste de l’extrême droite. Un groupe de rock peut facilement tenir un discours favorable au national-socialisme, voire révisionniste, en jouant sur les nuances et sur les mots.»

La Saxe et la Thuringe terreaux de l'AfD

Bien sûr, régulièrement, les tribunaux interdisent des chansons ou condamnent des groupes. Le groupe Landser, par exemple, est connu pour ses nombreux textes interdits et a été condamné par la justice. Les poursuites n’ont pas empêché le fondateur et chanteur de la formation, Michael Regener alias Lunikoff – pourtant condamné à 3 ans de prison ferme –, de fonder un nouveau groupe tout aussi radical, Lunikoff Verschwörung («Le complot de Lunikoff»). L’homme est la star de presque tous les festivals de musique néonazie d’Allemagne. La «chanson de la Prusse de l’Est» du groupe est illustrée d’une carte de l’Allemagne, dont les frontières vont jusqu’à la Lituanie et englobent la Pologne comme au temps du IIIe Reich. «Ce week-end, Lunikoff sera à Themar, rappelle Jan Raabe, assistant social et auteur, spécialiste de l’extrême droite. Lors de dernières manifestations de ce type, ce n’était pas seulement la salle qui faisait le salut hitlérien, mais aussi les musiciens sur scène!»

Lire aussi: Alerte à l’extrême droite chez Daimler

Deux Länder d’ex-RDA, la Saxe et la Thuringe, sont les plus gros organisateurs de ces concerts néonazis. Pour Sebastian Friedrich, qui rappelle les scores élevés obtenus par le parti d’extrême droite AfD dans ces deux régions aux élections législatives de septembre, ce n’est pas un hasard. «L’AfD et les néonazis, ce ne sont pas les mêmes acteurs. Mais le poids de l’AfD dans le débat politique, dominé par les questions migratoires, favorise le développement de la scène néonazie.» Comme l’observe Jan Raabe, «quand le chef de l’AfD, Alexander Gauland, qualifie le IIIe Reich de «pipi de chat» comme il vient de le faire, qui ne serait rien en regard d’un millénaire d’histoire allemande glorieuse, il est clair que cela déplace à droite le curseur de ce qu’on peut dire en public».

Le Figaro, Dominique Reynié, la poussée des populismes en Europe

« Certains, indique Dominique Reynié ont pu croire que la progression électorale des populismes en Europe était en train de s’essouffler, mais sans avoir pourtant les raisons de le penser. C’est un vœu pieux de la part de gouvernants et d’analystes que ne venait étayer aucun indicateur. Tout indique au contraire que la poussée des populismes va se poursuivre. On franchit un nouveau cap: d’abord les populistes ont fortement modifié l’agenda politique, contraignant le monde médiatique à les prendre en compte ; puis, ils ont pris part à certaines coalitions éphémères ; aujourd’hui s’ouvre la phase de leur accès au pouvoir. En Italie, l’événement est très important mais vient de loin: le Mouvement 5 étoiles a été fondé en 2009 et Matteo Salvini relance la Ligue depuis 2013, la faisant passer d’un parti régionaliste europhile à un parti nationaliste eurosceptique... »

Reprenons la lecture de l'interview de Dominique Reynié...

Michel Peyret


Entretien avec Dominique Reynié : « Les votes populistes ne sont pas des coups de force mais des colères froides »

par Dominique Reynié

le 25 mai 2018

Dominique Reynié, le directeur de la Fondapol, s’étonne que certains commentateurs nient encore les angoisses qui génèrent le vote « antisystème ». Les gouvernements européens n’ont qu’une alternative: prendre au sérieux la question des frontières ou être balayés par des coalitions populistes.

LE FIGARO.- Pour la première fois, un gouvernement «antisystème» a pris la tête d’un pays fondateur de l’Union européenne. Cet évènement inédit signifie-t-il que la montée des populismes est loin d’être terminée?

Dominique REYNIÉ. – Certains ont pu croire que la progression électorale des populismes en Europe était en train de s’essouffler, mais sans avoir pourtant les raisons de le penser. C’est un vœu pieux de la part de gouvernants et d’analystes que ne venait étayer aucun indicateur. Tout indique au contraire que la poussée des populismes va se poursuivre. On franchit un nouveau cap: d’abord les populistes ont fortement modifié l’agenda politique, contraignant le monde médiatique à les prendre en compte ; puis, ils ont pris part à certaines coalitions éphémères ; aujourd’hui s’ouvre la phase de leur accès au pouvoir. En Italie, l’événement est très important mais vient de loin: le Mouvement 5 étoiles a été fondé en 2009 et Matteo Salvini relance la Ligue depuis 2013, la faisant passer d’un parti régionaliste europhile à un parti nationaliste eurosceptique. L’Italie était l’un des pays les plus favorables à l’UE. Comme nous l’avons mesuré dans notre enquête Où va la démocratie ? (Fondation pour l’innovation politique/Plon, 2017), il est lentement devenu l’un des plus critiques vis-à-vis de l’Union européenne et même de l’euro.

Certains commentateurs prédisent déjà l’échec de cette coalition hétéroclite aux propositions démagogiques…

Évidemment, le programme politique de cette coalition va être difficile à mettre en œuvre ; il n’est pas compatible avec les règles de l’Union européenne. Mais je suis estomaqué par la cécité dont témoignent toujours les commentateurs. À chaque élection européenne, on assiste au même phénomène de déploration du manque de jugement des électeurs. Cela donne le sentiment, désastreux, que les élites médiatiques et politiques n’arrivent plus à accepter le résultat d’une expression de plus en plus forte, élection après élection. Les votes populistes ne sont pas des coups de force mais des colères froides. Ils sont l’expression claire, manifeste et répétée, d’inquiétudes qui ne s’expriment ni par la violence ni par la haine, mais par le vote, par des procédures démocratiques et au profit d’organisations politiques qui ne sont pas interdites. C’est précisément le refus obstiné d’entendre cette colère qui fait le carburant des populismes!

La victoire d’Emmanuel Macron il y a un an, qui a pu faire croire à un reflux des populismes, était donc une exception?

En avril 2017 s’est jouée en France une finale entre une candidate «antisystème» et un candidat «hors système». Marine Le Pen s’est heurtée au plafond monétaire: sa défense de la sortie de l’euro a rendu son succès impossible. Partout en Europe, le rejet des institutions européennes est plus fort que celui de l’euro. D’après notre étude, il y a 51 % d’attachement à l’UE en moyenne (33 % pour l’Italie) pour 60 % d’attachement à l’euro (45 % en Italie).

Pourtant en Italie, le succès des populistes repose à la fois sur une critique de l’immigration incontrôlée et de la rigueur budgétaire. Est-ce l’économie ou l’identité qui prime dans le vote populiste?

Je suis pour ma part convaincu que le «style de vie» ce que j’appelle «patrimoine immatériel» a pris le dessus sur les considérations économiques. On commémore cette année la naissance de Marx mais c’est désormais l’immatériel qui gouverne la politique. Comme on peut le constater en Europe centrale et orientale, il n’y a pas de détermination entre crise économique et vote populiste. En Italie le vote est avant tout «antisystème» contre «la casta» comme dit Beppe Grillo.

Voyez aussi ce qui se passe en Allemagne, qui est très important. Le système politique allemand peut-il encore fonctionner? La coalition au pouvoir est celle qui a été désavouée dans les urnes et les partis qui la composent ne veulent pas prendre le risque de nouvelles élections qui pourraient amplifier le résultat de septembre. C’est là le résultat logique de la décision d’Angela Merkel d’accueillir un million de migrants. La désinvolture envers la frontière est en train de cristalliser l’orientation populiste des électorats. Le parti de la déploration espère secrètement un retour à la normale, vers une Europe qui serait redevenue indifférente aux enjeux du populisme patrimonial. Mais ça n’arrivera pas si rien n’est fait pour conjurer l’angoisse des peuples. Il est indispensable que l’Europe s’oriente vers la défense d’une frontière commune, ou bien l’Union européenne disparaîtra.

N’y a-t-il pas un début de prise de conscience?

Il y a quelques jours en Suède, on a vu un durcissement très significatif de la politique d’immigration à l’initiative du gouvernement social-démocrate. En février 2018, au Danemark, c’était le centre droit, appuyé par les populistes et les sociaux-démocrates, qui prenait des mesures drastiques pour répondre aux échecs de l’intégration. Après vingt-cinq ans de surdité, on observe depuis début 2018, une évolution sensible dans une partie croissante des pays européens en faveur d’une régulation plus stricte de l’immigration et d’une gestion plus rigoureuse de l’intégration. Il n’est peut-être pas encore trop tard. Le choix qui s’offre à nous est limpide: ou bien les gouvernants européens se montrent capables de répondre rapidement aux attentes exprimées électoralement, ou bien les coalitions populistes de gouvernement se multiplieront, jusqu’à faire tomber l’euro et donc l’Europe.

13 juin 2018

Colonisation israélienne de Jérusalem-Est : Trois sociétés françaises impliquées dans la construction du tramway

 Plusieurs organisations (Association France Palestine Solidarité, CFDT, CGT, FIDH, Al Haq, LDH, Solidaires, Plateforme des ONG pour la Palestine) publient aujourd’hui un rapport, « Tramway de Jérusalem : des entreprises françaises contribuent à la colonisation israélienne du territoire palestinien occupé ». Il met en lumière la participation de trois entreprises françaises, EGIS et SYSTRA, deux filiales d’établissements publics (SNCF et RATP ; Caisse des Dépôts et Consignations) et ALSTOM, dans la construction du tramway de Jérusalem.

http://www.france-palestine.org/Colonisation-israelienne-de-Jerusalem-Est-Trois-societes-francaises-impliquees

Paris le 13 juin 2018 – Alors que le gouvernement français s’oppose à la décision américaine de reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, nos organisations publient aujourd’hui un rapport mettant en lumière la participation de trois entreprises françaises, EGIS et SYSTRA, deux filiales d’établissements publics (SNCF et RATP ; Caisse des Dépôts et Consignations) et ALSTOM, dans la construction du tramway de Jérusalem. Outil de la politique de colonisation et d’annexion israélienne, cette construction emblématique vise à relier Jérusalem Ouest aux colonies israéliennes implantées sur le territoire palestinien de Jérusalem Est, en violation flagrante du Droit international, avec la prolongation d’une ligne existante et la création de deux nouvelles lignes ayant toutes pour terminus des colonies.

L’occupation de Jérusalem Est et son « annexion » par l’état israélien, violent le droit international, comme l’ont rappelé de multiples résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU (notamment n°478 de 1980 et n°2334 de 2016)

Trois sociétés françaises, dont 2 à capitaux publics très majoritaires, participent à la mise en œuvre de ce projet :

  • la société EGIS RAIL, branche du groupe EGIS, filiale à 75% de la Caisse des Dépôts et Consignations.
  • la société SYSTRA, filiale conjointe de la SNCF et de la RATP qui détiennent chacune 42% de son capital.
    Ces deux sociétés d’ingénierie participent activement aux études de ces nouvelles lignes, et à la coordination des différents acteurs chargés de leur mise en œuvre.
  • La 3ème société est ALSTOM, déjà acteur majeur de la première phase de construction du tramway, et qui a répondu aux appels d’offres de la seconde.

« Cette implication de deux filiales d’entreprises publiques et d’Alstom parait d’autant plus scandaleuse que ces entreprises sont soumises à la loi sur le devoir de vigilance et ont pris des engagements pour le respect des droits de l’homme, en signant le « Pacte mondial des Nations Unies ». Ces textes ne sont pas facultatifs mais les engagent à ne pas se rendre complices de violations flagrantes du droit international ! » remarque Maryse Artiguelong, Vice Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme et de la FIDH.

La responsabilité du gouvernement français est doublement engagée :

  • En vertu de l’obligation de droit international« de protéger contre les violations des droits de l’homme par des tiers », ici les entreprises concernées.
  • Comme tutelle des 3 établissements publics actionnaires majoritaires de deux des sociétés concernées.

« Comment comprendre l’inaction du gouvernement devant la participation d’acteurs publics à la colonisation israélienne - totalement illégale - qu’il dénonce par ailleurs de façon récurrente ? Il est temps de passer de la parole aux actes », déclare Bertrand Heilbronn, Président de l’Association France Palestine Solidarité.

Vous pouvez télécharger le rapport en français, en anglais (bientôt) ou son résumé exécutif en arabe.

--
Association France Palestine Solidarité (AFPS)
21 ter Rue Voltaire 75011 Paris
Tél. : 01 43 72 15 79
Fax. : 09 56 03 15 79
Suivez l'AFPS sur www.france-palestine.org, Facebook et Twitter

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Georges Gastaud, l'UE et les régimes fascisants

« A l’échelle européenne, indique Georges Gastaud, l’UE, qui avait fait la grosse voix au début des années 2000 quand le néonazi Jorg Hayder s’était approché du gouvernement autrichien, ne pipe plus mot, sinon pour la forme, contre les régimes fascisants d’Orban (Hongrie), de Kaczynski (Pologne), et moins encore contre le nouveau gouvernement de Vienne (les postes régaliens sont désormais accaparés par des néonazis au pays natal d’Adolf Hitler !). L’UE-OTAN n’a pas davantage scrupule à collaborer avec Riga, Vilnius et Tallinn, sans parler de l’extrême tendresse de l’UE/OTAN pour l’Ukrainien Porochenko, dont le « parlement », épuré des communistes (le PC Ukrainien a été interdit), est présidé, dans l’indifférence générale, par le fondateur du... Parti national-socialiste ukrainien. Mais comment l’UE protesterait-elle contre la fascisation galopante de l’Est européen alors que, sur sommation officielle de l’UE, Alexis Tsipras lamine le droit de grève en Grèce ?... »

Reprenons la lecture des considérants de Georges Gastaud...

Michel Peyret


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8 mai 2018

Fascisation : de la tenaille objective à la fusion assumée ?

https://www.legrandsoir.info/local/cache-vignettes/L287xH175/arton33342-a652c.jpgGeorges GASTAUD













Par Georges Gastaud, auteur de Marxisme et universalisme, Delga, 2017

Traçant une ligne infranchissable entre eux-mêmes et tous les individus et organisations qui flirtent de près ou de loin avec l’extrême droite, les militants franchement communistes et 100% antifascistes du PRCF rejettent sans appel tous ceux qui banalisent le parti des Le Pen, cette pointe avancée de la fascisation du pays.

Pour autant, à l’occasion du second tour de la présidentielle, le PRCF a refusé de céder au chantage du PS, des dirigeants de la plupart des confédérations, CGT comprise, du PCF-PGE et de certaines fractions égarées de « l’extrême gauche » : ces maîtres de vertu sommaient alors le « camp progressiste » de voter Macron pour, censément, « faire barrage » à la fascisation, opportunément réduite à sa partie la plus visible, la lepénisation.

Or celle-ci est un aspect d’un phénomène bien plus général, dont le socle continental est la très dictatoriale « construction » euro-atlantique, cette machine à criminaliser les partis communistes, à recycler les nostalgiques du Troisième Reich, à inscrire totalement l’Europe des 27 en général et la France macroniste en particulier dans la marche impérialiste aux guerres potentiellement mondiales contre l’Iran, la Russie, et les ultimes Etats laïques du Proche-Orient.

Le bien-fondé de l’abstention électorale du PRCF en mai 2017 apparaît désormais de manière éclatante : la « construction européenne » n’est pas plus un « barrage internationaliste à l’ultra-droite » que le vote Macron n’a jamais pu faire rempart, fût-ce faiblement, à la fascisation du pays. En réalité, la belle Europe « sociale, démocratique et pacifique » dont rêvent les yeux ouverts (et les subventions européennes plein leurs coffres...) le Parti de la Gauche Européenne et la Confédération des Syndicats Européens, intervient structurellement comme l’état-major de l’euro-maccarthysme, comme une machine à blanchir l’ultra-droite, comme un « partenaire stratégique » revendiqué de l’OTAN qui planifie avec elle le nouveau Drang nach Osten de l’offensive antirusse.

Quant à Macron, loin de combattre l’euro-fascisation, il a déjà franchi un nouveau seuil, avec son lugubre ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, dans la politique franchement liberticide qui avait déjà connu deux bonds qualitatifs successifs avec les méthodes... frontales et insoucieuses d’Etat de droit de Nicolas Sarkozy, puis de Manuel Valls : rappelons que ce grand patriote [1] républicain a été le premier chef de gouvernement de l’après-guerre à tenter d’interdire une manifestation nationale inter-confédérale convoquée par la CGT, par SUD, par la FSU et par Force ouvrière...

Une sinistre « nouveauté » vient désormais s’ajouter à ce tableau déjà passablement brunâtre. Pour bien l’appréhender, il faut d’abord rappeler ce que le PRCF a signalé depuis longtemps : l’existence d’une « tenaille politique » nationale et internationale broyant les peuples en général et le peuple français en particulier dans un étau à deux mâchoires :

-d’un côté, l’aile fanatiquement euro-atlantique de la grande bourgeoisie, adepte de la marche forcée vers l’Europe fédérale (« défense européenne », « souveraineté européenne », « gouvernement de l’euro »), du « devoir d’ingérence » impérialiste (en Ukraine, en Syrie, en Libye, l’Occident néocolonial choisit ses « régimes » et frappe quand il veut en contournant l’O.N.U...) et du « Pacte transatlantique » en construction (« TAFTA », « CETA », avec en toile de fond culturel et linguistique, le basculement en cours des pays européens au tout-anglais managérial...),

-de l’autre côté, l’aile « nationaliste », xénophobe, néo-cléricale, « tradi » qui, sans jamais contester l’UE-OTAN dans son principe, cible surtout les couches sociales précarisées par l’euro-mondialisation, cultivant à cette fin des thématiques violemment anti-immigrés, patriarcales, néo-cléricales et surtout, antimusulmanes. Au niveau mondial, le chef de file du premier courant est le clan Clinton ; Trump est la figure de proue hideuse du second clan oligarchique, mais ces deux équipes convergent dans l’« unilatéralisme » belliqueux et irresponsable. Quant au tandem Macron-Le Pen, il reproduit les deux pièces de l’étau à l’échelle de l’Hexagone [2]. Or, ce qu’on observe de plus en plus désormais, c’est un début de fusionnement des deux parties de la tenaille par un double mouvement qui tient du chassé-croisé politique et qui est aisément observable aux échelles européenne et hexagonale :

A l’échelle européenne, l’UE, qui avait fait la grosse voix au début des années 2000 quand le néonazi Jorg Hayder s’était approché du gouvernement autrichien, ne pipe plus mot, sinon pour la forme, contre les régimes fascisants d’Orban (Hongrie), de Kaczynski (Pologne), et moins encore contre le nouveau gouvernement de Vienne (les postes régaliens sont désormais accaparés par des néonazis au pays natal d’Adolf Hitler !). L’UE-OTAN n’a pas davantage scrupule à collaborer avec Riga, Vilnius et Tallinn [3], sans parler de l’extrême tendresse de l’UE/OTAN pour l’Ukrainien Porochenko, dont le « parlement », épuré des communistes (le PC Ukrainien a été interdit), est présidé, dans l’indifférence générale, par le fondateur du... Parti national-socialiste ukrainien. Mais comment l’UE protesterait-elle contre la fascisation galopante de l’Est européen alors que, sur sommation officielle de l’UE, Alexis Tsipras lamine le droit de grève en Grèce ? Symétriquement à cette fascisation (de moins en moins) rampante de l’UE, aucun des régimes « nationalistes » de l’Est européen, et moins encore le gouvernement autrichien truffé de nostalgiques d’Adolf, ne remettent en cause l’appartenance à l’UE, à l’OTAN ou à (l’entrée future dans) l’euro de Budapest, Varsovie, Bucarest, Sofia, Vilnius, Zagreb, etc. : ce donnant-donnant entre dirigeants euro-atlantistes et « eurosceptiques » de droite prend sous nos yeux la forme émergente d’une Grande Europe blanche, pseudo-« chrétienne », grossièrement russophobe, anti-ouvrière, antisyndicale et, bien sur, anticommuniste, en un mot une Europe libéral-fascisante, que symbolisent déjà, par leurs actes liberticides et discriminatoires, les dirigeants de la Flandre (ex- ?)belge, les racistes de la Lega italienne, sans oublier le gouvernement de Rajoy qui traque les élus catalans comme aux temps bénis du franquisme...

b) Un chassé-croisé politico-idéologique analogue se déploie en France : tancés par le grand patronat, Marine et Marion Le Pen se gardent désormais de mettre en cause, fût-ce pour la frime, l’appartenance de la France à l’euro, faute de quoi elles perdraient aussitôt tout appui – on l’a vu entre les deux tours de la présidentielle – dans la grande bourgeoisie « française » ; symétriquement à ce bougé du rassemblement « national », l’ « internationaliste » Macron durcit la loi contre les migrants et couvre d’incroyables exactions policières à Calais ; il fait tout, par Guillaume Pépy interposé, pour briser la grève cheminots ; il investit militairement la ZAD de NDDL ; il fait dégager les AG étudiantes à la matraque ; il grave l’état d’urgence dans la loi ordinaire, contourne le Parlement à coups d’ordonnances et clique comme jamais la Toile au nom de la chasse aux « fake news » [4]. Plus d’une fois ces derniers temps, on a vu les nervis fascistes cagoulés envahir les premiers les facultés occupées (parfois avec la complicité de tel doyen « politiquement correct »), la « police républicaine », comme Renaud Séchan et Charlie-Hebdo nous ont accoutumés à le dire, accourant ensuite pour finir le sale boulot. Ne parlons pas de la récente occupation de notre frontière alpine par des fascistes européens, les troupes régulières de Gerard Collomb n’arrivant qu’après-coup pour investir militairement ladite frontière et renvoyer dos à dos les euro-fascistes et les militants antifascistes qui affrontaient sur place les nazillons, faute de voir l’Etat « républicain » jouer son rôle élémentaire...

Une raison majeure du fusionnement tendanciel des deux mâchoires de l’euro- et de la franco-fascisation est la crise aiguë de la « construction » européenne. Celle-ci est de plus en plus rejetée par les peuples [5] sans qu’ait encore émergé une alternative de gauche 100% anti-UE. Ce mécontentement populaire de masse, que traduit la litote journalistique « l’Europe ne fait plus rêver », provoque la coagulation des forces euro-réactionnaires préventivement arc-boutées pour faire à la colère populaire montante [6]. Certes, ce fusionnement ne va pas sans contradictions secondaires au sein du camp oligarchique, car les publics socioculturels que ciblent respectivement les euro-atlantes traditionnels et les eurosceptiques de droite sont subjectivement fort éloignés les uns des autres : le premier public – dominé par la « bourgeoisie bohème » des métropoles (les fameux « bobos ») –, se dit « internationaliste » et méprise copieusement les « nations » souveraines ; déclassés par le dé-tricotage maastrichtien, relégués à la périphérie abandonnée des « euro-métropoles » et reniés par la gauche établie, le second public se veut « patriote » alors même que les Le Pen, Wauquiez et Cie dévoient aisément ce patriotisme sans contenu de classe vers la xénophobie d’Etat, le mépris du « fonctionnaire privilégié » (sic), du « chômeur assisté » (sic) et surtout, vers la haine du « musulman » pauvre. L’ignoble appel récemment lancé par Val, Sarkozy et Valls pour amalgamer l’antisémitisme à l’antisionisme de la gauche anticoloniale pourrait bien avoir pour principal but hégémonique (au sens que Gramsci a donné à ce mot) d’arrimer l’un à l’autre les deux blocs idéologico-culturels décrits ci-dessus en leur désignant pour ennemis communs, à l’étranger, le Russe, le Palestinien et l’Iranien, et en France, le militant « rouge », l’insoumis et l’immigré « musulman » d’avance suspect de « radicalisation » [7]. Cet appel est d’autant plus infect qu’il retourne à des fins fascisantes un signifiant traditionnel de la gauche antifasciste : avec l’aide de la social-démocratie, la droite issue du camp antidreyfusard voudrait dévoyer l’engagement constant de la gauche dreyfusiste contre l’horreur antisémite de manière à aggraver la communautarisation de la République. Et pour faire diversion au passage à l’affrontement de classes en cours entre Macron-Thatcher et le mouvement populaire en lutte (cheminots, étudiants, etc.) sans la moindre considération de « races », de « communautés » ou de religions...

Les deux mâchoires de la tenaille euro-fascisante tendent ainsi à fusionner pour forger un seul et même estoc politique tourné contre le mouvement populaire (printemps 2018 en France), contre la Russie (Ukraine) et l’Iran, contre les vrais communistes [8] de toute l’Europe, tout en justifiant la militarisation éperdue de l’économie européenne (objectif fixé par l’OTAN : atteindre partout 2% du PIB par pays pour abonder la course aux armements antirausse). Plusieurs conclusions découlent alors de ce constat, que cent autres données pourraient corroborer :

il devient indécent d’occulter cette fascisation de l’UE et de la France que tant de prétendus « marxistes » (qui ne verraient pas un éléphant bleu-brun dans un couloir !) s’évertuent à nier, soit qu’ils réduisent la fascisation à la lepénisation, soit qu’ils identifient fallacieusement fascisation et fascisme : comme si Dimitrov et Thorez (PCF) n’avaient pas lumineusement montré, lors du 7ème congrès de l’Internationale communiste (1935) que la fascisation, ce processus de dégénérescence immanent à la démocratie bourgeoise, précède toujours et permet, le moment venu, et si l’aiguisement des crises capitalistes le nécessite, l’émergence du fascisme proprement dit, cette dictature terroriste du grand capital qui finit par liquider dans le sang – y compris dans celui des anticommunistes « de gauche » ! – la démocratie bourgeoise elle-même ; l’euro-maccarthysme actuel, qui criminalise le communisme historique tout en banalisant le fascisme – ce meilleur élève toutes catégories de la classe antisoviétique –, est le socle idéologique actuel de la fascisation et du nouveau bloc hégémonique anti-Stalingrad qui s’édifie, au moins depuis 1989, sur le plan continental. On mesure l’écrasante responsabilité historique qu’ont prise à cet égard les idéologues de la fausse gauche – et les manuels d’histoire étudiés dans nos classes ! – qui assimilent sous le nom de « totalitarismes » le Reich exterminateur à son principal vainqueur – et notre principal libérateur aux dires de Charles De Gaulle ! –, le pays de Stalingrad.

L’opposition binaire « Macron/FN » (ou demain, Macron-Juppé contre Le Pen/Wauquiez) ressemble de plus en plus à un théâtre d’ombres. D’abord parce qu’en l’absence d’une grande alternative progressiste anti-UE qui tarde à se former, la politique macroniste ne peut que relancer le FN et ses pseudopodes, de Dupont-Aignan à Florian Philippot. Ensuite parce qu’entre le FN et le pouvoir macroniste, que relient l’un à l’autre les multiples passerelles LR qui courent des « juppéistes » aux néo-versaillais Wauquiez-Ciotti, le principal point d’accord sera toujours la mise au pas brutale de la classe ouvrière, cheminots en tête, de la jeunesse populaire et des travailleurs immigrés – qu’il faut intimider sans trêve pour affaiblir et diviser la classe laborieuse. Ceux qui, au nom parfois d’un « marxisme » de parade ou d’un « antiracisme » superficiel, ont légitimé Macron en appelant à l’élire au second tour, s’honoreraient donc en publiant une autocritique qui aiderait grandement les travailleurs en lutte à saisir la nature de classe antisociale, antinationale, fascisante et belliciste du pouvoir macédonien. Comment en effet faire voter Macron le 6 mai, comme l’a hélas fait Philippe Martinez, et l’affronter trois mois plus tard dans la rue quand, fort de son mandat de casse euro-patronal, ce mandataire de la haute finance lance sa guerre-éclair contre le Code du travail, le baccalauréat national, les retraites par répartition, les services et les statuts publics ?

Il urge de rompre la sous-tenaille politique qui, à la gauche de la gauche, reproduit l’étau mondial, européen et hexagonal que nous avons décrit ci-dessus : pour, prétendent-ils, relayer politiquement le mouvement populaire, en fait pour isoler les partisans du Frexit progressiste et mettre chemin faisant la France insoumise sur la défensive, on voit les états-majors du PCF-PGE, d’Ensemble, du NPA, de Générations, tenter de ressusciter l’union des gauches européistes en occultant le débat de fond sur l’UE[9], donc en « sanctuarisant » la « mâchoire » euro-atlantique du dispositif oligarchique. D’autres militants issus du camp progressiste croient à l’inverse plus « radical » de courtiser les souverainistes de droite. Certains de ces « progressistes » égarés ont même cru bon, entre les deux tours de la présidentielle, de présenter le FN comme un « moindre mal » : énorme danger de perversion rouge-brune du mouvement populaire, voire de doriotisation de son aile la plus anti-européiste.

La seule proposition de salut public qui finit par émerger, dans une conjoncture où le mouvement populaire et la nation indépendante jouent leur leur va-tout, est donc celle qu’avance le PRCF : celle d’un Front de Résistance Antifasciste, Patriotique, Pacifique, Populaire et Ecologiste (F.R.A.P.P.P.E.). Isolant l’oligarchie et associant les couches moyennes au monde du travail sous la houlette de ce dernier, ce regroupement à vocation majoritaire viserait clairement un Frexit progressiste, antifasciste et internationaliste, une sortie par la gauche de l’UE-euro-OTAN, une dé-légitimation radicale de Macron-MEDEF, un refus démocratique radical de cette 5ème « République » inféodée à Merkel et à l’Oncle Sam (ce qui implique de viser rien moins qu’une « reconstitution » de la République française), une opposition catégorique aux guerres impérialistes et néocoloniales impliquant la « France » officielle ; tout cela dans le but de percuter l’extrême droite, de briser la communautarisation multimodale en marche de la République [10], de stopper la macro-américanisation de notre culture et de notre langue, de déployer une démocratie populaire radicalement neuve (y compris à l’entreprise), de nationaliser les banque, le CAC-40 et les entreprises stratégiques, de reconstruire le « produire en France » industriel et agricole, de réparer les services publics et la protection sociale dépecées par Maastricht, de déployer des coopérations transcontinentales tous azimuts, de sortir la France de l’OTAN : bref, de « mettre le monde du travail au centre de la vie nationale » comme y invitait le CNR dans son programme Les Jours heureux. Et, chemin faisant, de rouvrir concrètement, non par des incantations « révolutionnaires » mais dans le droit fil du rassemblement populaire majoritaire, la voie du socialisme à notre pays.

C’est dans cet esprit que le PRCF proposera une initiative unitaire à l’approche du 29 mai prochain, anniversaire du Non honteusement bafoué du peuple français à la constitution supranationale et néolibérale.

[1] Qui se rêve déjà en futur maire de Barcelone. Qu’importe le pays pourvu qu’on ait le pouvoir...

[2] Nous disons hexagonal et non française tant ces courants sont diversement engagés dans le démontage et/ou le discrédit de la nation républicaine issue de l’An II. Portés par la haine de classe, ils communient dans l’anti-jacobinisme et, naturellement, dans l’antibolchevisme.

[3] Ces capitales sont dominées par des courants grossièrement russophobes, anticommunistes, voire nostalgiques des Waffen-SS baltes.

[4] Comme si la principale source de désinformation (justification des frappes illégales en Syrie, mise au ban des cheminots, déformation du mouvement étudiant, criminalisation des zadistes, présentation totalement partiale de Cuba et du Venezuela, absence totale de mise en cause de Macron sur ses forfaitures caractérisées (viol répété de l’article II-a de la Constitution faisant du français « la langue de la République », de l’article II de la loi laïque de 1905 (qui interdit bien évidemment à un chef de l’Etat de discourir devant le synode pour dicter aux évêques leur comportement politique à venir...), agression anti-syrienne non précédée d’une déclaration de guerre soumise au parlement...) n’était pas aujourd’hui au quotidien les... grands médias privés et d’Etat !

[5] On pense au Brexit, mais aussi à un éventuel Frexit puisque Macron, interviewé par la BBC lors de son voyage outre Manche a répond « certes » au journaliste qui lui demandait s’il ne craignait pas que le peuple français ne se prononçât pour le frexit à l’occasion d’un éventuel référendum sur l’UE.

[6] L’oligarchie sait davantage, elle, ce qu’est le tous ensemble en même temps que ne le savent certains syndicats qui refusent d’organiser la convergence des luttes contre l’UE, c’est-à-dire contre le chef d’orchestre continental de la casse sociale !

[7] Avec en prime l’appel totalement anti-laïque à purger le texte du Coran... Qu’on est loin du mot de Victor Hugo définissant la laïcité comme « l’Etat chez lui et l’Eglise chez elle »...

[8] Sans aucune campagne de masse du PGE et de son antenne française, le PCF ; sans doute sont-ils ravis de voir les gouvernants de l’Est s’acharner sur de supposés partis « staliniens » ?

[9] Raison pour laquelle le PRCF n’a pas signé cet appel, bien qu’il appelle à réussir le 5 mai sur des bases plurielles.

[10] Euro-régionalismes, replis religieux divers et variés, néo-cléricalisme, toutes les nouvelles féodalités destructives que promeut objectivement le « pacte girondin » cher à Macron.

»» https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/fascisation-de-la-t...

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 Georges GASTAUD

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David Arabia, Catalogne, la répression s'accentue

« Mais l’autoritarisme de l’Espagne, indique David Arabia, ne sévit pas que dans le champ politique. Ces dernières semaines, plusieurs rappeurs ont été condamnés à de la prison ferme. Valtònyc, rappeur catalanophone, a écopé de 3 ans de prison pour injure à la couronne. Pablo Hasél, rappeur catalan, a lui été condamné à 5 ans de prison pour apologie du terrorisme et injure à la couronne. C’est dans ce contexte qu’une plateforme rassemblant différents syndicats et associations a été créée en mars pour la « défense des institutions catalanes ». Parmi eux, on retrouve les deux grands syndicats Commission ouvrières, proche du Parti communiste et l’Union générale des travailleurs (UGT), proche du Parti socialiste. C’est à l’appel de cette plateforme qu’a eu lieu la manifestation du 15 avril à Barcelone pour la libération des prisonnier·e·s politiques, le retour des exilé·e·s, la fin de l’application de l’article 155 de la Constitution – qui suspend l’autonomie de la Catalogne –  et de la répression... »

Reprenons la lecture de l'exposé de David Arabia...

Michel Peyret


AVANT-GARDE JC66

INTERNATIONAL

LA CATALOGNE SE MOBILISE CONTRE LA RÉPRESSION

17 avril 2018 David Arabia

 A l’heure qu’il est, la Catalogne a vu neuf de ses leaders politiques ou associatifs être arrêté·e·s et enfermé·e·s dans des prisons espagnoles, certain·e·s depuis six mois. Sept autres ont fait le choix de l’exil et font l’objet d’un mandat d’arrêt international.

LES CATALANS UNIS FACE À LA RÉPRESSION

La répression des militant·e·s syndicaux et politiques s’accentue elle aussi avec des centaines de poursuites judiciaires en cours. C’est notamment le cas de Tamara Carrasco, militante des CDR (Comité de Défense de la République), qui avait été accusée de terrorisme pour avoir planifié le blocage d’autoroutes.

Mais l’autoritarisme de l’Espagne ne sévit pas que dans le champ politique. Ces dernières semaines, plusieurs rappeurs ont été condamnés à de la prison ferme. Valtònyc, rappeur catalanophone, a écopé de 3 ans de prison pour injure à la couronne. Pablo Hasél, rappeur catalan, a lui été condamné à 5 ans de prison pour apologie du terrorisme et injure à la couronne.

C’est dans ce contexte qu’une plateforme rassemblant différents syndicats et associations a été créée en mars pour la « défense des institutions catalanes ». Parmi eux, on retrouve les deux grands syndicats Commission ouvrières, proche du Parti communiste et l’Union générale des travailleurs (UGT), proche du Parti socialiste. C’est à l’appel de cette plateforme qu’a eu lieu la manifestation du 15 avril à Barcelone pour la libération des prisonnier·e·s politiques, le retour des exilé·e·s, la fin de l’application de l’article 155 de la Constitution – qui suspend l’autonomie de la Catalogne –  et de la répression.

UNE MANIFESTATION POPULAIRE

Dès 11h, des centaines de milliers de Catalan·e·s étaient déjà dans la rue. Plus de 900 bus venus de toute la Catalogne ont acheminé des milliers de manifestant·e·s. Deux bus partaient complets de Perpignan avec à leur bord une délégation de jeunes communistes. Léa Tytéca, secrétaire de la fédération des Pyrénées Orientales du MJCF, explique leur présence :

« Nous ne nous prononçons pas sur l’indépendance, mais nous ne pouvons accepter une telle répression et un tel déni de démocratie. Nous croyons à l’autodétermination du peuple catalan et nous nous battrons pour qu’elle soit respectée. »

Bien que les mots d’ordres de cette manifestation ne soient pas des mots d’ordres indépendantistes, l’estelada (drapeau indépendantiste catalan) est partout. Rapidement, les boulevards se remplissent et les rues adjacentes aussi. Plus de 700 000 Catalan.ne.s sont dans la rue, soit plus de 10% de la population totale de la Catalogne, faisant état d’un mouvement populaire et large. Les frontières du mouvement indépendantiste vont des couches les plus populaires jusqu’à une partie de la bourgeoisie.

Pour Emma Soler, responsable des Jovents de Catalunya Nord, organisation de jeunesse affiliée à l’ERC (Gauche républicaine catalane, indépendantiste) :

« On ne peut pas nier qu’il y a une bourgeoisie catalane influente, mais celles et ceux qui se mobilisent et qui sont aujourd’hui dans la rue c’est la gauche, ce sont les travailleurs, les jeunes, les plus précaires ».

Là dessus, Ferran Col Soll, militant de l’Eina, syndicat de jeunes, ajoute que :

« La conscience de classe grandit en Catalogne, notamment grâce au mouvement indépendantiste. »

En effet, depuis le référendum du premier octobre les grandes entreprises n’ont pas été à la hauteur de la crise. Dès le 5 octobre les banques Sabadell et CaixaBank ont retiré leur siège social de Catalogne avec une rapidité permise par le gouvernement espagnol. Ce fut également le cas d’entreprises côtées à la bourse de Madrid dont Abertis (gestionnaire d’autoroutes) et Colonial (groupe immobilier).

« Ces multinationales sont maintenant boycottées par beaucoup. Leurs attaques auront permi de voir naître il y a plusieurs mois maintenant une véritable entraide et une solidarité entre les Catalan.ne.s »

nous explique Ferran.

Régulièrement, les hélicoptères de la police nationale passent au dessus des têtes et se font allègrement huer. Mais tout au long de la manifestation, les forces de l’ordre, Mossos, Guardia Urbana et Guardia Civil se sont fait discrets. La manifestation aura été festive et bonne enfant, sans aucune violence à déplorer.

« NO TINC POR » (JE N’AI PAS PEUR EN CATALAN)

Malgré une répression grandissante, Rut Ribas l’affirme, elle n’a pas peur. Plus jeune députée au parlement catalan, elle s’est d’abord engagée aux élections municipales de 2011 pour porter la parole des jeunes dans son village de Sant Sadurni d’Anoia. Elle a ensuite milité aux JERC et a été élu sous les couleurs de l’ERC en décembre dernier.

« Aujourd’hui, les jeunes se questionnent de plus en plus sur l’indépendance. Même si dans le bloc indépendantiste la droite est légèrement majoritaire, les jeunes votent plus à gauche. Leur rejet des partis indépendantistes de droite est notamment dû aux cas de corruption qui ont sévis dans un passé récent. »

Pour Rut, être de gauche ne suffit plus. Les blocages du gouvernement espagnol (rejets du gouvernement et annulation du tribunal constitutionnel) lorsqu’une loi sociale ou environnementale est promulguée en Catalogne se multiplient. Ce fut notamment le cas pour des lois favorisant l’accès à l’énergie des familles les plus précaires ou de taxation des banques. Alors que l’ERC dispose d’un programme de 50 mesures pour la République catalane telles que l’interdiction des coupures d’électricité pour les plus pauvres ou le revenu minimum de 600€ (dans un pays où le salaire médian est beaucoup moins élevé qu’en France) pour les chômeur·euse·s, étudiant·e·s ou mères célibataires, il semble difficile de pouvoir les appliquer dans ce contexte. C’est ce qui l’amène à penser que seule une rupture avec l’Etat espagnol peut permettre une véritable transformation sociale.

Pour Emma, des Jovents, cette rupture ne doit pas être précipitée :

« Notre horizon c’est la République, mais elle va se construire sur le long terme. Nous sommes dans une situation compliquée, certain·e·s de nos camarades sont en prison ou condamné·e·s à l’exil. Nous avons besoin d’amplifier le mouvement en Catalogne mais aussi à l’international ».

Cette question divise aujourd’hui le camp indépendantiste. Pour la CUP (Candidature d’unité populaire), parti anticapitaliste, il faut proclamer la République catalane sans attendre. Cette question devrait être au coeur des négociations entre les partis indépendantistes pour avancer une candidature unitaire au poste de président de la Generalitat, le gouvernement catalan. Si une entente n’est pas trouvée avant le 22 mai, de nouvelles élections devront être convoquées.

RÉCEMMENT RÉUNIE EN CONGRÈS, LA JEUNESSE SOCIALISTE UNIFIÉE DE CATALOGNE (JSUC, JEUNESSE COMMUNISTE), A RÉAFFIRMÉ SA POSITION SUR LA SITUATION ACTUELLE :

“Au cours des derniers mois, nous avons dû faire face à la conflictualité du débat national, polarisé par le discours des droites catalane et espagnole. A chaque instant, nous avons défendu le droit à l’autodétermination dans un cadre de garanties, en promouvant le dialogue et le discours fédéral, mais en nous opposant aux options chauvinistes et en dénonçant la répression judiciaire et policière. Nous cherchons à construire une IIIème République fédérale qui accueille la plurinationalité des peuples d’Espagne, et qui serve les intérêts de la classe travailleuse”.

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David Arabia

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Wikipedia, Les premiers Incas, une origine géographique discutée

« À l'heure actuelle, indique la présentation de Wikipedia , l'origine géographique des premiers Incas reste discutée, l'hypothèse communément admise étant qu'ils provenaient des rives du lac Titicaca, à la frontière du Pérou et de la Bolivie. Le rapprochement est souvent évoqué avec la civilisation méconnue de Tiahuanaco (en Bolivie). Les Incas seraient donc un groupe d'hommes menés par Manco Capac ; après une migration vers le nord, celui-ci s'allie avec quelques communautés quechuas pour déloger les habitants de la vallée de Cuzco. Ce sont dès lors tous les descendants de ces premiers colons ainsi que leurs alliés qui sont considérés comme Incas.D'autres sources évoquent une origine amazonienne. La présence des incas en Amazonie est attestée par la découverte de la cité agricole inca de Mameria (en) par deux explorateurs franco-péruviens en 1979, Nicole et Herbert Cartagena, en compagnie du péruvien Goyo Tolédo. L'analyse d'un morceau de charbon trouvé à Mameria, effectuée par Grégory Deyermenjian, donne une datation de 1345 après JC, avec une plage d'erreur allant de 1240 à 1500 après JC. Cette datation laisse donc les deux hypothèses ouvertes d'une occupation Inca, ou Huari tardif (empire pré-Inca de culture Quechua)... »

Reprenons la lecture de la présentation de Wikipedia...

Michel Peyret


Civilisation inca

Cet article concerne la civilisation inca. Pour l'empire, voir Empire inca. Pour les autres significations, voir Inca (homonymie).

Ville sacrée inca de Machu PicchuPérou

Extension maximale de l'empire inca et de ses quatre régions principales

La civilisation inca est une civilisation précolombienne du groupe andin. Elle prend naissance au début du xiiie siècle dans le bassin de Cusco dans l'actuel Pérou et se développe ensuite le long de l'océan Pacifique et de la cordillère des Andes, couvrant la partie occidentale de l'Amérique du Sud. À son apogée, elle s'étend de la Colombie jusqu'à l'Argentine et au Chili, par-delà l'Équateur, le Pérouet la Bolivie.

Elle est à l'origine de l'empire inca, l'un des grands royaumes de l'Amérique précolombienne. Cet empire avait pour chef suprême le Sapa Inca. L'empire inca fut conquis par les conquistadors espagnols sous les ordres de Francisco Pizarro à partir de 1532.

L'une des grandes singularités de cet empire fut d'avoir intégré, dans une organisation étatique originale, la multiplicité socioculturelle des populations hétérogènes qui le composaient.

Sommaire

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Histoire

Héritage des civilisations précédentes

Premiers peuplements

Articles détaillés : Paléoaméricains et Premier peuplement de l'Amérique.

Les premières traces humaines en Amérique du Sud datent au moins du trentième millénaire avant notre ère1. Cette présence humaine est attestée sur le site archéologique de Pedra Furada (« pierre percée » en portugais), situé dans le parc national de la Serra da Capivara (Piauí) au nord-est du Brésil, qui représente probablement le site humain connu le plus ancien en Amérique. Vivant de chasse et de cueillette, ces peuples nomades s'intéressaient progressivement à l'agriculture. Les propriétés nutritionnelles du maïs, cultivé dès le troisième millénaire dans la région d'AyacuchoFavre 1, permettaient d'accroître son importanceFavre 2.

Civilisation Chavín

Extension de la culture Chavín (gris foncé) et de son influence (gris clair)

Article détaillé : Chavín.

Le développement de l'agriculture entraîna des changements sociaux importants : la population explose, des villes apparaissent et une élite religieuse se créeFavre 2. Le premier millénaire avant notre ère voit ainsi s'épanouir la civilisation Chavín, unissant dans un style artistique commun de nombreuses cultures locales, probablement grâce à un culte unique dont un élément caractéristique est l'image du jaguarFavre 2.

Tiwanaku et Huari

Articles détaillés : Tiwanaku et Huari.

Entre le ier et le viiie siècle, l'unité créée par la civilisation Chavín disparut au profit de cultures plus locales (MochicaParacas-NazcaTiwanaku)Favre 3. Le développement agricole, notamment l'irrigation et l'aménagement de terrasses, continue. À partir du viiie siècle, deux villes des hautes terres rayonnent particulièrement et regroupent sous leur bannière les peuples andins : Tiwanaku vers le sud jusqu'au nord du Chili et Huari vers le nordFavre 4.

Empire Chimú

Carte de la culture Chimú

Article détaillé : Chimú.

Les États de Tiahuanaco et Huari s'effondrent brusquement au xiie siècle. À nouveau, le régionalisme prévaut dans un premier temps, puis de nouvelles tentatives d'intégration impérialistes ont lieuFavre 5. Ainsi, vers le milieu du xiiie siècle, le peuple Chimú initie la création d'un nouvel empire, sur la côte nord du Pérou actuel, fondé sur l'aménagement hydrauliqueFavre 6. L'Empire Chimú s'étend le long de la côte jusqu'à l'actuelle frontière équatorienne, et il entre inévitablement en rivalité avec l'empire inca, l'autre grand empire andin du xve siècle, ce qui lui sera fatalFavre 7.

Origines de l'ethnie inca

Origines légendaires

Articles connexes : Origine inca et Pacaritambo.

Différents témoignages ont été recueillis quant à l'origine des Incas. Selon la légende de Manco Capac et Mama Ocllo, les Incas descendent de Manco Capac. Plusieurs versions2 de cette légende en font la création de Viracocha et de Inti, le dieu du soleil, le faisant naître près de Cuzco (légende de Pacaritambo3) ou sortir du lac Titicaca avec sa sœur-épouse Mama Ocllo, envoyés par Viracocha, le dieu créateur, pour apporter la civilisation aux hommes après le grand déluge qui avait tout dévasté.

Selon cette dernière version, ils voyagèrent jusqu'à ce que le bâton magique en or de Manco s'enfonce totalement dans la terre pour leur désigner le lieu où s'établir : la terre de ce lieu serait suffisamment riche pour les accueillir4. C'est là qu'ils fondèrent la première ville inca qui deviendra Cuzco, c'est-à-dire le « nombril » en quechua5. Manco Capac enseigna alors aux hommes l'agriculture et l'artisanat, et Mama Ocllo enseigna aux femmes l'art du tissage.

Origine admise par les scientifiques

À l'heure actuelle, l'origine géographique des premiers Incas reste discutée, l'hypothèse communément admise étant qu'ils provenaient des rives du lac Titicaca, à la frontière du Pérou et de la Bolivie. Le rapprochement est souvent évoqué avec la civilisation méconnue de Tiahuanaco (en Bolivie). Les Incas seraient donc un groupe d'hommes menés par Manco Capac ; après une migration vers le nord, celui-ci s'allie avec quelques communautés quechuas pour déloger les habitants de la vallée de Cuzco. Ce sont dès lors tous les descendants de ces premiers colons ainsi que leurs alliés qui sont considérés comme Incas.

Hypothèse amazonienne

D'autres sources évoquent une origine amazonienne. La présence des incas en Amazonie est attestée par la découverte de la cité agricole inca de Mameria (en) par deux explorateurs franco-péruviens en 1979, Nicole et Herbert Cartagena, en compagnie du péruvien Goyo Tolédo. L'analyse d'un morceau de charbon trouvé à Mameria6, effectuée par Grégory Deyermenjian, donne une datation de 1345 après JC, avec une plage d'erreur allant de 1240 à 1500 après JC. Cette datation laisse donc les deux hypothèses ouvertes d'une occupation Inca, ou Huari tardif (empire pré-Inca de culture Quechua).

Enfin, les ruines récemment trouvées par l'équipe franco-péruvienne Inka LLacta / P.E.P7 en 2015 montrent une occupation probablement Huari à proximité de Mameria (cordillère du Toporake), dans la vallée Nord-Lacco et dans le parc du Megantoni.

Histoire de l'empire inca

Article détaillé : Empire inca#Histoire.

À leur arrivée dans la région de Cuzco, les Incas ne sont qu'une tribu parmi d'autres dans une confédération locale, occupant dans un premier temps un rang subordonnéFavre 8. Leur position de chefs militaires dans la confédération leur permet de gagner progressivement de l'influence lors des règnes successifs de Sinchi RocaLloque YupanquiMayta Capac et Capac Yupanqui. Finalement, à la mort de Capac Yupanqui, Inca Roca s'empare du contrôle de la confédérationFavre 9.

Yahuar Huacac puis Viracocha Inca étendent la domination inca. Néanmoins, le territoire inca ne dépasse pas un rayon de 40 kmautour de CuzcoFavre 9. En 1438, lors d'une guerre avec la tribu voisine des Chancas, Viracocha abandonne la capitale, mais son fils Pachacutec la défend avec succès et défait les Chancas. C'est le début de l'expansion extrêmement rapide de l'empireFavre 10.

Le fils de Pachacutec, Tupac Yupanqui et son fils après lui, Huayna Capac, repoussent les frontières de l'empire du Chili au Sud de la Colombie. L'empire est à son apogéeFavre 11.

En 1532, 180 conquistadors espagnols débarquent et commencent la conquête de l'empire inca. Bien que peu nombreux face aux armées incas de plusieurs dizaines de milliers de soldats, cette conquête est très rapideFavre 12. Les historiens expliquent cela par une combinaison de plusieurs raisons : la guerre de succession consécutive à la mort de Huayna Capac en 1527, la rapide capture du nouvel empereur Atahualpa, la supériorité militaire des Espagnols, tant par leur armement (chevauxarmures en métal et armes à feu) que par leur stratégie, leur habileté diplomatique à soulever contre l'empire des tribus locales ainsi que l'assimilation par les Incas des Espagnols à des dieux annoncés par des prophéties.

La conquête espagnole s'accompagne de nombreux pillages et de massacres. La colonisation qui s'ensuit engendre une catastrophe démographique majeure : la population de l'empire inca, estimée entre 12 et 15 millions de personnes avant la conquête, est d'environ 600 000 un siècle plus tard. L'exploitation des indigènes et leur manque de défenses immunitaires contre les maladies apportées par les Espagnols en sont les principales raisonsItier 1.

Prisonnier de Pizarro, Atahualpa lui donna tout son or en échange de sa libération. Pizarro prit l'or mais fit malgré cet accord exécuter l'empereur le 29 août 1533.

Les Incas se rebelleront tout de même plusieurs fois, notamment en 1536 sous le commandement de Manco Inca. La ville de Vilcabamba devient le centre d'un noyau de résistance inca qui y subsistera jusqu'en 1572Favre 13. La résistance aura un sursaut aux XVIIe et xviiie siècles ; le plus important épisode sera celui de Túpac Amaru II en 1780, toujours avec l’objectif avorté de restaurer l’empire inca.

Chronologie des souverains incas

Empereurs incas

L'empereur Pachacutec maniant la fronde (manuscrit de Guaman Poma).

La liste des empereurs incas s'appelle la capaccuna8 (en quechua les plus puissants parmi les êtres humains).

Avant Viracocha Inca les empereurs incas sont semi légendaires et les dates de leurs règnes sont incertaines.

Rois de Vilcabamba

Entre 1533 et 1572 une partie des fils de Huayna Capac se révolte contre les Espagnols et se réfugie dans la région de Vilcabamba. Leur pouvoir restera localisé aux alentours de ce centre de résistance.

Société et politique

Répartition de la population

Après avoir formé pendant des siècles une puissance locale, quoiqu'en expansion régulière, les Incas rêvèrent d'un plus grand royaume. Ils allaient conquérir 780 000 km² en quelques générations. Vers 1400, ayant soumis leurs voisins, les rois incas mènent leurs premières conquêtes en dehors de la région de Cuzco. Vers 1470, poussant vers la côte, les Incas défont l'Empire chimu et emmènent avec eux de nombreux artisans de la puissance vaincue. Vers 1500, se tournant vers le sud, les Incas s'emparent d'un vaste territoire s'étendant jusqu'aux limites de la Patagonie. Vers 1532, lors d'une offensive finale le long des pentes orientales des Andes, les Incas pénètrent plus avant à l'intérieur du bassin de l'Amazone.

Organisation politique et administrative

Article détaillé : Empire inca#Organisation politique et administrative.

Le Sapa Inca, chef suprême de l'empire, est avant tout un guerrier, et c'est un rapport très personnel qui le lie aux chefs locaux des tribus conquises. Ces relations sont souvent à établir à nouveau lors de chaque succession, ce qui amène parfois des guerres de reconquêtesItier 2.

Ces liens ont une importance capitale dans la gestion des provinces côtières : au contraire des provinces andines, les Incas n'y créent en effet ni villes ni administration. Ces provinces en sont par ailleurs souvent déjà pourvues par héritage des civilisations précédentes. Les Incas se contentent de gouverner à distance en maintenant les élites localesItier 3.

Dans les Andes, par contre, les Incas créent de véritables capitales provinciales. Si les liens personnels entre les chefs locaux et le Sapa Inca restent importants, une administration impériale est établie en parallèle. À la tête de ces provinces sont nommés des gouverneurs de provinces (tukriquq) représentant l'empereur localement. Ces gouverneurs sont entourés de fonctionnaires kipukamayoq qui procèdent au recensement de la population à l'aide des kipusItier 4. Le recensement revêt en effet un rôle particulièrement important dans un État où les seuls tributs versés le sont sous forme de corvéesFavre 14.

Organisation sociale

Classes sociales

La hiérarchie dans l'empire inca reprend l'organisation traditionnelle des communautés andines. L'Inca est à la fois chef de son clan et souverain de tout l'empire. L'organisation communautaire est à la base de la structure de l'empire. Dans de nombreux cas, l'Inca conquérant veille à ne pas bousculer l'organisation traditionnelle des populations à assimiler et laisse en place les autorités traditionnelles et leur confie des instructeurs du clan inca pour les informer des lois de l'empire et les instruire dans la religion officielle. Ces autorités locales étaient donc encadrées et rendaient comptes à des supérieurs hiérarchiques qui tous étaient membres du clan Inca.

D'une manière générale, il existait trois classes : la classe laborieuse constituée des paysans et artisans, la classe de gouvernance locale et, au sommet, la classe dirigeante de souche inca qui tenait les rênes de l'empire. Cette classe dirigeante était organisée comme un clan ordinaire dont les membres étaient appelés aux plus hautes fonctions au sein de l'empire, qu'elles soient religieuses, militaires ou administratives.

Cette société était donc fondée sur un système de castes et on ne pouvait que très difficilement et exceptionnellement changer de rang. Un individu de la classe laborieuse pouvait accéder à la classe dirigeante à la suite d'un exploit militaire ou grâce à quelque autre mérite. Il arrivait, dans un but politique, que des dirigeants coopératifs de peuples vaincus obtiennent des postes à responsabilités, souvent celui de Kurakas.

Structure sociale

Famille

Le groupe social de base est formé par la famille constituée des parents et des enfants célibataires. L'homme travaille aux champs, et pratique éventuellement de l'artisanat, tandis que la femme s'occupe de la cuisine et de l'entretien de la maisonFavre 15. L'entraide entre familles est très fréquente, notamment au moment des récoltes. Les personnes invalides sont généralement soutenues par l'ensemble de la communautéFavre 16.

Ayllu

Les peuples des Andes sont répartis dans de nombreux villages situés sur des hauteurs. L'ensemble des familles, la plupart du temps liées par le sang, qui habitent un village forme un ayllu. Un chef (kuraka) dirige l'ayllu répartit les travaux collectifs et les terres. L'ayllu possède en effet des terres agricoles, distribuées par lots, ainsi que des pâturages, d'accès collectifFavre 17.

Chefferie

Les ayllus sont organisés en chefferies, regroupant plusieurs ayllus sous la domination de l'un d'entre eux. Les ayllus dépendants doivent verser un tribut de corvées à l'aylludominant. En échange, ce dernier doit maintenir des réserves pour pallier les mauvaises récoltes et subvenir à l'entretien des pauvresFavre 18.

Des chefferies forment à leur tour des groupes sous la domination de l'une d'entre elles. L'empire inca s'inscrit dans le même schéma, l'empereur étant le chef du groupe de chefferies constitutif de l'empireFavre 19.

Contrôle de la population

Intégration des populations conquises

Les conquêtes se faisaient soit pacifiquement, et alors les souverains conquis conservaient un certain pouvoir, soit par armes, et le peuple vaincu était en partie déplacé dans une région solidement acquise aux Incas et qui lui était souvent totalement étrangère. Des peuples soumis de longue date à l'empire venaient alors repeupler leurs terres. Ces déplacements de population furent très importants, notamment sous Tupa Yupanki et Huana KapacFavre 20.

Éducation

À la différence des Mayas, les Incas ne disposaient pas de système d'écriture.

Vie quotidienne (mode de vie)

Étapes de la vie

La vie des Incas est rythmée par quatre étapes principales. La première s'effectue vers deux ans : on fête le passage du bébé au statut d'enfant en effectuant la cérémonie de la première coupe de cheveux, que l'on garde ensuite précieusementItier 5.

La deuxième constitue le passage de l'enfance à l'âge adulte, vers 14 ou 15 ans. Pour les garçons, le rite de passage qui y est associé est appelé warachikuy, la "mise du pagne", et comporte un jeûne et une série d'épreuves physiques. À cette occasion, on leur perce les oreilles pour y insérer les boucles propres à l'ethnie inca, on leur remet un pagne et on leur donne un nouveau nom. Le rituel féminin, le k'ikuchikuy, "première menstruation", est plus simple et comportait également une phase de jeûneItier 6.

La troisième étape est celle du mariage, entre 20 et 25 ans pour les hommes et 16 à 20 ans pour les femmes. Le couple s'établit dans une nouvelle maison et bénéficie alors de tous les droits et devoirs. Parmi ces obligations se trouvent notamment celle de participer aux corvées collectivesItier 7.

Enfin, lors de la mort, les défunts sont placés dans des tours funéraires ou des abris rocheux plus simples. Ils sont parés de leurs plus beaux atours et de leurs outils du quotidien afin d'assurer leur subsistance dans l'au-delàItier 8.

Habitat

Le "style inca" d'encastrement de gros blocs de pierre est la plupart du temps réservé aux temples et palais

Dans la plupart des cas, les Incas conservent les structures d'habitation des territoires conquisItier 9.

Dans les terres hautes, ils construisent des capitales provinciales, mais la plupart des habitants habitent des villages de quelques centaines d'habitants. Chaque foyer y possède une cour bordée d'un muret en pierre dans laquelle se trouve un ou plusieurs bâtiments circulaires de 3 à 6 m de diamètre. Parmi ces bâtiments, il peut y avoir une cuisine, des chambres, des entrepôts... Les murs sont de pierre non taillée ou d'adobe, et les toits de chaumeItier 9.

Sur la côte, les maisons populaires sont en roseau et celles de l'aristocratie en piséItier 10.

Le bois étant rare, tant dans la montagne que sur la côte, les Incas n'ont pas de mobilier. La vaisselle est posée à même le sol et on mange par terreItier 11.

Alimentation

Feuille de coca

Les paysans incas, comme leurs descendants péruviens actuels, prennent deux repas par jour (vers 8h et 16 ou 17h) et une légère collation vers midi. Il est la grande majorité du temps végétarien et composé de plantes et légumes bouillis dans une marmite. La viande, du lama ou de l'alpaga séché ou du cochon d'Inde rôti, est réservée aux jours de fêtes. Néanmoins, sur la côte, les poissons sont très consommésItier 12.

Le légume de base est la pomme de terre, qui peut être conservée pendant plus de cinq ans grâce à un processus de conservation complexe (qui comprend notamment l'exposition au gel et l'écrasement). Le maïs est également l'un des aliments de base, mais en plus grande quantité sur la côte que dans les Andes. Il est souvent utilisé pour produire de la bière légèrement alcooliséeItier 13.

Enfin, ils mastiquent des feuilles de coca pour ses vertus médicinales et son effet « coupe-faim »Itier 14.

Vêtements

Sandales péruviennes, retrouvées sur des momies

Les paysans incas portent tous des vêtements assez semblables. Il s'agit, pour les hommes, d'un pagne et d'une tunique sans manches auxquels on ajoute une cape lorsque les conditions climatiques ou cérémonielles l'exigentItier 15.

Les femmes, elles, portent une robe et une cape. Leur robe est constituée d'un simple morceau de tissu rectangulaire, enroulé autour d'elles et maintenu par une ceinture et deux fibules circulaires au niveau des épaules. La cape est elle accrochée via une épingle ou un nœud sur le devant. Leurs cheveux sont ceints d'un bandeau et elles portent généralement un voile léger pour s'abriter du soleilItier 15.

Les vêtements sont généralement noirs ou marron dans les hautes terres où ils sont faits de laine, et blancs sur la côte où le coton est principalement utilisé. Ils sont la plupart du temps faits d'une seule pièce, et non pas composés de différents morceaux cousus entre euxItier 15.

Les vêtements étant assez comparables partout dans les Andes, les différences sociales s'expriment principalement au niveau de la qualité du tissu employé pour leur confection. Mais la coiffure masculine est également un autre moyen de différenciation : l'élite porte des cheveux très longs, alors que le peuple se rase courtItier 15.

Les deux sexes portent aux pieds des sandales ou des mocassins. Ils arborent également des bijoux : les hommes portent notamment des ornements d'oreille cylindriques qui leur déforment les lobes, d'où leur surnom d'orejones ("oreillards") que leur donnent les Espagnols. Les femmes elles portent plutôt des colliers et des fibulesItier 15.

Jeux et divertissements

Le quotidien des paysans incas ne comporte que peu de divertissements, hormis ceux liés au travail en commun et aux cérémonies –– ces deux derniers cas sont en effet des occasions de fêtes. Le travail en commun s'effectue en chantant et est généralement accompagné d'un bon repas et de bière de maïs. De grandes battues sont organisées par le Sapa Inca tous les quatre ans9 ; elles sont également l'occasion de festoyer et de consommer de la viande. Les cérémonies en l'honneur d'une divinité ou d'un haut personnage sont elles l'occasion de danser et de jouer de la musiqueItier 16.

Peu de jeux incas sont parvenus jusqu'à nous, mais la plupart des chroniqueurs rapportent l'existence d'un jeu de dé, la pichqa ("cinq" en quechua)10. Le dé pyramidal à cinq faces utilisé dans ce jeu servait aussi comme instrument de divinationItier 16.

Religion

La colonisation espagnole et l'évangélisation catholique ont rapidement fait décliner les religions des Incas. Si certaines formes subsistent aujourd'hui notamment sous forme d'animisme, la plupart des informations que l'on possède à ce propos sont issues de témoignages indirects, plus ou moins biaisés. On possède par ailleurs très peu d'informations sur le système religieux en-dehors des Andes, les populations ayant rapidement décliné avant même l'évangélisationItier 17.

En plus de la volonté d'imposer une religion d'état, l'héritage des civilisations précédentes et une longue histoire d'échanges et d'influence permettent aux populations andines une certaine unité religieuse. Certaines divinités sont ainsi communes à différents peuples, mais portent des noms différentsItier 17.

Cultes et éléments du dogme

Culte des ancêtres

Les ancêtres décédés occupent une place particulière dans les religions andines. Le fondateur d'un lignage est ainsi révéré, notamment pour avoir donné à son ayllu des terres. Ces fondateurs sont souvent semi-légendaires, ayant accompli des actes surnaturels et n'ayant pas de géniteurs humains. C'est ainsi le cas pour ceux de la tribu incaItier 18.

Les corps des défunts sont conservés, non pas embaumés mais laissés à se dessécher au vent sec des montagnes. Des offrandes leur sont offertes et elles sont promenées lors des cérémoniesItier 18.

Culte des Huacas

Si les Incas imposent le culte du Soleil, ils interdisent rarement l'exercice des croyances animistes préexistantesMétraux 1. Ainsi la plupart des peuples de l'empire, ainsi que les Incas eux-mêmes, accordent une grande importance à des fétiches (huacas)Métraux 2. En Quechua, le terme huaca peut désigner tout ce qui sort de l'ordinaire ; par extension, il désigne tout ce qui est susceptible de faire l'objet d'un culte dans le contexte animiste. Les huacas peuvent ainsi être des objets naturels (comme une montagne ou un rocher) ou artificiels (comme un bâtiment) auxquels on prête une puissance surnaturelleMétraux 2.

Il existe des huacas partout sur le territoire inca, et on estime à plus de cinq cents leur nombre à Cuzco et ses environsMétraux 2. Ils reçoivent de nombreuses offrandes et on cherche à communiquer avec eux pour obtenir de l'aide ou des conseils[réf. nécessaire].

Culte du Soleil et des astres

Dans les Andes, de nombreuses communautés se réclamaient originaires ou descendantes de tel lieu sacré, de telle étoile ou de tel animal. Les empereurs, descendants directs de Manco Capac, sont appelés Sapa Inca (littéralement "inca unique"; ou encore Intip churin: "fils du soleil", titre adopté par le neuvième empereur Pachacutec11). Ils sont vénérés comme des demi-dieux fils du soleil (Inti ou Tahuantinsuyu en quechua)12. L'inca roi donnait la loi d'une manière absolue, car il la recevait du Soleil, son père, et ne se trompait jamais; il résidait à Cuzco et transmettait directement ses ordres aux quatre incas, vice-rois des quatre parties de l'empire. Dans chacune de ces parties se trouvaient trois conseils: un pour la guerre, un pour la justice, un pour l'administration économique13. Pour leurs contemporains, les victoires militaires et la politique éclairée des souverains incas semblent confirmer cette origine merveilleuse. Les Incas imposent donc le culte du soleil comme culte officiel dans l'empire, mais l'idole solaire côtoie la myriade de divinités adorées dans l'empire. Il ne s'agit pas pour autant d'un culte monothéiste mais plutôt d'un animisme d'ÉtatMétraux 1.

Pour instituer le culte, les Incas bâtissent des temples dédiés principalement au soleil. Le plus célèbre de tous est le Coricancha (enclos d'or en quechua), le temple du Soleil de CuzcoMétraux 1.

Adoration d'autres divinités

Parallèlement au culte du soleil, les Incas reconnaissaient et adoraient plusieurs autres divinités. Le plus important d'entre eux est Viracocha, un dieu agricole responsable notamment de l'aménagement du sol – les techniques d'irrigations revêtant une importance particulière pour les peuples andinsItier 19. Le lien entre Viracocha et Inti, le soleil, n'est pas clairement établi. La subordination de l'un à l'autre est floue et dans certaines légendes ils semblent même interchangeablesItier 19. Après Viracocha, les Incas révéraient également l'ÉclairInti Illapa le dieu du ciel, du tonnerre et de la foudreMétraux 3.

L'Empire inca se composant d'une mosaïque de peuples qui n'ont pas forcément été détruits ou réduits en esclavage, certains cultes locaux ont pu perdurer sans pour autant que le peuple originaire de Cuzco ne les adopte. Le culte de Pachacamac en est un exemple : c'est un dieu de la côte centrale du Pérou dont les origines sont incertaines, mais dont le culte était en tout cas antérieur à celui de Viracocha. Le plus grand temple connu consacré à ce dieu s'appelle lui-même Pachacamac et remonte à l'époque de la culture Lima. Le culte serait probablement apparu entre l'an 300 et l'an 600. C'est cependant avec la culture Ishmay, civilisation locale qui se situait entre les fleuves Rimac et Lurin (1000-1450 apr. J.-C.), que le site de Pachacamac connaît son apogée[réf. nécessaire].

Divination

La divination tenait une place prépondérante dans la civilisation inca. Avant chaque action d'importance, on faisait appel à celle-ci et rien d'important ne pouvait être entrepris sans avoir auparavant consulté les auspicesMétraux 4. La divination était utilisée aussi bien pour prédire le déroulement des batailles que pour punir un crimeMétraux 4.

Il existait plusieurs méthodes de divination : on pouvait observer des araignées se déplacer ou analyser la disposition que les feuilles de coca prennent sur une assiette plateMétraux 4. Des prophéties pouvaient être aussi faites à partir de l'étude des entrailles d'animaux sacrifiés, et notamment les poumons de lamasMétraux 4.

Clergé

Prêtres

Les prêtres vivaient dans tous les temples et autres sanctuaires religieux importants. Ils remplissaient les fonctions de devins, sorciers, et médecins. Le titre de prêtre en chef à Cuzco était Villac Umu. Marié, il était souvent un proche parent de l'Inca et son autorité était en concurrence avec ce dernierMétraux 5.

Femmes choisies

Article détaillé : Aclla.

Les « femmes choisies », appelées aclla (« vestales » ou pour les Espagnols « vierges du Soleil »), forment une institution à part entière. Choisies dès leur plus jeune âge, elles suivent une éducation particulièreMétraux 5. Elles peuvent ensuite être choisies par le Sapa Inca comme concubines, ou données à de hauts fonctionnaires, ou même sacrifiéesMétraux 5. Elles préparent les aliments cérémoniels et confectionnent des vêtements portés par l'Inca et les prêtres.

Rites et manifestations religieuses

Offrandes et sacrifices

Les sacrifices et offrandes étaient quotidiens, dédiés aux dieux ou aux huacas.

Sacrifices animaux

Article connexe : Tumi.

À chaque occasion importante, on offrait un sacrifice. L'animal le plus utilisé était un lama, le choix des animaux sacrifiés étant soumis à des règles précises sur la couleur de la fourrureMétraux 5.

Sacrifices humains

Les sacrifices humains ne se faisaient que lors de périodes de grands troubles, lorsque l'Inca était malade ou mort, par exemple, ou lors de catastrophes naturellesMétraux 5. L'objectif était alors d'apaiser le ou les dieux.

Les personnes, hommes, femmes ou enfants offerts en sacrifice devaient être en bonne condition physique et de parfaite constitutionMétraux 5. Avant le sacrifice, le sacrifié buvait de la chicha (un alcool) pour atténuer la perception de ses sensMétraux 5. Dans de nombreux cas, il était ensuite enterré vivant. Pour l'honorer, les prêtres conduisaient des cérémonies qui l'accompagnaient tandis que son esprit quittait la terre. Parmi les jeunes filles choisies dans chaque province pour être femmes choisies, une partie était destinée à être sacrifiéeMétraux 5.

C'est ce type de rite qui fut par exemple utilisé pour calmer les dieux, lors d'une éruption volcanique à Arequipa il y a plus de 500 ans : une jeune fille de douze ou treize ans, surnommée Juanita par les archéologues l'ayant retrouvée, fut sacrifiée au sommet du volcan Ampato. Elle appartenait à la haute noblesse de Cuzco comme en témoigne la richesse de ses parures. Un cortège cérémonial partit de Cuzco pour rejoindre Arequipa dans le seul but de ce sacrifice. Préservés par la glace, la jeune fille et les objets qui l'accompagnaient furent retrouvés presque intacts en 1995 et reposent désormais au musée Santuarios Andinos d'Arequipa[réf. nécessaire].

Le même genre de rites est attesté dans d'autres sociétés précolombiennes, mais ne peut être comparé aux sacrifices de masse aztèques.

Fêtes et cérémonies religieuses

Inti raymi

Article détaillé : Inti Raymi.

La principale fête de l'empire était l'Inti Raymi ou (fête du soleil en quechua). Elle se déroulait le 21 juin, solstice d'hiver et jour le plus court dans l'hémisphère sud.

Décès de l'inca

Pour escorter l'Inca dans son voyage dans l'autre monde, deux de ses femmes, un serviteur et un guerrier étaient sacrifiés le jour de sa mort. Prétendument volontaires, ils étaient choisis dès leur plus jeune âge et enterrés vivants. Le corps de l'Inca, embaumé, était placé face au temple du soleil à Cuzco. Les obsèques duraient une année, pendant laquelle la population revêtait les insignes de l'Inca et chantait ses louanges, de façon continue le premier mois, puis tous les quinze jours, à chaque pleine et nouvelle lune14.

Sanctuaires

Forteresse de Sacsayhuaman surplombant Cuzco

Temples du soleil

En signe d'allégeance ou de véritable vénération, les peuples soumis par les Incas bâtissent dans leurs provinces de nombreux lieux de culte au soleil. Certains sont encore visibles de nos jours et témoignent de l'extension géographique du culte. Au Pérou se trouvent ainsi le temple de Coricancha à Cuzco, le temple Vilcashuaman et celui de Huascarán. En Bolivie, un temple du Soleil avait aussi été érigé sur l'Isla del Sol du lac Titicaca. À CaranquiÉquateur, se trouve un temple qui autrefois contenait des jarres pleines d'or et d'argent.

Coricancha

Article détaillé : Temple du Soleil.

Le temple du Soleil de CuzcoCoricancha, était le principal temple de l'empire. S'il était d'abord dédié au soleil, il servait aussi de lieu de culte à d'autres entités divines comme Mama Quilla, la Lune, et Illapa, divinité de la foudre, de l'éclair et du tonnerre.

Véritable saint des saints de l'empire, ce temple n'a pas subsisté aux ravages de la conquête. Il n'en reste aujourd'hui que quelques descriptions ainsi que quelques murs témoins de la splendeur de l'ouvrage. Il fut construit avec des pierres de taille s'ajustant parfaitement les unes dans les autres, sans ciment. Sa circonférence faisait plus de 365 mètres. À l'intérieur du temple trônait, entre autres trésors, un disque d'or représentant le Soleil ainsi qu'une représentation du panthéon Inca. Il s'y trouvait également un jardin sacré où tous les éléments de la nature étaient représentés sous la forme de statuettes entièrement en or, métal symbolique du soleil.

Activités économiques

Politique économique impériale

L'économie est fondée sur la gestion de la main-d'œuvre, sur l'échange d'énergie humaine, sur une sorte de collectivité du travail et nullement sur des échanges de biens ou sur une possession collective des biens. La richesse était liée non pas à la possession des biens mais à l'accès à la main-d'œuvre pour la production de la communauté. Le pauvre étant celui qui possède peu de liens de parenté.

Au sommet de l'organisation économique se trouve l'Inca qui se repose sur les organisations ethniques et leur économie de redistribution mais en gérant un système de redistribution à un niveau supérieur.

Corvées et mobilisation de la main d'œuvre

Le kuraka, le chef de l'ayllu, était chargé de la répartition des terres, qui se faisait sur un modèle de parts, entre chaque membre du village apte à travailler.

Les travaux agricoles étaient divisés en trois temps :

  • la part de l'Inca et de la famille royale;

  • celle de chaque détenteur de lopin de terre, pour subvenir aux besoins de sa famille;

  • celle qui appartenait au village, afin de subvenir aux besoins des plus démunis. Un système d'entraide entre les familles était très développé. En plus des terres collectives, il existait des réserves qui permettaient de pallier le manque en cas de famine, ou quand venait une délégation de l'Inca.

Un autre devoir de chaque membre de la communauté consistait à s'occuper des travaux collectifs (comme l'entretien des canaux d'irrigation). Ce système connaissait cependant des faiblesses : les kurakas abusaient parfois du système, s'enrichissaient et constituaient une nouvelle classe dont les privilèges étaient transmis par héritage.

Réciprocité et redistribution

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Il y avait une redistribution au niveau local autour du groupe ethnique mais aussi une redistribution bien plus vaste, au niveau de l'empire. L'Inca s'en chargeait à partir des réserves. Pour opérer ce travail, on faisait appel à des mitas (transporteurs). L'empire organisait donc aussi la mita.

La répartition des terres ethniques semblait liée à la redistribution, puisque chaque année, elle faisait l'objet d'un pacte ou d'une négociation. Grâce aux principes de la redistribution et de l'échange d'énergie humaine, les Incas purent entreprendre de nombreuses constructions, créer des greniers supplémentaires, un réseau de routes, des centres administratifs...

Agriculture

Environ 200 variétés de pommes de terre furent cultivées par les Incas et leurs prédécesseurs

De nombreuses variétés de maïs étaient connues des Incas

À cette époque, l'agriculture était essentiellement une agriculture de montagne. La pomme de terre « inventée » au Pérou et de nombreux autres tubercules étaient les aliments de base. Ces végétaux sont sensibles et, les récoltes ne pouvant être garanties, des techniques de conservation étaient développées pour faire face à d'éventuelles années difficiles. Le quinoa, une graine (et non une céréale), est plus facile à cultiver, il pousse jusqu'à 4 000 m d'altitude. Une autre culture était répandue : celle du maïs. Bien que très apprécié, les conditions particulières pour sa culture limitaient sa production et le maïs se trouvait souvent réservé aux offrandes ou réservé pour les fêtes. Pour développer cette culture, de nombreuses terrasses (les fameuses andenes) furent construites dont certaines perdurent jusqu'à nos jours. Les Incas installèrent des réseaux d'irrigation comprenant canaux et aqueducs.

D'autres plantes étaient cultivées selon les régions : tomatesarachidesharicotspimentsananascacao, etc. ainsi que la coca, très importante pour le peuple inca puisqu'elle était utilisée dans toutes les cérémonies.

Elevage

En ce qui concerne l'élevage, la viande et la laine provenaient essentiellement des lamas et des alpagas.

Commerce

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Art et artisanat

Article détaillé : Art inca.

Textile

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Architecture et sculpture

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Les Incas étaient d'excellents architectes. Leurs constructions sont imposantes et ingénieuses, souvent orientées à des fins utilitaires. Le nombre de bâtiments et autres constructions réalisés est vraiment élevé. La forme trapézoïdale souvent donnée aux portes et fenêtres des temples permet à l'édifice de résister beaucoup mieux aux tremblements de terre, très fréquents dans ces régions. En s'installant à Cuzco, les espagnols ont d'ailleurs repris comme fondation de leurs bâtiments les restes des temples incas. Lors des nombreux séismes, les constructions ou fondations incas tenaient généralement mieux que les constructions espagnoles.

Mur inca à Cuzco

Les Incas utilisaient divers styles architecturaux, mais le plus connu est sans conteste celui utilisé par exemple pour le temple du Soleil de Cuzco ainsi que beaucoup d'autres bâtiments d'importance : le matériau principal était la pierre mais ils n'utilisaient pas de mortier pour les joindre entre elles. De grandes pierres polygonales étaient alors utilisées, s'emboîtant parfaitement les unes dans les autres sans laisser le moindre espace vide. On peut voir encore de nos jours de nombreux exemples de cet art architectural, parmi lesquels Sacsayhuamán la forteresse de Cuzco, ou encore les impressionnantes ruines d'Ollantaytambo.

Céramique

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Orfèvrerie et métallurgie

Les Incas ont découvert le vermeil[réf. nécessaire]. Ce n'est pas un alliage, mais de l'argent recouvert d'or.

Utilisation des plumes

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Musique

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Littérature et poésie

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Art colonial

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Sciences

Terrasses de Písac

Astronomie

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Les Incas étaient capables de voir les solstices ou équinoxes et leur calendrier à la fois lunaire et solaire leur permettait de gérer les cycles agricoles.

Mathématiques

Article détaillé : mathématiques incas.

Motifs symétriques dans un textile inca

Les mathématiques des Incas sont omniprésentes dans l'art inca, tel le tissage. Leur développement est expliqué par plusieurs facteurs, tels la géographie.

La civilisation inca (1400-1530), s'étendait sur les actuels Pérou, Équateur, Bolivie, Chili, Argentine et au sud de la Colombie, avec une population d'environ 12 millions, dont plusieurs groupes ethniques et une vingtaine de langues15. Ne connaissant pas l'écriturenote 1, ils utilisaient des quipus pour « écrire » les statistiques de l'État. Un quipu est un encordage dont les cordes présentent trois types de nœuds symbolisant respectivement l'unité, la dizaine et la centaine16. Les Incas ont donc développé un système de numération positionnel en base 10, similaire à celui utilisé aujourd'hui.

Notion du temps et calendriers

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Unités de mesures

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Linguistique

L'empire inca regroupait de nombreux peuples différents et jusqu'à plus de 700 langues différentes furent parlées sur son territoire17; les Incas auraient cependant imposé le quechua comme langue officielle.

Diversité et unité

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Quechua

Article détaillé : Quechua.

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Aymara

Article détaillé : Aymara (langue).

L’aymara (ou parfois aimara) est une langue vernaculaire qui a remplacé de nombreuses autres comme l'uru ou l'uchhumataqu de Bolivie.

Selon Rodolfo Cerrón-Palomino, un des principaux spécialistes de ces deux langues, ce n'est pas le quechua, mais bien l'aymara qui était la langue officielle de l'empire inca.

Les variétés d'aymara forment une sous-famille linguistique avec les variétés de quechua. Aujourd,hui, l'aymara compte environ deux millions de locuteurs, essentiellement en Bolivie.

Écriture

Exemple de quipu

Alors que l'empire inca était très structuré et bureaucratisé, l'écriture n'y a apparemment pas existé18.

En revanche, un système de quipus a été mis en place. Les quipus sont des messages codés sous la forme de nœuds de différentes sortes sur des fils de laine, coton ou autre matériau et de différentes couleurs. Ces quipus servaient aux statistiques de l'État : recensement très précis (nombre d'habitants par âge et par sexe), nombre d'animaux, état des stocks, tributs payés et dus des différents peuples, enregistrement de l'ensemble des entrées et sorties de marchandises des entrepôts de l'État, etc. Seuls les administrateurs connaissaient la clé des quipus : c'étaient les quipucamayocs19. Ce système de quipus était aussi utilisé par les dirigeants des provinces pour transmettre les nouvelles importantes à l'Inca20.

Il semblerait que les quipus aient aussi servi à notifier les grandes dates de l'Histoire et à consigner certains récits ou secrets religieux mais ceux-ci restent indéchiffrables de nos jours contrairement à certains quipus de statistiques.

Les récentes découvertes de Ruth Shady sur le site de Caral ont démontré que les quipus étaient connus par les civilisations précolombiennes il y a près de 4 500 ans21.

Historiographie

Sources

Découverte archéologique

Documents coloniaux

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Études historiques

En 1954, l'expédition Marquette, avec à sa tête Jean Raspail et Guy Morance.

Controverses

Il est à noter un point important concernant la dénomination Inca. En effet, si ce terme est communément admis comme se rapportant à la civilisation inca, il ne faut pas oublier qu'à la base l'Inca représente le chef du gouvernement et du clergé, c'est-à-dire la personne la plus importante dans cette société après les dieux. L'ethnie dominante était celle des Quechuas, et leur chef était l'Inca. C'est un peu comme si l'on nommait les russes, les tsars. Le tsar était le titre du souverain, pas celui du peuple[réf. nécessaire].

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Histoire des représentations

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Notes et références

Notes

  1.  Seules les données archéologiques apportent des informations sur leur organisation.

Références

  1.  Favre 1984, p. 6.

  2. ↑ ab et c Favre 1984, p. 7.

  3.  Favre 1984, p. 8.

  4.  Favre 1984, p. 9.

  5.  Favre 1984, p. 10.

  6.  Favre 1984, p. 11.

  7.  Favre 1984, p. 12-13.

  8.  Favre 1984, p. 14

  9. ↑ a et b Favre 1984, p. 18.

  10.  Favre 1984, p. 20.

  11.  Favre 1984, p. 26.

  12.  Favre 1984, p. 111.

  13.  Favre 1984, p. 124 à 126.

  14.  Favre 1984, p. 70-71.

  15.  Favre 1984, p. 36.

  16.  Favre 1984, p. 39.

  17.  Favre 1984, p. 35-39.

  18.  Favre 1984, p. 44-45.

  19.  Favre 1984, p. 47 et 51.

  20.  Favre 1984, p. 55-56.

  1.  Itier 2008, p. 44.

  2.  Itier 2008, p. 77.

  3.  Itier 2008, p. 79.

  4.  Itier 2008, p. 78.

  5.  Itier 2008, p. 169.

  6.  Itier 2008, p. 170

  7.  Itier 2008, p. 171

  8.  Itier 2008, p. 172

  9. ↑ a et b Itier 2008, p. 173

  10.  Itier 2008, p. 175

  11.  Itier 2008, p. 176

  12.  Itier 2008, p. 176-177

  13.  Itier 2008, p. 177

  14.  Itier 2008, p. 178

  15. ↑ abcd et e Itier 2008, p. 180-182

  16. ↑ a et b Itier 2008, p. 180-183

  17. ↑ a et b Itier 2008, p. 113-114

  18. ↑ a et b Itier 2008, p. 114-117

  19. ↑ a et b Itier 2008, p. 121-124

  • Alfred MétrauxLes Incas, Paris, 1, coll. « Le temps qui court », 1962, 186 p.

  1. ↑ ab et c Métraux 1962, p. 116

  2. ↑ ab et c Métraux 1962, p. 126-127

  3.  Métraux 1962, p. 124

  4. ↑ abc et d Métraux 1962, p. 131-132

  5. ↑ abcdefg et h Métraux 1962, p. 130

  • Autres références :

  1.  Guidon, N. et Delibrias, G, « Le carbone 14 et la datation des humains en Amérique il y a 32.000 ans », Nature, vol. 321,‎ juin 1986, p. 769-771.

  2.  Francis McEwan 2006, p. 56-60.

  3.  Reading Inca history, Catherine J. Julien, University of Iowa Press, 2000, p. 269 et suivantes

  4.  The sacred landscape of the Inca: the Cusco ceque system, Brian S. Bauer, University of Texas Press, 1998, p. 103

  5.  Indians of the Andes: Aymaras and Quechuas, Harold Osborne, Routledge, 2004, p. 81-82

  6.  « Athena Review, 3,4: Mameria: Incan Site Complex in the Antisuyu of SE Peru » [archive], sur www.athenapub.com (consulté le 14 juin 2016)

  7.  « Présentation - Paykikin » [archive], sur Paykikin (consulté le 14 juin 2016)

  8.  Narrative of the Incas, Juan de Betanzos (traduction de Roland Hamilton & Dana Buchanan), University of Texas Press, 1996, p. 123

  9.  La chasse de certains animaux est normalement interdite au peuple, voir Itier p. 183

  10.  Jeux de dés et jeux de pions incas [archive], Thierry Depaulis, Board Game Studies. Article consulté le 18 février 2010

  11.  Voir page 120 [archive] in How the Incas built their heartland: state formation and the innovation of Im perial Strategies in the Sacred Valley, Peru, R. Alan Covey, University of Michigan, 2006

  12.  Francis McEwan 2006, p. 99.

  13.  Charles-Edmond Duponchel, Nouvelle Bibliothèque des Voyages Anciens et Moderne, Paris, Chez P. Duménil, 1841, tomme douzième p., p. 140

  14.  Inca Garcilaso de la Vega, Commentaires royaux sur le Pérou des Incas, chapitre XVI

  15.  J J O'Connor et E F Robertson, Mathematics of the Incas [archive], The MacTutor History of Mathematics archive

  16.  Marcia Ascher, Mathématiques d'ailleurs, Nombres, Formes et Jeux dans les sociétés traditionnelles, Éditions du Seuil, 1998.

  17.  An Inca account of the Conquest of Peru, Diego de Castro Yupangui (traduction de Ralph Bauer), University Press of Colorado, 2005, p. 52

  18.  L'explorateur Thierry Jamin prétend [archive] que le mot quechua qelqa, qui signifie « écriture », fait référence à une écriture inca perdue.

  19.  Handbook of Inca mythology, Paul Richard Steele & Catherine J. Allen, ABC-CLIO, 2004, p. 36-40

  20.  de la Vega, ind. chapitre XVII

  21.  Tradición andina: Edad de oro, Teodosio Chávez C., Israel Chávez S. & Nadia Chávez S., T Chavez C, 2007, p. 130-31

Annexes

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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Sources secondaires

Sources primaires

Fictions en pays inca

Bandes dessinées

Romans

  1. Princesse du soleil

  2. L'Or de Cuzco

  3. La Lumière du Machu Picchu

Dessins animés

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v · m

Principaux sites incas

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v · m

Civilisations précolombiennes

Le nom « Iran » a ses origines dans l'Iran préislamique sassanide

« Le nom “Iran”, indique l'article, est le nom utilisé par les habitants du pays depuis des siècles, ce qui a été observé par de nombreux voyageurs qui s’y rendaient. Il a ses origines dans l’Iran préislamique sassanide. En 1935, le gouvernement iranien a insisté pour que les gouvernements occidentaux utilisent ce nom dans toute la correspondance internationale au lieu de la dénomination “Perse”, qui était bien sûr le nom occidental pour le pays depuis l’époque des Romains. Bien qu’il y aurait des preuves que cela a été fait avec l’encouragement de l’ambassade iranienne à Berlin, ce n’était ni un changement de nom, ni la première fois que le gouvernement iranien faisait une telle demande. Il avait envoyé des lettres similaires au gouvernement turc en 1924... »

Reprenons la lecture des témoignages...

Michel Peyret


6.juin.20186.6.2018 // Les Crises

“L’origine nazie du nom de l’Iran” : les iranologues démontent BHL (3/3)

BHL, fake news

 Aujourd’hui, fin du démontage d’une énorme Fake News de BHL, visant à manipuler l’opinion publique et à attiser les tensions contre l’Iran.

Partie I.

07/04/18 : BHL chez Ruquier

  1. Extrait du livre de BHL Les cinq rois

  2. Un premier Factchecking par CheckNews de Libération

  3. Éléments d’explication

Partie II.

  1. La Réponse de BHL à CheckNews

  2. Factchecking de la réponse de BHL par O. Berruyer

Partie III.

  1. L’avis des iranologues sur BHL

  2. BHL : Bon Aryen ou Mauvais à tout ?

  3. À vous de jouer !

  4. Épilogue

VII. L’avis des iranologues sur BHL

Pour conclure, et clore définitivement cette polémique, nous avons interrogé certains des plus grands iranologues mondiaux, qui ont accepté de lire l’analyse de BHL et de nous donner leur avis. L’avis d’un des plus grands, Ehsan Yarshater, a déjà été cité précédemment.

7-1 Ali Ansari, professeur d’Histoire du Moyen-Orient à l’Université St. Andrews en Écosse, créateur de l’Institut d’Études Iraniennes

“J’ai écrit à ce sujet dans mon livre, The politics of nationalism in Iran (2012).
En résumé, ses commentaires sont complètement absurdes.
Le nom “Iran” est le nom utilisé par les habitants du pays depuis des siècles, ce qui a été observé par de nombreux voyageurs qui s’y rendaient. Il a ses origines dans l’Iran préislamique sassanide. En 1935, le gouvernement iranien a insisté pour que les gouvernements occidentaux utilisent ce nom dans toute la correspondance internationale au lieu de la dénomination “Perse”, qui était bien sûr le nom occidental pour le pays depuis l’époque des Romains. Bien qu’il y aurait des preuves que cela a été fait avec l’encouragement de l’ambassade iranienne à Berlin, ce n’était ni un changement de nom, ni la première fois que le gouvernement iranien faisait une telle demande. Il avait envoyé des lettres similaires au gouvernement turc en 1924.
Il n’y a pas eu de pacte nazi et, en tout état de cause, rien de tout cela n’a la moindre pertinence par rapport à la République islamique d’Iran actuelle.
Il est affligeant de voir un intellectuel aussi influent promouvoir de telles sottises.” [Professeur Ali Ansari à propos de BHL, 11 mai 2018]

7-2 Arshin Adib-Moghaddam, professeur en Étude Iraniennes à l’Université de Londres

C’est le plus gros morceau de charlatanerie que je n’ai jamais vu, venant de la part de cet homme qu’on pourrait presque qualifier de fanatique et grossier.
Le nom Iran est l’ancienne désignation de cette région pour les Perses qui n’ont jamais utilisé le terme “Perse” (ou Fars) dans leur langue. Cette région a été désignée sous le nom de “Iran Zamin” depuis l’époque de Cyrus le Grand, longtemps avant que le racisme ne se développe dans les laboratoires de la modernité européenne. Lorsque Reza Shah a changé le nom, il ne faisait que suivre cette tradition.
De plus, des ambassadeurs iraniens tels que le “Schindler iranien” Abdol-Hassan Sardari ont activement aidé les Juifs à s’échapper d’Europe (http://www.bbc.co.uk/news/magazine-16190541). L’Iran continue d’accueillir la plus grande communauté juive en dehors d’Israël avec des synagogues, des membres du parlement, des bouchers casher, etc. (https://www.belfercenter.org/publication/iran-netanyahu-and-holocaust)
Je serais heureux de débattre contre cet homme ignorant [de l’histoire Iranienne] dans n’importe quel endroit.” [Professeur Arshin Adib-Moghaddam à propos de BHL, 10 mai 2018]

7-3 Azimi Fakhreddin, professeur d’Histoire iranienne à l’Université du Connecticut

“Le pays est connu sous le nom d'”Iran” par ses habitants depuis près de deux millénaires, si ce n’est plus. Les Européens et d’autres, cependant, l’appelaient “Perse”. En 1935, le gouvernement iranien a officiellement demandé aux gouvernements étrangers de désigner le pays sous le nom d’Iran. Le motif principal de cette décision était le nationalisme anticolonial ainsi que des préoccupations patriotiques. Pour le Reza Shah modernisateur, et de nombreux responsables iraniens, le nom “Perse” avait acquis une association étroite avec les faiblesses passées et les souvenirs désagréables d’assujettissement colonial et d’humiliation depuis le début du XIXe siècle.
Les discours sur l’origine aryenne remontent aux nationalistes iraniens du XIXe siècle. Ces idées visaient en grande partie à s’opposer à l’attitude des impérialistes européens qui considéraient les Iraniens, ainsi que d’autres peuples non-européens, en termes raciaux, et les tenaient pour inférieurs. Toute association présumée entre l’Iran et les notions de généalogie “aryenne” avait pour but de générer une notion de confiance en soi nationale. Elle était destinée à contrer la longue expérience de domination impériale européenne informelle plutôt que de souscrire à une idéologie raciale distincte comparable au nazisme.
Il est tout simplement absurde et ridicule de dire que demander à ce que le pays soit désigné par un nom que les Iraniens eux-mêmes utilisaient depuis deux millénaires, c’était se soumettre au nazisme. ” [Professeur Azimi Fakhreddin, à propos de BHL, 11 mai 2018]

7-4 Naghmeh Sohrabi, titulaire de la Chaire d’histoire du Moyen Orient à l’Université Brandeis

Rappelons que “l’Université Brandeis est la première université financée par la communauté juive aux États-Unis. […] Bien que petite par la taille, Brandeis est aujourd’hui l’une des universités les mieux cotées aux États-Unis, et l’un des centres de recherche les plus renommés” (Wikipedia).

“Le changement de nom de Perse en Iran s’est effectivement produit en 1935, mais il y a plusieurs questions qui doivent être clarifiées : “Iran” était le nom du pays (et avant cela, le nom du plateau). L’ordre de 1935 était destiné à ce que les pays étrangers appellent l’Iran par le nom qu’il se donnait déjà lui-même. Il ne s’agissait pas d’un changement soudain de la désignation que le pays se donnait pour apaiser l’ambassadeur allemand.
L’Iran a en effet pris le parti de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à son occupation par les alliés en 1941 pour sécuriser ce qu’ils appelaient “le Corridor Persique”. (manifestement, malgré l’ordre de 1935, les pays étrangers l’appelaient encore Perse et l’occupaient encore). Les raisons en sont complexes et sont liées à l’histoire de l’Iran, de la Grande-Bretagne et de la Russie, culminant dans l’accord anglo-russe de 1907 visant à diviser le pays en trois zones bien qu’il s’agisse techniquement d’un État souverain. Il serait difficile d’imaginer qu’un pays souhaiterait prendre le parti de ses occupants.
Enfin, il faut faire attention à ne pas faire des étymologies anhistoriques. Par exemple, si j’examinais le nom “Bernard” et que je disais que ses racines signifient “ours fort” en allemand [NdT : exact, source], j’aurais raison. Mais je me tromperais néanmoins largement si je venais à penser que tous les Bernard sont des ours allemands et forts. De même, si le nom “Iran” signifie bien “terre des Aryens”, seuls les plus ignorants d’entre nous verraient l’idéologie nazie dans ce nom qui existait depuis des siècles bien avant que les Européens ne créent cette idéologie méprisable.
M. Levy affirme dans une interview que A) très peu de gens connaissent l’histoire du changement de nom de l’Iran en 1935 et B) qu’il l’a “découvert quelque part au Kurdistan”. Malheureusement, pour ceux d’entre nous – nombreux – qui recherchent la connaissance dans les livres et les bibliothèques et non “quelque part”, cette histoire, à la fois sa version historiquement exacte et la fausse version découverte par M. Levy, est bien connue.” [Professeur Naghmeh Sohrabi, à propos de BHL, 10 mai 2018]

7-5 Derek Mancini-Lander, professeur d’Histoire de l’Iran à l’Université de Londres

“Il n’y a pas grand-chose à dire sur l’histoire de BHL, si ce n’est qu’elle est sélective et mal informée.
Il ne fait aucun doute que Reza Shah a été influencé par les idées nationalistes émergentes, qui, comme le fascisme, ont construit une rhétorique romantique traitant d’une mythologie glorieuse des origines du peuple aryen. De plus, il n’est pas faux que le Shah, un habile politicien, ait entretenu des liens avec l’Allemagne nazie dans le cadre d’un programme géopolitique visant à contrer les appétits impérialistes de la Grande-Bretagne au sud et de l’URSS au nord.
Cependant, en conclure, sur la base d’une lecture plutôt sélective d’une poignée d’études, que la décision d’appeler l’État-nation connu sous le nom de Perse “Iran” est originaire de Berlin ou signale une fraternité idéologique avec le national-socialisme serait incorrect. Plus ridicules encore sont les affirmations selon lesquelles Muhammad Reza Shah, le fils et successeur de Reza Shah, avait l’intention de revivifier une idéologie nazie, centrée sur les notions nazies de nation aryenne.
En outre, l’affirmation selon laquelle l’islamisme, et en particulier l’islamisme chiite sur laquelle se fonde la République islamique d’Iran, représente une tentative délibérée de perpétuer ce nazisme n’a absolument aucun fondement dans les faits.
BHL n’est apparemment pas un érudit de l’histoire iranienne, ne lit pas le persan et n’a pas lu la littérature savante sur la question.
En bref, le terme “Perse” n’avait été adopté que récemment par la dynastie Kadjar et par la monarchie constitutionnelle de l’époque. “Perse” était le terme que les Européens avaient employé pour décrire le territoire, mais n’était pas utilisé par les habitants du lieu. Il y a beaucoup d’autres termes que les habitants de l’Iran d’aujourd’hui utilisaient pour désigner leur pays ; cependant, au moins depuis le treizième siècle, s’ils voulaient se référer au territoire dans son ensemble, ils utilisaient le terme “Iran”, et non “Perse”. “Perse” provient de la prononciation grecque de la région à l’intérieur de l’Iran connue sous le nom de Pars/Fars. Cette région a également donné son nom à la langue qui y est parlée, le farsi. Mais je mets BHL au défi de produire un seul texte en persan, écrit entre les années 500 et 1900 de notre ère, qui se réfère au territoire en question sous le nom de “Perse”.
Il est complètement faux de dire que Reza Shah a inventé le terme “Iran”, ou qu’il a commencé à l’utiliser sur instruction directe des nazis. Il est également faux de prétendre que le nom “Perse” a été utilisé par les habitants de cette terre depuis l’Antiquité. Ainsi, jusqu’au XIXe siècle, aucun habitant du pays connu aujourd’hui sous le nom d’Iran ne se serait défini comme Persan. Il est tout aussi vrai que peu de gens se seraient définis comme Iraniens, ethniquement ou nationalement. Ce sont deux notions très modernes d’identité nationale qui n’existaient pas jusqu’à tout récemment.” [Professeur Derek Mancini-Lander, à propos de BHL, 10 mai 2018]

7-6 Alan Williams, professeur d’études Iraniennes à l’Université de Manchester

“Les Iraniens se sont toujours appelés “iraniens” et il n’y a pas eu de “changement de nom” en 1935 ou à un autre moment. L’Iran est le nom du pays et de sa culture. Le nom “Perse” vient des traductions grecques et latines de l’iranien Parsa, le nom de la province du sud-ouest où se trouvaient Persépolis et Suse, par exemple, et remonte à une époque où les locuteurs de ces langues grecques et latines étaient les ennemis des anciens achéménides, parthes et sassanides.
Cela s’explique par la présence du centre impérial de ces dynasties iraniennes dans la province de Pars, d’où “Persis” puis “Perse” et enfin “Persan”. Mais en fait, Pars/Fars (cette dernière est la forme arabisée depuis la conquête islamique du VIIe siècle après J.-C.) n’est qu’une province d’Iran, dans le sud-ouest. Il existe de nombreuses autres langues régionales iraniennes, telles que le dari, le lori, le turk du Khorassan, le kurde, etc. Mais le Pars/Fars et la langue parsie/farsie ont eu la préséance à l’intérieur, et “Perse” est restée la dénomination par laquelle le pays et la langue “nationale” étaient connus en Occident. Il y a une analogie avec la manière dont certains dialectes locaux ont gagné en suprématie, par exemple en Angleterre et en France. Personne ne confond Londres avec l’Angleterre.
L’étude de l’histoire est compliquée par le fait que les démagogues et les extrémistes ne se donnent pas la peine de considérer qu’avant l’État-nation moderne, l’identité était un concept plus localisé, et non pas mondialisé.” [Alan Williams, à propos de BHL, 11 mai 2018]

7-7 Un grand iranologue américain

Voici l’avis d’un très grand iranologue, professeur dans une grande université américaine, qui souhaite garder l’anonymat :

“Je sais qui est [BHL] et je suis surpris que qui que ce soit le prenne au sérieux ; il a acquis la réputation de parfois relayer des informations non fiables.”
“La question a été largement débattue et est très bien connue. La politique de changement de nom de 1935 n’a pas été effectuée ” sous les ordres de l’Allemagne “, elle aurait simplement été suggérée à Reza Shah par un diplomate iranien en Allemagne. En outre, il s’agissait d’exiger que les pays étrangers appellent le pays par le nom que son peuple lui avait donné pendant de nombreux siècles, l’Iran, plutôt que par un nom d’origine européenne, la Perse, dont on pensait qu’il avait des connotations de sous-développement et de corruption.
Cette politique ne représentait pas une approbation d’Hitler ou du nazisme, mais elle pouvait être considérée comme faisant partie d’un effort pour renforcer les relations avec une nation, l’Allemagne, qui servirait de “troisième force” pour contrebalancer les pressions de l’influence britannique et russe/soviétique. Elle était destinée à renforcer l’identité d’un nouveau pays progressiste et nationaliste, mais on pourrait soutenir que sur le long terme, elle a eu l’effet contraire, car les événements ont fait que le nom “Iran” a acquis une connotation négative parmi les étrangers. Déjà en 1959, la politique avait été renversée et le gouvernement considérait que l’utilisation du nom Perse (c’est-à-dire par des étrangers ou dans des langues étrangères) était tout aussi acceptable que celle du nom Iran.
Le point crucial est que “Perse” n’est pas et n’a jamais été le nom “traditionnel” du pays, sauf parmi les étrangers ; tout au plus, c’est le nom d’une province (Fars) et non de la nation. L’Iran est littéralement la “terre des Aryens” et ce, depuis plus de deux mille ans. Cela n’a rien à voir avec l’usage national-socialiste du terme, et suggérer le contraire ne sert à rien d’autre que d’essayer de salir le pays de la tache du nazisme.

VIII. BHL : Bon Aryen ou Mauvais à tout ?

Rappelons que, depusi 40 ans, BHL oblige régulièrement les spécialistes à réagir à ses méthodes – nous vous renvoyons sur la page Wikipédia de BHL :

“À l’occasion de la sortie de la Barbarie à visage humain, le philosophe Gilles Deleuze portait un jugement négatif sur l’œuvre du jeune écrivain, qui se serait livré à des rapprochements hâtifs, parfois « ignobles ». Plus généralement, à propos des nouveaux philosophes, Deleuze écrit : « Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides. »
La prise de liberté avec la vérité et les faits inspire un reproche formulé par exemple par l’historien Pierre Vidal-Naquet et par le philosophe Cornelius Castoriadis à propos de son livre Le Testament de Dieu, 1978. Dans un article du Nouvel Observateur daté du 9 juillet 1979, Cornelius Castoriadis, admettant sa perplexité devant le « phénomène BHL », écrivait : « Sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, dans un pays de vieille et grande culture, un « auteur » peut-il se permettre d’écrire n’importe quoi, la « critique » le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ? » Castoriadis ajoutait néanmoins : « Que cette camelote doive passer de mode, c’est certain : elle est, comme tous les produits contemporains, à obsolescence incorporée. »
Le sociologue et philosophe Raymond Aron a consacré dans L’Express un article particulièrement critique envers l’essai L’idéologie française de BHL, paru en 1981. Aron reproche à Lévy d’aborder des questions qui exigent rigueur et subtilité — tel l’antisémitisme en France — en se livrant à une lecture unilatérale de l’histoire française et à des généralisations manquant d’équilibre et de sens du jugement politique. Ces critiques sont également formulées par Pierre Nora, Emmanuel Le Roy Ladurie, Léon Poliakov, Bertrand Poirot-Delpech et Paul Thibaud. Dans son étude sur « le syndrome de Vichy », l’historien Henry Rousso évoque L’idéologie française de Bernard-Henry Lévy, auteur « critiqué (…) pour son incompétence historique, ses amalgames et syllogismes grossiers », comme « un brûlot maladroit, où le ton inquisitorial et péremptoire ne peut faire oublier que Lévy appartient après tout à cette cohorte des ci-devant marxistes, dont la rupture de ban s’est déroulée dans le même vacarme que leurs noces. »

Il est dommage qu’à ce stade, et depuis le temps, BHL n’ait toujours pas compris qu’il est extrêmement improbable que son niveau de compétence puisse aboutir à ce qu’il soit à l’origine d’un vrai scoop, “que très peu de gens savent, et, en tout cas, qu’il n’a lu nulle part”(sic.), et qu’il devrait donc procéder à de sérieuses vérifications – s’il ne veut pas diffuser d’énormes fake news.

IX. À vous de jouer !

Heureusement, Internet nous donne des possibilités dont ne disposaient pas nos prédécesseurs dévoilant ses impostures, et qui se plaignaient de “n’avoir aucun écho effectif”.

Premièrement, l’Observatoire de la Déontologie et du Pluralisme de l’Information (ODPI) a saisi le comité d’éthique de France Télévision pour se plaindre de l’émission de Ruquier, et exiger un correctif à l’antenne. En effet, on comprend bien en quoi la diffusion d’une fausse information de cette ampleur sur une émission de grande écoute, sans qu’aucun correctif n’ait été apportée, et dans un contexte de grande tension au sein de la communauté internationale, constitue un énorme problème auquel il faut remédier au plus vite. La télévision française ne doit pas se faire le relai d’éléments de propagande grotesques.

Deuxièmement, nous vous encourageons à retweeter ce tweet

 

Troisièmement, nous avons saisi le médiateur de France Télévision, et nous vous incitons à appuyer notre demande en lui écrivant via ce formulaire de contact, en vous inspirant de cette trame :

Monsieur le Médiateur,
Je vous saisis à propos de l’émission “On n’est pas couché” du samedi 7 avril 2018, où a été interviewé longuement et complaisamment Bernard-Henri Lévy, durant une heure.
Il est venu diffuser de fausses informations très graves, comme :
  • « en 1935, la Perse décide de changer de nom et de s’appeler l’Iran sur ordre de l’Allemagne. »
  • « l’Allemagne nazie propose aux Persans “le deal du siècle”. L’Allemagne nazie dit aux Persans : « On va faire, vous les Aryens de l’Est, nous on fera les Aryens de l’Ouest, on va faire une chouette aventure commune, on va dominer le monde ! » Et les Iraniens acceptent le deal, et on a cette espèce de “coup d‘État sémantique” incroyable ! ».
  • « [Les Iraniens] sont les derniers à ne pas s’être dénazifiés. »
Le tout visant évidemment à assimiler l’Iran avec les Nazis.
Ces propos ont été démontés par les sites de Libération et de Les-Crises.fr, qui ont interviewé de nombreux iranologues, ébahis devant de tels propos démontrant l’incompétence de leur auteur.
Ces mensonges sont indignes du service public – d’autant que Bernard-Henri Lévy diffuse ce genre de propos erronés, régulièrement démontés, depuis une quarantaine d’années.
Je vous remercie donc de nous indiquer par retour quand l’émission “On n’est pas couché” va corriger à l’antenne les propos erronés, et quels sont les suites que vous entendez donner à cette triste affaire.
Bien cordialement

De même nous vous recommandons de saisir le CSA, tout comme nous l’avons fait. Le lien de saisie est ici, et vous pouvez utiliser la trame précédente.

Nous vous remercions par avance !

X. Épilogue

En exclusivité, nous sommes en mesure de vous dévoiler le probable coeur du prochain livre de BHL :

“Mais comment les Indiens osent-ils glorifier depuis 2000 ans le symbole des nazis ?”

(Pour BHL, la réponse est ici : Svastika)

Un grand merci à Carla, JP et à Anne pour leur fantastique aide !

 

Commentaire recommandé

Fritz // 06.06.2018 à 06h42

La preuve est faite : BHL est un charlatan qui use de l’amalgame pour attiser les tensions et préparer la guerre.
En conséquence, je crois que pour la première fois, je vais écrire au médiateur de France Télévisions et au CSA en suivant vos recommandations. Cette fois, la coupe est pleine, et l’enjeu est trop grave.

Car il ne faut pas compter sur nos autorités pour saisir le juge et déréférencer le site de BHL, au moment où les godillots de Zupiter concoctent leur loi scélérate sur la « manipulation de l’information ».

De ce côté ci, toutes les manip’ sont permises : rappelez-vous Timisoara, l’Irak, la Bosnie, le Kosovo, la Libye, la Syrie, l’Ukraine, et j’en oublie. BHL reste impuni, car BHL prépare la guerre.

Voir dans la discussion

12 juin 2018

Il y a 75 ans : création du Comité français de libération nationale

Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

4 juin 2018
Giraud (à gauche) et de Gaulle en 1943

Le 3 juin 1943, les Forces armées françaises en Afrique du Nord dirigées par les généraux Charles de Gaulle et Henri Giraud ont formé le Comité français de libération nationale. Cette nouvelle entité, proclamée après des négociations à Alger, ville sous le contrôle des forces françaises, était conçue comme un gouvernement de remplacement du régime de Vichy en France qui avait collaboré étroitement avec l’Allemagne nazie dès sa formation en juillet 1940.

Le Comité français de libération nationale, qui avait désigné de Gaulle et Giraud comme « coprésidents » avait pour objectif déclaré de « rétablir la légalité républicaine, de défendre la souveraineté française et de préparer la Libération. » Il déclarait que le gouvernement de Vichy était illégitime en raison de son soutient au Troisième Reich.

Ce comité a été établi dans le contexte d’une crise profonde du régime nazi et de ses alliés en France et ailleurs. Au début de l’année, les forces de l’axe avaient connues une défaite cinglante à Stalingrad, les forces soviétiques avaient encerclé et battu une force d’invasion importante. Quelques semaines avant la formation du Comité, les forces allemandes et italiennes avaient perdues leurs derniers bastions en Afrique du Nord.

La création du comité faisait suite à d’âpres conflits parmi les forces françaises opposées à Vichy, et entre les alliés. De Gaulle, craignant que la collaboration avec le régime nazi ne discrédite le capitalisme français et provoque des troubles sociaux, s’était opposé à Vichy dès le départ. Giraud quant à lui fut d’abord soutenu par Vichy, il s’était tourné vers les alliés quand il avait compris que les jours du régime de Vichy étaient comptés.

Les divisions dans le camp français recoupaient des tensions croissantes entre les alliés à propos du nouveau partage de l’Afrique et du monde à venir après la guerre.

Le président américain Franklin Roosevelt avait cherché à démanteler le vieil empire colonial français, comme condition nécessaire à l’établissement de l’hégémonie américaine après la guerre. Il soutenait Giraud qui avait donné son accord aux demandes américaines d’abandonner des bases militaires françaises en Asie et en Afrique. Le Premier ministre britannique Instanton Churchill soutenait de Gaulle et le maintient de l’empire colonial français, en tant que partenaire minoritaire de l’empire britannique bien plus important, afin de contrer la tentative des États-Unis de devenir la nouvelle puissance dominante.

Les alliés ont admis la formation du comité comme interlocuteur, mais, signe des tensions toujours vives, n’étaient pas allés jusqu’à le reconnaître comme un nouveau gouvernement français officiel.

(Article paru en anglais le 28 mai 2018)

Posté par Michel Peyret à 15:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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