Avec Marx

22 mai 2017

Peter Koenig, Europe, vers un état de répression fasciste

"Avec, indique Peter Koenig, l’élection de Macron en France – ou plutôt le pied dans la porte des Rothshild – pour sauvegarder les oligarques financiers de France et d’Europe et protéger le capitalisme débridé de troubles sociaux éventuels, l’Europe se dirige à grands pas vers un état de répression fasciste accompagné d’une économie fasciste, hache à deux tranchants des riches destinée à éliminer la liberté théorique des peuples à vivre une vie décente. Dans son discours de victoire, Macron a dit que la première des priorités de la France serait de « combattre le terrorisme ». Ceci est un soutien sans faille à la poursuite de l’approche « false flag » qui consiste à tuer quelques-uns de vos compatriotes ou de vos policiers pour justifier de plus en plus de viols des libertés civiles. La France sous Hollande, l’archi-pantin de Washington, qui détient le record absolu des auto-attaques sous faux drapeau, pourrait bien devenir le premier pays d’Europe à inscrire l’« état d’urgence » (c. à d. la loi martiale) dans sa Constitution. Ce que Hollande n’a pas entièrement réussi, Macron est en passe de le faire..."

Reprenons la lecture des réflexions de Peter Koenig...

Michel Peyret


 

L’Allemagne et l’OTAN préparent-ils une « répression fasciste » en Europe ?

19 mai 2017  Géopolitique Réseau International

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L’Allemagne et l’OTAN préparent-ils une « répression fasciste » en Europe ?

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Pendant que Washington est sens dessus dessous, le limogeage du directeur du FBI Comey par Trump étant salué par certains, condamné par d’autres et mis en question à coups d’insinuations par un troisième groupe de critiques, il semble que le tournant en épingle à cheveux du Donald il y a quelques semaines soit en train de faire long feu et de s’évaporer en un nuage de confusion et de chaos. Et qui sont les bénéficiaires de ce chaos ? Les néocons-siono-démocrates, qui d’autre ?

Trump est-il en train de devenir ou est-il déjà devenu un dictateur de république bananière ? Devra-t-il être traîné devant la justice comme criminel de guerre avec Obama, Bush, Clinton et leurs illustres prédécesseurs, y compris ceux qui ont été les instigateurs de guerres mondiales et de conflits sur la terre entière ces 200 dernières années ? Hélas, il ne reste aucune justice dans les cours de justice internationales d’aujourd’hui. Elles ont toutes été cooptées par les invisibles doigts sanglants qui tirent les ficelles à Washington et à Bruxelles.

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Le gouvernement Trump va-t-il s’effondrer sous la pression des néocons et de l’État profond ? Spéculations sans fin, d’où émerge la suggestion que le président si controversé a déjà commis assez d’actes peu conventionnels pour pouvoir être destitué, et le Russia-gate, censé sanctionner l’un d’entre eux, ne veut simplement pas se calmer, en dépit de toute logique contraire.

Ceci reflète une fois encore l’imbécilité des médias occidentaux. Une imbécilité parfaitement mesurée et voulue d’ailleurs. Ils s’en tirent, et ils s’en tireront toujours, aussi longtemps que les masses au cerveau lavé, confortablement vautrées dans leurs fauteuils, avaleront les mensonges et les tromperies des médias de masses. Le marais fume à Washington et est sur le point d’engloutir des politiciens de tous horizons.

Y aura-t-il une guerre nucléaire ? Qui portera la première frappe ? Le Pentagone fauteur de guerres et les généraux de l’OTAN espèrent que ce seront les USA qui frapperont préemptivement la Russie et/ou la Chine. Première frappe qui serait très vraisemblablement déclenchée par un « faux drapeau » Par exemple, en faisant croire que la Corée du Nord a lancé une attaque (nucléaire) contre le Japon. Des spéculations dans ce sens circulent déjà.

Mais qu’arrivera-t-il si le système de détection russe, qui est fondé sur une technologie de tout premier ordre détecte cette « attaque-surprise » et réagit instantanément ? Une troisième guerre mondiale atomique – avec destruction totale et pratiquement pas de survivants ? Toutes ces idées parfaitement réalistes sont en ce moment agitées en tous sens, laissant le public, des deux côtés de l’Atlantique, saisi par la peur. Et on sait que la peur et la confusion sont les deux meilleures armes qui existent pour paniquer et paralyser une population.

Qui survivra ? – À qui le tour après ? Il y en a même qui se demandent déjà ouvertement qui sera le remplaçant du président Trump ? Bien évidemment son vice-président, Mike Pence, qui est juste le pion qu’il faut aux néocons pour jouer leur gambit. Après tout, ce sont eux qui l’ont choisi et imposé à Trump. Voilà l’état des choses selon les médias de masses. Les USA s’écroulent et le reste de l’Occident avec eux. L’écroulement fait beaucoup de bruit. Au point que les autres bruits en deviennent imperceptibles..

Pourtant, sur le continent européen, cachés aux yeux et aux oreilles du commun des mortels, des préparatifs clandestins de guerre contre les villes et les citoyens d’Europe sont en cours. S’y activent la Bundeswehr allemande, l’OTAN et d’autres forces armées européennes. Ils se préparent à réprimer d’éventuels soulèvements sociaux, si nécessaire en tuant leurs propres concitoyens ou compatriotes. Oui, c’est ce que Bruxelles sous OTAN est en train de faire, avec, pour leader, qui d’autre que l’Allemagne sous OTAN, marionnette européenne-en-chef, qui pourrait bien avoir à céder sa place à la France, laquelle, avec Macron, est maintenant sur les rangs et peut-être en train de la lui prendre.

Comme vient de le rapporter Susan Bonath, journaliste d’investigation indépendante, qui contribue régulièrement au journal allemand Die Junge Welt, quelque chose d’horrible est en train de se produire dans une petite ville allemande de l’État fédéral enclavé de Saxe Anhalt, dans le nord-est de l’Allemagne.

Dans un des camps d’entraînement militaire les plus modernes de l’Europe, toute une ville fantôme est construite à coups de millions d’euros. La plupart des contribuables allemands (ou européens) n’en ont jamais entendu parler. Dès 2018, cette installation sera prête à l’entraînement des troupes destinées à combattre, dans des villes européennes, les civils européens qui auraient l’audace de se rebeller contre les atrocités de leurs dirigeants et oligarques. Voyez le rapport (en allemand) de Susan Bonath, sur kenfm.de, intitulé « Trainieren für Angriffskriege », (Entraînement aux guerres d’agression).

Le concept n’est nouveau qu’à l’Europe. Mais les USA ont, depuis des années, établi des garnisons autour des agglomérations « vulnérables » – New York, Detroit, Chicago et beaucoup d’autres – prêtes à frapper si des manifestations de protestation massives s’avisaient d’éclater(1). Pour l’élection présidentielle de novembre dernier, elles avaient été mises en alerte maximale. De fait, des mouvements de troupes intensifs ont pu être observés par la voie des airs.

Avec l’élection de Macron en France – ou plutôt le pied dans la porte des Rothshild – pour sauvegarder les oligarques financiers de France et d’Europe et protéger le capitalisme débridé de troubles sociaux éventuels, l’Europe e dirige à grands pas vers un état de répression fasciste accompagné d’une économie fasciste, hache à deux tranchants des riches destinée à éliminer la liberté théorique des peuples à vivre une vie décente.

Dans son discours de victoire, Macron a dit que la première des priorités de la France serait de « combattre le terrorisme ». Ceci est un soutien sans faille à la poursuite de l’approche « false flag » qui consiste à tuer quelques-uns de vos compatriotes ou de vos policiers pour justifier de plus en plus de viols des libertés civiles. La France sous Hollande, l’archi-pantin de Washington, qui détient le record absolu des auto-attaques sous faux drapeau, pourrait bien devenir le premier pays d’Europe à inscrire l’« état d’urgence » (c. à d. la loi martiale) dans sa Constitution. Ce que Hollande n’a pas entièrement réussi, Macron est en passe de le faire. Et l’exemple pourrait bientôt faire école dans le reste des états vassaux d’Europe. Le centre d’entraînement en cours d’installation dans le nord de l’Allemagne sous la houlette de Madame Merkel pour opprimer et tuer les Européens, est tout à fait en phase avec la philosophie machiavélique de Macron.

On sait que par ailleurs, la Grèce est l’épitomé du meurtre d’une nation par des moyens financiers. Les Grecs le permettent pour des raisons qui défient la logique. Peut-être de peur que ne pas obéir et choisir la seule issue possible – le Grexit – s’avère pire que la strangulation financière ? Ce sont là, apparemment, les arguments exprimés, mais non prouvés, par l’ex-ministre des Finances Varoufakis, qui se donne tant de mal pour rester constamment sous les feux de la rampe, et influencer autant qu’il le peut l’opinion publique par son auto-starisation. Cet éminent représentant de la gauche caviar apporte-t-il son concours à la destruction de son pays parce qu’il est chargé de dissuader les autres pays, susceptibles, qui sait, de vouloir reprendre leur souveraineté aux bulldozers de Washington et de Bruxelles ?

On ne peut s’empêcher de penser à George Orwell disant, à propos de The Machiavellians. Defenders of Freedom de James Burnham :

« …il n’y a jamais eu de société démocratique et, pour autant que nous puissions en juger, il n’y en aura jamais. La société est, par nature, oligarchique, et le pouvoir de l’oligarchie a toujours reposé sur la force et sur la fraude… On peut parfois prendre le pouvoir et s‘y maintenir sans violence, mais jamais sans fraude. »

Ceci va bien avec la principe de justice selon les mondialistes :

« Tout ce qui est à vous est à moi et tout ce qui est à moi est à moi. »

Réveillez-vous et prenez garde. Ce qui se prépare au camp d’entraînement à la guerre urbaine de l’OTAN en Allemagne, c est le mécanisme destiné à faire en sorte que les privilèges de la classe au pouvoir ne puissent jamais être remis en cause. Européens, aux barricades, avant qu’il ne soit trop tard !

Peter Koenig

___________________

(1) Qui ne se souvient de la chasse aux prétendus terroristes et des visites domiciliaires à coups de bottes, lors du false flag de Boston en 2013 ? [ndt].

Pendant presque toute sa carrière (trente ans) Peter Koenig a travaillé pour la Banque Mondiale en qualité d’économiste et de spécialiste des ressources en eau. À ce titre, il Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed  proviennent de sa propre expérience. Il est aussi un des auteurs de The World Order and Revolution ! – Essays from the Resistance

Il écrit pour Global ResearchICH, RT, Press TV, Chinese 4th Media, Telesur, Le Saker US et d’autres sites Internet.

Source : http://www.informationclearinghouse.info/47063.htm

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 M’enfin… la France vient d’être sauvée par les antifascistes !

P.S. Pour ce qui est des barricades, c’est trop tard. Elles sont obsolètes, il faut trouver autre chose. Mais comment faire avec des cerveaux préventivement réduits en gelée et des capacités de volonté totalement annihilées ? [ndGO]

via:http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/archive/2017/05/18/de-la-poele-a-frire-dans-le-feu-8730513.html

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Claude Serfati, France, la place centrale de l'institution militaire

"La France, indique Claude Serfati, est un pays où l’armée a toujours été au cœur de l’État, ce qui n’est pas exceptionnel. A ce degré c’est tout de même assez rare. C’est aussi un pays dans lequel l’État a pénétré l’ensemble des relations sociales, économiques et culturelles depuis des siècles. La conjugaison de ces deux traits fait la singularité du capitalisme français et explique la polyvalence de l’influence du militaire dans notre pays. Il est clair qu’au début des années 60, à un moment où de Gaulle en était encore à régler ses comptes avec la fraction colonialiste de l’armée et dans une période d’euphorie économique, c’était l’aspect économique de cette influence qui prédominait. Les militaires restaient relativement discrets. Ils n’étaient pas comme aujourd’hui à entourer le président dans un contexte de crise des institutions, de délitement industriel et de tensions sociales.."

Reprenons l'entretien avec Claude Serfati...

Michel Peyret


« De plus en plus de militaires évoquent un passage à l’état de siège en cas de nouveaux actes terroristes »

par Olivier Petitjean - 16 mai 2017 - Basta

Quel est le lien entre la multiplication des interventions militaires françaises à l’étranger, la priorité donnée au Rafale et aux exportations d’armes, et l’instauration de l’état d’urgence en France ? Dans son livre récent Le Militaire. Une histoire française (éd. Amsterdam), l’économiste Claude Serfati montre à quel point l’armée et les industries militaires sont « chez elles » dans les institutions et l’économie politique de la Vème République. Une tendance qui n’a fait que s’aggraver ces dernières années, sans que le poids politique et économique exorbitant du militaire en France soit vraiment contesté ni même débattu, y compris à gauche. La campagne électorale actuelle ne fait pas exception. Entretien.

Basta ! : Vous montrez, dans votre livre, la place centrale de l’institution militaire en France, dont vous dites qu’elle est « sans équivalent dans aucune autre démocratie » et qu’elle « n’a cessé de se renforcer au cours des dernières décennies ». Comment se traduit concrètement ce poids de l’armée dans la vie politique et économique du pays ?

Claude Serfati [1] : Il se traduit d’abord sur le plan strictement constitutionnel, à travers l’ensemble des pouvoirs militaires et sécuritaires attribués au chef de l’État par la Vème République. Les chercheurs qui procèdent à des comparaisons internationales s’accordent sur le fait que le président de la République en France est le chef d’État le moins contrôlé de toutes les démocraties, notamment en ce qui concerne le pouvoir de faire la guerre. Le poids du militaire s’observe également dans la politique extérieure et ses priorités. Les interventions militaires de la France à l’extérieur de ses frontières, principalement en Afrique, sont devenues si nombreuses qu’il devient difficile de les compter. Il y en aurait eu 25 pour la seule année 2015. Avec l’instauration de l’état d’urgence, l’armée a également repris une place importante dans les questions de sécurité intérieure.

Cet enracinement de l’institution militaire en France, particulièrement depuis 1958, s’observe aussi sur le plan économique. La Vème République s’est construite sur deux crédos formulés par de Gaulle, qui restent aujourd’hui encore indiscutés. Le premier est l’impératif de développer la « compétitivité » de l’économie française, énoncé explicitement par de Gaulle en 1958 et qui reste un leitmotiv aujourd’hui, comme on sait. Le second est que cette compétitivité passe par une série de grands programmes technologiques, militaires ou à valeur stratégique – les télécoms, le spatial et le nucléaire civil par exemple. Ces deux crédos imprègnent encore tous les pores de l’économie française. Je montre par exemple dans mon livre que si le poids des dépenses militaires dans le PIB semble relativement limité, à un peu moins de 2%, la place des groupes de l’armement dans les dépenses technologiques dépasse les 20%, ce qui est très important.

Cette influence du militaire à la fois sur la sphère politique et sur la sphère économique – ce que vous appelez « l’économie politique de la Vème République » – est-elle une spécificité française ?

La France est un pays où l’armée a toujours été au cœur de l’État, ce qui n’est pas exceptionnel. A ce degré c’est tout de même assez rare. C’est aussi un pays dans lequel l’État a pénétré l’ensemble des relations sociales, économiques et culturelles depuis des siècles. La conjugaison de ces deux traits fait la singularité du capitalisme français et explique la polyvalence de l’influence du militaire dans notre pays. Il est clair qu’au début des années 60, à un moment où de Gaulle en était encore à régler ses comptes avec la fraction colonialiste de l’armée et dans une période d’euphorie économique, c’était l’aspect économique de cette influence qui prédominait. Les militaires restaient relativement discrets. Ils n’étaient pas comme aujourd’hui à entourer le président dans un contexte de crise des institutions, de délitement industriel et de tensions sociales.

Aujourd’hui, le rôle économique du militaire perdure, du fait de la force d’inertie de ces cinq dernières décennies et du consensus politique sur la question. Une série de facteurs – les « printemps arabes » et l’implosion des régimes au sein de régions d’influence de la France, le retrait relatif de l’administration Obama, le déclin économique de la France par rapport à l’Allemagne… - ont contribué à redonner à l’armée un poids politique significatif. Entendre le chef d’état-major de François Hollande revendiquer publiquement il y a six mois une hausse des dépenses militaires dans le budget de l’État, c’est quelque chose de nouveau. On a le sentiment que l’armée est plus que jamais chez elle dans la Vème République. C’est ce que voulait de Gaulle, mais sous l’autorité du chef de l’État et dans le cadre d’une économie flamboyante. Or ces deux facteurs sont justement en train de s’éroder.

Nous sommes aussi actuellement dans une période où les versants économiques et politiques du militaire retissent des liens très étroits, ce qui n’a pas toujours été le cas au cours des dernières décennies. Dans les années 1990, on voyait les états-majors critiquer les industriels de l’armement. Aujourd’hui, au contraire, il y a une convergence profonde d’intérêts entre les interventions armées en Afrique, qui permettent de tester sur le terrain les équipements produits par les firmes françaises, et les exportations d’armes à destination du Moyen-Orient et d’ailleurs. Les patrons des entreprises d’armement comme Serge Dassault admettent explicitement que les interventions militaires françaises leur donnent un « avantage compétitif ». Hollande lui a donné raison en s’écriant lors d’une visite dans une usine Dassault en 2015 : « Vive le Rafale, vive la République, vive la France ! »

Cette convergence entre intérêts politiques et économiques ne se retrouve-t-elle pas dans la vision française de l’Europe ? On a l’impression que la France voit surtout l’Union européenne comme un moyen de financer son industrie d’armement, et se voit jouer en son sein la fonction du militaire...

C’est effectivement le projet politique que les dirigeants français ont pour l’Europe depuis de Gaulle. Le « rôle majeur » que celui-ci voulait faire jouer à la France est de moins en moins crédible sur le plan économique, ce qui pousse les gouvernements français à vouloir aller toujours plus loin en ce qui concerne son rôle militaire et sécuritaire. Ils ont obtenu quelques avancées à partir des années 1990, telles que le financement communautaire destiné à la recherche-développement, dont une partie de plus en plus importante – sous le nom de technologies « duales » (à la fois civiles et militaires) dans l’aéronautique par exemple - profite aux industriels de l’armement. Mais cela ne va pas pour l’instant aussi loin qu’ils le souhaiteraient. D’une part, les gouvernements des autres pays européens qui disposent d’une industrie d’armement conséquente n’acceptent pas facilement que l’industrie française s’accapare trop de marchés. D’autre part, l’Union européenne n’est pas prête à marcher au pas cadencé de la France sur la politique de défense et de sécurité commune.

Le contexte des attentats ne risque-t-il pas de changer la donne ? La sécurité et la surveillance, que les industriels de l’armement considèrent comme des « relais de croissance », sont-ils en train de revenir à l’ordre du jour en Europe ?

Le processus est en route depuis 2003. Après le 11 septembre, la « politique européenne de sécurité et de défense » élaborée par Javier Solana a imposé le concept de la « sécurité », permettant des interventions répressives aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. C’était le même projet politique que celui du président Bush, le multilatéralisme en plus. Les programmes sur la sécurité mis en place par l’Union européenne ont profité très largement aux aéronauticiens et aux électroniciens français, et c’est effectivement la France qui pousse le plus en ce sens, aujourd’hui encore. Sur le plan politique, les dirigeants français considèrent que le chaos actuel au sein du « voisinage » de l’Europe (Afrique et Moyen-Orient), qui se traduit dans le traitement inhumain que l’UE inflige aux réfugiés, imposera aux autres gouvernements un principe de réalité, qui accentuerait les tendances sécuritaires et redonnerait du poids à la France. Il y a un jeu subtil qui est mené vis-à-vis de l’Allemagne et des pays nordiques. Eux aussi sont attachés à la sécurité, mais il est différent – et plus pacifique pour les pays nordiques – de l’ordre sécuritaire tel qu’il est conçu en France.

Vous consacrez un chapitre à déconstruire les discours officiels sur les ventes d’armes, présentées comme bonnes pour la France et pour l’emploi. La focalisation française sur les industries d’armement nuit-elle au contraire au reste de l’économie, en particulier aux autres branches de l’industrie ?

À travers mes recherches, j’essaie de montrer depuis assez longtemps que les industries d’armement ont très peu d’effets d’entraînement pour les autres secteurs industriels. On a beaucoup glosé dans les années 1970 sur les transferts de technologies militaires vers le civil aux États-Unis, mais c’est bien plus compliqué et limité que cela, et très spécifique aux États-Unis. De plus, en France, beaucoup de cadres dirigeants d’entreprises formés dans les grandes écoles (comme Polytechnique) n’ont pas une véritable culture entrepreneuriale. La consanguinité entre l’État et les grandes entreprises – particulièrement forte dans le secteur de l’armement - n’incite guère à sortir des marchés lucratifs et protégés de la défense pour développer des applications civiles. Pour des raisons multiples, le secteur de l’aéronautique constitue la seule exception, d’ailleurs partielle.

L’histoire donne plutôt raison à la thèse selon laquelle les industries d’armement exercent une sorte de prédation sur les ressources productives et le personnel qualifié. En France, plus l’industrie de l’armement est privilégiée, plus d’autres secteurs industriels essentiels s’effondrent. Les grands programmes technologiques publics continuent de profiter largement aux industriels de l’armement. L’Observatoire économique de la défense vient d’annoncer que l’industrie militaire a bénéficié d’un crédit d’impôt recherche de plus d’un milliard d’euros en 2015. C’est une somme qui n’est allé à destination des PME civiles – je ne parle même pas d’objectifs sociaux. Et ce n’est qu’un chiffre parmi d’autres.

Certes, le déclin relatif du secteur automobile français ne peut pas directement être imputé à l’industrie d’armement, car il a été lui aussi largement soutenu par l’État. En revanche, la priorité accordée par la France aux industries militaires a clairement aggravé le retard français dans l’industrie de la machine-outil. Or celle-ci, surtout quand elle est robotisée, est une industrie décisive pour l’industrie automobile, mais également pour tous les secteurs de production de biens. L’industrie électronique est un exemple d’industrie dans laquelle les priorités accordées aux produits et aux systèmes militaires ont été une des causes de la dégradation considérable des marchés civils (comme l’électronique grand public, informatique, etc.). Je rappelle aussi que l’armée de terre revendique la place de premier recruteur de contrats longs en France. C’est un constat accablant pour l’avenir de la jeunesse.

Pourquoi ce poids massif de l’armée et du militaire dans l’économie et la vie politique françaises est-il si peu débattu, et si peu contesté ?

C’est particulièrement frappant si l’on compare la France et la Grande-Bretagne. Ce sont deux pays de vieille tradition impérialiste et militariste, qui se sont retrouvés encore une fois côte à côte en Libye puis en Syrie. Or le débat public sur les questions de guerres et de ventes d’armes en Grande-Bretagne est aux antipodes de ce qu’il est en France. Le rapport Chilcot sur la guerre en Irak, un rapport parlementaire officiel, a été bien au-delà de la simple dénonciation du rôle de Tony Blair.

On n’imagine pas aujourd’hui encore, plus de vingt ans après le génocide, la mise en place d’une commission d’enquête sérieuse sur le rôle de la France au Rwanda. Très récemment, la commission des affaires étrangères du Parlement anglais a proposé d’arrêter les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en raison de ses crimes de guerre au Yémen. En France, tout le monde ou presque se félicite de nos ventes d’armes à cette monarchie pétrolière.

Il faut donc insister : en France, ce débat n’a pas lieu, et cela ne date pas d’aujourd’hui, pour un ensemble de raisons politiques, économiques, et culturelles. Le mouvement antimilitariste a malheureusement perdu de sa vigueur en France par rapport à d’autres pays. Il y a sur le sujet un consensus droite-gauche qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Nous avons donc une difficulté à lever le couvercle du militarisme. Et bien entendu il y a l’influence des industriels de l’armement, mais aussi les hésitations des organisations de salariés, pour lesquelles les programmes d’armement assurent – de moins en moins d’ailleurs – un maintien de l’emploi, surtout dans les territoires qui en dépendent de façon critique.

Vous suggérez que l’armée a gagné en influence, déjà sous Sarkozy mais encore davantage durant le quinquennat de François Hollande, avec les interventions militaires à l’étranger, l’accent mis sur les ventes d’armes, et maintenant la proclamation de l’état d’urgence. Sommes-nous en train de revenir aux sources militaires de la Vème République ?

Cette influence croissante est liée au contexte géopolitique et économique mondial, avec la crise financière et ses suites, les révolutions arabes, le retrait relatif des États-Unis, les rapports avec l’Allemagne – ce que j’appelle le « moment 2008 ». L’utilisation du militaire devient en quelque sorte un des derniers avantages compétitifs de la France. Mais cela représente aussi, effectivement, une sorte de parachèvement de la Vème République, ou du moins un retour en force de certains aspects de sa constitution qui étaient restés latents.

La Vème République, c’est un régime bonapartiste, né d’un coup d’État. Sa constitution est pleine de potentialités antidémocratiques très graves : l’article 16 sur les pouvoirs exceptionnels du président, l’état d’urgence, l’état de siège. C’est une combinaison explosive. L’utilisation des armées à l’extérieur – même si elle semble indolore pour la population française – s’est toujours accompagnée d’union nationale à l’intérieur et de mesures coercitives contre ceux qui ne s’y plieraient pas. Cette corrélation entre guerre à l’extérieur et état d’exception à l’intérieur a toujours existé, sous des formes plus ou moins paroxystiques et violentes.

Ceci dit, le corsetage des libertés que rend possible la constitution dépend aussi des rapports sociaux. Des manifestations de rue massives ont eu lieu en 2016 malgré l’état d’urgence. Le rapport de forces actuel entre ceux qui veulent défendre les libertés et ceux qui veulent les réduire fait que l’état d’urgence n’est pas poussé jusqu’au bout. Parallèlement, cependant, on voit de plus en plus de militaires délaisser la posture traditionnelle de la « grande muette » pour faire entendre leur voix, dans la rue, au sein des manifestations de Sens commun, mais également dans les médias, où on les entend évoquer ouvertement un passage de la France sous l’état de siège en cas de nouveaux actes terroristes.

Iriez-vous jusqu’à dire que nous ne sommes pas à l’abri d’un putsch militaire en France, par exemple à la faveur d’un attentat ?

Comme je viens de le dire, les rapports de force sociaux sont essentiels : la loi El Khomri a été combattue dans la rue malgré l’état d’urgence. Ceci dit, il faut bien avoir à l’esprit que nous avons toujours une épée de Damoclès au-dessus de nous et que nous ne sommes pas à l’abri d’un événement qui créerait les conditions pour des mesures encore plus autoritaires. Je ne suis pas préoccupé par la menace d’un coup d’État à la latino-américaine. Je crains par contre qu’à la suite d’un acte terroriste, la Vème République et ses mesures d’exception soient utilisées « à fond », pour ainsi dire, par le gouvernement en place. La constitution permet l’adoption de mesures réellement dictatoriales « en douceur », qui s’exerceraient sans doute de manière discriminante, en ciblant d’abord les minorités visibles ou certaines catégories de population comme les « jeunes des quartiers ».

L’armée est déjà chez elle dans la Vème République, tout comme la police. Mais elles pourraient le devenir encore plus. En même temps, heureusement, il y a des réactions d’hostilité et de résistance à ces évolutions non seulement dans la société civile, mais aussi dans l’appareil d’État, notamment au niveau du pouvoir judiciaire. Je suis rassuré par le fait que malgré les attentats, les Français restent davantage préoccupés dans cette campagne électorale par l’économie et l’emploi que par la sécurité. Nous avons encore des ressources démocratiques.

Parlons justement des élections. Comment ce pouvoir militaire que vous décrivez réagirait-il si le Front national continue de monter en puissance lors des prochaines élections ?

Je ne vois pas d’incompatibilité entre le Front national et l’état-major des armées. J’attends une preuve du contraire.

Qu’en est-il des autres candidats ?

Le fait qu’Emmanuel Macron ait cherché et obtenu le soutien de Jean-Yves Le Drian le situe dans le droit fil de la politique actuelle. Au final, aucun des quatre principaux candidats à l’élection présidentielle n’a remis en cause la place de l’industrie de l’armement en France. Jean-Luc Mélenchon remet néanmoins en cause la politique militaire de la France sur certains points, comme la sortie de l’Otan et l’arrêt des interventions militaires. Sur les autres aspects, il semble faire preuve d’une grande prudence. Certains qui soutiennent sa candidature regrettent par exemple l’absence d’initiative de sa part sur la dénucléarisation de la France, alors que des personnalités comme Paul Quilès ont pris des positions très volontaires sur ce sujet.

Propos recueillis par Olivier Petitjean

https://www.bastamag.net/IMG/jpg/serfati_militaire-187x270.jpg
À lire : Claude Serfati, Le militaire. Une histoire française, éditions Amsterdam, Paris, 2017, 230 p., 17 euros.

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Photo : © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Notes

[1] Claude Serfati est économiste, spécialiste de l’industrie et de l’innovation. Chercheur associé à l’Institut de Recherche économique et sociale et maître de conférence à l’Université Versailles-Saint-Quentin, il a notamment publié L’Industrie française de défense (2014) et La Mondialisation armée (2001).

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Robert Bibeau, l'impérialisme globalisé

"La définition, nous dit la présentation de l'ouvrage de Robert Bibeau, du communisme telle qu’on la trouve dans le Manifeste de 1848 regroupe une collection d’acquis sociaux s’étant plus ou moins mis en place ici et là, imparfaitement, au gré de l’histoire des trajectoires nationales (fin du travail des enfants, éducation obligatoire, nationalisation des transports etc.) autour d’un principe fondamental qui, lui, n’a tout simplement jamais existé, celui d’une mise en commun intégrale et internationale (internationaliste, non-nationale) de la production et de la propriété des biens qu’elle engendre. Des forces fantastiques ont utilisé le discrédit inévitable, associé à l’entrée douloureuse dans la modernité bourgeoise de territoires immenses comme la Chine ou l’ancienne URSS, pour attaquer et dénigrer le programme en grande partie utopique qui servait de guide intellectuel à ces gigantesques mouvements historiques étroitement nationaux. On a jeté le bébé communiste avec l’eau sanglante du cuirassé Potemkine et de la Longue Marche, utilisant tout ce qui pouvait être utilisé pour discréditer et salir un si généreux idéal..."

Reprenons la lecture de la présentation de l'ouvrage de Robert Bibeau...

Michel Peyret


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QUESTION NATIONALE ET RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE SOUS L’IMPÉRIALISME MODERNE (ouvrage de Robert Bibeau)

13 mai 201715 mai 2017 Ysengrimus

L’impérialisme globalisé ayant atteint son apogée ne peut que décliner. C’est-à-dire que le capital en Chine, en Inde et en Afrique complète la prolétarisation des derniers paysans semi-féodaux, la conquête des derniers marchés, et la prospection des dernières régions de ressources excentrées.

Robert Bibeau

YSENGRIMUS  

Le programme révolutionnaire dit «communiste» est désormais discrédité par l’usure violente et sanglante de l’Histoire. Les monarchies et le colonialisme sont tombés mais le rouge intégral du siècle dernier est aussi peu crédible désormais que l’avait été le bleu-blanc-rouge des siècles antérieurs. Il y a un hiatus entre ce que la révolution fait (abolir la féodalité, restreindre le colonialisme, instaurer l’indépendance nationale bourgeoise, industrialiser) et ce qu’elle promet, bien utopiquement (la  «liberté», l’ «égalité», le «communisme»). L’abolition de la propriété privée des ressources et du mode de production capitaliste, son remplacement par un socialisme effectif reposant exclusivement sur la solidarité sociale et le contrôle de tous les leviers de pouvoir par ceux qui travaillent, ne sont cependant tout simplement pas encore là.

La définition du communisme telle qu’on la trouve dans le Manifeste de 1848 regroupe une collection d’acquis sociaux s’étant plus ou moins mis en place ici et là, imparfaitement, au gré de l’histoire des trajectoires nationales (fin du travail des enfants, éducation obligatoire, nationalisation des transports etc.) autour d’un principe fondamental qui, lui, n’a tout simplement jamais existé, celui d’une mise en commun intégrale et internationale (internationaliste, non-nationale) de la production et de la propriété des biens qu’elle engendre.

Des forces fantastiques ont utilisé le discrédit inévitable, associé à l’entrée douloureuse dans la modernité bourgeoise de territoires immenses comme la Chine ou l’ancienne URSS, pour attaquer et dénigrer le programme en grande partie utopique qui servait de guide intellectuel à ces gigantesques mouvements historiques étroitement nationaux. On a jeté le bébé communiste avec l’eau sanglante du cuirassé Potemkine et de la Longue Marche, utilisant tout ce qui pouvait être utilisé pour discréditer et salir un si généreux idéal.

Pourquoi? Tout simplement parce que cet idéal raté, cette utopie non réalisée, ce programme futuriste, saboté par les accapareurs économiques, les agresseurs politiques et les calomniateurs médiatiques a, comme principe définitoire, la destruction du capitalisme et des classes de possédants qui vivent parasitairement de cet ordre social injuste et inéquitable, vieux de huit cents ans. Le communisme n’existe même pas vraiment, et son spectre continue pourtant de hanter le monde, sous la forme de la conscience coupable rouge sang, du capitalisme, qui s’en prend encore à lui comme à un fantôme, si épeurant, parce que si culpabilisant.

Dans cet ouvrage Robert Bibeau (et les auteurs qu’il recense, cite et analyse) reprend la question des nationalité et de la lutte nationaliste, vieille lune bourgeoise et fixation idéologique flétrie, cruciale montre d’hypnotiseur que l’on fit amplement scintiller devant le regard exalté de millions de travailleurs idéologiquement arnaqués et escroqués, pour les embringuer dans les grandes guerres bourgeoises nationales des deux derniers siécles dont il est plus que temps de faire taire les bruits de bottes.

Robert Bibeau (en préface): …l’insurrection populaire mondiale est à l’ordre du jour et le prolétariat chinois (et non la paysannerie chinoise comme le pensait Mao) pourrait bien donner le coup d’envoi insurrectionnel international. Cette évolution entraîne que la question nationale aura moins d’importance dans la politique mondiale puisque les deux classes qui luttent pour l’hégémonie sont les deux classes sociales nées du développement capitaliste industriel, urbain et global – la classe capitaliste multinationale décadente et la classe prolétarienne internationale émergente. De cette guerre de titan naîtra assurément le mode de production prolétarien communiste que nous ne connaissons pas et que le prolétariat devra apprendre à maîtriser, si du moins «l’avant-garde» de la gauche bourgeoise peut se taire et laisser faire la classe ouvrière révolutionnaire.

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Sommaire de l’ouvrage
Préface

Chapitre 1
Question nationale et révolution prolétarienne

Chapitre 2
Ferguson, Minneapolis, Dallas, même combat

Chapitre 3
Les marxistes et la question nationale

Chapitre 4
Nationalisme et socialisme

Chapitre 5
Marxisme, nationalisme et luttes nationales aujourd’hui

Chapitre 6
Léninisme ou marxisme? L’impérialisme et la question nationale

NOTES

Table des matières
 

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Ziad Medoukh, depuis 69 ans Israël viole les droits d'un peuple

"Soixante-neuf ans, indique Ziad Medoukh, et les forces de l’occupation violent les droits les plus fondamentaux d’un peuple, soixante-neuf ans de politique d’apartheid, de discrimination et du terrorisme d’un état hors la loi. En 69 ans, Israël a appliqué toutes les mesures inhumaines illégales à l’encontre des Palestiniens, il en a emprisonné plus d’un million, il en a massacré et assassiné des milliers, il a occupé tous leurs territoires. L’état d’occupation a créé le problème des réfugiés palestiniens qui vivent dans des conditions humanitaires épouvantables dans les pays voisins et à l’étranger, et qui souffrent en permanence. Cet état d’apartheid est le seul Etat qui, encouragé par les grandes puissances internationales, n’a jamais appliqué aucune résolution des Nations-Unies, pas plus que les accords de paix signés..."

Reprenons l'article et l'argumentation de Ziad Medoukh...

Michel Peyret


69 ans de la Nakba, et résistances

15 05 2017 • 10 h 28 min

Par Ziad Medoukh, directeur du département de français à l’Université Al Aqsa de Gaza, le 15 mai 2017

« 69 ans de la Nakba, la lutte continue »

C’est dans une conjoncture très particulière, mais avec beaucoup d’espérance et de détermination  que le soixante-neuvième anniversaire de la Nakba-la catastrophe- est commémoré par tous les Palestiniens, où qu’ils résident.

15 mai 1948 -15 mai 2017, soixante-neuf  ans déjà, soixante-neuf ans depuis le début du drame des Palestiniens, soixante-neuf ans de souffrance, de malheurs et de massacres pour un peuple digne, soixante-neuf ans depuis le début de cette injustice imposée à un peuple sur sa terre, soixante-neuf ans de déportation d’un peuple pour le remplacer par un autre peuple.

Mais, soixante-neuf ans de résistance, de patience, de détermination, de courage, et de persévérance pour un peuple toujours debout, un peuple toujours attaché à sa terre, à ses racines et à sa Palestine en dépit de toutes les mesures de cette occupation illégale, une occupation aveugle, une occupation qui dure, qui dure !

Les Palestiniens commémorent les soixante-neuf ans de la catastrophe dans un contexte national et régional particulier marqué notamment par la poursuite de l’occupation et de la colonisation dans les territoires palestiniens, par un soulèvement populaire spontané en Cisjordanie, par la grève de la faim collective et illimitée de plus de 1700 prisonniers palestiniens depuis plus d’un mois dans les prisons israéliennes, par les agressions israéliennes permanentes dans la bande de Gaza qui subit un blocus inhumain, et l’absence de perspectives pour l’avenir.

Soixante-neuf ans et les forces de l’occupation violent les droits les plus fondamentaux d’un peuple, soixante-neuf ans de politique d’apartheid, de discrimination et du terrorisme d’un état hors la loi.

En 69 ans, Israël a appliqué toutes les mesures inhumaines illégales à l’encontre des Palestiniens, il en a emprisonné plus d’un million, il en a massacré et assassiné des milliers, il a occupé tous leurs territoires.

L’état d’occupation a créé le problème des réfugiés palestiniens qui vivent dans des conditions humanitaires épouvantables dans les pays voisins et à l’étranger, et qui souffrent en permanence.

Cet état d’apartheid est le seul Etat qui, encouragé par les grandes puissances internationales, n’a jamais appliqué aucune résolution des Nations-Unies, pas plus que les accords de paix signés.

En 69 ans, Israël a toujours été un état illégal, un état hors la loi, un état d’apartheid, un état colonial, un état qui considère les citoyens arabes des  territoires de 1948 comme des citoyens de seconde zone, un état qui a construit le mur de la honte en Cisjordanie, un état qui impose un blocus inhumain à la population civile de Gaza, un état qui érige tous les jours de nouvelles colonies dans les Territoires, un état qui vole tous les jours les ressources naturelles appartenant aux Palestiniens.

Un état qui n’a toujours pas de frontières, un état qui refuse toutes les initiatives de paix régionales et internationales.

On peut citer maints exemples de l’histoire noire de cette occupation contre les Palestiniens : agressions quotidiennes, mesures atroces, massacres, déportations, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, la liste est longue, très longue, trop longue.

69 ans de résistance remarquable de toute une population qui poursuit son combat pour retrouver la liberté et vivre dignement sur sa terre.

Soixante-neuf ans après, les Palestiniens s’interrogent : 69 ans de violation de nos droits ne suffisent-ils pas ? Le temps n’est-il pas venu de réagir et d’imposer à cet état d’apartheid l’application du droit international ? Le temps n’est-il pas venu d’instaurer la justice en Palestine ? Les Palestiniens n’ont-ils pas le droit de vivre, après tant d’années de souffrance, dans un état libre et indépendant ?

69 ans après cette catastrophe, nous, Palestiniens, et quelles que soient les mesures d’apartheid et de terrorisme d’état pratiquées, poursuivons le combat et les sacrifices pour notre liberté. Nous sommes plus que jamais déterminés et avons un message à délivrer au monde entier, un message clair et précis. Nous sommes toujours attachés aux principes suivants :

– Non, nous n’oublierons jamais l’histoire noire de cette occupation illégale et ses différents crimes contre notre population civile.

– Non, nous ne partirons pas d’ici, nous resterons attachés à notre terre. Nous ne partirons pas. Ici, notre terre, ici notre vie et ici notre Palestine !

– Oui, le droit au retour est sacré et tous les réfugiés palestiniens doivent pouvoir retrouver leurs villes et leurs villages d’origine.

– Oui, nous poursuivrons notre résistance sous toutes ses formes afin de vivre en liberté sur notre terre, cette terre appelée Palestine, et qui s’appellera toujours Palestine.

– Oui, nous avons le droit de créer notre Etat libre et indépendant, avec Jérusalem comme capitale.

– Oui, nous sommes prêts à vivre en paix, une paix durable, mais une paix qui passera avant tout par la justice, par l’application du droit international, par la fin de l’occupation illégale, et par la réalisation de toutes les revendications légitimes du peuple palestinien.

La lutte continue ! Pour une Palestine libre et pour une Palestine indépendante ! Nous sommes tous convaincus que notre liberté approche, et que la justice triomphera.

 

 

21 mai 2017

Grégory Chambat, Ruwen Ogien, l'école d'un système social injuste

"L’idée qui se répand à nouveau, indique Ruwen Ogien, comme si on revenait au XIXe siècle, c’est que si vous êtes riche, c’est que vous le méritez, et que si vous être pauvre, c’est de votre faute. Vous ne vous levez pas assez tôt, vous ne cherchez pas un emploi avec suffisamment de persévérance, vous préférez être assisté, et ainsi de suite.On cherche de plus en plus massivement à « blâmer la victime ». C’est ce que j’appelle la guerre intellectuelle contre les pauvres.Cette guerre aux pauvres s’exprime aussi dans les tentatives d’expliquer la situation des plus défavorisés par des déficits moraux des individus, plutôt que par les effets d’un système social injuste à la base, et d’une redistribution des bénéfices de la coopération sociale et économique qui ne permet pas de compenser les handicaps initiaux.À mon avis, le retour de la morale à l’école exprime aussi cette philosophie. Mettre l’accent sur la nécessité de la morale à l’école permet de diminuer l’importance du facteur social dans l’explication de la violence et de l’échec scolaire..."

Reprenons l'interview de Ruwen Ogien...

Michel Peyret


 

La Guerre aux pauvres commence à l’école : sur la morale laïque, entretien avec Ruwen Ogien

Posté le 5 mai 2017 par Collectif Q2C

Hier, jeudi 4 mai, disparaissait le philosophe Ruwen Ogien.

Il nous avait accordé un entretien pour la revue N’Autre école que nous reproduisons ici en hommage à sa pensée et ses combats...

Philosophe et auteur de La Guerre contre les pauvres commence à l’école : sur la morale laïque Ruwen Ogien a très gentiment accepté de répondre à nos questions. Nous vous livrons son analyse du projet de Vincent Peillon de rétablissement de la morale à l’école.

À noter également que Ruwen Ogien était l’invité de l’émission "Tête-à-tête" sur France culture du 28 avril, pour un entretien vraiment passionnant à écouter ici.

Questions de classe(s) - Avec La Guerre contre les pauvres commence à l’école : sur la morale laïque (Grasset, 2013, 168 p., 14,50 €) vous nous proposez un livre « sur » l’actualité qui s’ouvre en montrant que ce retour prôné par Vincent Peillon est tout sauf original et qu’il s’inscrit à la fois dans la nostalgie de l’école d’antan et dans le mouvement de revanche contre « l’esprit 68 » déjà porté par ses prédécesseurs. La nouveauté serait surtout que Vincent Peillon pourrait réussir à convertir la gauche au conservatisme scolaire, comme elle s’est convertie au libéralisme ou à la pensée sécuritaire...

Ruwen Ogien - Ce que la pensée conservatrice a de plus frappant, c’est sa vision moraliste des urgences politiques. Pour ceux qui la propagent, le problème principal de nos sociétés n’est pas l’accroissement considérable des inégalités de richesse et de pouvoir, le traitement inhumain des immigrés sans papiers, ou les atteintes à la vie privée par le fichage clandestin et la surveillance illégitime des communications. Non. Ce qui les préoccupe, c’est l’effondrement d’un certain ordre moral fondé sur le goût de l’effort, le sens de la hiérarchie, le respect de la discipline, le contrôle des désirs, la fidélité aux traditions, l’identification à la communauté nationale, et la valorisation de la famille « naturelle » et hétérosexuelle. Logiquement, la priorité, pour les conservateurs, n’est pas d’améliorer la condition économique des plus défavorisés, ou de mieux protéger les droits et les libertés de chacun. Elle est de restaurer cet ordre moral.

Le projet de ramener la morale « laïque » à l’école séduit manifestement beaucoup de monde, à droite comme à gauche. Il repose cependant sur une idée profondément conservatrice : le problème principal de l’école ne serait pas qu’elle manque de moyens matériels, et qu’elle est incapable, aujourd’hui, de compenser les injustices causées par un système économique et social profondément inégal. Non. Le problème, c’est l’immoralité des élèves, plus exactement l’immoralité des élèves des quartiers défavorisés ! Car pourquoi auraient-ils besoin de cours de morale, s’ils étaient déjà moraux ?

En affirmant que la France a besoin d’un « redressement moral » avec des accents réactionnaires un peu gênants pour tous ceux qui veulent soutenir ce gouvernement, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, dont les engagements à gauche sont pourtant incontestables, consacre l’hégémonie de la pensée conservatrice sur le sujet de l’école, comme d’autres ministres de gauche l’ont consacrée, par leurs déclarations, sur l’immigration ou la sécurité. C’est une tendance qu’il faut, je crois, essayer de combattre sans se lasser.

Q2C - Ce qui distingue aussi le projet de Vincent Peillon de celui de ses prédécesseurs, c’est l’adjectif « laïque » accolé au terme de morale. Comment comprendre cette démarche et ses impasses ?

R. O - Il ne faut pas être naïf. On ne peut pas ignorer ce que sont devenus les mots « laïque » et « laïcité » dans le débat public aujourd’hui.

Loin d’exprimer la défense de la justice sociale, des droits et des libertés individuelles, comme ce fut le cas à certains moments de l’histoire, les mots « laïque » et « laïcité » servent à glorifier la Nation et ses « traditions » (gros rouge et saucisses de cochon, entre autres), et de discréditer les minorités religieuses qui ont le « culot » de revendiquer l’égalité dans la possibilité de s’exprimer publiquement et de vivre selon leurs propres habitudes culinaires ou vestimentaires.

Pour éviter ce danger, il faudrait dire et répéter que l’usage public des mots « laïque » et « laïcité » ne vise nullement à étouffer le pluralisme des mœurs, la diversité des habitudes culinaires et vestimentaires, à rejeter les revendications présentes à l’expression publique des minorités religieuses, ou à stigmatiser telle ou telle population déjà défavorisée. Ce que le ministre ne fait pas suffisamment à mon avis.

C’est pourquoi je me suis permis de suggérer que son projet peut parfaitement être compris comme visant en priorité, les jeunes des quartiers défavorisés, généralement accusés d’être trop sensibles à l’appel de l’intégrisme religieux musulman, d’être trop violents et trop incivils, des jeunes dont tout le monde semble penser qu’il serait urgent de les « discipliner », et de les ramener dans le « droit chemin » de l’uniformité républicaine.

En effet, même si sa portée est plus large dans l’esprit du ministre, c’est ainsi que son projet d’enseignement de la morale laïque est généralement interprété, et c’est ce qui explique pourquoi il suscite un tel enthousiasme, même à l’extrême droite… et même chez les croyants catholiques !

Selon un sondage IFOP effectué du 4 au 6 septembre 2012, après que Vincent Peillon ait annoncé pour la première fois son projet d’un enseignement de morale laïque, 86% des catholiques étaient pour des cours de morale laïque ! (Dimanche Ouest-France, 8 septembre 2012).
C’est quand même significatif. Même les plus catholiques semblent apprécier la laïcité lorsqu’elle est comprise ainsi !

En fait, le ministre de l’Éducation nationale n’a probablement pas l’intention, par son projet, de stigmatiser une population. Il vise plutôt à obtenir une sorte de consensus sur ses projets de réforme de l’école, et il sait que l’idée d’un retour de la morale peut servir de base à ce consensus, parce qu’elle est approuvée par la majorité des citoyens. Mais le danger politique de voir la morale dite « laïque » mise au service de la stigmatisation des musulmans existe clairement à mon avis.

Q2C - L’ouvrage aborde cet enseignement de la morale d’un point de vue philosophique. Mais c’est aussi une réflexion pédagogique puisque vous y poser la question de la possibilité d’un tel enseignement, de ses modalités et surtout de son efficacité. Quelle conclusion en tirez-vous ?

R. O. - Le projet de faire revenir la morale à l’école part du postulat que la morale peut s’enseigner au moyen de cours et d’examens, comme si c’était une connaissance théorique du même genre que la physique - chimie ou l’histoire - géographie.

Il ne tient pas compte du fait que ce postulat n’a rien d’une vérité d’évidence, et qu’il est disputé depuis l’antiquité. La morale peut-elle s’enseigner ? Et si son enseignement est possible, doit-il se faire de façon magistrale au moyen de cours et d’examens ? Ne consiste-t-il pas plutôt à montrer l’exemple, et à donner l’envie de le suivre ? Les examens de morale devront-ils vérifier, la connaissance de l’histoire des idées morales, celle des principes de la morale, ou la moralité des conduites de l’élève ? L’élève devra-t-il seulement montrer qu’il sait ce qu’est la vertu, ou devra-t-il prouver qu’il est devenu vertueux grâce au programme ?

Toutes ces questions philosophiques se ramènent en fait à une seule plus terre-à-terre : l’enseignement de la morale laïque devra-il ressembler à celui des sciences naturelles ou de la natation ? Savoir nager ne consiste évidemment pas à être capable de décrire les mouvements de la brasse sur une copie d’examen ! Et si apprendre la morale laïque, c’est comme apprendre à nager, si c’est la transformation des conduites de l’élève qui est visée, comment sera-elle évaluée ? En soumettant l’élève à des tentations (tricher, voler, mentir, tromper, etc.) pour voir s’il y résiste ? En instaurant une surveillance permanente des élèves en dehors de l’école par des agents spécialisés ? En construisant des confessionnaux « laïques » où l’élève devra avouer au professeur de morale ses péchés contre le « vivre ensemble » ou le bien commun ?

Finalement, lorsqu’on s’interroge sur la possibilité même d’enseigner la morale à l’école, on ne peut pas éviter de se poser des questions plus générales sur le contexte dans lequel les professeurs sont censés inculquer les valeurs suprêmes de la République : liberté, égalité, fraternité. Comment un enseignement de la fraternité peut-il être dispensé dans le contexte d’un système qui cultive la concurrence acharnée entre les élèves et les établissements scolaires ? Comment un enseignement de la liberté et de l’égalité pourrait être donné dans le contexte d’une institution organisée comme une armée, outrageusement centralisée et hiérarchisée, où les enseignants souffrent plus, finalement, de mépris et du contrôle permanent de leurs supérieurs que des provocations de leurs élèves ?Pour certains observateurs que l’état présent de l’école en France préoccupe, ce qu’il faudrait pour améliorer les choses, ce n’est pas plus d’autorité, de surveillance, de contrôle, mais plus de démocratie à tous les niveaux. En ce qui concerne les conduites « antisociales » à l’école, par exemple, ils constatent que les établissements dans lesquels les élèves participent à l’élaboration du règlement intérieur sont, par la suite, les moins exposés aux actes de violence. Cette hypothèse n’est probablement pas acceptée par tout le monde, mais elle mérite d’être explorée. En tout cas, s’il fallait choisir entre deux moyens de rendre l’école plus satisfaisante pour ses membres, enseignants et élèves, ou bien introduire plus de démocratie à tous les niveaux, ou bien restaurer des cours de morale laïque, je n’aurais personnellement aucune hésitation. Ce ne serait pas les cours de morale !

Q2C - Le titre frappe fort, et, à première vue le lien entre « la guerre contre les pauvres » et la morale laïque ne semble pas immédiat. Est-ce que vous pouvez éclairer le rapport que vous établissez entre les deux ?

R. O. - De nombreuses enquêtes montrent que l’explication de la pauvreté par la paresse n’a cessé de gagner du terrain dans le monde « occidental » au cours des années 1990, au détriment de l’explication par les phénomènes macro-économiques. Voyez par exemple celles dont fait état Nicolas Duvoux dans son excellent livre Le nouvel âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques (2012).

L’idée qui se répand à nouveau, comme si on revenait au XIXe siècle, c’est que si vous êtes riche, c’est que vous le méritez, et que si vous être pauvre, c’est de votre faute. Vous ne vous levez pas assez tôt, vous ne cherchez pas un emploi avec suffisamment de persévérance, vous préférez être assisté, et ainsi de suite.

On cherche de plus en plus massivement à « blâmer la victime ». C’est ce que j’appelle la guerre intellectuelle contre les pauvres.

Cette guerre aux pauvres s’exprime aussi dans les tentatives d’expliquer la situation des plus défavorisés par des déficits moraux des individus, plutôt que par les effets d’un système social injuste à la base, et d’une redistribution des bénéfices de la coopération sociale et économique qui ne permet pas de compenser les handicaps initiaux.

À mon avis, le retour de la morale à l’école exprime aussi cette philosophie. Mettre l’accent sur la nécessité de la morale à l’école permet de diminuer l’importance du facteur social dans l’explication de la violence et de l’échec scolaire. C’est en ce sens qu’on peut dire du retour de la morale à l’école qu’il est un nouvel épisode dans la guerre intellectuelle contre les pauvres, visant, comme les précédents, à les rendre responsables des injustices qu’ils subissent. S’ils échouent, c’est parce qu’ils sont immoraux.

Q2C - Une telle annonce semble finalement avoir pour objectif de détourner les regards des véritables enjeux scolaires du moment et d’offrir une grille d’analyse conservatrice et réactionnaire de l’école. Le texte reste assez discret sur ces questions et en particulier, puisque c’est l’un de vos objets d’étude en tant que philosophe, sur la question sociale. Comment faites-vous le lien entre cette question sociale et l’école. Que pensez-vous par exemple des réflexions et des pratiques visant à faire advenir une « pédagogie sociale » ?

R. O. - Pour ceux qu’on appelle les « nouveaux réactionnaires », l’école serait en pleine « décadence » parce qu’elle serait devenue trop démocratique (les élèves ne se lèvent plus à l’arrivée des professeurs, ils ont leur mot à dire sur des problèmes d’organisation interne de l’école, et les parents aussi : quel scandale !), trop pluraliste en matière religieuse (on peut manger « halal » ou « cachère » dans certaines cantines : où sont passées nos traditions ?), trop tolérante à l’égard des attitudes plus décontractées, et plus libres des jeunes d’aujourd’hui (on s’habille comme on veut, on flirte dans la cour, on fume à la sortie : on est passé directement de l’école - caserne aux maisons closes !)

Ces critiques ne sont pas nouvelles, et elles rencontrent un certain écho chez les plus nostalgiques de l’école du passé.

Ce qui est nouveau, c’est que certains penseurs veulent en tirer des conclusions agressives contre la démocratie, le pluralisme moral et religieux, et la tolérance en matière de mœurs en général. Du fait que, d’après eux, ces principes ne marchent pas à l’école, ils affirment qu’ils ne peuvent marcher nulle part !

Le raisonnement est fallacieux du début à la fin. D’abord, ces principes ne marchent pas plus mal que ceux qui autorisaient les maîtres à tirer les oreilles des élèves, ou qui forçaient les élèves à cacher leur appartenance religieuse quand elle n’était pas chrétienne. Ensuite, même si ces principes ne sont pas pertinents pour l’école, il ne s’ensuit pas qu’ils ne peuvent pas l’être ailleurs.

Il n’empêche qu’un discours radical sur les ravages de la démocratie, du pluralisme et de la liberté prospère sur le fond d’une description effrayante de la vie quotidienne dans les établissements scolaires des quartiers populaires.

Ce que j’ai voulu, montrer, dans mon livre, c’est que contrairement à ce que les nouveaux réactionnaires proclament dès qu’on leur donne l’occasion de s’exprimer, ce dont l’école souffre, ce dont nous souffrons en général sans la société, ce n’est pas de l’excès de démocratie, de pluralisme moral et religieux, et de libertés individuelles, mais des restrictions de plus en plus fortes à la démocratie, au pluralisme, et à la liberté.

Propos recueillis par Grégory Chambat pour Q2C

 

Ruwen Ogien, la maladie comme drame et comme comédie...

"En fait, indique Ruwen Ogien, il faudrait lire le titre avec le sous-titre: «La maladie comme drame et comme comédie» qui exprime mieux l’ambivalence des sentiments du patient. Les témoignages personnels et même les textes théoriques ont tendance à insister sur le côté tragique de l’état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous sommes frappés par une maladie grave qui nous diminue, nous cause des souffrances parfois atroces et nous livre pour ainsi dire «nus» aux mains du personnel soignant. Claire Marin a bien décrit cette face tragique de la maladie dans «Hors de moi» (Allia, 2008).Mais il y a aussi un aspect de bouffonnerie sociale lié au fait que le personnel soignant et les malades jouent pour ainsi dire une partition réglée d’avance. Le patient doit se montrer bon à l’égard du personnel soignant, c’est-à-dire docile, non agressif, peu exigeant… aussi séducteur que Shéhérazade ! Loin d’être porté par un sentiment de justice sociale, chaque patient cherche aussi les meilleurs soins pour lui-même, et son horizon mental et affectif, au lieu de s’élargir, peut au contraire se rétrécir..."

Reprenons l'entretien avec Ruwen Ogien...

Michel Peyret


 

Le philosophe et la maladie : entretien avec Ruwen Ogien

Le philosophe et la maladie : entretien avec Ruwen OgienRuwen Ogien face à sa maladie, vu par Yann Kebbi pour "L'OBS". (©Yann Kebbi pour L'OBS)

Sur le même sujet

Atteint d’un cancer du pancréas depuis quatre ans, le penseur est mort ce 4 mai 2017. Il venait de publier un essai très personnel où il questionne les idées reçues sur la souffrance, l’hôpital, les relations entre patient et médecin.

Marie Lemonnier Marie LemonnierPublié le 07 janvier 2017 à 17h01

L'OBS. Pour la première fois, alors que votre personnalité ne vous y porte guère, vous exposez dans «Mes mille et une nuits» votre maladie, un cancer du pancréas contre lequel vous luttez depuis près de quatre années. Pourquoi dévoiler cette partie intime de votre existence?

Ruwen Ogien. Il y a d’abord des raisons épistémologiques à ce choix. J’ai toujours suivi une méthode «éclectique» en philosophie. Je me sers de tous les matériaux qui me semblent pertinents: règles logiques élémentaires, intuitions communes, faits linguistiques, historiques, psychologiques, sociologiques ou juridiques… Mon pari, c’est que la convergence de ces arguments hétéroclites finira par donner un certain poids à mes hypothèses si elles sont justes.

Pour parler de la maladie, telle qu’elle peut être ressentie par ceux qui en sont victimes, mes matériaux habituels me semblaient toutefois insuffisants ou inadaptés. Je me suis donc lancé dans l’essai à caractère autobiographique sans aucune garantie de trouver un équilibre entre le personnel et l’impersonnel, le pudique et l’impudique, et, surtout, sans espérer pouvoir rivaliser avec le «Mars» (1976) de Fritz Zorn! Mais mon choix était aussi guidé par des raisons politiques. On peut y voir une forme de résistance à la stigmatisation et à l’infantilisation des personnes atteintes d’un cancer.

Comment s’expriment cette stigmatisation et cette infantilisation?

On a tendance à mentir aux personnes frappées par un cancer ou à utiliser des euphémismes comme «longue» ou «grave» maladie pour désigner leur affection. Il n’y a aucune justification, je crois, à cet état de choses. On prend moins de précautions de langage avec les personnes atteintes de maladies cardio-vasculaires qui ne sont pourtant pas moins mortelles.

Il y a aussi le fait, souligné par certaines enquêtes, que, pour pas mal de gens encore, le cancer est une maladie «contagieuse», ce qui montre le peu d’empressement à faire du fact checking sur cette question ! Par ailleurs, nous savons tous à quel point il est difficile d’obtenir un emploi ou un prêt quand on porte l’étiquette de «cancéreux». Dans la vie quotidienne, elle nous disqualifie socialement.

Personnellement, je n’ai aucune gêne à dire que je suis atteint par cette maladie qui n’a, pour moi, rien de honteux. Ce n’est pas une maladie «obscène», comme le dit Susan Sontag. C’est juste une affection dont les causes et les développements continuent de nous échapper, ce qui, bien sûr, est une mine à fantasmes…

Parmi les autres raisons politiques de mon «impudeur», si je puis dire, il y a également mon refus viscéral de l’élitisme. De grands intellectuels comme Michel Foucault ou Susan Sontag ont préféré ne pas parler de leur expérience personnelle, au jour le jour, de la maladie. Comme si le fait d’en parler allait les abaisser au rang de vulgaire mortel souffrant. Comme si leur noble existence, leur identité glorieuse, allaient subitement se réduire à cette étiquette de «malade».

Objet central de votre livre, vous attaquez avec vigueur le «dolorisme», cette conception solidement ancrée en chacun de nous, qui remonte à l’Antiquité, et selon laquelle la maladie serait un défi enrichissant à relever, une épreuve d’élévation morale. De même, vous révoquez l’aphorisme nietzschéen «Ce qui ne me tue pas me fortifie». Pourquoi dénoncez-vous cette pensée que d’aucuns trouvent plutôt réconfortante?

Le dolorisme voudrait accréditer l’idée que la souffrance a des vertus positives. Ce serait une éducation à la vertu ou un «merveilleux malheur», comme le dit Boris Cyrulnik dans son éloge de la «résilience». La souffrance serait comme une épreuve, un défi qui révélerait notre caractère, nous pousserait à nous dépasser, à «gratter les fonds de tiroir» de nos possibilités.

Mais, en réalité, le dolorisme peut enfermer les plus faibles, les plus dépendants, les plus gravement malades ou handicapés dans une forme de fatalisme, les pousser à accepter le sort cruel qui leur est fait en société, comme si c’était le mieux qu’ils pouvaient espérer. Au fond, le dolorisme empêche de prendre tout à fait au sérieux la souffrance physique, surtout celle d’autrui.

Nous connaissons tous les expressions verbales de cette disqualification: «Cela le fera grandir», «A quelque chose malheur est bon»… En traitant la souffrance de cette façon condescendante, en valorisant lyriquement la  résilience», on finit par conforter le paternalisme médical, dont il est décidément difficile de se débarrasser.


©Yann Kebbi pour L'OBS

Comment s’exerce ce «paternalisme médical»? Martin Winckler parlait récemment des médecins comme de «brutes en blanc», «élitistes», plus facilement maltraitants avec les plus précaires…

Une certaine logique sociale de «distinction» pousse les mieux placés sur une échelle hiérarchique à maintenir à distance les plus mal placés, pour ne surtout pas être confondus avec eux. Elle me semble assez clairement à l’œuvre dans ce monde plus ou moins clos qu’est l’hôpital, où chefs de service et praticiens hospitaliers essaient de maintenir une distance sociale suffisante avec le reste du personnel soignant, une partie de l’administration, et les patients eux-mêmes.

Cet effort antidémocratique permanent ne favorise pas l’empathie des médecins envers le petit personnel. Elle exclut aussi la possibilité d’une réelle empathie envers les patients (ce qui est bien dommage pour moi !). C’est l’effet de ce que certains psychologues appellent l’«empathie sélective», selon laquelle nous serions d’autant plus empathiques envers quelqu’un que nous nous en sentons proches socialement. S’il existe vraiment, ce phénomène psychologique expliquerait le détachement des médecins, leur neutralité et aussi, quand c’est le cas, leur brutalité à l’égard de ceux auxquels ils se sentent supérieurs.

Cette façon de se comporter vis-à-vis de citoyens adultes en les taquinant ou en les maltraitant m’est assez insupportable. Comme je trouve injuste d’être pour ainsi dire obligé de séduire le personnel hospitalier pour ne pas subir ces humiliations.

Martin Winckler : "La France est intellectuellement très fermée"

Le titre de votre livre, «Mes mille et une nuits», souligne cette ambivalence de la relation médicale, le malade pouvant en effet chercher à plaire aux soignants dans l’espoir d’un meilleur traitement, c’est-à-dire dans l’espoir d’un peu plus de vie, comme Shéhérazade avec le grand roi de Perse.

En fait, il faudrait lire le titre avec le sous-titre: «La maladie comme drame et comme comédie» qui exprime mieux l’ambivalence des sentiments du patient. Les témoignages personnels et même les textes théoriques ont tendance à insister sur le côté tragique de l’état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous sommes frappés par une maladie grave qui nous diminue, nous cause des souffrances parfois atroces et nous livre pour ainsi dire «nus» aux mains du personnel soignant. Claire Marin a bien décrit cette face tragique de la maladie dans «Hors de moi» (Allia, 2008).

Mais il y a aussi un aspect de bouffonnerie sociale lié au fait que le personnel soignant et les malades jouent pour ainsi dire une partition réglée d’avance. Le patient doit se montrer bon à l’égard du personnel soignant, c’est-à-dire docile, non agressif, peu exigeant… aussi séducteur que Shéhérazade ! Loin d’être porté par un sentiment de justice sociale, chaque patient cherche aussi les meilleurs soins pour lui-même, et son horizon mental et affectif, au lieu de s’élargir, peut au contraire se rétrécir.

Face au patient et auprès de ses collègues, le médecin, lui, doit faire étalage de ses compétences et de sa place dans la hiérarchie au moyen de symboles : la blouse blanche, les insignes de couleur, la pose calme et réfléchie, la parole d’autorité, le droit au dernier mot, etc.

Je trouve qu’on n’insiste pas assez sur cette «comédie» de la relation de soins. Or on peut parfaitement dire des choses sérieuses en philosophie sans se prendre soi-même au sérieux. Il en va de même au fond pour mon rapport à mes propres douleurs physiques. Je me moque de ma façon de les mettre en scène, des concessions grotesques que je fais aux charlatans pour essayer de les dominer. Mais cela ne m’empêche pas de prendre la douleur des autres très au sérieux.

Vous exprimez à ce sujet un certain agacement vis-à-vis des médias, qui parlent des progrès faits dans la prise en charge de la douleur physique et psychologique des patients. Vous parlez même de «propagande», tant votre expérience vous semble démontrer le contraire.A quoi tient selon vous ce fossé d’appréciation?

La prise en compte sérieuse de la douleur semble aussi dépendre des relations hiérarchiques à l’intérieur du corps des soignants, de l’expérience personnelle de chacun d’eux, de la division du travail médical. Certains médecins continuent de penser que la douleur est un problème important mais secondaire. Ils en délèguent la gestion au personnel subalterne (infirmières, psychologues, etc.). Ils sont doloristes en réalité, estimant que la douleur n’est pas toujours un mal, ou plutôt rarement le mal principal.

Il faut ajouter que la gestion de la douleur est devenue une spécialité (à travers les soins palliatifs par exemple) dont la défense risque de mettre ceux qui l’exercent en conflit avec d’autres praticiens situés plus haut dans la hiérarchie médicale et qui se refusent à reconnaître son importance. Le chemin sera long jusqu’à l’extinction de cette forme de dolorisme!

Qui a peur du débat moral ? La réponse de Michael Sandel à Ruwen Ogien

Vous faites une critique de l’hôpital comme «institution totalitaire». Qu’entendez-vous par là?

Il ne faut pas prendre l’expression au sens qu’elle a en sciences politiques. C’est seulement un concept introduit par un sociologue génial, Erving Goffman. Il sert à qualifier ce qu’ont en commun ces lieux plus ou moins fermés que sont les casernes, les internats, les couvents, les prisons, les maisons de retraite, les hôpitaux. Comme le fera à sa suite le grand documentariste Frederick Wiseman, Goffman montre et dénonce les rituels de dépersonnalisation et de mortification à l’entrée de ces institutions (attribution d’un numéro, distribution d’uniformes…),la destruction de la vie privée pendant le séjour, ainsi que les conflits permanents entre les reclus et l’encadrement, qui refuse totalement d’être identifié à eux.

Vous établissez également un parallèle entre ces attendus doloristes à l’égard du malade et les motifs inspirants que cette croyance peut fournir aux réactionnaires de tout poil qui appellent au redressement des nations occidentales.

Je vois la résurrection du dolorisme comme l’aboutissement de la critique obsédante, répétitive, purement idéologique du caractère soi-disant «hyperindividualiste» de nos sociétés. C’est une condamnation qui vient de droite comme de gauche, avec, dans les deux cas, de pénibles réminiscences «boy-scout».

Que dit cette critique ? Nos sociétés devraient être « redressées » par de bons pasteurs, des chefs de troupeau, car elles ont produit un certain genre d’individus détestables, obsédés par le plaisir immédiat, zappeurs superficiels, consommateurs passifs désintéressés de la chose publique, répugnant à tous les sacrifices pour le bénéfice de la « nation », entre autres.

Le discours autoritariste et paternaliste, qui se répand si vite dans toutes les couches de la société et toutes les strates de la vie politique, se présente comme un discours critique à l’égard de cette image sans nuances de nos sociétés, qui auraient perdu le sens du bien commun. Le dolorisme, qui trouve des vertus positives à l’effort, à la souffrance, au sacrifice, est une pièce importante de ce discours anti-­individualiste si virulent.

Racisme, pauvreté, capital... 15 intellectuels pour penser autrement

Vous êtes connu pour vos ouvrages sur le libéralisme des mœurs ou sur l’idée d’une morale minimale. Cette expérience extrême de la maladie a-t-elle bouleversé certaines de vos certitudes?

Je crois que j’ai progressivement pris conscience de l’importance des questions métaphysiques pour les patients atteints d’affections graves et de longue durée. Quant à ma «morale minimale», elle est libertaire et égalitaire. Elle exclut toute justification morale des inégalités économiques et sociales. On en souligne souvent seulement le caractère libertaire.

J’espère que ma critique de la relation de soins, de l’hôpital comme institution totalitaire, des injustices qui ne cessent de se multiplier dans le domaine de la santé, fera ressortir l’aspect égalitaire de l’éthique que je défends. Je trouve injuste par exemple de savoir que ma survie pourrait dépendre un jour de critères purement financiers, liés aux restrictions budgétaires des hôpitaux ou aux compagnies d’assurances.

La question de la mort est très peu évoquée dans votre livre. Est-ce volontaire?

Je critique le cliché philosophique disant qu’«il faut apprendre à mourir». Je me demande ce qu’il peut y avoir de plus dans cette formule bateau que le fait de convoquer le notaire et les pompes funèbres ! 

Propos recueillis par Marie Lemonnier

L'Etat doit-il nous imposer sa vision du Bien ?, par Ruwen Ogien

Ruwen Ogien, bio express

Philosophe, directeur de recherche au CNRS, Ruwen Ogien est l’auteur de nombreux ouvrages, dont «l’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale» (2011), «Philosopher ou faire l’amour» (2014), «Mon dîner chez les cannibales et autres chroniques sur le monde d’aujourd’hui» (2016). Il publie cette semaine «Mes mille et une nuits. La maladie comme drame et comme comédie» chez Albin Michel.

Paru dans "L'OBS" du 5 janvier 2017.

Marie Lemonnier

Marie Lemonnier

Journaliste

 

Hadrien Clouet, Europe, la durée de l'emploi, un choix politique

"Les durées d’emploi varient entre pays européens indique Hadrien Clouet. Chaque norme nationale est le fruit de luttes salariales, de choix politiques et de compromis sociaux. Cependant, ces marchés de l’emploi sont parfois manipulés dans le champ politique afin d’asséner des comparaisons simplistes, qui tentent de présenter la durée d’emploi de certains pays comme un modèle, et les salariés des autres comme des retardataires. Face à ces usages outranciers, on ne peut que plaider pour des comparaisons raisonnables prenant en compte toutes les informations disponibles sur chaque durée nationale d’emploi, ses formes et son contenu productif. Et ne pas oublier ce qu’enseigne l’histoire sociale : la durée normale d’emploi ne relève pas du déterminisme technologique, mais du choix politique..."

Reprenons les données de Hadrien Clouet...

Michel Peyret


Temps de travail en Europe : les vrais chiffres

8 mai 2017, 22:07 CEST

Hadrien Clouet

Auteur

  1. Hadrien Clouet

    Doctorant en économie, CENTRE DE SOCIOLOGIE DES ORGANISATIONS, Sciences Po – USPC

Déclaration d’intérêts

Hadrien Clouet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

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De quel temps parle-t-on ? Pixabay

 

Le temps de travail est un terme trompeur. En effet, s’il est souvent mobilisé au cours de conflits ou de controverses, il désigne en réalité la « durée reconnue de l’emploi », plutôt que le « temps de travail ».

De quel temps parle-t-on ?

En effet, ses estimations statistiques excluent le travail domestique, qui regroupe pourtant un nombre d’heures supérieur au travail salarié en France. Les femmes à temps partiel, sujettes à une division inégale des tâches domestiques ou à une situation monoparentale, passent toujours plus de temps en travail domestique qu’en travail salarié. En outre, le temps de travail réduit la notion de « temps » à la seule durée, laissant de côté d’autres dimensions temporelles (horaires, rythme, prévisibilité…).

De plus, il est aveugle au contenu effectif des tâches. Par exemple, dans les années 2000, certaines industries ont augmenté le nombre de secondes effectives de travail accompli par minute. Une réduction du temps d’emploi peut donc s’accompagner d’une intensification de l’activité… c’est-à-dire une hausse du temps de travail. Le nombre d’heures non-déclarées ou non-comptées (comme pour les cadres supérieurs salariés payés à la journée et non à l’heure) achèvent de brouiller les pistes lorsque l’on tente d’identifier les durées d’emploi réelles.

La durée d’emploi ne doit pas non plus faire oublier la qualité d’emploi. À ce titre, on assiste depuis une décennie à la montée des horaires « atypiques », c’est-à-dire qui ne correspondent pas à la norme d’emploi à plein temps et en semaine. Le travail le dimanche et le temps partiel, par exemple, sont en croissance sur le continent européen.

Une baisse généralisée de la durée d’emploi

Quoiqu’il en soit, une fois ces précautions d’usage prises, la durée d’emploi a baissé dans tous les pays industrialisés depuis le début du siècle, sans exception. Depuis 1950, pour des pays comme les USA, le Japon, l’Allemagne ou la France, la diminution avoisine 25 %. Cette baisse tendancielle s’explique par des évolutions de la durée d’emploi au niveau journalier ou hebdomadaire (un temps de travail légal ou conventionnel, selon les pays), mais aussi annuelle (les congés payés) et tout au long de la vie (selon l’âge d’entrée et de sortie du marché du travail). Néanmoins, il y a une corrélation solide entre les durées quotidiennes, hebdomadaires et annuelles passées en emploi : les trois évoluent le plus souvent de concert. Il est toutefois notable que la variation des durées d’emploi n’est que rarement corrélée à l’évolution de la productivité. Il ne s’agit pas d’un processus mécanique, qui serait tiré par des évolutions technologiques, mais bien plutôt de conflits sociaux qui trouvent leur résolution par l’application conventionnelle des revendications salariées ou par des législations favorables.

Le temps passé en emploi, en heures par an (échelle verticale). Source : OCDE. L’Allemagne est à l’avant-garde de sa réduction.

Deux groupes de pays

Globalement, depuis le milieu des années 1990, deux groupes de pays peuvent être distingués en Europe. Dans le premier, qui regroupe notamment le Royaume-Uni, la Grèce et le Portugal, la durée d’emploi s’est légèrement accrue dans les années 1990-2000 avant de retomber. Dans le second, qui regroupe les pays du cœur de l’Europe et de Scandinavie, la durée d’emploi n’a cessé de diminuer. La manière dont cette réduction s’est opérée varie. En France, elle a eu lieu via la législation sur les 35 heures hebdomadaires, qui a créé plusieurs centaines de milliers d’emplois – malgré des possibilités importantes d’accommodements à l’époque – et est progressivement détricotée depuis. En Allemagne, c’est plutôt un effet de composition qui est à l’œuvre, c’est-à-dire l’adoption d’emplois à temps partiel par les nouveaux entrants sur le marché du travail ou les chômeurs en reprise d’emploi.

Cette dynamique divergente est entretenue par des écarts importants entre pays européens à deux niveaux. D’abord, l’ampleur du secteur à temps partiel oppose des pays comme les Pays-Bas (39 % de salariat à temps partiel, dont 75 % des salariées) et les pays baltes (moins de 10 % de salariat à temps partiel). Derrière la durée d’emploi moyenne se cachent des réalités très différentes entre salariés et salariées.

Temps plein et temps partiel

Le temps partiel lui-même peut inclure des réalités très différentes, puisque les personnes salariées à temps partiel en Allemagne travaillent 19h par semaine en moyenne, contre 24h pour leurs homologues en Suède. Ensuite, des écarts aussi importants séparent le travail à temps plein dans des pays comme la Grèce (44,5h en moyenne) et le Danemark (sous les 40h). Ainsi, le ratio entre travailleurs à temps partiel et travailleurs à temps plein doit être pensé en articulation avec la norme nationale du temps partiel et du temps plein. Cela conduit à des temporalités distinctes selon les pays : par rapport à la moyenne des pays européens, la France a ainsi des salariés à temps plein aux horaires faibles, et des salariés à temps partiel aux horaires élevés, tandis que l’Allemagne est dans une situation rigoureusement inverse.

Afin d’évaluer les durées d’emploi de chaque pays, le raisonnement le plus approprié semble être à l’échelle de l’année. Cela permet de tenir compte des durées légales et conventionnelles quotidiennes et hebdomadaires, mais aussi d’inclure les congés payés et les jours fériés, qui varient aussi fortement en Europe. Car si le Royaume-Uni célèbre 8 jours fériés, la Finlande dispose de 15 chaque année. De même, les jours ouvrables de congés payés annuels oscillent entre 20 et 28 (hors ancienneté) sur le continent.

Les Français et leur productivité

Un discours récurrent accuse les Français de travailler moins en emploi que leurs homologues européens. Généralement, cette admonestation a un fond moral, il s’agit de présenter comme une tare le fait de moins travailler qu’ailleurs. Cette vision fait l’impasse sur le constat évident que les pays les plus développés sont ceux dans lesquels la durée d’emploi est la plus réduite. Mais en plus, ce discours est fragile : les seules données montrant une durée d’emploi plus faible des Français par rapport à leurs homologues européens se cantonnent aux salariés à plein temps.

En comparant tous les salariés de l’OCDE, les Français travaillent plus en emploi (1 482h/an en 2015) que leurs collègues allemands (1 371h), hollandais (1 419h), norvégiens (1 424h) ou danois (1 457h). Et au niveau des travailleurs indépendants, la France est un des pays qui les conduit à travailler le plus durement. De même, contrairement à des préjugés ravivés depuis la crise des pays périphériques, les Grecs sont les plus gros travailleurs d’Europe avec 2 042 heures annuelles effectuées en emploi. Les écarts les plus importants d’Europe, entre l’Allemagne et la Grèce, s’élèvent à 671 heures d’emploi. Cela représente plus de 80 journées de huit heures.

En revanche, une spécificité française souvent passée sous silence est la productivité des salariés, qui produisent une quantité de richesse élevée par heure de travail (5e d’Europe). Comme le résumait The Economist, « les Français pourraient arrêter le vendredi et toujours produire plus que ne le font les Britanniques en une semaine ». Cette boutade montre que la durée d’emploi pose aussi, en creux, la question de la production et de la distribution des revenus.

Ainsi, les durées d’emploi varient entre pays européens. Chaque norme nationale est le fruit de luttes salariales, de choix politiques et de compromis sociaux. Cependant, ces marchés de l’emploi sont parfois manipulés dans le champ politique afin d’asséner des comparaisons simplistes, qui tentent de présenter la durée d’emploi de certains pays comme un modèle, et les salariés des autres comme des retardataires.

Face à ces usages outranciers, on ne peut que plaider pour des comparaisons raisonnables prenant en compte toutes les informations disponibles sur chaque durée nationale d’emploi, ses formes et son contenu productif. Et ne pas oublier ce qu’enseigne l’histoire sociale : la durée normale d’emploi ne relève pas du déterminisme technologique, mais du choix politique.

João Ferreira, le Portugal et la politique de droite

 "Mais sur la sphère nationale, nous dit João Ferreira , le Parti Socialiste reste aux abonnés absents quand il s’agit de confrontations avec les classes dominantes. Par exemple, on ne peut pas compter sur lui pour la réforme du système fiscal afin d’exiger une plus grande contribution du grand capital. Au fil des ans, le système mis en place est extrêmement favorable au grand capital, lui faisant bénéficier d’un fardeau fiscal extrêmement faible aux dépens des travailleurs et des petites et moyennes entreprises. Maintenant que nous avons besoin de changements majeurs pour inverser cette situation, on ne peut pas compter sur le Parti Socialiste. Un autre exemple concerne la législation du travail et le fait que le Parti Socialiste n’a rien fait concernant les mesures les plus pénalisantes pour les travailleurs. Cela montre qu’il existe des aspects structurels de la politique de droite qui subsistent dans le Parti Socialiste..."

Reprenons l'interview de João Ferreira...

Michel Peyret


Le Portugal, l’Union Européenne et l’Euro – interview avec João Ferreira (première partie)

L’Union Européenne (UE) est entrée dans une phase de turbulence. Toutes ces années de crise et d’austérité brutale ont eu des conséquences sociales catastrophiques, en particulier dans les pays de la périphérie. Au Portugal, un changement de gouvernement après les élections législatives de 2015 a mis fin à l’austérité imposée par la troïka ce qui a permis un revirement de certaines politiques. Mais des problèmes structurels persistent en raison de la nature de l’UE et de ses mécanismes, en particulier la monnaie unique. Pour discuter de la situation politique au Portugal, des conséquences de l’entrée sur le marché unique et de l’Euro, et des solutions à ces problèmes, ainsi que d’autres questions telles que la montée de l’extrême droite en Europe, nous avons interviewé João Ferreira du Parti Communiste Portugais (PCP) ; il est membre du Comité Central du PCP, conseiller municipal à Lisbonne et deux fois élu au Parlement européen.

(Première partie de l’interview. Pour la deuxième partie, cliquez ici)

 Comment décririez-vous l’actuel gouvernement portugais ? Est-ce un gouvernement de gauche ?

C’est un gouvernement du Parti Socialiste (PS). Ce n’est ni un gouvernement de gauche ni une coalition de forces de gauche, comme nous l’entendons parfois. C’est un gouvernement du Parti Socialiste qui met en pratique les positions du Parti Socialiste vis-à-vis des questions fondamentales de la politique de droite et de sa vision pour le pays, position aussi fondamentalement différentes de celles du PCP. Mais c’est un gouvernement minoritaire ; ce qui signifie, avec l’équilibre actuel des pouvoirs au Parlement, que le PCP joue un rôle important dans le processus de restauration des droits et l’augmentation des revenus des personnes que le gouvernement s’est engagé à mettre en œuvre avant sa prise de fonction.

En fait, les progrès accomplis depuis le début de ce gouvernement l’ont souligné. Il y a eu un processus de restauration des droits et d’augmentation des revenus dans lequel le PCP et les luttes populaires de ces dernières années ont joué un rôle décisif. Cependant, des problèmes structurels fondamentaux persistent encore, dont la solution nécessite des politiques globales pour aller au-delà du recouvrement des droits et des revenus et finalement développer le pays. Tout cela est proprement lié au fait qu’il s’agit d’un gouvernement du Parti Socialiste qui a hérité de toutes les contradictions historiques que le Parti Socialiste n’a pas réussi à résoudre et qui sont à leur tour liées aux politiques de droite des 40 dernières années. Et cela explique pourquoi ce gouvernement n’est pas un gouvernement de gauche.

 Analysons ces problèmes séparément. Quelles mesures positives ont été décidées et mises en œuvre, et pourquoi y a t’il eu une réponse si fébrile ou plutôt une opposition déterminée de Bruxelles ?

Les actions du gouvernement précédent, une coalition de droite du Parti Social-Démocrate (PSD) et des Démocrates-Chrétiens (CDS) ont eu comme point de départ le programme d’intervention de la troïka, composé du Fonds Monétaire International (FMI) La Banque Centrale Européenne (BCE) et l’Union européenne (UE). Ce programme a été approuvé par le PSD, le PS et le CDS, alors que le PCP l’a qualifié comme étant un «pacte d’agression» à l’encontre du pays et du peuple.

De sorte que ce gouvernement PSD-CDS a mis en œuvre des politiques qui sont essentiellement conformes aux récentes directives du FMI et de l’UE : une attaque contre les droits du travail et les droits sociaux, la privatisation des entreprises publiques et des secteurs stratégiques de l’économie, la destruction et le démantèlement des services publics, en divergence permanente avec la Constitution portugaise. C’est un gouvernement qui a mis en place avec diligence toutes les orientations et les injonctions de l’Union Européenne. Lorsque ce gouvernement a été battu lors des élections législatives de 2015 et que les conditions ont été réunies pour qu’un nouveau gouvernement prenne ses fonctions – un gouvernement minoritaire PS qui avait accepté de revenir sur certaines des mesures mises en œuvre au cours des quatre années précédentes – la Commission Européenne a alors immédiatement réagi. Les autorités européennes, les grandes puissances européennes, le grand capital européen et leurs représentants politiques, comme par exemple la Commission Européenne, tous ont tout de suite réagi dès lors qu’ils virent en danger le plan qu’ils avaient préconisé et imposé.

Manifestation du Parti Communiste contre le “Pacte d’agression”

Qu’est-ce qui a été fait en particulier ? Même si elles ont une portée limitée, certaines mesures que nous considérons comme importantes ont été mises en œuvre. Par exemple :

  • un arrêt définitif des processus de privatisation en cours dans le secteur des transports

  • la restauration de quatre jours fériés qui avaient été supprimés par le gouvernement précédent

  • la restauration de la semaine de 35 heures dans le secteur public

  • l’élimination des réductions de salaire dans le secteur public et de la surtaxe de l’impôt sur le revenu, ce qui signifie une augmentation des revenus de la classe ouvrière

  • une augmentation des revenus des régimes de retraite, alors que la troïka recommandait d’autres réductions, cette fois avec un caractère permanent, en plus des coupes mises en place par le gouvernement précédent

  • une augmentation du salaire minimum, même si elle est encore bien inférieure au montant que nous jugeons juste

  • la restauration de la négociation collective dans les entreprises publiques

  • une augmentation des prestations familiales et infantiles, tant dans son montant que dans le nombre de personnes couvertes

  • la mise en place de la gratuité des livres scolaires dans les écoles primaires

 

Ce sont toutes des mesures qui vont à l’encontre des diktats de la troïka. La troïka, l’UE et le grand capital portugais ont vu cela comme une menace pour les politiques générales qu’ils avaient imposées et ont réagi de manière violente, avec des menaces et des pressions. Cela souligne la tournure prise par l’Union Européenne. Même les mesures limitées ayant un caractère social, l’augmentation des revenus, l’amélioration du niveau de vie, suffisent à nous mettre en porte-à-faux vis-à-vis de l’UE, de sa structure de pouvoir et des politiques qui ont été imposées aux peuples. Nous ne parlons pas de mesures fondamentales, structurelles, mais celles d’une portée très limitée ; mais même celles-ci suffisent à déclencher la réaction brutale que nous avons observée.

 Vous avez également mentionné les lacunes du Parti Socialiste qui empêchent une réponse plus complète aux problèmes du pays. Pouvez-vous développer sur ce sujet ?

D’un côté, le Parti Socialiste est soumis à toutes les politiques et injonctions de l’Union Européenne. S’il est vrai que des mesures concrètes recommandées par l’UE ont été remises en question, les principales impositions résultant du Pacte de Stabilité, des séries de mesures de Gouvernance Économique, du Semestre Européen (1), du Pacte Budgétaire Européen, ont toutes été adoptées et acceptées par le Parti Socialiste. Et nous parlons de politiques qui ont un caractère inhérent à la Droite et au néolibéralisme. De même, le PS accepte également la soumission à la monnaie unique, dont nous parlerons plus en détail plus tard, avec tout ce que cela a signifié pour le pays en termes de destruction des secteurs productifs et d’une augmentation globale des inégalités.

Mais sur la sphère nationale, le Parti Socialiste reste aux abonnés absents quand il s’agit de confrontations avec les classes dominantes. Par exemple, on ne peut pas compter sur lui pour la réforme du système fiscal afin d’exiger une plus grande contribution du grand capital. Au fil des ans, le système mis en place est extrêmement favorable au grand capital, lui faisant bénéficier d’un fardeau fiscal extrêmement faible aux dépens des travailleurs et des petites et moyennes entreprises. Maintenant que nous avons besoin de changements majeurs pour inverser cette situation, on ne peut pas compter sur le Parti Socialiste. Un autre exemple concerne la législation du travail et le fait que le Parti Socialiste n’a rien fait concernant les mesures les plus pénalisantes pour les travailleurs. Cela montre qu’il existe des aspects structurels de la politique de droite qui subsistent dans le Parti Socialiste.

 Pour en revenir au grand capital, il semble que le secteur bancaire reste au centre de l’actualité, avec des craintes et une instabilité constantes. Quelles mesures, selon le PCP, devraient être mises en œuvre en ce qui concerne le secteur bancaire ?

Le PCP a identifié trois contraintes majeures auxquelles le pays est confronté :

1 – la soumission à l’euro
2 – la dette colossale et le service de la dette
3 – la domination des banques privées sur le secteur financier

Les deux premiers points seront abordés dans un instant. En ce qui concerne le troisième, il convient de rappeler que le secteur bancaire a été nationalisé après la Révolution de 1974 ; puis il y a eu un processus de privatisation et de reconstitution des banques privées. Avec le résultat de ce processus que nous avons pu observer ces derniers temps. Nous avons un secteur bancaire qui n’est pas au service du pays mais qui ne sert que quelques groupes économiques et financiers, certains portugais, d’autres étrangers. Ces groupes ont accumulé au fil des ans des bénéfices fabuleux au détriment des familles, des petites et moyennes entreprises et du pays en général. Tout cela en recourant à des opérations frauduleuses et de corruption, à des spéculations sans entraves, à des prêts aux amis et à la famille, etc. Du point de vue du PCP, cela démontre la nécessité de ramener le secteur bancaire sous le contrôle public, en le réorientant vers ce qui devrait être sa fonction sociale : protéger les épargnes et les mettre au service des investissements productifs, revigorer l’économie et le développement du pays, plutôt que de mettre ces ressources au service de pratiques énumérées précédemment.

Au Portugal, nous avons beaucoup entendu parler de la CGD et de la Novo Banco (2)

La Novo Banco est un exemple frappant d’une banque qui ne sert que les intérêts d’une poignée de capitalistes, mais ce n’est pas un cas unique. C’est un exemple que l’on retrouve chez d’autres banques qui ont été à l’origine de problèmes considérables. En fait, les travailleurs ont été mis plus d’une fois à contribution pour couvrir les pertes des banques privées. Ce que nous soutenons, compte tenu du point de déliquescence que nous avons atteint, c’est que l’État retienne le contrôle publique sur la Novo Banco comme point de départ d’un contrôle plus généralisé du secteur bancaire.

En ce qui concerne la Caixa Geral de Depósitos, il a un problème fondamental. Même si c’est une banque publique, en raison de choix des gouvernements récents, elle a été gérée comme si elle était une banque privée. Donc, les mêmes opérations spéculatives, réalisations de prêts douteux, etc., ont été exécutées, sans oublier qu’elle a également été appelée à combler des trous dans les banques privées. Par conséquent, la demande n’est pas seulement de garder Caixa Geral de Depósitos dans la sphère publique, mais d’avoir une direction qui fonctionne efficacement pour soutenir le développement du pays.

Passons maintenant à la dette, ce qui était bien sûr la raison de l’intervention de la troïka. Comment la dette du Portugal s’est-elle gonflée pour en arriver aux niveaux actuels ?

Il existe deux types de causes : des causes structurelles, fondamentales et d’autres que nous pouvons appeler plus circonstancielles. Les premières concernent le processus de destruction et le démantèlement progressif de l’appareil productif, des secteurs productifs tels que l’agriculture, la pêche, l’industrie, et ce que cela implique en termes de dépendance accrue envers les biens et les services étrangers. En plus de cela, il y a eu aussi un processus de privatisations dans les secteurs stratégiques de l’économie, ce qui a permis aux capitaux, à la fois nationaux et étrangers, d’acheter des participations dans ces secteurs. Cela signifiait nécessairement une perte de fonds, puisque les bénéfices et les dividendes, au lieu de rester dans les caisses de l’État, allaient dans les poches des actionnaires.

Ces deux aspects sont inséparables avec l’entrée du Portugal dans la CEE, le marché unique, pour se retrouver en concurrence sans protection contre des économies beaucoup plus fortes avec des niveaux de productivité beaucoup plus élevés. Et les fonds structurels européens, destinés à atténuer les répercussions de cette compétition inégale, n’ont jamais réussi à le faire, même si certains en rejettent la responsabilité sur les gouvernements au pouvoir à l’époque. Mais une grande partie des fonds structurels est venue et est repartie sous la forme d’acquisition de biens et de services, revenant dans certains cas vers leur lieu d’origine. En fait, les montants transférés par l’UE au Portugal sont maintenant dépassés par les montants qui quittent le pays en tant que bénéfices, dividendes et intérêts vers d’autres pays de l’UE. Autrement dit, le Portugal est un contributeur net dans l’Union européenne.

Évolution de la dette publique portugaise en pourcentage du PIB (données de l’Institut National des Statistiques Portugais)

Les causes plus circonstancielles ont trait à l’attaque spéculative que les dettes souveraines des pays dits périphériques ont subie entre 2009 et 2011. Une attaque qui est intimement liée aux règles mêmes qui guident les institutions européennes et la Banque Centrale Européenne en particulier. Il est important de garder à l’esprit que la BCE ne prête pas d’argent aux États, mais le fait aux banques privées ; et pendant une longue période, nous avons assisté à une situation durant laquelle la BCE a accordé des prêts aux banques privées, les marchés dits financiers, avec des taux d’intérêt de 1%, et ces banques se sont retournées pour facturer des taux d’intérêt aux États qui, dans le cas du Portugal, atteignaient 7%. Jusqu’au début du processus d’achat de dette par la BCE, processus qui a été retardé le plus longtemps possible, le Portugal et d’autres pays ont fait face à cette attaque spéculative, avec des écarts très importants dans les taux d’intérêt qui ont été responsables d’une forte augmentation de la dette publique. Et bien sûr, le programme de la troïka a empiré les choses.

En remontant un peu, dans les années 1980, le PCP s’opposait à ce que le Portugal adhère au marché unique. Quelles étaient les raisons de cette position et qu’est-ce qui est finalement arrivé ?

Le Parti communiste était essentiellement le seul parti au Portugal à mener une étude approfondie des conséquences d’une adhésion éventuelle au marché unique. Nous avons même démarré avant la Révolution, lorsque cette possibilité d’entrer sur le marché unique a commencé à être discutée ; nous l’avons encore fait dans les années 1980 quand la décision est passée et que le pays est entré dans la CEE, et nous l’avons fait de nouveau 20, 30 ans après cette adhésion. Et en général, les avertissements que nous avons émis se sont révélés justifiés. Le PCP avait raison. A l’époque, notre voix était isolée ; aujourd’hui, de nombreux mouvements politiques et d’opinion constatent la véracité de ce que nous avons dit tout au long.

La CEE, aujourd’hui l’UE, est un processus d’intégration capitaliste. Les processus d’intégration ne sont pas neutres. En fonction de leur nature, ils peuvent aider les peuples ou se mettre au service des capitaux et des multinationales. L’UE/CEE, en tant que processus d’intégration capitaliste, est conçue pour favoriser l’accumulation de capital. Au lieu de promouvoir la convergence, nous avons une divergence sociale et économique, et cela est évident dans la situation rencontrée aujourd’hui par les pays périphériques, encore une fois dans la lignée de ce que prévoyait le PCP.

Manifestation en faveur de la nationalisation du secteur bancaire en 1975

Il y a un autre point important à souligner dans le cas concret du Portugal. Les grands groupes monopolistes ont subi des revers majeurs après la Révolution d’avril (1974) et les progrès réalisés qui ont suivi. Juste pour rappeler certains d’entre eux : la nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie, la réforme agraire, une Constitution qui garantit des droits économiques, sociaux et culturels de grande envergure, entre autres. L’adhésion à la CEE a été perçue par ces groupes comme une occasion de récupérer le pouvoir perdu. Parce que le critère même de l’adhésion à la CEE impliquait que l’Etat soit soumis à la soi-disant économie de marché ; et donc au Portugal, cela a fini par stimuler le processus de reprise capitaliste et la reconstitution des monopoles qui existaient durant la dictature fasciste et qui avaient été démantelés après la Révolution. La prise en compte du caractère instrumental de l’entrée sur le marché unique en termes de retour au pouvoir des classes anciennement dominantes faisait également partie de notre analyse et motivait notre opposition. Et là aussi, il s’est avéré que nous avions raison.

Notes :

(1) Le semestre européen fournit un cadre pour la coordination des politiques économiques entre les pays de l’Union européenne. Il leur permet de débattre de leurs programmes économiques et budgétaires et de suivre les progrès accomplis à des moments précis de l’année.

(2) Le Banco Espírito Santo (BES) était le joyau de la couronne de l’empire commercial de la puissante famille Espírito Santo. En 2014, il a fallu un plan de sauvetage de plusieurs milliards d’euros après sa faillite suite à des années de pratiques douteuses avec la complicité des régulateurs. Une nouvelle banque, appelée «Novo Banco», a été créée sans les actifs toxiques du BES. Le PCP a soutenu que, compte tenu du coût énorme de l’aide financière, la banque ne devrait pas être simplement reprivatisée.

La Caixa Geral de Depósitos (CGD) est la plus grande et l’unique banque publique portugaise. La droite, depuis longtemps, rêve de la privatiser.

Photo de couverture : Peinture murale au siège du Parti Communiste à Lisbonne

Traduit de l’anglais par Stéphane Rouilly

Source : Investig’Action

Cet article est également disponible en : Anglais

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20 mai 2017

Communistes, les élections et la montée du mécontentement

"La disparition, nous dit le texte de Communistes, depuis la défaite de l'Union Soviétique, d'un parti révolutionnaire en France capable d'établir un rapport de force en faveur des travailleurs pour lutter contre le capitalisme, et qui imposerait un changement réel de société, font que certains se tournent vers de fausses solutions. Avec Macron, Le Pen, ils se jettent dans les bras des fidèles serviteurs du capitalisme. Mélenchon créateur d'illusions leur fait croire à un capitalisme humain qui partagera avec eux les richesses !!! Nous l'avons dit à plusieurs reprises "tous ceux-là veulent changer pour que rien ne change". Dans cette situation notre parti est le seul à répondre aux questions que les gens se posent..."

Voyons donc ce que propose ce parti des Communistes...

Michel Peyret


Communistes.

Comité National du 13-05-2017>>>>Rapport

 

Cher(e) Camarades,

>Le deuxième tour de l'élection présidentielle a eu lieu il y a un peu moins d'une semaine, les multinationales capitalistes ont fait élire leur candidat. Avec E. Macron à leur service elles veulent pouvoir pousser plus loin et plus fort leurs objectifs. L'élection de Macron montre la capacité de la bourgeoisie à trouver un remplaçant pour appliquer sa politique : Sarkozy usé, Hollande le remplace, Hollande discrédité, Macron assure la relève...

>E. Macron, un banquier d'affaires lancé et soutenu par les médias, par les patrons du CAC 40, par Drahi, Gattaz, Bernard Arnault, Bolloré, par des patrons de PME et de start-up, a été élu avec 66,10% des "suffrages exprimés" [20 753 798 de bulletins, rappel au 1er tour 8,6 millions, 24%]

Plusieurs traits marquants caractérisent cette élection.

>* Pour la première fois de toute l'histoire de la 5ème République, les candidats des deux partis qui alternativement gouvernaient la France, la droite et le PS, ont été éliminés dès le 1er tour.

>* Pour la première fois depuis 1969, l'abstention au second tour a été supérieure à celle du 1er : 25,44% (plus de 12 millions) contre 22,23% (10,6 millions). Les abstentions ont été élevées chez les jeunes, 30% chez les jeunes de 18-35 ans, 29% pour les 18-25 ans et dans les catégories populaires : 35% pour les chômeurs, 34% pour ceux qui gagnent moins de 1250 € par mois, 30% pour les employés, 20% pour les ouvriers.

>* Le vote blanc ou nul a atteint des chiffres records : 3 millions de bulletins blancs (8,51%) et 1,5 millions de bulletins nuls (2,96%). Plus de 4 millions d'électeurs (11,5% de l'électorat) se sont déplacés pour dire qu'ils ne voulaient "ni Macron, ni Le Pen". Un sondage Ipsos-Steria montre que 51% de ceux qui ont voté blanc ou nul l'ont fait "parce qu'ils refusaient de choisir entre deux candidats qu'ils rejettent totalement".

>Au total c'est plus de 16 millions (37%) d'électeurs et d'électrices qui se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul, chiffre supérieur au résultat du Front National.

>* Le 23 avril le vote pour la candidate du Front National a connu une forte progression : 7,6 millions de voix au 1er tour, 10,5 millions au 2ème tour après le ralliement de Dupont-Aignan. C'est plus que J.-M Le Pen en 2002 (4,8 millions) et 1,2 millions voix de plus qu'en 2012. La politique menée depuis longtemps par les gouvernements successifs Droite ou PS et leurs alliés a aggravé de plus en plus la situation du peuple. C’est cela qui a nourri le développement du FN en particulier chez les plus touchés par cette politique.

>Les résultats de l'élection confirment la montée du mécontentement, le rejet massif des politiques menées par les partis de Droite ou PS et ses alliés depuis 36 ans qui ont considérablement dégradé les conditions de vie du peuple

>Mais ils confirment aussi, l'exigence d'un vrai changement. L'aspiration du peuple à faire une autre politique. L’emploi, les salaires, les retraites, la santé, l’enseignement… sont les questions de fond que se posent les électeurs. Aucun des candidats n’avait dans son programme cet objectif. Rien qui réponde aux préoccupations des électeurs.  Rien qui concerne l’avenir de la France, la croissance, le développement industriel, l’Europe.

>La disparition, depuis la défaite de l'union soviétique, d'un parti révolutionnaire en France capable d'établir un rapport de force en faveur des travailleurs pour lutter contre le capitalisme, et qui imposerait un changement réel de société, font que certains se tournent vers de fausses solutions.

>Avec Macron, Le Pen, ils se jettent dans les bras des fidèles serviteurs du capitalisme. Mélenchon créateur d'illusions leur fait croire à un capitalisme humain qui partagera avec eux les richesses !!!

Nous l'avons dit à plusieurs reprises "tous ceux-là veulent changer pour que rien ne change".

>Dans cette situation notre parti est le seul à répondre aux questions que les gens se posent. Le seul à démontrer clairement que la France, 5ème puissance économique mondiale, 2ème puissance de l'UE, a les moyens économiques, financiers, scientifiques, culturels pour développer une politique au service du peuple et de la nation. Le seul à démontrer que c’est le capitalisme qui régit notre société, que c’est son existence même qui est au centre de l’austérité imposée au peuple. Le seul à dire que l’opposition capital – travail est irréductible et que pour changer de politique il faut s’attaquer au capital. Le seul à expliquer clairement la condition incontournable pour disposer des moyens de faire cette autre politique. (cf. les articles du site et du journal)

>Deux mots encore sur cette élection antidémocratique qui est faite pour éliminer tout candidat contre le système capitaliste, qui enferme le citoyen dans un système qui le dessaisit de tout pouvoir de décision. Nous avons présenté un candidat parce que nous menons toutes les batailles politiques et c'en est une. Nous avons appelé à un vote de lutte et édité un bulletin au nom de notre candidat, cette décision a été appréciée, des milliers de ces bulletins ont été mis dans l'urne dans tout le pays. La campagne que nous avons menée nous a permis non seulement d'avoir des conférences de presse et donc une expression plus large mais aussi de tenir des réunions publiques, de multiplier les diffusions de tracts dans les entreprises. Nous avons pu constater une fois de plus qu’il y a de la place pour les idées révolutionnaires que nous sommes les seuls à défendre. Des adhésions ont été faites. Nous devons jusqu’au 18 juin poursuivre dans cette direction en améliorant encore nos premiers résultats. C’est possible

>Macron élu, la politique du capital va s'accélérer, cette nouvelle alternance va conduire à une aggravation très rapide des conditions de vie du peuple.

>Macron a tracé avec le MEDEF sa feuille de route pour les premiers mois de son quinquennat en procédant majoritairement par ordonnances :

- Réduction des dépenses publiques : 60 milliards d'économie sur le budget de l'Etat, dont 25 milliards sur la seule sphère sociale, 15 milliards sur l'assurance maladie, 10 milliards sur l'assurance chômage (suspension des allocations après le refus de deux offres d'emplois), suppression de 120 000 postes de fonctionnaires.

- Casse complète du code du travail : Priorité donné à "l'accord d'entreprise". Les 35h, les conditions de travail et les salaires seront négociés au niveau de chaque entreprise. Plafonnement des indemnités prud'homales "en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse". Sur ce dossier également, Emmanuel Macron entend légiférer par ordonnances. Fusion des institutions représentatives du personnel existantes (CE, délégués du personnel et CHSCT).

- Nouvelle réforme qui casse complétement le système des retraites et la fin des régimes spéciaux et mise en place d'un système universel des retraites

- Poursuite de la casse du service public hospitalier. La santé coûte très cher, les mesures : plafonnement à 50% de la tarification de l'activité des hôpitaux, élargir les groupements hospitaliers de territoire, "le but est d'éviter que tout le monde converge vers l'hôpital, source de coût"

>>Ce n'est qu'une petite partie du programme de Macron qui dans sa totalité n'appelle qu'une réponse : la lutte.

>Lutte économique et sociale quotidienne contre les attaques du pouvoir et du capital. Lutte politique pour en finir avec ce système qui pille les ressources de la Nation, la lutte pour prendre aux capitalistes le pouvoir économique financier et politique qu’ils détiennent. C’est la condition indispensable pour changer fondamentalement de politique dans notre pays.

Quelle est la position actuelle des syndicats :

>La CGT : La Commission exécutive réunie le 10 mai appelle solennellement Macron à renoncer à imposer de nouveaux reculs sociaux par ordonnance ou par le 49.3. Elle se place dans une dynamique revendicative offensive pour agir contre tout projet régressif.

>FO : J.C. Mailly dit qu’il ne veut pas des ordonnances sur les questions sociales. Comme Macron a eu 24% des voix au 1er tour et qu’il est élu par défaut au 2ème tour, il va lui demander s’il prévoit de modifier ses annonces !

>La CFDT, fidèle à la collaboration de classe, offre tout de suite sa collaboration à Macron : "Dans les cinq ans à venir, vous serez à la tête d’un pays qui devra faire face à d’immenses défis. Et, vous le savez bien, vous ne pourrez pas les affronter seul [...] Partagez le pouvoir ! Donnez de l’air à notre société!

>Partout les multinationales sont aux commandes du monde capitaliste qui domine le monde entier. Elles possèdent les grands moyens de production, d’échange et d’information.

- Une dizaine de sociétés multinationales contrôlent 85% du commerce alimentaire mondial.

- Les 500 premières multinationales (tous secteurs confondus) contrôlent 53% du Produit Mondial Brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites chaque année dans le monde. Elles détiennent le pouvoir économique et financier donc le pouvoir politique.

>En même temps, elles sont concurrentes pour conquérir les marchés, exploiter les matières premières, les ressources naturelles, pour produire là où c’est le plus rentable où les salaires sont les plus bas, pour dominer politiquement et militairement.

>Aujourd’hui, la concurrence inter-impérialiste atteint un niveau tel, que le danger de guerre mondiale est accru.

>Au centre des affrontements inter-impérialistes, le conflit du Moyen-Orient. - L’Irak, la Lybie, la Syrie- dont la cause est l’affrontement pour le repartage de la région, l’exploitation des ressources, la domination politique, militaire. La situation en Syrie s’est encore aggravée après l’envoi de missiles par les USA contre un Etat Souverain. Les USA veulent se réserver le droit majeur d'intervenir contre quiconque met en cause leurs intérêts mondiaux.

>Les USA, l’Union Européenne, la France soutiennent Israël qui étend la colonisation, s’empare de nouveaux territoires palestiniens. Israël est le plus ferme représentant de leurs intérêts dans la région.

>Les USA veulent maintenir leur hégémonie mondiale face à l’émergence d’impérialismes concurrents.

>L’Asie-Pacifique dominée par la Chine pourrait détrôner les Etats-Unis comme première puissance dès 2030, avec l’Inde et la Russie.

>L’armée américaine fait des démonstrations de force en Asie du Nord-Est : porte avion envoyé au large de la côte coréenne, avions armés de missiles sur la base d’Okinawa au Japon, 37.000 soldats en Corée du Sud, avertissement lancé à la Corée du Nord par l’envoi de la bombe la plus puissante le 13 avril en Afghanistan. La Corée du Nord, petit pays de 25 millions d’habitants, est accusée de mettre en danger les USA. L’objectif de ces menaces contre la Corée du Nord est de faire pression sur la Chine.

>Le 25 mai se tiendra à Bruxelles le sommet de l’OTAN. La France fait partie du commandement intégré. E. Macron participera à ce sommet, il engagera notre pays dans cette politique de guerre de l’OTAN dont le but est d’imposer la domination impérialiste, l’exploitation des peuples.

>La paix du monde est en jeu. Nous dénonçons ces visées impérialistes et la complicité du pouvoir français.

>Nous appelons à développer la lutte pour la Paix, pour le refus de la guerre impérialiste, pour le respect de l’indépendance de la souveraineté des nations. Nous luttons pour le désarmement dans le monde, pour la dissolution de l'OTAN et de tous les pactes militaires.

>E. Macron va rencontrer A. Merkel. Cette Europe a été créée en 1946 par les dirigeants des pays capitalistes, pour coordonner les intérêts des entreprises capitalistes européennes, renforcer leurs moyens d’exploitation des peuples, des pays européens. Depuis 60 ans : les droits des salariés, les salaires, les retraites, les services publics sont attaqués, réduits… Le chômage, la pauvreté se sont développés.

>Aujourd’hui, les multinationales capitalistes dirigent l’Europe, 113 d’entre elles sont dans les 500 premières mondiales. Les gouvernements ont mis en place au fur et à mesure des structures économiques au service exclusif des capitalistes.

>Macron veut aller plus loin. Il veut accélérer l’organisation de l’Europe capitaliste, pousser l’intégration des nations et les moyens d’exploitation des peuples, la disparition à terme de la nation française.

>Nous redisons NON à cette Europe capitaliste. Nous devons dénoncer cet objectif de Macron.

>Nous sommes pour une coopération des pays européens qui impulse un véritable développement économique et social dans l’intérêt de leurs peuples, qui respecte l’indépendance des nations et la souveraineté des peuples. Une Europe qui instaure une politique de Paix.

>Les 26 et 27 mai Macron participera au G7 – Réunion de chefs d’Etat des USA- Japon – Allemagne- France – Italie – Canada- Royaume Unie – qui se tiendra en Sicile.

>Le G7 comme le G20 est un outil au service du capital mondial des pays les plus puissants dont le but est de maintenir la domination capitaliste dans le monde. C’est un instrument conçu pour mieux exploiter les peuples.

>Le système capitaliste qui domine le monde « a fait en 2016- 54 millions de victimes de la faim et des maladies endémiques (la seconde guerre mondiale en a fait 57 millions en 6 ans), les oligarchies capitalistes accaparent les richesses de la planètes et dictent leur loi aux Etats » écrit le Suisse Jean Ziegler, Vice- Président du Comité Consultatif du Conseil des droits de l’Homme à l’ONU.

>L’opposition contre le capital est irréductible, Nous le voyons ici en France. Macron, l’homme de Rothschild et des multinationales, est là uniquement pour promouvoir leurs intérêts. Il veut adapter toute la société française à leurs exigences. La lutte anticapitaliste est au centre de notre combat.

J'en arrive aux élections législatives des 11 et 18 juin

>Nous savons que le mode de scrutin des élections législatives des 11 et 18 juin n’est pas un scrutin proportionnel. Pour pouvoir figurer au 2ème tour un(e) candidat(e) doit avoir obtenu plus de 12,5% des voix au 1er tour. 577 sièges de député (e) s étant en jeu, la majorité absolue est de 289.

>La dimension de ces élections revêt une grande importance politique. On voit déjà les manœuvres et les combinaisons qui se déroulent et qui vont se multiplier.

>Le nouveau Président sera-t-il en mesure d’avoir cette majorité pour diriger seul ou devra-t-il s’allier, avec les Républicain, les socialistes, les écologistes, etc.

>Le Front National arrivé en tête dans 45 circonscriptions à la Présidentielle vise 111 parlementaires élus.

>Mélenchon et le PCF n'ont pas pu s'accorder. Mélenchon va avec son mouvement seul aux élections législatives.

>Le PS est éclaté, la droite divisée, le PCF essaye de survivre, le FN est engagé dans des divergences internes.

>Toutes ces recompositions en vue des législatives laissent les mains libres au capital.

>Nous sommes les seuls à proposer une perspective de changement réel avec les moyens d’y parvenir. Nos candidat(e) s aux élections législatives seront porteur de cette alternative.

Nous sommes les seuls à pouvoir répondre à la question : comment sortir de la situation actuelle, comment changer de politique. Nous sommes les seuls à donner une perspective, la seule qui vaille car nous appelons à la lutte anticapitaliste qui est le seul moyen pour imposer des reculs au capital, pour le battre et imposer une politique de progrès économique et social. Si tout le monde ne nous entend pas aujourd’hui, loin de là, nous constatons aussi que quand nos analyses, nos solutions, notre combat sont connus, de nombreux travailleurs, des jeunes, les approuvent, des milliers d’entre eux s’y intéressent.

>Nous constatons qu’il y a de la place pour les idées révolutionnaires de lutte de classe... Elles grandiront car le mécontentement restera après les élections, il s’élargira et s’exprimera de plus en plus à la rentrée.

>Nous appelons à voter pour nos candidat(e) s pour mener le combat contre la politique de Macron et de son gouvernement, contre tous ceux, Républicains, FN, PS, qui sont au service du capital.

>Nous avons une grande campagne à mener, qui réclame une mobilisation de tout les adhérents du parti et sympathisants. Nous devons développer notre présence dans les entreprises, faire des porte à porte, multiplier les réunion publiques, les conférences de presse, mais aussi discuter avec deux, trois, quatre personnes c'est indispensable pour convaincre, on n'a pas toujours besoin de grand'messe...

>Ce doit être le travail de tout le parti, nous devons bien discuter dans les cellules, les réunir régulièrement. Chaque adhérent doit bien être en possession de la politique du parti, de ses analyses de ses propositions. Le rôle du Comité National est important nous devons nous mobiliser, nous déplacer dans les cellules, les départements.

>Depuis plusieurs années nous avons noué des liens avec les travailleurs dans de nombreuses entreprises. Nous côtoyons des salariés, des jeunes, des retraités qui nous font confiance et qui partagent tout ou partie de nos idées. C'est en discutant avec eux de leurs préoccupations que nous pouvons leur poser la question du renforcement de notre parti.

>Pour la campagne électorale de nos candidat(e) s, les circulaires, les bulletins de vote, pour mener la campagne politique dans tous les départements nous avons besoin de centaines de milliers d’euros.

>Il nous faut donc poser très fortement la question des moyens financiers à tous, adhérents, sympathisants, proches, collègues de travail. C'est uniquement grâce à leurs versements que nous pourrons financer l’ampleur de la campagne. Nous nous adressons aux travailleurs qui ne sont pas à l'aise financièrement. Nous recevons déjà des versements importants de leur part de 10, 20, 30 euros.

>Mais pour faire face il est nécessaire d'établir la liste de ceux et celles à qui nous nous adressons. C’est une tâche essentielle pour tous les militants de notre parti.

>Mettons à profit cette période électorale pour faire avancer nos idées et élargir notre travail de propagande, renforcer notre parti et développer une intense bataille financière.

>Ce CN doit être l'occasion d'un large débat sur la situation politique, notre expression, notre activité sur la campagne des législatives.

Brésil, la grève contre la grande bourgeoisie

"Car, nous dit l'article, c’est bien contre la politique menée par le gouvernement actuel, issu du putsch parlementaire réalisé en août dernier contre la présidente légitime Dilma Rousseff, que la grève a été organisée. Depuis son arrivée au pouvoir, sans mandat populaire, Temer et ses alliés cherchent en effet à imposer un programme néolibéral brutal, afin de détruire les conquêtes sociales et de rétablir les intérêts de la grande bourgeoisie..."

Reprenons la lecture de l'article...

Michel Peyret


 

bresil greve generale historique photo d'un drapeau de l'UJSJean Pitter | UJS Beagá

INTERNATIONAL

BRÉSIL : GRÈVE GÉNÉRALE HISTORIQUE CONTRE L’OFFENSIVE NÉOLIBÉRALE

30 avril 2017 Rédaction

Le vendredi 28 avril 2017 restera longtemps gravé dans la mémoire sociale du Brésil. Ce jour-là, le pays a connu la plus grande grève générale de son Histoire. Convoquée par les principales centrales syndicales, de nombreuses organisations sociales et populaires, mais également par l’Église catholique et plusieurs Églises évangéliques, la grève aura mobilisé plus de 40 millions de personnes pour la défense des droits sociaux et de la démocratie.

UNE MOBILISATION NATIONALE HISTORIQUE

 piquets de grève et barrages – souvent réalisés par des commandos mobiles – ont paralysé les principales villes du pays. Ainsi Rio de Janeiro, où aéroports, ponts et grandes artères ont été bloqués. Les transports ont été parmi les secteurs les plus mobilisés, aux côtés des professeurs, des salariés de la banque, de l’électricité, de la métallurgie, du pétrole, mais aussi du petit commerce.

Parallèlement à ces actions, des manifestations ont eu lieu, comme à Curitiba (30 000 personnes), Belém (50 000) ou encore São Paulo, où 70 000 personnes se sont rassemblées avant de se diriger vers la maison du président illégitime Michel Temer, avant d’être violemment dispersés par la police.

CONTRER L’OFFENSIVE NÉOLIBÉRALE DU GOUVERNEMENT ILLÉGITIME

Car c’est bien contre la politique menée par le gouvernement actuel, issu du putsch parlementaire réalisé en août dernier contre la présidente légitime Dilma Rousseff, que la grève a été organisée. Depuis son arrivée au pouvoir, sans mandat populaire, Temer et ses alliés cherchent en effet à imposer un programme néolibéral brutal, afin de détruire les conquêtes sociales et de rétablir les intérêts de la grande bourgeoisie.

Une réforme qualifiée d’ « erreur historique » par Philip Alston, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme.

Les principales mesures de cette offensive rétrograde sont la dérégulation du recours à la sous-traitance et à l’externalisation pour les entreprises et les administrations privées et publics (ce qui précarise les emplois et permet de contourner les conventions collectives) et le gel des dépenses publiques pour une durée de vingt ans, y compris celles de santé, d’éducation et celles dédiées aux programmes sociaux. Une réforme qualifiée d’ « erreur historique » par Philip Alston, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme.

Comme si tout cela ne suffisait pas, la Chambre des députés approuvait quelques jours avant la grève, le 26 avril, un projet de réforme du droit du travail, tandis que le gouvernement prépare activement une attaque contre les retraites.

Pas étonnant dans ces conditions que l’une des demandes des grévistes soit le départ de Temer – dont la cote d’impopularité dépasse les 90% – et la tenue immédiate d’élections générales.

UNE EXPÉRIENCE PRÉCIEUSE POUR L’AVENIR

Plus forte que la répression violente de la police, que les menaces des patrons et des autorités et que la désinformation des grands médias, la grève du 28 marque une étape déterminante dans la lutte du peuple brésilien, un siècle après la grande grève de 1917 qui dura 28 jours.

Pour Adilson Araújo, président de la Centrale des travailleurs et travailleuses du Brésil (CTB) :

« Le message des centrales syndicales est que la classe travailleuse peut arrêter le Brésil si ce gouvernement continue à avancer sur les droits des travailleurs et travailleuses »

Roberto Amaral, ancien ministre et dirigeant socialiste, souligne, lui, que la grève, bien que visant à défendre les intérêts objectifs des salariés, était également une grève politique, bénéficiant d’un large soutien populaire. S’est ainsi produite « la transition de la revendication économique corporative vers l’affirmation politique », ce qui constitue un « saut qualitatif » permettant de changer le rapport de forces dans le pays.

Un constat partagé par Haroldo Lima, député fédéral du Parti communiste du Brésil (PCdoB) :

« C’est la grande révélation du 28 avril dernier. Notre peuple a trouvé les chemins pour mobiliser de larges couches sociales, et l’a fait avec décision et maîtrise. Il sera très important de sauvegarder cette formule qui a permis de faire agir des forces puissantes, des mouvements importants, puissants, nationaux, capables d’affronter la réaction insolente qui grandit dans notre pays, osant assez pour vouloir liquider les conquêtes que nous avons acquises avec beaucoup d’efforts par le passé »

« Un peuple est fort et respecté quand il a la capacité de se mobiliser face à de grandes questions »

« Un peuple est fort et respecté quand il a la capacité de se mobiliser face à de grandes questions ». C’est ce que le peuple brésilien a démontré vendredi dernier.